PLACES DE SURETE
Henri IV les conserve malgré lui aux reformés. Louis XIII de même.
1398-1601. L'histoire des villes de sûreté ou d'otage * se rattache naturellement à Thistoire politique , et c'est ici le cas de dire quelques mots de celles qui furent octroyées au Dauphiné en vertu de l'édit de Nantes et dont les noms suivent : Grenoble, Barraux, Nyons, Die, Montélimar, Livron, Embrun, Gap, Serres, Puymore, Exilles et Tallard *.
Richelieu raconte que Marie de Médicis ayant demandé un jour à Henri IV de donner la place de Saint-Maixent au duc de Sully, le prince refusa, en disant « qu'il savait bien que Saint-Maixent était la plus mauvaise place de son royaume, mais que, tandis que le parti des huguenots subsisterait , les moindres de France seraient importantes »• On ne saurait dès lors s'étonner qu'Henri IV ait recherché toutes les occasions de retirer des mains des protestants les villes qu'il leur avait concédées. Mais ceux-ci ne lui en laissèrent ni le loisir ni le pouvoir. L'assemblée politique générale de Sainte- Foy (1601) lui reconnut le droit d'octroyer de nouvelles places, mais non celui d'en diminuer le nombre, et elle réclama contre la suppression de quatre d'entre elles, qu'il avait demandées. Montélimar faisait partie de ces dernières.
(0 Elles portaient encore le nom de villes de mariage et de garde.
(2) Dans un autre état Gap et Serres sont remplacées par Briançon et Queyras. (Voy. notre yoliime I", p. 478.)
Les villes d'otage n'étaient concédées que pour huit 1601-1620. années, à partir de iSgS. Dès 1604, les églises demandèrent la prorogation de ce terme. HenriJV leur répondit qu'à l'expiration des huit années les places demeureraient en leur pouvoir pendant six années encore. Mais, comme le disait du Plessis-Mornay, « chose promise n'est pas reçue, » et Henri IV, pressé par l'assemblée de Châtellerault (i6o5), leur accorda, non pas six années, comme il l'avait promis, mais quatre années, à partir du mois d'août 1608, vu que le brevet primitif des places n'avait été mis en vigueur que lorsque l'édit de Nantes eut été vérifié par tous les parlements, c'est-à-dire en août 1600.
Louis XIII, par son brevet du 23 juillet 1611, concéda cinq autres années, qui reportaient l'échéance en 1617. Deux ans avant ce terme, l'assemblée de Grenoble demanda une nouvelle prolongation de dix ans, et celles de Nîmes et de La Rochelle, qui la suivirent immédiatement, exprimèrent en outre le désir qu'on expulsât les Jésuites de la ville de Die et des autres places d'otage. Louis XIII accorda six ans, au lieu de dix, par un brevet remis en mai 16 16, mais portant la date du 12 septembre de l'année précédente.
L'assemblée de Loudun (1619-1620) insista pour un nouveau délai et demanda que l'état des places d'otage fût exactement dressé pour toute la ' France. Après diverses négociations, le roi décida, par son brevet du 12 mai 1620, qu'elles seraient confiées à leur garde jusqu'au i®*" janvier 1625 ; mais qu'à partir de cette date elles cesseraient définitivement de leur appartenir.
Louis XIII réussit à ressaisir diverses places de sûreté^ notamment en Daaphiné, et ne laisse les autres aux protestants que jusquen 162S. Soins jaloux de ces derniers à leur endroit.
1 621- 1622. « La guerre [de religion] qui éclata au commencement de Tannée 1621, dit Ànquez % et qui dura jusqu^à la fin de 1622, fournit à Louis XIII un prétexte pour ne pas tenir compte du brevet du 12 mai 1620. Dans cette lutte, si imprudemment engagée et quelquefois soutenue si faiblement^ les religionnaires perdirent plus de 80 places... Il y en eut que le roi ou ses lieutenants emportèrent à la pointe de répée; il y en eut aussi que leurs gouverneurs livrèrent sans coup férir, ou rendirent pour de Targent ; enfin, il y en eut une, Saumur, dont Louis XIII s'empara, non par une ruse de guerre, mais par un acte indigne d'un roi et encore plus d'un gentilhomme. »
Le brevet général du 19 octobre 1622, donné par Louis XIII, à la suite du traité de Montpellier, stipula que les places de sûreté qui restaient entre les mains des réformés leur seraient laissées pendant trois ans encore, c'est-à-dire jusqu'en 1625, « pour leur servir de retraite en cas d'oppression contre la volonté de Sa Majesté ». Telle fut la parole royale; mais, en réalité, si on laissa les protestants, qui pendant la guerre avaient pu conserver leurs places de sûreté , en possession de celles-ci , ce ne fut qu'à titre précaire. Le roi se déchargea de la solde des garnisons, et, en
(i) Hist. des assemblées politiques , p. 438.
