IV. - HISTOIRE DES SYNODES PROVINCIAUX
Les synodes provinciaux du Dauphiné, qui s'étaient tenus de loin en loin pendant les guerres de religion du XVP siècle, se réunirent régulièrement chaque année à partir de la promulgation de Tédit de Nantes. Le premier qui s'assembla après le célèbre édit fut celui de Grenoble (4 août 1598). Il arrêta les règlements qui devaient servir désormais à la tenue de ces assemblées. En voici l'analyse.
Le ministre qui avait présidé le synode précédent, et, en son absence , le pasteur de l'église où était réuni le synode , commençait par recueillir les voix des pasteurs et des anciens pour la nomination du président définitif. Il procédait de la façon suivante. Il allait de place en place et inscrivait le nom du pasteur que chaque député lui proposait à voix basse. Quand le tour de consultation était fini et la liste des candidats communiquée au synode, le pasteur porté le premier sur la liste sortait en désignant à voix basse au président provisoire celui de ses collègues de la même liste à qui il donnait sa voix. Le second pasteur inscrit sortait* à son tour, en désignant également un de ses collègues de la liste , et ainsi des autres jusqu'à ce que l'un de ceux qui étaient sortis eût réuni la pluralité des voix. C'était une élection à deux degrés. Le pasteur ainsi nommé était proclamé modérateur, et on lui donnait pour adjoint soit le modérateur du précédent synode , soit celui des candidats qui avait eu le plus de voix après lui. On nommait ensuite deux secrétaires , l'un pasteur et l'autre ancien. Ils devaient être autant que possible perpétuels, mais « pourtant confirmés de synode en synode ».
Le secrétaire-pasteur devait se procurer, par Tintermédiaire des secrétaires des colloques, la liste exacte des députés synodaux, soit anciens, soit pasteurs, afin que les absences pussent être constatées et excusées ou blâmées.
Les députés du colloque qui avait convoqué le synode étaient assis au premier rang et opinaient les premiers. Au synode suivant ils étaient assis les derniers et opinaient les derniers-, puis venaient les députés du colloque inscrit au second rang, lesquels s^asseyaient à leur tour à la dernière place au synode suivant, et ainsi de suite. Le rang des colloques fut fixé de la manière suivante au synode constituant de Grenoble : i . colloque du Viennois , 2 . du Grésivaudan, 3. du • Valentinois , 4. des Baronnies, 5. de TEmbrunais, 6. du Gapençais, 7. du Diois, 8. du Valcluson ou Pragela.
S'il était nécessaire que le synode se réunît une seconde fois pendant Pannée , sa convocation était faite par le même colloque , et , pour éviter des déplacements trop nombreux , ce synode extraordinaire se composait seulement d' un pasteur et d'un ancien par colloque. C'est ce qu'on appelait une « assemblée synodale par députés ».
Les députés étaient convoqués un mois à l'avance par l'intermédiaire de leur colloque respectif. Le lieu et la date du synode étaient laissés au choix du colloque qui faisait la convocation, mais autant que possible celui-ci devait prendre un jour des mois de mai ou de juin.
Le rang des pasteurs dans la députation était établi <c selon le temps de leur réception au ministère , non selon leur âge y>.
Le modérateur adjomt opinait le premier; après lui venait le secrétaire, puis les ministres du colloque, assis au premier rang ; <( après lesquels , ajoute le règlement , parleront tous les anciens dudit colloque et ainsi des autres selon leur rang ».
Pour qu'aucun étranger ne se glissât parmi les députés , ceux-ci avaient des « marques », quMls devaient déposer en entrant dans la salle du synode entre les mains d'un portier, prêté par l'église où était réunie l'assemblée.
Les proposants en théologie assistaient aux séances du synode, mais seulement avec voix consultative.
Pou r ce qui est de Tordre des séances , le voici d'après le texte nnême des règlements :
« Pour entrer en action... on lira toutes les lettres adressantes au S3niode; que s'il échoit réponse à quelqu'une d'icelles, sera nommé quelqu'un qui aura charge de la faire pour la lire avant la fin du synode.
» Après cela, s'il y a des étrangers qui aient quelque chose à proposer, seront ouïs et dépêchés.
D Puis seront tous les errements* du précédent synode lus et examinés.
» Après lesquels on videra les appellations des colloques , s'il y en a... Pour juger lesdites appellations, le colloque dont on appellera sortira , tant les pasteurs que les anciens, pour ce qu'ils ont jà jugé.
» Après les appellations seront proposés les faits généraux, puis les faits particuliers...
