III. - HISTOIRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
Collèges y Ecoles y Académie.
Les églises réformées ont toujours attaché le plus grand prix à rinstruction du peuple, cet auxiliaire obligé de la moralité publique. Le fait qu^elles fondaient leur foi sur un livre les obligeait déjà à répandre largement l'instruction , et le libre examen, dont elles usaient pour parvenir à la connaissance de la vérité révélée, leur en faisait une loi impérieuse. Chaque protestant pouvait ainsi se former des convictions personnelles, et nul n'avait le droit de prétexter que sa foi fût le fruit de l'ignorance ou de la contrainte.
Les protestants du Dauphiné ne restèrent pas en arrière de leurs frères des autres provinces du royaume sous le rapport de l'instruction publique. Avant la promulgation de l'édit de Nantes, ils avaient deux collèges, l'un à Montélimar et l'autre à Die , où l'on enseignait les humanités ;; et après l'édit ils en fondèrent un troisième à Embrun, qui sollicita une subvention du synode général de Vitré de 1 6 1 7, par l'intermédiaire du synode de Nyons, tenu la même année.
Chaque église avait un régent ou maître d'école pour enseigner la lecture et le calcul aux enfants, et dans les centres d'une certaine importance il y avait un second régent qui pouvait apprendre les éléments du latin. C'était notamment le cas à Gap'. Les régents ordinaires, au commen-
(i) Charronnbt, p. 340-343.
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cernent du XVI P siècle, touchaient environ 5o livres par an, qui furent peu à peu portées à loo et 200 livres, auxquelles s'ajoutait la rétribution des élèves riches , généralement peu nombreux. Le traitement fixe du régent était fait par le consistoire. C'était à peu de chose près l'instruction gratuite. Les régents capables d'enseigner les rudiments du latin touchaient de 120 à 140 livres par an du consistoire, et chaque élève leur payait en sus 10 ou i5 sous par mois.
Le Dauphiné, plus privilégié que d'autres provinces, possédait une académie à Die, où l'on enseignait l'éloquence, la philosophie et la théologie. Établie en 1604, en vertu de lettres patentes d'Henri IV, elle subsista avec gloire pendant 80 ans et vit se succéder dans ses chaires 6 professeurs de théologie, 5 professeurs d'hébreu, 12 professeurs de philosophie et 6 professeurs d'éloquence. Le nombre de ses élèves , en comptant ceux du collège classique qui lui était annexé, variait entre 1 20 et 140. Plusieurs de ses professeurs ont écrit et sont justement célèbres. Parmi les professeurs de théologie nous nommerons comme les plus distingués Blanc, Sharp et Crégut, et parmi les professeurs de philosophie Steck, Le Fèvre, de Rodon et Terrissc. L'académie avait un imprimeur, un libraire , un scribe , un professeur de musique et un professeur de peinture. L'imprimerie jeta un certain lustre par ses publications. Nous avons retrouvé près de 5o de ces dernières. Les types ne sont pas nets , mais le texte est fort pur. Le plus célèbre des imprimeurs fut Ezéchîel Benoît, qui exerça ses fonctions * pendant quarante-quatre ans, de 16 16 à 1662.
L'académie de Die n*a pas joué un rôle exceptionnel dans l'histoire générale des protestants de France et ses professeurs n'ont pas été directement engagés dans les grandes querelles théologiques de l'époque, mais ils en Jurent quel-.
quefois les arbitres et s^attachèrent de préférence à former d^habiles controversistes et des pasteurs fidèles et pieux ' .
Trotestants dauphinois qui se sont fait un nom par leurs écrits ou autrement.
Les pasteurs du Dauphiné qui ont laissé des écrits sont assez nombreux. Voici leurs noms par ordre alphabétique : Aymin, Agard, Appais, Barbier, Burlamachi, de Bouteroue , Bacuet , Boule , Balcet, de Colignon, Caille, Cresson, Crespe , Chalier, Cholier, Charnier Daniel (le grand), Chamier Daniel (le petit-fils), Eustache, d^Espagne (Jean), Martinet, Martin, Murât (Pierre), Alexis, Guérin (François), Gautier, de Joux (Benjamm), de La Paye (Jean), Petit, Pastor, Perrin , de Pineton (Jacques), sieur de Chambrun , Rollin, de Serres (Jean), Uguet, de Vinay (Alexandre), Vigne, d'Yze, etc.
