‹ Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 19 sur 96 · II. - HISTOIRE DE LA DISCIPLINE · texte numérisé non relu

II. - HISTOIRE DE LA DISCIPLINE

Fermeté des synodes à rendrait de la discipline. Lesdiguières.

Les églises réformées avaient une discipline sévère, qu^elles exerçaient sans faire acception de personne contre tous ceux de leurs membres dont la. vie était irrégulière. Dans le Dauphiné, les gentilshommes les plus considérables eurent à subir les censures des consistoires et des synodes comme les plus humbles fidèles. Lesdiguières, en particulier, dont la conduite offrit tant de scandales , fut souvent Tobjet de réprimandes ecclésiastiques.

Le synode de Saint- Marcellin de 1606, ayant appris qu'il recevait dans sa société des hommes anti-religieux, chargea les pasteurs Cuzin, Cresson et Guérin de le supplier « de chasser entièrement de sa maison et de sa suite certains athées et profanes et, entre autres, celui qui est estimé le chef ».

A la tnort de sa femme, Lesdiguières ayant introduit dans sa demeure la célèbre Marie Vignon, sa maîtresse, bien qu'elle fût mariée, le synode de MentouUes de 161 2 lui envoya les pasteurs Perron, de La Colombière, Perrin et Bouteroue, « pour lui remontrer Ténormité de sa faute, le convier à l'amendement et procéder contre lui et le censurer à la rigueur de la discipline en cas d'impénitence ». Lesdiguières promit de congédier Marie Vignon , mais comme il ne le fit point, le synode de Die de 161 3 décida que les pasteurs de Grenoble, soutenus par quelques pasteurs circonvoisins, continueraient auprès de lui leurs remontrances

« pour essayer encore s'ils pouvaient rien gagner sur lui pour la conversion de sa vie; faute de quoi, pouvoir leur est donné d'ordonner non-seulement des prières expresses et publiques pour icelui, mais de plus un jeûne général en toutes les églises de cette province, au temps qu'ils trouveront bon ».

Les députés de la province de Dauphiné au synode national de Tonneins (2 mai 16 14) portèrent devant cette auguste assemblée l'affaire qui leur causait tant de douleur et s'acquittèrent de leur mission avec fermeté , ce dont le synode du Pont-en-Royans les loua. Le synode national leur remit pour le synode du Dauphiné une lettre, dont nous ne connaissons pas la teneur, mais qui avait vraisemblablement pour but de tracer à ce dernier la conduite qu'il devait tenir. Quoi qu'il en soit , le synode du Pont-en-Royans chargea les pasteurs du Grésivaudan de sommer Lesdiguières d'accomplir la promesse qu'il avait faite « de se soumettre à ce que le synode national ou provincial ordonnerait »•, en outre, de « l'adjurer, au nom de Dieu, de penser à soi pour prévenir, par une sérieuse repentance, le jugement de Dieu et ôter les scandales, repurgeant sa maison de souillures ; et au cas qu'on ne puisse rien gagner sur lui , pouvoir est donné auxdits députés de procéder avec autorité de cette compagnie comme ils verront être expédient pour l'édification de l'église ».

Cette même année, l'infortuné Ennemond Matel, mari de la Vignon , fut assassiné par l'entremise d'un agent diplomatique du duc de Savoie près Lesdiguières , le colonel Allard, qui, pour s'assurer les bonnes grâces de cette femme impudique, ne craignit pas de se souiller d'un crime odieux. Devenue veuve, la Vignon « changea sa débauche, dit Elle Benoît, en ambition, et mit tout en usage pour devenir femme légitime de celui de qui elle avait été si longtemps la simple maîtresse. Elle avait eu deux filles de lui , qu'on la

