‹ Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 28 sur 96 · Beaurepaire et Roy bon · texte numérisé non relu

Beaurepaire et Roy bon

L'église de Beaurepaire fit d'abord partie du colloque de Grésivaudan, mais en i6o5 elle fut adjointe à celui de Viennois, pour le renforcer. Quant à l'église de Roybon, qui avait eu des pasteurs en propre avant 1602, elle fut réunie à cette date à celle de Beaurepaire, parce qu'elle ne pouvait à elle seule entretenir un pasteur. Depuis cette époque, et suivant une coutume des églises réformées , le pasteur demeura alternativement dans les deux localités.

Les commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes publièrent solennellement cet édit le 2 1 novembre 1 599 à Beaurepaire, dans la maison de Jacques Barrin, sieur de La Croix, et en firent jurer l'observation tant aux catholiques qu'aux protestants. Ces derniers furent représentés par M.'* de Sables. Les commissaires ordonnèrent ensuite que les pro-

testants exerceraient leur religion à Beaurepaire, choisi comme 3* lieu du bailliage de Viennois*, mais seulement au faubourg de Dcronne; qu'ils construiraient leur temple sur remplacement de la maison des héritiers de Humbert Béraud , mais que Pédifice n'aurait ni porte ni fenêtre sur la rue, « pour éviter toute occasion de trouble » ; qu'en attendant les protestants s'assembleraient dans la maison de Jean Volât, située au même feubourg; qu'un cimetière acheté à frais coomiuns par la communauté leur serait affecté, et qu'ils ne seraient « astreints ni sujets à l'abbaye de Maugouvert ni charivaris ». Les commissaires décidèrent en outre que le conseil général choisirait à son gré le seul consul de Beaurepaire dans l'une ou l'autre religion*, que le conseil particulier compterait au moins 3 protestants et que chaque religion paierait son pédagogue. .

' Les protestants du colloque de Viennois demandèrent aux commissaires exécuteurs de 1614 que l'exercice de la religion réformée se fît à Beaurepaire, non point en tant que lieu de bailliage , comme l'avaient ordonné les commissaires de 1599, mais parce que ledit exercice s'était fait dans cette localité publiquement jusqu'au mois de septembre iSyy. Les commissaires décidèrent le 26 avril que les parties établiraient les feits, « tant par actes que par témoins, par-devant deux gradués , l'un de la religion catholique et l'autre de la religion réformée ». L'affaire ayant été portée devant les commissaires de 1664, le commissaire protestant, s'en référant à l'ordonnance de 1 599, maintint l'exercice à Beaurepaire comme 3* lieu dn bailliage de Viennois , tandis que le

(i) L*édit de Nante4(art. secrets, N." 6) accorda par exception trois nouveaux lieux d'exercice dans le bailliage de Viennois à cause de son étendue. Ce furent : Saint- Marcellin , i" lieu; Romam, 2% et Beaurepaire y 3', Le synode de Grenoble de i6o3, trouvant ce nombre encore insuffisant, pria le roi de l'élever; mais il ne fut point écouté.

commissaire catholique demanda la suppression de cet exercice. Le procès-verbal de partage fut envoyé au conseil du roi, qui ne paraît pas avoir rendu de jugement.

Quant à Roybon , Texercice y fut condamné par les commissaires de 1664. Mais les protestants continuèrent à s^assembler sans pasteur le dimanche dans les maisons de Théophile et Matthieu Joubert, sous la présidence d'Elie Pascal (i665). Ces assemblées comptèrent jusqu'à cent personnes. Les baptêmes étaient faits par les pasteurs de Saint-Marcellin et du Pont-en-Royans. Les protestants montraient d'ailleurs du. courage, car ils chantaient les psaumes dans les maisons et dans les rues, assistaient au nombre de plus de seize aux enterrements et ne saluaient pas le saint-sacrement à une distance de quarante pas'. Le parlement de Grenoble ne tarda pas à le leur interdire. Le temple de Roybon fut démoli par arrêt du conseil jdu roi avant 1682.

Les annexes de Beaurepaire et Roybon étaient La Côte- Saint-André, Hiéres (canton de Grémieu), Chatonay (canton de Saint- Jean- de- Bournay) et Bressieux (canton de Saint-Etienne-de-Saint-Geoire) .