retournant à Paris à la fin de 1622, il réussit à tirer des 1622-1627. mains des protestants , particulièrement en Dauphiné y la plupart des villes dont ils avaient le gouvernement. II en fut ainsi à Tégard de Gouvernet et de La Tour-Montauban, son frère, qui se démirent, comme op Ta déjà vu, du gouvernement de Montélimar, Die et Nyons, moyennant une somme d'argent. Lesdiguières lui-même, tout omnipotent qu'il était dans sa province, ne garda les places qu'il occupait que sur la promesse que fit Créqui , son gendre et son héritier à la lieutenance générale du Dauphiné , de les restituer au roi à la mort de son beau -père *.
En 1627, les États généraux, réunis à Paris, émirent le vœu que toutes les places fortes du royaume « qui n'étaient ni frontière ni sur des passages importants », fussent démantelées : ce que le roi sanctionna par sa déclaration de juillet de la même année. La déclaration royale fut appliquée à 14 places du Dauphiné , par un arrêt du conseil d'État rendu en novembre, au nombre desquelles étaient six anciennes places de sûreté , savoir : Die , Nyons , Livron , Embrun , Gap et Serres *.
Les consuls de Gap, apprenant cette décision, adressèrent immédiatement des mémoires à qui de droit pour en obtenir le retrait en ce qui concernait leur ville , qui , une fois démaqtelée, était exposée à tomber au pouvoir des rebelles (c'était pendant la troisième guerre de religion). Leurs démarches furent couronnées de succès. Il paraît, du reste, d'après les lettres du doyen du chapitre de Gap et d'autres personnages de la ville, que le nom de Gap avait été placé sur la liste des places fortes du Dauphiné destinées à être
(1) Amqubz, Hist. des astêmbl, polit,, p. 427-443; — Vidbl, p. 773.
(2) Choribr, Hiit. de Dauph. abrég,, t. 11, p. 239.
i6o4-i6o8. rasées par suite d'une erreur de copiste, car c'était une ville frontière ^
Aussi longtennps que les protestants du Dauphiné conservèrent leurs places d'otage , ils veillèrent avec un soin jaloux sur les privilèges qui y étaient attachés. C'est aingi que le synode provincial de Die (1604) décida qu'on demanderait au roi que, conformément aux seconds articles secrets de redit de Nantes, les gouverneurs de toutes les places de sûreté appartiendraient à la religion réformée , notamment celui de Briançon, qui, pour lors, était catholique. D'autre part, le synode d'Embrun (1606) chargea Chamier, qui se rendait à Paris, de supplier le roi de ne pas envoyer ses gardes suisses, non plus qu'aucun soldat catholique à Barraux, et d'obtenir, si possible, la création d'un poste de receveur spécial des deniers, destiné à payer les garnisons des places de sûreté de la province. Le même synode exigea que les gouverneurs de toutes ces places signeraient la confession de foi des églises réformées et promettraient de les tenir sous l'autorité du roi, selon les articles secrets de l'édit de Nantes. Ces gouverneurs, du reste, ne pouvaient obtenir les provisions de leur charge sans fournir une attestation de leur doctrine et de leurs mœurs des colloques auxquels ils ressortissaient.
Les synodes et les assemblées politiques provinciales du Dauphiné demandèrent également qu'il ne fût pas permis aux Jésuites , non plus qu'aux autres ordres religieux , de s'établir dans les villes de sûreté et d'y fonder des collèges. Le roi répondit que les Jésuites ne pourraient ériger de collège « en aucun endroit du royaume » sans sa permission. Les protestants n'obtinrent ainsi qu'une demi-satisfaction, et les Jésuites, qui s'étaient fixés à Die dès 1608 et avaient
(3) Charkonnet, p. 321.
cherché à y établir un collège, y demeurèrent comme prédi- 1608. cateurs missionnaires, mais non sans susciter beaucoup de tracasseries à l'académie protestante de cette ville '.Ils s'étaient également fixés en 1604 à Embrun, autre ville de sûreté.
(i) Voy. notre Hitt. de Vacad. prot. de Die, p. 70-80.