flattait de marier à des souverains si elle pouvait couvrir par le mariage le défaut de leur naissance. On amusait Lesdiguières par les mêmes espérances; de sorte que cette femme n^eut pas de peine à gagner cet esprit , qui brûlait d^envie de faire ce qu^elle avait tant de passion d^obtenir. Il Tépousa donc [le 16 juillet 1617], et n'ignorait pas combien cette action serait mal reçue des honnêtes gens. Il fut le premier qui la tourna en raillerie... Ce mariage était fort opposé à la discipline des églises réformées, qui, par un article exprès, défendait à un homme d^épouser en secondes noces une femme avec qui il avait conmîis adultère pendant un premier mariage. Mais, de plus, il fut célébré dans Téglise romaine, à cause de Marie Vignon, qui y eut assez de pouvoir pour y faire consentir Lesdiguières. Il est vrai qu'il en fit réparation publique; mais cela n'empêchait pas de juger que, s'il l'eût voulu, il aurait évité de faire cette fausse démarche, et que Marie Vignon n'aurait pas fait difficulté, pour être duchesse et maréchale de Lesdiguières, d'épouser par un ministre , si Lesdiguières l'avait souhaité ».

Lès synodes du Dauphiné eurent bien d'autres fautes à reprocher à Lesdiguières. Ainsi, celui du Pont-en-Royans (16 14) lui envoya une députation pour lui demander de casser les « deux ordonnances par lesquelles il s'attribue pouvoir sur les deniers de l'octroi du roi aux églises de cette province , ayant ordonné la rétention d'iceux entre les mains du sieur de La Combe [trésorier des églises du Dauphiné] , ce qui ne se peut pas par aucun droit , appartenant lesdits deniers aux églises , pour en disposer à leur volonté pour le payement de leurs pasteurs et autres frais ecclésiastiques ».

Ce n'était pas la première fois que Lesdiguières s'appropriait ainsi le bien des églises. En 1698 « la province du Languedoc, dit Benoît ", avait fait un fonds de 17,760 écus,

(i) Tomei, p. 259.

qu'elle envoyait à Genève, pour en tirer un revenu applicable à Tentretien des proposants. Lesdiguières , qui ne songeait qu'à prendre de tous côtés , saisit cette somme sous prétexte qu'elle avait été levée contre les formes et sans permission du roi, et qu'on ne pouvait la faire sortir du royaume; et, pour la retenir avec quelque droit spécieux, il la demanda au roi. Ce prince, à qui il n'en coûtait rien, ne fit pas difficulté de la lui donner, sans se mettre en peine des plaintes que les réformés en pourraient faire, dont il laissait . à Lesdiguières le soin de se défendre comme il pourrait. On députa vers ce seigneur pour retirer cette somme d'entre ses mains; on lui fit des remontrances, on le piqua de religion; mais ce n'était pas là son côté sensible. Après plusieurs années et plusieurs instances , on eut bien de la peine à s'en faire rendre une partie ».

Le synode de Nyons de 1 6 1 7 blâma le mariage que la fille

de Lesdiguières , Catherine , venait de contracter avec son

propre neveu, François de Créqui, fils de sa sœur aînée,

Madeleine, et de Charles deCréqui, comte de Sault. Que

dut-ce être quand le maréchal , de peur que son immense

fortune ne passât en d'autres mains que celles des Gréqui ,

l^aria en 1623 sa fille Françoise, quoiqu'elle fût déjà fiancée

^ Q}aries-René Dupuy-Montbrun , petit-fils du célèbre ca-

piûin^ de ce nom, ave^ Charles de Créqui, son beau-fi-ère,

veuf ^^ Madeleine ? De telles unions étaient considérées à

répoq ue comme incestueuses ; mais elles n'en furent pas

moins â^utorisées par le pape !

l^ j^résident Ducros y le baron d'Aixy le rnédecin Barnaud^ M. de Chichilianne .

