A VA
COPY ADP ORAN TON, PSE UT LE ERNST 6 À AE el LL Lui - À
Acadie et Canada. 91
sévérités qu’on l’autorisait à employer, et répondit bientôt au roi qu'il n’y avait pas un seul hérétique au Canada (1). Une des suites de la révocatior fut l'exclusion des marchands huguenots, qu'on avait si longtemps tolérés dans la province, à cause de ses intérêts commerciaux. Désormais, le négociant protestant ne put demeurer à Québec sans changer de religion. Le principal négociant français au Canada, à cette époque, était un Bernon, qui avait rendu de grands services à la colonie. « Il est bien regrettable, » écrivait Denonville, « qu'il ne puisse être converti. Comme c’est un » huguenot, l’évêque m'ordonne de le renvoyer cet » automne, ce que j'ai fait, quoiqu'il fasse de grandes » affaires et qu’il ait encore ici bien des fonds à recou- » vrer (2). »
Il était difficile de fermer aux huguenots, aussi bien que les rives du Saint-Laurent, cette grande baie de Fundy, qui avait été explorée, pour la première fois, par le huguenot de Monts; car, tandis que le Canada était resté pendant un siècle et demi, presque sans interruption, sous l'autorité de la France et des jésuites , l'Acadie, plus accessible au commerce et plus exposée aux fortunes de la guerre, passait successive-
(1)Documents relative tho the colonial History of the State of New-York, IX, p. 312.
(2) Francis Parkman : The old Regime in Canuda. p. 291-292. Il s'agissait sans doute de Gabriel Bernon, de La Rochelle, qui s'établit plus tard à Boston. Son frère Samuel, catholique zélé comme nous le verrons dans un autre chapitre. continua à trafiquer avec le Canada. « Le sieur Samuel Bernon, de la Rochelle, est celui
ui fait le plus grand commerce de ce païs-là » (La Hontan,
ouveaux voyages, etc., p. 56). Les comptes de Gabriel, arrêtés en 1686, avant sa fuite de France, mentionnent une somme qui lui restait due « en Canada, » et, après son arrivée à Boston, il conserva des relations avec plusieurs fonctionnaires français distingués du Canada.
92 Histoire des réfugiés huguenols en Amérique.
ment des mains françaises aux mains rivales de l’Angleterre, et réciproquement. Cinq fois pendant le siècle qui suivit le second établissement de Poutrincourt à Port-Royal, la Péninsule fut conquise par les Anglais (1), pour revenir chaque fois, après une courte occupation, à ses premiers possesseurs, jusqu’à ce qu’enfin, en 1713, le traité d'Utrecht assura à la couronne d'Angleterre « toute la Nouvelle-Ecosse ou Acadie. » Dans ces conditions, il était difficile d’exclure l’hérésie du pays, même pendant les périodes de la possession française. La sévère surveillance exercée à Québec sur les négociants de La Rochelle et de Dieppe devenait impossible à Port-Royal et à La Hève. Le Maine et le Massachusetts étaient trop proches voisins de l’Acadie, et, par un bon vent, une traversée de vingt-quatre heures amenait un caboteur acadien à la baie de Casco ou à Boston (2). Avec le libre échange, que ni la police ecclésiastique ni la police civilg ne pouvaient empêcher, des sentiments de tolérance et de support se répandaient, et les bons rapports se consolidaient. L'Eglise de Rome elle-même se relâchait de sa sévérité
(1) L’Acadie fut faiblement gardée par les Français, après la destruction de Port-Royal par Argall, en 1613 , et cette place fut reconstruite et occupée jusqu'en l'an 1627, époque à laquelle sir David Kirk en prit possession. Par le traité de Saint-Germain-en- Laye (29 mars 1632), l’Acadie fut restituée à la France. En 1664, Port Royal fut conquis par une flotte anglaise. Des négociations pour le retour de la province à la France s’ouvrirent dès l’année suivante, mais ce ne fut qu’en 1667 que l'Angleterre, par le traité de Bréda, abandonna sa conquête. En 1690, une expédition de la Nouvelle-Angleterre, sous te commandement de sir William Phips, se saisit de nouveau de Port-Royal, que les Français recouvrèrent dans le cours de la même année. Une nouvelle troupe de la Nouvelle-Angleterre, sous le général Nicholson, conquit l'Acadie en 1710, et trois ans plus tard, le traité d'Utrecht, 11 avril 1713 assura définitivement cette province à la Grande-Bretagne.
(2) La distance d’Annapolis à Boston est de 250 milles.
Acadie et Canada. 93
et modérait son ton impérieux sous ces influences pacifiques. Loin de l’œil de l’évêque de Québec et de l'espionnage des jésuites, le curé acadien tolérait la présence du colon huguenot, et condescendait quelquefois à trafiquer lui-même avec les puritains de la Nouvelle- Angleterre.