On trouvera plus loin une courte notice sur ces pasteurs. Nous nommerons à côté d^eux les laïques Gentillet , Calignon (Soffirey) et Vulson, conseillers à la chambre de Tédit, auteurs d^ouvrages de droit estimés -, Bonnefoy, né à Chabeuil en 1 536, professeur de droit à l'université de Valence, puis à Genève après la Saint- Barthélémy*, Rigaud, poète et marchand de la ville de Crest -, Terrasson , médecin de Die; de Passis, savant médecin de Crest-, Claude de Lange, avocat au parlement de Grenoble \ Bamaud , médecin de Crest -, tous auteurs d'ouvrages plus ou moins importants.
(i) Voy. nos opuscules : Hist de Vacad, de Die; Notice histor, et bibliog. sur les, imprim, de Vacad, de Die ; Notice hittor. et bibl. sur les controverses rélig, en Dauphiné; Notice sur de Rodon, prof, de philos, à Die, Orange, Nîmes et Genève.
— ^97 — Pour être complet, nous donnons la liste des protestants dauphinois qui se sont fait un nom dans la république des lettres ou autrement en dehors de leur province, tant au XVP qu'au XVIP siècle :
Allemand (Louis- Auguste) , né à Grenoble en 1643, avocat au parlement de cette ville, puis docteur en médecine, abjura en iSyô et s'établit à Paris, où il fit imprimer divers ouvrages relatifs à la grammaire et à la médecine ; mort en 1 728 à Grenoble.
Aymon (Jean), né à Romans en i65i de parents catholiques, docteur en droit, aumônier de de Mazet, évêque de Maurienne, se convertit au protestantisme et mourut pasteur à La Haye ; auteur du célèbre recueil : Tous les synodes nationaux,
Balde (Hyacinthe), surnommé Bellecour, né à Grenoble,
moine converti, pasteur à Nîmes en i65o; retourna au
catholicisme et publia un poème en l'honneur de Louis XIV.
Chapot (Pierre), né à ..., savant correcteur d'imprimerie,
brûlé vif sur la place Maubert à Paris, en 1546.
De Bocsozel (Pierre), sieur de Chastelard, né à ..., célèbre par sa passion malheureuse pour Marie Stuart -, décapité en
Châteillon (Sébastien), plus connu sous le nom de Castalion, né dans les montagnes du Dauphiné vers 1 5 1 5, mort à Bâle en 1 563 \ savant philologue. Farel (Guillaume), le réformateur, hé à Gap en 1489. Froment (Antoine), né dans le Trièves vers i5io, l'un des quatre réformateurs de la Suisse française.
Joubert (Laurent), né à Valence en 1529, établi à Montpellier; grand médecin.
La Boissière (Claude de), né à ..., gentilhomme converti au protestantisme , pasteur à Saintes.
La Grange (Pérégrin de), né à Chatte , près Saint-Marceliin, pasteur à Valenciennes en i566, martyrisé en 1567.
Loque (Bertrand de), né dans le Ghampsaur, pasteur à Casteijaloux en Guienne; savant théologien.
Massard (Jacques), né à ..., médecin de renom, établi à Grenoble.
Merlin (Jean- Raymond), dit Mouroy ou Macroy, né à Romans au commencement du XVP siècle, savant pasteur de Genève.
Pe5rroi (Daniel), né à Die, Jésuite converti, pasteur à Montpellier en i6o3 et à Nîmes en i63o, où il professa la théologie; habile controversiste.
Saunier (Antoine), né à Moirans, compagnon de Farel, pasteur et recteur des écoles à Genève en 1 635.
Savoye (Daniel), né à Grenoble en 1644, peintre de mérite , mort à Erlangen en 1716.
Veilheux (Charles de), ancien conseiller au parlement de Grenoble, converti au protestantisme, pasteur à Nîmes et à Orange.
Vulson de La Colombière (Marc), connu comme héraldiste \
Les protestants dauphinois célèbres dont les noms suivent appartiennent au refuge : Achard , Baratier, Bernard , Borrel, les deux Clément, Dumont, Eynard, Fazy, Fleureton. Lombard, Odier, Patras, Porte, Portefais, Rejmier, Roman, Roux, Terras et les deux Saurin. Nous disons quelques mots de*chacun d^eux dans le volume suivant, à l'article des réfugiés dauphinois.
(i) Voy. Guy Allard, La biblioth, du Dauphiné; — Charvet, Biblioth. du Dauphiné; — Ad. Rochas, Biographie du Dauph,; — Haag, La France protestante; — Nos opuscules cités plus haut