Le synode de Saint- Paul-trois-Châteaux (1609) montra la mênne indépendance à l'égard d'un homme dont le zèle

pour la religion réformée ne pouvait être suspecté, et qui avait rempli les hautes fonctions de député général des églises réformées à la cour, l'avocat de Die Charles Ducros. Il venait d'être nommé (i8 mars) président de la chambre de redit de Grenoble, mais sans avoir fourni au préalable l'attestation religieuse exigée par l'édit de Nantes et délivrée par le colloque ou le synode auquel il ressortissait. Informé de cette irrégularité, le synode décida « de former opposition, au nom des églises de cette province , tant au conseil privé du roi qu'en la chambre de l'édit de ce |vtys et ailleurs où besoin sera , soit pour empêcher l'expédition des provisions dudit office en faveur dudit sieur Ducros, que pour la réception d'icelui audit oflSce, . . . pour n'avoir aucune attestation d'aucun colloque ou synode des églises, et que, par les édits et ordonnances du roi, il ne peut être admis audit office ». Ducros fut obligé de se rendre au sein du synode d'Embrun de l'année suivante, pour donner des explications sur l'irrégularité de sa nomination et se disculper de l'accusation dirigée contre lui au sujet de la cession qu'il avait faite , à la sollicitation des États du pays et moyennant 2,000 écus, de sa charge de substitut du procureur général du roi près la chambre de l'édit de Grenoble, cession qui privait les réformés de la province d'un office dont ils avaient demandé la création à diverses fois, et à laquelle ils attachaient un grand prix. Ducros, ayant présenté sa justification, se retira du sein du synode, qui, en ayant délibéré, chargea les pasteurs Perron, Charnier et Barbier de lui dire que la compagnie n'avait pas trouvé qu'il se fût « entièrement déchargé ». Désireux de dissiper tous les doutes, Pucros, qui avait déjà comparu deux fois devant la compagnie, demanda à y être de nouveau introduit. Il représenta « premièrement le déplaisir grand qu'il a reçu d'avoir reconnu cette compagnie préoccupée d'une mauvaise opinion qu'elle a conçue d'icelui, quoique ce dont on l'a voulu charger soit, comme il l'a dit,

fort éloigné de la vérité; et après il a protesté qu'encore qu'il eût été pressé par le commandement du feu roi de s'en aller promptement en cour pour être pourvu de l'office de président qu'il exerce, en sorte qu'il n'avait pu demander au colloque du Diois l'attestation nécessaire, selon ce qui est porté par l'édit ; — si est-ce qu'il est très-marri de n'avoir en cela donné aux églises de cette province le contentement qu'on eût désiré d'icelui; outre ce, il a protesté avec beaucoup d'affection son désir et intention n'avoir jamais été autre que de bien servir à Dieu et aux églises, desquelles il a promis derechef l'avancement avec d'autant plus de zèle qu'étant membre d'icelles il s'y sent obligé en plusieurs sortes ».

Le fier René de La Tour-Gouvernet, baron d'Aix, sénéchal des comtés de Diois et Valentinois et gouverneur de Die, fut également l'objet des admonestations des synodes. Celui de Gap (1619) lui écrivit une lettre « pour le porter à . ce qui est de son devoir et à recevoir les remontrances qui , de la part de cette compagnie, lui seront faites par nos députés ». Le pasteur de Saignes, de Die, qui , sur la demande du bureau de l'académie de cette ville, prononça une oraison funèbre à l'occasion de sa mort, survenue bientôt après, en fut vivement blâmé par le synode de Briançon de 1620. (c La compagnie, disent ses actes, considérant que cette procédure est contre la discipline et l'usage de nos églises ; d'ailleurs, pesant les conséquences qui s'en pourraient ensuivre, a trouvé que le bureau académique, ensemble les pasteurs qui y ont assisté, sont censurables, et particulièrement ledit sieur de Saignes , pour avoir fait ladite harangue, auquel défense très-expresse a été &ite de s'émanciper d'ores en avant à semblables procédures , sous peine d'être poursuivi par la rigueur de la discipline. »

Le célèbre médecin alchimiste de Crest Barnaud, auteur de pamphlets virulents, eut aussi affoire avec les synodes.