Pendant les années qui suivirent la destruction de Port-Royal par le capitaine Argall, en 1613, l'Acadie attira peu l'attention publique. La prétention que les Anglais avaient violemment affirmée par cet acte de piraterie ne fut pas poursuivie, et les Français restèrent en possession de Port-Royal, continuant leurs pêcheries et leur commerce de pelleteries. Poutrincourt resta dans la province, attendant des temps meilleurs pour sa malheureuse colonie. On rapporte que, vers ce temps, un protestant français, pêchant dans ces eaux, fut poussé par le mauvais temps dans la baie de Massachusetts et jeté à la côte. Il trouva le pays habité par de nombreuses tribus de sauvages, avec lesquelles il vécut paisiblement pendant deux ans. Déplorant l'ignorance profonde de ces païens, qu'il croyait adorateurs du diable, le zélé huguenot fit tous ses efforts pour les persuader d’embrasser le christianisme, mais sans succès. A la fin, découragé, le missionnaire se fit prophète, et prédit à ses auditeurs que Dieu les détruirait à cause de leur obstination. Peu après survint une épidémie qui ravagea le pays pendant trois ans (1617-1620) et enleva presque toute la population indienne le long de la côte, sur une étendue de soixante milles {1}. C'est de
(1) Récit concernant l'établissement dans la Nouvélle-Angleterre, 1630. Papiers dans le State Paper Department of the British Public Record office, vol. V, p. 77. (Calendar of State Papers. Colonial , 1574-1660, p. in).
94 Histoire des réfugiés huguenols en Amérique.
cetie épidémie que les pères pèlerins de la Nouvelle- Angleterre entendirent parler sous le nom de « plaie miraculeuse, » lorsqu'ils arrivèrent à Plymouth quelques années plus tard, et qu’ils considérèrent dévotement comme un providentiel avertissement pour « préparer "l'établissement des Anglais (1). »
Le faible reste du parti de Poutrincourt resté en Acadie fut renforcé en 1633 par quarante familles amenées de France, qui s’établirent à La Hève, sur la côte, et se livrèrent à la pêche et à la culture du sol. La plupart se transportèrent peu d'années après à Port-Royal, où elles furent rejointes en 1638 par vingt autres familles. Enfin, une nouvelle troupe de colons de soixante individus environ, arriva en 1671. Tous ces colons étaient de La Rochelle ou de ses environs (2), et, comme la population de l’Aunis et des provinces voisines était alors généralement protestante, et que de plus les protestants formaient presque exclusivement la classe émigrante de la nation, il est probable que la plupart de ces colons d'avant la révocation devaient être des coreligionnaires de de Monts, le fondateur de la colonie. Du reste, une portion considérable des familles d’Acadie que l’on croit être arrivées pendant cette période portent des noms de familles protestantes de l’Aunis, de la Saintonge et du Poitou (3).
( Palfrey, History of New-England, vol. 1, p. 177, note.
2) James Hannay, The History of Acadia. Po ils first Discovery Lo ils Surender to SA by the Trealy of Paris. Saint- John N. B. 1879, pp. 128, 141, 282, 290, 291.
(3) Tels sont : Alain, Barillot, Beaumont, Blanchard, Bobin, Bobinot, Boisseau, Briand, Cadet, Chauvet, Clémenceau, Commeau, Cormié, d'Amboise, d'Amours, Duguast, Goujon, Gourdeau, Landry, La Tour, Lourion, La Parière, Morin, Petiteau, Petitpas, Robichon, Robin, Roy, Sibilleau (Lièvre , Histoire des
TATOS MCNATE (th di l'OIT TU 47 MT INT 2"
Acadie et Canada. 95
L'une de ces familles acadiennes, dont l’origine protestante ne peut être mise en doute, était destinée à jouer un rôle éminent dans l’histoire de la colonie. Son chef était Claude de Saint-Etienne , sieur de la Tour, que l'on croit allié à la noble maison de Bouillon (1). Il arriva à Port-Royal vers 1609, avec son fils Charles, alors âgé de quatorze ans ; il était veuf, avait perdu la plus grande partie de ses biens dans les guerres civiles, et venait se livrer au commerce. Quand cette colonie fut dispersée, en 1613, la Tour se transporta à la côte du Maine, et construisit un fort et un comptoir à l'embouchure de la rivière de Penobscot, que les Français revendiquaient comme se trouvant dans les confins de l’Acadie. Il y demeura pendant plusieurs années, jusqu’à ce qu'il fut définitivement dépossédé par les Anglais de Plymouth.
