V. - HISTOIRE DES FINANCES
Henri IV avait affeaé par son édit de Nantes une somme de 45,000 écus, prise sur un certain nombre de recettes royales du royaume, à Tentretien des ministres réformés (c'est ce qu'on appelait les deniers d'octroi du roi}; mais il n'assigna pas toujours la subvention promise sur ses plus clairs deniers , de telle sorte que les églises durent en réclamer plusieurs fois le paiement. Le 20 juin 1600 elles cons-' tatèrent que, pour les trois derniers quartiers de Tannée i5g8, elles n'avaient reçu que 5,020 écus. En 1611 Louis XIII éleva la subvention de 45,000 écus à 60,000, puis à 75,000. Mais Ducandal , a commis à la recette des deniers octroyés par le roi aux églises réformées , » ne put se faire délivrer de bonnes assignations, et les églises réformées, malgré leurs réclamations réitérées , ne touchèrent annuellement qu'une partie des sommes promises. L'assemblée politique générale de La Rochelle de mai 1 62 1 constatait que les gages des ministres étaient retenus depuis 1 8 mois. A partir de 1627, ^^^ ^^ touchèrent plus aucune sommé, et si en i63i Louis XIII leur accorda par exception 60,000 livres pour leurs académies et leurs collèges, il leur fit signifier par son commissaire que c'était aux fidèles seuls à subvenir aux besoins des pasteurs.
Lors même que les 76,000 écus du roi eussent été payés intégralement à ces derniers, la part afférente à chacun d'eux n'aurait pu suffire à leur entretien, car ils étaient 7 à 800 en France , et une portion assez considérable de cette somme était employée par les synodes nationaux à l'entretien des académies et des collèges. I^ reste du traitement ou des
états des pasteurs , comme on disait alors, était fait en Dauphiné au moyen de cotisations annuelles , que s'imposaient les membres des églises , et du revenu des donatigns ou legs affectés à cet usage par des fidèles pieux. Un assez grand nombre de membres de Téglise , pour n'avoir pas à verser chaque année leurs cotisations, préféraient les capitaliser pour le nombre approximatif d'années qu'ils croyaient avoir à vivre, et les payaient en une seule fois.
Les cotisations étant devenues peu à peu d'un recouvrement difficile, les synodes obligèrent les souscripteurs à s'engager par-devant notaire à les payer.
Malgré ces mesures, et en dépit des censures et des excommunications dont ils étaient les objets , bon nombre de gens tenaient mal leurs promesses , de telle sorte que les pasteurs demeuraient quelquefois une , deux et trois années sans toucher tout ou partie de leurs états. Quelques-uns d'eux, moins patients que les autres, en arrivèrent jusqu'à assigner leur consistoire devant la chambre de l'édit de Grenoble , mais ils en furent vivement repris par le synode provincial. « Sur la remontrance faite par le colloque des Baronnies, lit-on dans les actes du synode de Corps de i633, que plusieurs pasteurs pour leur payement tirent leurs églises en justice, a été dît que nul pasteur ne se pourra pourvoir en justice pour raison de ce qu'au préalable il n'ait amiablement essayé les voies ecclésiastiques, sous peine d'être grièvement censuré. » La plus rigoureuse de ces voies ecclésiastiques consistait à priver une église du ministère et à l'excommunier. Ainsi l'église de Grenoble demeura quelque temps sans .pasteur et fut exclue de la cène par le synode d'Embrun de 1606, parce qu'elle n'avait pas payé les états du pasteur Caille.
Ces voies , quelque rigoureuses qu'elles fussent , ne suffirent pas toujours pour décider les églises à s'acquitter de leurs obligations envers leurs pasteurs , et ceux-ci durent de
nouveau se pourvoir en justice pour obtenir satisfaction. Cest ainsi que la chambre de Tédit de Grenoble désigna en 1642 le conseiller Abel de Calignon pour « taxer les dépens dus à Jean Bonnet, pasteur, par les habitants de Saint- Dizier ses coreligionnaires », et permit en 1647 au même pasteur « de continuer ses exécutions contre Jean de Genton, en qualité d'ancien en Téglise réformée de Tallard , pour le paiement des sommes dues par les habitants non catholiques de ce lieu d.
Les anciens du consistoire eux-mêmes furent quelquefois obligés de recourir à la chambre de l'édit pour obtenirJa restitution des avances qu^ils avaient faites pour les églises. Ainsi un arrêt de cette chambre de 1 660 obligea « le s}mdic des habitants de Veynes à payer à Daniel Masseron les , sommes dues pour dépenses par lui faites comme député du consistoire de ce lieu aux colloques et synodes tenus à Orpierre , à Serres , à Dieulefit et à Saint-Paul-trois-Châteaux D, mais « sous Tinjonction imposée à ce dernier de répondre aux écritures de Jacques de Maffé au sujet de ses demandes' ».
Il &ut dire, à la louange des églises du Dauphiné, que, lorsqu'elles furent stimulées par le spectacle de quelque grande infortune, elles donnèrent largement. Ainsi, ayant appris que le duc de Savoie Charles-Emmanuel venait, par son édit du 12 juin 1602, d'ordonner aux Vaudois du marquisat de Saluées a d^embrasser la foi catholique en moins de quinze jours ou de sortir de ses états, et de vendre leurs biens, sous peine de confiscation et de mort », elles firent tenir aux malheureux fugitifs la somme de 2,253 livres 9 sols. En 1607 elles secoururent .aussi eflBicacement des protestants condamnés aux galères pour fait de religion,
(1) Arch. dép. de PIsère, B. 817, 870, io35 (Inventaire).