Celui de Die de 1 604 le menaça d'excommunication s'il persévérait dans ses blasphèmes. « La compagnie étant avertie, . lit-on dans ses actes, qu'en la ville de Crest il y a un certain Nicolas Barnaud, médecin, qui sème de tout son pouvoir plusieurs horribles hérésies , a été trouvé bon que quelquesuns soient députés pour faire un extrait de ses blasphèmes et erreurs et y joindre réponse; que s'il reconnaît ses fautes, il fasse imprimer les désaveux de ses erreurs, sinon que l'église de Crest appelle deux ou trois pasteurs, lesquels procèdent à l'excommunication et retranchement d'un membre si pourri , afin que l'église de Dieu soit déchargée d'une telle peste et de tout reproche. »

Les synodes étaient également rigoureux à l'égard des pères qui souffraient que leurs enfants fussent élevés dans la religion catholique, et ils ne craignaient pas de les censurer, tout gentilshommes qu'ils fussent. « Le colloque du Grésivaudan a été rigoureusement censuré , lit-on dans les actes du synode de Veynes de 161 1, de n'avoir passé plus avant que dé la suspension de la sainte cène contre le sieur de Chichilianne, qui permet que ses filles soient nourries en l'idolâtrie, nonobstant les si fréquentes admonitions et recherches faites tant par les colloques que par les synodes , et est arrêté que s'il ne procède avec plus de rigueur contre ledit de Chichilianne en une afiaire où il y va de tout, et si, entre ci et la cène de septembre prochain, M. Magnet, pasteur, n'a fait son devoir, selon la discipline , il sera procédé contre ledit colloque avec la rigueur de la discipline. »

cAbbaye de Malgouvert. Alchimie.

Sorcellerie.

Il existait en Dauphiné une société licencieuse, appelée Abbaye de Malgouvert, qui, outre les joyeux plaisirs et excès de diverses sortes auxquels se livraient ses membres, s^attribuait le droit de mascarade et de charivari. Tacitement reconnue par le pouvoir, elle avait des règlements, délivrait des diplômes et était dirigée par un grand abbé. Les synodes de la province ne cessèrent de s'élever contre cette institution , et prièrent même les premiers commissaires exécuteurs de Tédit de Nantes en Dauphiné de Tabolir. Elle fut supprimée; mais, en dépit de toutes les interdictions, elle renaissait sans cesse de ses cendres. Le synode de Nyons du 25 juin i65o, affligé de cet état de choses, prit un arrêté sévère contre ceux qui participeraient à ses excès. « Sur la demande faite , lit-on dans ses actes , qu'en divers endroits et églises de cette province les abbayes et charivaris continuent au préjudice de nos libertés et détriment de la gloire de Dieu , causant de grands désordres, le synode a ordonné que règlement sera fait sur ces excès , conformément à la discipline, et que les contrevenants seront comminés et même poursuivis jusqu'à suspension de la sainte cène; et, afin que la jeunesse soit retenue dans les limites de son devoir, les pères et mères sont exhortés de faire intervenir leur autorité pour réprimer tels excès et obvier à ces désordres. » Les synodes sévirent également contre les alchimistes et les sorciers. « Sur les plaintes qui ont été faites, lit-on dans ■ les actes du synode de Serre de 1600, qu'au scandale de réglis^ de Nyons M. Félix, ministre en icelle, aurait retiré un certain souffleur et faiseur de savon, permis qu'il ait ^afflé et exercé ses artifices en sa maison, assisté en une

convention passée entre ledit alchimiste et un certain autre, qui voulait apprendre les prétendus secrets dudit souffleur pour la fabrique du savon ; à la convention aurait été contraint Papprenti jurer et signer en sa promesse, portant qu'il n'apprendrait jamais ledit secret, sinon à un sien fils, à peine d'être damné comme Judas*, quoi considéré, ledit sieur Félix a été suspendu pour un mois, pendant lequel et tout promptement se désistera de fréquenter ledit souffleur, et rapportera tout ce qu'il pourra à ce que ladite promesse , portant serment exécrable, sera biffée, eu égard à ce qu'il a pouvoir sur celui au profit duquel elle est faite, et qu'icelui Félix est chargé l'avoir signée -, et a été dit qu'à faute de satisfaire ce que dessus est déclaré dès à présent qu'icelui Félix est déposé du ministère. »

(c Sur la demande, disent encore les actes du synode de Mentoulles de 1612, comment il faut procéder contre ceux qui manient livres de sorcellerie, s'adonnent au mouvement d'aiguillettes et autres sortilèges, a été dit que la discipline y a suffisamment pourvu, et qu'il y faut employer toute sévérité de censurer en cas d'impénitence;... les livres, au surplus, les aiguillettes, fougères et tout ce qui se pourra trouver de telles choses, sera brûlé devant le consistoire d.