» Après" toutes ces affaires vidées, s'il est besoin de faire département de quelque somme de deniers sur les églises du synode pour les nécessités des églises et assistance des ministres qui , par vieillesse ou maladie , ne peuvent exercer leur charge, ou des veuves ou orphelins des ministres délaissés en pauvreté, pour faire ledit département seront nommés un pasteur et un député de chacun colloque , qui le
(i) Cest-à-dire le dernier état des affaires traitées par le précédent synode, j le point où on les avait laissées.
feront sur la tarif, qui, pour ce, sera dressée pour la part et portion de chacun colloque.
» De là on viendra à faire la distribution des églises à pourvoir et des pasteurs qui sont en liberté , pour être les uns et les autres pourvus selon qu^on verra être expédient.
» Pour la fin on nommera le colloque qui aura la charge de convoquer le prochain synode et deux pasteurs pour, un au défaut de l'autre, faire le prêche à l'entrée du synode; même ne sera point en la liberté du pasteur de l'église où le synode se tient de faire durant ledit s3mode prêcher qui bon lui semblera ; mais seront nommés par le synode ceux qui seront trouvés propres et pour autant de fois que le porte l'ordre établi en ladite église. »
Le dernier article (XXVP) des règlements stipule que les députés ne pouvaient se retirer avant la fin du synode sans de bonnes raisons et un congé régulier.
Les provii^ces avoisinant le Dauphiné avaient l'habitude d'envoyer des députés à ses synodes , notamment la Provence, le Vivarais et le Languedoc. Les vallées vaudoises du Piémont s'y faisaient aussi représenter. Le Dauphiné à son tour députait un ou plusieurs de ses pasteurs aux synodes de ces provinces.
Les procès-verbaux in extenso des synodes du Dauphiné de 1600 à 161 5 furent transcrits avec un soin minutieux par Jean de Saignes, pasteur à Beaufort, en vertu d'une ordonnance dû synode de Mens de 161 5. Il présenta son travail au synode de Dieulefit de 1 6 1 6, qui le loua de son zèle, et il le continua jusqu'en 1620. Ce précieux manuscrit, dont il existe une bonne et récente copie aux archives départementales de la Drôme, est entre les mains de M. de Lamorte - Félines , ancien juge de paix à Die. Plus tard Ch. Guyon], pasteur à Bourdeaux, sur l'ordre du synode
de Laragne de i65i, transcrivit les ordonnances les plus importantes des synodes du Dauphiné de 1697 à i65i, et présenta son recueil au synode de Die de i652, qui y donna son approbation, en décidant qu^une copie en serait faite pour chacun des huit colloques de la province. Une de ces copies, la seule que nous connaissions, est à la bibliothèque publique de Genève et a été continuée jusqu^en i658.
Les matières générales qui reviennent le plus fréquemment dans ces recueils , sont : réprimande des églises qui ne paient pas régulièrement les états de leurs pasteurs , censure des parents qui envoient leurs enfants chez les Jésuites et autres maîtres catholiques , invitation aux pasteurs d'étudier les controverses entre les luthériens et les calvinistes , recommandation aux églises de tenir une note exacte des événements les plus importants arrivés dans leur circonscription , requêtes aux commissaires exécuteurs de Tédit de Nantes demandant Tinterdiaion des a confréries et abbayes de Malgouvert et autres telles dissolutions , mascarades et danses publiques », cahiers de plaintes adressées au roi par rintermédiaire des synodes nationaux ou des députés généraux en cour, constructions de temples , secours aux églises pauvres, jugement des différends survenus entre les pasteurs et les consistoires et entre les pasteurs eux-mêmes , défense de s^occuper de sorcellerie et d^alchimie , outrages faits aux pasteurs par les catholiques , etc., etc. .
Le synode était le rouage essentiel de la vie ecclésiastique provinciale , le lien qui , unissant les églises entre elles , en formait un faisceau compact et développait dans leur sein le sentiment de la solidarité. Les pasteurs trouvaient dans les réunions synodales l'occasion de se connaître, de s'édifier, de s'instruire, et ils retournaient dans leurs églises mieux disposés à remplir les austères devoirs de leur charge et à soutenir les luttes de leurs adversaires. D'après la discipline ecclésiastique, tous les pasteurs de la
province étaient tenus d'assister au synode provincial, et chaque église devait y députer un ancien. Le synode du Dauphiné , auquel ressortissaient 60 à 70 pasteurs , se composait donc au maximum de 120 à 140 députés; mais il n'atteignait jamais ce chiSre à cause des circonstances imprévues, qui, chaque année, retenaient chez eux un certain nombre de députés, soit pasteurs, soit anciens. Bien souvent aussi les églises ne se faisaient pas représenter, faute d'avoir les fonds nécessaires pour subvenir aux dépenses des députés.