L'église de La Côte-Saint- André , qui rentrait dans la catégorie de celles qui, d'après l'édit de Nantes, avaient le droit d'exercice, fit des démarches en 1607 pour en jouir. Mais un arrêt du conseil du. roi du 10 décembre 1609 ^^^ permit seulement « de s'assembler pour faire les prières publiques et baptiser les enfants, sans prédication ». Le synode provincial d'Embrun, en ayant été avisé, prit la délibération suivante : « A été dit que les députés de cette compagnie à M . le maréchal [ des Diguières ] seront chargés en leurs mémoires de lui représenter que ladite permission est entièrement infructueuse et contre la liberté de l'exercice

(0 Arch. départem. de la Drôme, D. 71.

octroyé par Tédit ; considéré que par la discipline on ne peut administrer le saint baptême sans prédication , à ce qu^il lui plaise dMnterposer son autorité pour le bien dudit affaire ; et néanmoins on écrira à MM. les députés généraux de se pourvoir en conseil privé de Sa Majesté contre ledit arrêt pour obtenir que ledit exercice soit établi avec la liberté requise. » Le conseil du roi n^eut pas égard à la requête et fit « très-expresses inhibitions et défenses aux demandeurs de faire aucun exercice public de ladite R. P. R. » Néanmoins, pour certaines considérations, il leur « permettait de &ire les prières et baptêmes en cas de nécessité dans telles des maisons particulières de ladite ville qu'ils aviseront et pour les habitants de ladite ville tant seulement. » Les commissaires de 1614, confirmant cette décision, ordonnèrent le 20 avril qu'il serait défendu aux habitants réformés de La Côte <c d'admettre ni de recevoir en leurs assemblées aucuns étrangers et habitans hors dudit lieu , excepté les parrains et marraines qui serviront aux baptêmes ». Les commissaires de 1664 condamnèrent également l'exercice à La Cote et permirent simplement aux réformés de faire des prières particulières et des baptêmes dans telle maison qui leur serait indiquée , conformément à l'arrêt du conseil du roi du 10 décembre 1 60g. Le parlement de Grenoble, ayant été informé que les protestants de La Côte avaient acheté une maison en commun, où ils célébraient leur culte, sans toutefois le faire présider par un pasteur, et que les protestants de Roybon , dont le temple avait été démoli par ordre du conseil , se disposaient à s'établir à La Côte pour profiter de ce culte, fit, le 7 mars 1682, très-expresses inhibitions et défenses « à tous ministres et autres personnes tant de l'un que de l'autre sexe de la R. P. R. de faire aucun exercice de ladite religion dans le lieu de La Côte-Saint- André ».

Quant à l'annexe d'Hiéres, les commissaires de 1664 ^ partagèrent sur le maintien de l'exercice dans son sein, et

nous ignorons la suite qui fut donnée à leur procès- verbal. Chatonay. Les sieurs Gabet François, Riccart et Peccat, protestants du lieu , ayant fait prêcher des ministres dans leurs maisons depuis la publication de Tédit de Nantes , le comte de VirivîUe, seigneur du lieu , s'en plaignit aux commissaires de 1 599, en disant que Texercice ne s'était pas fait à Chatonay pendant les années 1577, 1596 et 1597. Les commissaires chargèrent en conséquence, le 22 janvier 1600, « le premier notaire royal non suspect » d'informer sur ce point. Le comte apprenait le 24 avril aux commissaires que ledit notaire avait constaté que depuis 20 ou 25 ans on n'avait prêché ni en public ni en particulier à Chatonay, et il les priait de faire citer Gabet , Riccart et Peccat pour répondre c( par leur bouche sur le contenu auxdites informations et autres auparavant prises par le juge ordinaire du lieu ». Les commissaires ayant fait droit à sa requête, les susdits produisirent des attestations d'exercice de 1576 et 1577, ^^ ^^ ^^9^ ^ i599* E)n présence de ces témoignages contradictoires, les commissaires ordonnèrent le 9 mai de nouvelles informations , et le 1 3 juin défendirent aux protestants de Chatonay de faire aucun exercice jusqu'à ce qu'il en fut autrement ordonné. Enfin, le 1 3 juin 1602, ils firent un règlement par lequel il était permis aux habitants réformés « de s'assembler es maisons de Claude Riccart, S. Peccat, François Gabet et autres particuliers dudit bourg pour y &ire les prières et chanter les psaumes à la forme usitée en ladite religion, et inhibé d'y prêcher ni célébrer la cène, baptêmes ou mariages ; ainsi se retireront, si bon leur semble, aux lieux où ledit exercice aura été établi ». Les commissaires de 1 664 se divisèrent sur le maintien de ces minces privilèges , et un arrêt du parlement de Grenoble , rendu la même année, condamna, « sans note d'infamie, Denis de Passion et Louise Martin, de la R. P. R., à 3 livres d'amende, applicables aux réparations de l'église de Chatonay,