Lecteurs et diacres. Vêtements des

pasteurs.

Les synodes provinciaux du Dauphiné eurent aussi à rappeler aux lecteurs et aux diacres leur position subordonnée vis-à-vis des pasteurs et à les. inviter à ne pas entreprendre sur l'autorité de ces derniers. « D'autant, lit-on dans les actes du synode de Saillans de 1644, qu'il a été pris garde que Tarticle du synode tenu à Vinsobres (i635), par lequel il a été enjoint à toutes les églises de la province d'avoir en

leur temple une chaire plus basse que celle du pasteur, de laquelle les lecteurs et diacres &ssent la lecture et les prières publiques , pour obvier aux inconvénients qu'on voit à l'ordinaire s'ensuivre de ce que lesdits lecteurs et diacres montent en la chaire du pasteur, ne s'est point observé en plusieurs églises de cette province, nommément par celles de Grenoble, Die, Montélimar, Gap, Embrun et autres, la compagnie a enjoint aux susdites églises d'observer le susdit règlement, de quoi elles rendront compte au prochain colloque et le colloque au synode, et ordonne que dans iesdites églises on prendra garde à ce^ue les lecteurs n'outre-passent point limite de leur vocation en s'ingérant soit de 'faire des discours au peuple, soit des formulaires de prières qui n'aient au préalable été approuvés par le pasteur de l'église, en laquelle ils écherront les susdites fonctions. »

Jaloux de la dignité des pasteurs et de leurs familles, les synodes avaient soin de rappeler à ceux qui s'en écartaient la nécessité d'une tenue simple et décente. « Les pasteurs, disent les actes du synode du Pont-en-Royans de 1614, professeurs de l'académie et écoliers en théologie se doivent abstenir de tous habits , parements de soie , de porte-rabats et rotondes grandes et petites, souliers à pont-levis, jarretières de demi-taffetas ou à dentelles, roses aux souliers, découpures aux habits, manchettes froncées, cheveux inégalement coupés , frisés et gauffrés; écharpes, passements larges au manteau ou habit, gants garnis de satin , velours , tafietas ou autrement avec broderies , rubans ou passements; robes parées excessivement, comme velours, satin tout le long de la robe; de moustaches relevées artificiellement, bagues au doigt, gants en prêchant, manchons riches, bottes sèches ^ éperons dorés ou argentés , mandilles ; couleurs et livrées au laquais , haut et bas de chausses d'autre couleur que de noir, pourpoints ouverts à manches pendantes, aiguillettes de couleur claire ou attachées au pourpoint;

clinquants au bonnet de nuit, grandes pointes aux coiffes, peignoir ou toilette de satin ou velours avec ornements; aller à la chasse avec Tarquebuse, même mener les demoiselles sous le bras, ceinture de soie ou autre à la nouvelle façon , boutons sur le manteau en plus grand nombre que demi-douzaine. — Les femmes des pasteurs et professeurs ne pourront porter robes, cottes, cotillons ni haubergeons de soie, bas de soie , bandes de cotillon à plus grand nombre de sept , souliers de couleur claire et voyante , le sein ouvert, les cheveux poudrés et frisés, pendants d^oreilles, colliers et carquants de pierreries, chaînes de prix au col, rabats excessivement grands , le masque par la ville (demi - masque de velours noir, le loup), manchons de prix, miroir sur la robe. »

Différends entre pasteurs et églises vidés dans des débats publics.

Les rapports des pasteurs avec leurs églises devenaient quelquefois tendus et donnaient lieu à des explications publiques qui ne manquaient pas de grandeur. Nous en donnons un exemple remarquable , qui montre avec quel sérieux et quelle franchise se traitaient les affaires ecclésiastiques chez les protesjtants. La scène se passe dans le temple de TAlbenc, le 3o mai 1627, en présence des chefs de famille de réglise et à IMssue de la prédication du matin.

