‹ Histoire des protestants du Dauphiné aux XVIe, XVIIe et XVIIIe sièclesChapitre 57 sur 96 · Taulïgnan · texte numérisé non relu

Taulïgnan

Les protestants de Taulignan représentèrent, le 17 novembre 1599, ^^^ commissaires exécuteurs de l'édit de Nantes qu'en 1576 ils jouissaient du droit d'exercice et avaient un pasteur du nom de Girard , qui leur avait été donné par le synode de Serres, réuni cette même année. Charles de Monteynard, seigneur de Taulignan, prétendait

au contraire que depuis 1673 l^exercice de la religion réformée ne se faisait plus à Taulignan, et que, s'il s'y était fait quelquefois, c'était en cachette. Les commissaires, en présence de ces témoignages contradictoires, ordonnèrent qu'on procéderait à de nouvelles informations dans l'espace de deux mois, et que dans les quinze jours on achèterait un cimetière aux protestants à frais communs. Dès le 6 mai 1600 ceux-ci avaient déposé leur enquête, et comme le seigneur de Taulignan et les habitants catholiques n'avaient encore produit aucun témoignage, les commissaires leur ordonnèrent de le faire le lendemain de Pentecôte. L'affaire ne fut tranchée que l'année suivante , et elle le fut en faveur des protestants, qui à l'avenir jouirent du droit d'exercice.

L'^église de Taulignan reçut un secours du synode de Privas de 161 2 et eut du reste à endurer beaucoup de vexations de la part des catholiques. En 1617 le baron de Mireville, qui était le suzerain de Taulignan, battit un protestant de ses sujets, parce « qu'il avait sonné une clochette pour appeler le peuple à venir au prêche ». Il défendit, « en outre, de chanter des Psaumes audit lieu de Taulignan ». L'évêque de Valence la persécuta aussi. Il obtint du conseil du roi les arrêts des 3 mai, 19 juillet et 16 décembre i63g, qui supprimaient l'exercice à Taulignan et défendaient au ministre François Valensan de prendre le titre de pasteur de Taulignan. Vulson de La Colombière, son successeur, transporta l'exercice dans la maison de M. Durand, à Montbrison, annexe de Taulignan-, mais l'évêque y poursuivit encore ses victimes et fit rendre au conseil du roi l'arrêt du 23 avril 1641, qui interdisait aux habitants réformés de Taulignan et de Montbrison de faire aucun exercice de leur religion dans les lieux défendus par l'édit de Nantes, et au pasteur Vulson de La Colombière de prêcher ailleurs qu'au lieu de sa demeure; ce qui donnerait à entendre que les arrêts de 1639 ^^ furent pas maintenus ou respectés, et que si

Vulson ne put prêcher à Montbrison, où Texercice n^avait pas encore eu lieu, il put prêcher à Taulignan, dont le temple ne fut en effet démoli et Texercice supprimé que par un arrêt du conseil du roi du lo Janvier 1684. Une nouvelle preuve du fait, c^est que les commissaires de 1664 eurent à se prononcer sur Taulignan. Le commissaire catholique opina pour la suppression de Texercice. Cette église possédait 78 familles protestantes en 1687.

Les annexes de Taulignan étaient Grignan, Salles et Le Pkgue.

L^église de Grignan avait droit à Texercice de la religion réformée, diaprés les articles 9 et 10 de Tédit de Nantes, mais le comte de Grignan, Louis- François de Gastellane- Adhémar, s'était toujours opposé à son établissement. Le synode de Saint - Marcellin de 1606 lui écrivit une lettre pour le faire revenir à des sentiments plus équitables et pria ce MM. de MoQtbrun et de Comps de le persuader et porter à accorder à ses sujets ce qui leur est accordé par Tédit » ; mais le comte ne voulut rien promettre. Le synode d'Orpierre de 1608 lui ayant adressé une seconde députatlon, composée de Chamier, Comps et Saint- Auban, qui ne réussit pas mieux auprès de lui , le synode de Saint-Paultrois -Châteaux de Tannée suivante décida que la province se pourvoirait devant la chambre de Tédit de Grenoble. Cette décision, paraît-il, n'eut pas de suites, car le synode d'Embrun de 1618 jugea à propos de « rafraîchir » l'affaire, qui en demeura là sans doute, car l'exercice n'eut jamais lieu à Grignan. Cette église en 1687 comptait 7 familles protestantes.

Les habitants réformés de Salles eurent, le 18 août i652, un procès par-devant la chambre de l'édit de Grenoble avec le comte de Grignan , qui était pour lors François de Castellane-Adhémar d'Ornano. C<î seigneur avait envoyé des troupes à Salles pour s'opposer à l'exercice de la religion

réformée, violence à laquelle les protestants du lieu et des environs répondirent en armant r,ooo ou 1,200 des leurs. A la suite de ce soulèvement, les gouverneurs du Dauphiné et de la Provence supprimèrent de concert Texercice à Salles; mais les protestants en rappelèrent à la chambre de Tédit. L^avocat général soutint le droit des habitants réformés de Salles et établit, par les registres du consistoire de cette église, que l'exercice y avait été fait en 1593 , 1594, iî>96 et 1597. La chambre renvoya les parties à quinzaine, en les invitant à fournir de nouveaux titres, faute de quoi elles seraient forcloses-, mais, en attendant, elle accorda à Salles « la possession momentanée » de l'exercice. Il est vraisemblable que le comte de Grignan n'insista pas , car les commissaires de 1664 eurent à se prononcer sur cette église. Le commissaire catholique opina pour la suppression de l'exercice. Salles comptait 16 familles protestantes en 1687.

Les commissaires de 1699 reconnurent, le 17 novembre, le droit d'exercice aux habitants réformés du Pègue, qui, ayant présenté l'ordonnance desdits commissaires au seigneur et aux habitants catholiques du lieu , /urent accueillis par une protestation, dont ils se plaignirent aux commissaires le 3 mai de l'année suivante. Ceux-ci ordonnèrent que lés catholiques seraient appelés et entendus dans la huitaine. L'affeiire se termina le 1 8 novembre à l'avantage des protestants. En effet, les commissaires rendirent une ordonnance « par laquelle, attendu le consentement des catholiques dudit lieu , résultant du procès-verbal des commissaires délégués , est permis aux susdits de la religion de continuer audit lieu de Pègue l'exercice des prières publiques et chant des Psaumes es maisons particulières du gré des propriétaires , tant ainsi qu'ils ont fait ci-devant avec toute liberté et sans empêchement quelconque ». Les commissaires de 1664 se divisèrent sur le maintien de ce droit d'exercice, et le conseil du roi , statuant sur leur partage, supprima l'église du Pègue

le 3 1 janvier ' 1 684 et destina à un autre usage le lieu où se £siisait Texercice.

Il y avait aussi des protestants à Montbrison; mais , comme on Ta vu plus haut, Texercice n'y fut pas autorisé. Cette église en 1787 comptait 12 familles protestantes.

Pasteurs : Taulignan, Girard 1576, Georges Maugius (résidant à Salles en premier lieu) iSgS-iôio, Martin Faubert 1611-1612, Jean* Petit 1614-1617, François Valensan 1 626-1639, Etienne Vulson de La Colombière 1640, Chastet... (à Salles), Abraham Achard(à Salles) 1682, Gaspard Gresse (à Salles) 168 3.

Grignan, Valéri Crespin i562.

Page 1