Nous donnons en terminant la liste des synodes tenus en Dauphiné pendant la période de l'édit de Nantes :
Grenoble, 4 août iSgS.
Montélimar, i5 mai iSgg.
Serres, i*'jum 1600.
Nyons, 3 avril 1601.
Grenoble, 11 juin 1602.
Embrun, 21 juillet i6o3.
Die, i5 juin 1604.
Grenoble, 2 mars i6o5.
Saint-Marcellin, 11 avr. 1606.
Montélimar, 21 juin^ 1607.
Orpierre, 4 juin 1608.
Saint-Paul-trois-Châteaux, 24
mars 1609.
Embrun, 17 juin 1610. Veynes, 25 avril* 161 1.
MentouUes, i5 août 161 2.
Die, 25 avril 161 3.
Pont-en-Royans, 9 juil. 16 14.
Loriol, II novembre 16 14.
Mens, 7 mai i6i5.
Dieulefit, 9 juin 16 16.
Nyons, 6 avril 16 17.
Embrun, 14 juin 1618.
Gap, 3o mai 1619.
Briançon, 18 juin 1620.
Die, 14 janvier 5 1621, Pont - en - Royans , 1 8 juin
La Mure, 5 juillet 1623.
Saint-Paul-trois-Châteaux , 1 1
juin 1625*.
Embrun, 17 juin 1626.
(1) Ailleurs 19 juin.
(2) Ailleurs 16 avril.
(3) Ailleurs 26 juin.
(4} Il n'y eut pas de synode en 1624, à cause des troubles de l*époque.
Serres^ 4 juin 1627.
Die, 7 mars i63o*.
Pont-en-Royans, 9 juil. i63i.
Pragela, 10 juin i632.
Coq)s, 14 juillet i633. Montélimar, 2 août 1634.
Vinsobres, 20 juin i635.' Embrun, 28 mai i636.
Orpierre, 29 avril 1637.
Die, 27 juin i638.
L'Albenc, 2 novembre ii539.
Grenoble, 17 septembre* 1640.
Dieulefit, 6 juin 1641.
Nyons, i5 août 1642.
Serres, 12 août 1643.
Saillans, 24 août 1644.
Fenestrelles , 2 1 mai « 1 645 .
GuiUestre, 28 avril 1646.
Pont - en - Royans , 26 juin
Mens, 18 juin 1648.
Livron, 17 juin 1649.
Nyons, 25 juin i65o.
Laragne, 21 juin i65i.
Die, 6 juin i652.
Fenestrelles, 28 juin i653.
Embrun, 19 septembre 1654.
L'Albenc, i5 septembre i655.
La Mure, 20 septemb.* i656.
Montélimar, 16 juin 1657.
Saint- Paul-trois-Châteaux, 18
septembre i658.
Pont-en-Royans, 10 mai 1659.
Veynes, 17 septembre 1659.
Die, 19 mai i66i5.
Embrun, 16 septembre 1662.
Pont-en-Royans, 25 juil. i663.
Corps, 7 mai 1664.
Montélimar, 20 octobre i665.
Grenoble, i*' décembre 1666.
Dieulefit, 5 octobre^ 1667.
Nyons, 6 juin 1668.
Gap, septembre 1669.
Châtillon, i" octobre 1670.
Embrun 1671.
Châteaudouble, i5 septembre
Mens, j6 septembre 7 1673.
Crest, 16 septembre 1674.
Nyons , 1 4 septembre 1 675 .
Serres, i5 septembre 1677.
(0 Point de synode en 1628 et 1629, à cause des troubles.
(2) Ailleurs 1 2 septembre.
(3) Ailleurs 28 avril.
(4) Ailleurs 22 août.
(^) Le synode convoqué à Die pour le 23 juin 1660 ne put avoir lieu, le ''0' ayant défendu par une lettre de cachet aux députés de s'y rendre.
<fO ailleurs 1 1 octobre.
^7^ ailleurs 10 septembre.
Die^ 24 octobre 1678.
Embrun 1679-
Saint - Marceiiin , 1682I.
25 avril
(i) Nous avons de bonnes raisons de croire que le synode provincial du Dauphinéy vu les troubles qui régnèrent dans la province en i683, ne se réunit plus.