(( 1" Proposition. Je supplie l'assemblée, dit le pasteur ^ Abraham Boquin , de me rendre témoignage en toute sincérité et vérité si je me suis rendu indigne du saint ministère jusques à présent par une fausse et erronée doctrine ou par une méchante et scandaleuse vie , ou bien si je suis louable et recevable tant en Tune qu'en l'autre.

» Réponse. La compagnie a répondu qu'il n'y a rien à

redire ni en sa doctrine ni en sa vie et qu'il s^est conduit en fidèle pasteur.

» 2* Proposition. Si, après avoir été leur pasteur 23 ans, à savoir 2 ans demeurant à Saint - Marcellin et 2 1 ans habitant dans TAlbenc; ayant, par la bénédiction de Dieu et conduit de sa Providence, amené Téglise avec beaucoup de labeurs et combats en Tétat auquel elle est, même ayant supporté longtemps la pauvreté dMcelle et dépensé le sien en la servant, s'il est juste et raisonnable que le corps de réglise, ou quelque particulier d'icelle, use, sous quelque prétexte que ce soit, d^ingratitude , de vengeance, de malice et injustice contre lui par conseil clandestin, par suffrage en public ou autre moyen, pour le chasser de Téglise avec mécontentement et avant le temps qu'il désire; requérant qu'un tel homme-, s'il s'en trouve un, soit jugé monopoleux et destructeur de l'église, ennemi de toute piété et justice , duquel il est obligé de procurer la punition par toutes voies légitimes , à cause de l'honneur de son ministère.

» Réponse. La con^agnie a répondu que ni le corps ni aucun ancien ne doit user de vengeance contre son pasteur, et que on ne le veut congédier de l'église avant le temps et que le synode en délibère.

» 3® Proposition. S'il est juste et raisonnable que iceux soient admis à donner leurs voix et suffrages en cette assemblée qui sont suspendus des sacrements , qui sont schismatiques et rebelles au consistoire ou qui ne paient leur cote pour l'entretien du service de Dieu; étant par ce moyen destructeurs de l'église , coupables d'impiété envers Dieu , qui les appelle de sa Parole larrons et maudits , et de haine contre le pasteur qui a procuré leur salut et conversion par des justes repréhensions suivant sa charge, vu qu'on ne peut espérer que mal de telles personnes jusques à ce qu'elles aient fiait leur devoir et produit des fruits de repentance ; car qui ne paie pour ce sujet fait voir à tous par sa procédure

scandaleuse qu'il ne se soucie de l'exercice de la religion ni du service de Dieu.

1» Réponse. A été répondu que sMl y a quelqu'un qui soit suspect, il ne sera pas admis à donner sa voix et suffrage.

» 4* Proposition. S'il n'est pas vrai que , en plein consistoire y le )our de la Pentecôte , le plus relevé et qualifié, parlant au nom de tous, ne m'a pas prié de continuer mon saint ministère entre eux , promettant qu'on ne laisserait de me parfaire mon traitement, quoique quelques-uns fussent défaillants au payement , et qu'on me donnerait jamais mon congé que la larme à l'œil ; en suite desquelles paroles je leur demande s'ils refusent de se servir de mon ministère six mois, un an, deux ans et tant qu'il me plaira, vivant en homme de bien comme j'ai vécu.

» Réponse. A été répondu que l'église se servira de son ministère autant de temps qu'il lui plaira , à la charge qu'il servira ladite église jusques à ce qu'elle soit pourvue d'un autre pasteur par le synode ou colloque , et que ce soit sans dépense à ladite église pour le regard du commissaire qu'il conviendra avoir.