pour avoir, sur la plainte de Gaspard Bourget, curé du lieu , tenu des assemblées et fait des prières chez eux , contrairement aux ordonnances qui interdisaient à ceux de ceue religion toutes assemblées et cabales dans leurs maisons particulières ».

Bressieux représenta au synode du Dauphiné qu^elle était en possession du droit d^exercice , et demanda à être « assistée de la faveur des églises »; ce qui lui fut accordé.

11 y avait encore des protestants à Vienne, Crémieu, Serre-Nerpol et Nerpol (canton de Vinay), Saint-Geoirs , Saint-Étienne-de-Saint 'Geoirs et Plan (canton de Saint- Etiènne-de-Saint-Geoirs), Moras et Montrigaud (canton du Grand-Serre, Drôme), Viripille et Thodure (canton de Roybon), Saint-Jean-de-Boumay, Bourgoin, La Tourdu-Pin, Jarcieu (canton de Beaurepaire), Anjou (canton de Roussillon), Saint-Laurent-de-Mure (canton d'Heyrieux).

Les habitants réformés de Vienne demandèrent aux commissaires de 1 5g9 de pouvoir s'assembler au fsiubourg de Sainte-Colombe (rive droite du Rhône), comme ils Pavaient fait autrefois. Les conrmiissaires répondirent le 22 novembre « n'y avoir lieu, comme contraire à Fédit, joint que ledit lieu de Sainte-Colombe notoirement est du gouverneur du Lyonnais , attendu même qu'il a été pourvu aux suppliants ou à leurs adhérens de trois lieux de baiUiage, suivant la nomination faite à Grenoble le 7 du présent mois de novembre ; et quant au cimetière , après que les parties ont été d'accord que plusieurs de ceux de ladite religion ont été ci-devant enterrés au lieu dit de Saint- Biaise, disons qu'il leur sera présentement baillé dans ledit lieu une place de quatre tcnses de toute carrure, revenant en tout en l'étendue de seize toîses, laquelle ils pourront dore à leurs dépens , pour y enterrer leurs morts, sauf à l'accroître, s'il y échoit; à la condition toutefois que si ledi^sieur archevêque de ladite ville ou autre voulait édifier audit lieu ou y faire quelque fondation , les^

dits de la religion seront tenus de quitter ladite place, en leur en baillant une autre de pareille grandeur et aussi commode dans Tenclos de ladite ville y et qu^au demeurant lesdits de la religion seront indifféremment reçus comme les catholiques et se tiendront pour convoqués et dûment appelés en toutes assemblées publiques en la forme que le seraient les autres à ladite ville ».

Les habitants réformés de Saint-Laurent-de-Mure demandèrent aux commissaires de 1 6 14 un cimetière de leur religion, qu^ils leur accordèrent par leur ordonnance du 14 avril.

Pasteurs : Vienne, Christophe Fabri, dit Libertet, i56i, ' Héraud 1 562, Jean Figon i565 , Jacques du Plessis i566.

La Côte-Saint' André , Pierre Bise i56i, Jacques Ruflfi i562.

Crémieu, Raymond i56i.

Rofbon, Jean Blanchard avant 1696, Richaud 1600-

Beaurepaire et Roy bon, Barthélémy Durand 1600- 1610, David Agard i6ii-i6i5, Michel Janvier 1619- 1660, de Fassion 1684.

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