» 5* Proposition. Je les supplie toutefois et quiantes que je serai appelé à une autre église de me donner mon congé et me relâcher et me rendre un témoignage authentique de ma vie et de ma doctrine, en quel temps que ce soit que je les demande. Et pour ce qu'ils appréhendent d'être dépourvus, pour l'amour que je leur porte je m'offre de les servir jusqu'à ce qu'un autre pasteur leur soit donné par le colloque , qui se convoquera dans l'Albenc à la requête de Téglise, en suite de l'ordonnance qui se fera au prochain synode , assigné à Serres au 3 de juin de la présente année 1627. Et les prie tous de considérer la patience des églises qui ont des pasteurs malades trois mois ou qui les perdent par la mort longtemps. avant la tenue du synode, lesquelles ne se ruinent pourtant et prennent patience plusieurs mois.

» Réponse. Il est accordé suivant ce que requis aux conditions ci- devant ^ »

V exercice de la discipline entravé par le

conseil du roi.

^exercice de la discipline fut quelquefois entravé dans la province par Pautorité. Benoît raconte à ce propos* la singulière histoire que voici : « Deux demoiselles , nommées du Soulier et Girard, membres de l'église de Nyons en Dauphiné, s'étant déguisées, se promenèrent en masque dans les rues. Le ministre du lieu, en ayant été averti, prêcha sur ce sujet avec beaucoup de véhémence et désigna ces demoiselles si clairement que son sermon pouvait passer pour une censure publique. Ces personnes fières et emportées ne purent souffrir cet outrage, et , ayant trouvé le ministre dans quelque maison, elles vinrent avec lui des paroles à la violence et lui donnèrent deux soufflets. Le consistoire procéda contre elles, et, sur la difficulté de les réduire à Tobéissance , les plaintes en furent portées au synode , qui se tint à Nyons même le septième de juin 1668. Il y fut rendu contre elles un jugement encore plus sévère que celui du consistoire ; de sorte que , pour éviter la peine dont elles étaient menacées , elles en appelèrent comme d'abus et relevèrent leur appel à la chambre mi-partie de Grenoble. Chion, Dumarché et Bernard, ministres à Gap, Montélimar et Dieulefit , et un procureur de Gap furent assignés et ne voulurent pas comparaître ; de sorte que la chambre rendit arrêt le vingtième de mars 1669, par lequel il était déclaré

(i) Livre du comittoire de Véglite réform, de VAlbenc en Dauphiné. (2) Tome III, 2* part., p. 286 et auiv.

— igo —

qu'il y avait abus aux ordonnances rendues par le consistoire et par le synode, et en conséquence elles étaient cassées, avec tout ce qui s^en était suivi, comme nulles et abusives , et les ministres et leurs consorts étaient condamnés s^x dépens. » Les ministres se pourvurent au conseil du roi, qui rendit son verdict en 1 775. Le clergé s'en était mêlé, et c'est sur ses instances'que le conseil cassa Tarrêt , non pas pour donner raison au consistoire et au synode , mais pour refuser de reconnaître l'autorité légale et la juridiction de ces corps. Le conseil défendit donc aux chambres mi-partie de recevoir des appels comme d'abus de cette sorte , mais permit aux personnes censurées par les consistoires et les s3modes de se pourvoir devant lui par forme de plainte ou de requête. Il retint ainsi l'affiiire des deux demoiselles de Nyons et ordonna aux ministres d'apporter au greflFe du conseil dans deux mois toutes les procédures relatives à cette affaire , afin qu'après les avoir communiquées aux commissaires députés pour les afiaires de la religion, il fût fait droit aux parties. Le conseil rendit son arrêt le 20 février 1676, par lequel il cassa l'ordonnance du synode, sous prétexte qu'elle portait atteinte à la juridiction ordinaire. C'était ôter du même coup aux réformés le droit d'exercer leur discipline.

Jeûnes publics.

Les jeûnes occupaient une place importante dans la vie religieuse des églises réformées. Ils étaient ordonnés par les synodes généraux et provinciaux et même par le^ églises particulières, qui, dans ce cas, devaient prendre l'avis des églises voisines. Toujours célébrés avec une grande solennité, ils étaient ordonnés quand l'église était frappée d'afflictions exceptionnelles , comme la persécution , la guerre , la peste , la famine , les inondations , le relâchement du zèle et

de la piété , Fapostasie , les progrès du vice et de la corruption. C'est ce dernier motif qui porta le synode de Gap de septembre 1669 à ordonner dans la province un jeûne général, dont nous donnons ci-après Y Indiction, car c'est une des rares pièces de ce genre qui soient parvenues jusqu'à nous.

<x Indiction d'un June, faite par les ministres et les anciens des consistoires députés au synode tenu en la ville de Gap en Dauphiné, au mois de septembre 1669 ^

» La corruption étant extrême, non-seulement dans le. monde , mais aussi dans Téglise , où l'on voit que plusieurs personnes, endormies dans une sécurité charnelle et profane^ se laissent aller avec abandonnement à toute sorte de vices et de débauches \ la charité étant d'ailleurs presque univer* seliement refroidie et la piété éteinte, le service de Dieu négligé , ses jours de repos profanés , sa Parole et ses exhortations négligées, ses mystères moqués, la religion mise dans une espèce d'indifférence et les lois de sa discipline foulées aux pieds ; c'est à cause de tout cela que la colère de Dieu est allumée et que sa justice se révèle visiblement sur nos iniquités , nous ayant châtiés en plusieurs sortes, jusques à frapper la terre des anathèmes de son ciel par des grêles , des tempêtes et des ravines d'eau, qui l'ont désolée en divers quartiers de cette province et qui ont réduit par ce moyen un grand nombre de familles à des extrémités affligeantes. Cependant c'est un sujet de grande douleur aux gens de bien de voir que la plupart des hommes demeurent insensibles aux verges de Dieu, et qu'au milieu même des coups dont sa main les frappe il s'en trouve si peu qui affligent

(i) A Die par Jaques Fiquel Imprimeur de TAcadémie. M.DG.LXX. 3 piges in-4».

leur âme et qui s'étudient à rompre le cours de leurs péchés. » Cest pourquoi la compagnie, après avoir déploré cette grande dépravation, a jugé que le moyen le plus assuré pour détourner de nous les fléaux dont Dieu continue à nous visiter et ceux dont il nous menace , est de les prévenir par notre repentance et par la sanctification de nos âmes à son obéissance; et comme le jeûne est un aide très-propre à' produire cet effet , elle a ordonné qu'il en sera célébré un solennel en chacune des églises de cette province le dernier dimanche du mois d'avril prochain , auquel tous les fidèles sont exhortés de donner gloire à Dieu par la confession sincère qu'ils lui feront de leurs péchés, par l'humiliation profonde de leurs corps et de leurs esprits devant sa majesté adorable; et dans ce dessein elle les exhorte très-pressamment à lui sanctifier extraordinairement ce jour et de ne l'employer qu'aux choses qui regardent son service, à l'ouïe, à la lecture , à la méditation de sa Parole , au chant de ses louanges, à l'invocation de son saint nom, et à lui présenter leurs vœux et leurs actions de grâces en l'assemblée de ses saints. Elle leur recommande aussi étroitement Texercice de toute sorte d'actions de foi et de charité pour lui témoigner par de bons effets quelque reconnaissance du support qu'il a eu pour nous jusques ici; afin que ce bon Dieu, flairant une odeur suave de nos sacrifices spirituels , soit apaisé à nos injustices et que, se rendant propice à nos vœux, il verse ses bénédictions les plus précieuses sur la personne sacrée de ce grand et invincible monarque qu'il nous a donné et sur son État; qu'il fasse fleurir la paix entre ses sujets ; que dans cette paix il fasse trouver la sienne à Sion ; qu'il comble de toutes ses faveurs les églises de cette province et tous les membres dont elles sont composées , afin que sous une domination si glorieuse nous menions une vie paisible en toute piété et honnêteté , à notre salut commun et à la plus grande gloire du Seigneur. »

Le sjmode de Nyons de 1675 ordonna un jeûne semblable pour les mêmes motifs (Article du synode de Dauphiné , tenu à Nyons le 14 septembre et jours suivans de Tannée 1675, touchant la réformation des mœurs, et Tindiction d'un

/une. A Die, par Jaques Fiquel, imprimeur de l'Académie

M.DC.LXXV, 4 pag. in-4'').

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