Dans l'intervalle, Charles de la Tour, devenu un jeune homme actif et entreprenant , s'était étroitement lié avec le jeune Biencourt, fils de Poutrincourt, le possesseur de Port-Royal. Biencourt était demeuré en Acadie après la destruction de la colonie, cherchant d’abord un asile chez les Indiens, et essayant ensuite, avec quelques compagnons , de reconstruire le comptoir dont les commencements avaient été si malheureux. Les deux amis, qui étaient à peu près du même âge, devinrent inséparables; et quand, en 1623, Biencourt vint à mourir , il désigna Charles comme son-succes-
proteslants du Poilou, passim. La France prolestante, passim. Crottet, Histoire des Eglises réformées de Pons, Gémozac et Morlagne, en Saintonge, passim. Archives nationales Tr. Comparez Hannay, Histoire de l'Acadie, pp. 284-290. — Mass. archives, LA,
(1) Hannay, History of Acadia, p. 114.
seur dans le gouvernement de la colonie, lui cédant tous ses droits sur Port-Royal.
A partir de ce moment, la Tour mena une vie très accidentée, au ours de laquelle il déploya une immense énergie et une adresse singulière pour gagner la confiance et s'assurer la coopération de ses associés. Après s'être construit un fort au milieu des rochers du Cap Sable et s'être assuré l'amitié des sauvages des environs , il aspira à devenir quelque chose de plus qu'un chef de tribu; et, en 1627, il adressa une pétition à Louis XIII pour obtenir le commandement de la province d’Acadie. Claude de la Tour entreprit le voyage de France pour présenter et appuyer la requête de son fils. Sa mission réussit: mais, en revenant en Acadie, il tomba entre les mains d’un navire de guerre anglais, et fut emmené prisonnier à Londres. Peu de temps après, cependant, il fut relâché, grâce à l'influence de quelques réfugiés protestants ; son rang le mit en vue à la cour de Charles Ie, qui lui témoigna une grande faveur. Il épousa une des filles d'honneur de la reine Henriette-Marie et retourna en Acadie le 30 avril 1630, avec letitre de baronnet et la concession d'une grande étendue de territoire. Il reçut cette libéralité de sir William Alexander, patenté de la Nouvelle-Ecosse, qui tentait à ce moment une nouvelle colonisation de ce pays. Les mêmes honneurs et les mêmes concessions devaient être faites à Charles, s’il voulait rendre hommage, comme son père, à la couronne d'Angleterre; mais il s'y refusa énergiquement. Claude arriva avec deux navires armés à Cap Sable, et engagea son fils à lui livrer le fort, lui promettant qu'il en garderait la possession sous le gouvernement anglais, et lui exposant tous les avantages qui résulteraient pour lui de cet échange de maître. Le jeune la Tour
etes ae 0: AU RE NS GUN" Ma ARE OS SR Nr UE EL ul
Acadie et Canada. 97
répondit en remerciant le roi d'Angleterre pour la faveur qu'il était disposé à lui témoigner, mais déclara qu'il ne. pouvait pas trahir la confiance de son seigneur, le roi de France, et demeura ferme dans sa détermination , malgré les remontrances et les menaces de son père, qui, à la fin, furieux, entreprit de prendre le fort d'assaut avec l'aide des soldats et des marins qu'il commandait. Charles, opposant la force à la force, réussit à repousser les assaillants, qui se retirèrent après un combat acharné, dans lequel nombre d'Anglais furent tués ou blessés. Obligé de renoncer à ses plans pour le bien de son fils comme pour le sien propre, La Tour se retira, profondément mortifié, à Port-Royal, où une colonie de familles écossaises avait été fondée peu de temps auparavant en vertu de la commission de Sir William Alexander. L'année suivante cesendant son fils le persuada de venir s'établir auprès du fort, où une maison confortable lui fut préparée (1). Peu après, le traité de Saint-Germain-en-Laye (11 février 1631) rendit l'Acadie à la France, et Charles de La Tour fut autorisé à garder l'emploi de lieutenant général, auquel Louis XIII l'avait nommé en reconnaissance de son courage et de sa loyauté. Peu d’années après, il reçut une concession de terres sur le fleuve Saint-John, où il alla s'établir, et construisit un fort à l’entrée du port (15 janvier 1635).
Ce ne fut pas sans difficulté que La Tour garda le poste qu'il avait ambitionné et que sa fidélité lui avait mérité. Un rival et un ennemi implacable apparut bientôt dans la personne de Charles de Menou d’Aulnay,
(1) Description géographique et historique des Costes de l'Amé- ARS ÉARNEIIISR e, par M. Denys, Paris, M.DC.L.XXII, PRO 7
plus connu sous son titre de sieur de Charnisé. Charnisé avait acquis une partie de l’Acadie, comprenant les terres qui entouraient Port-Royal. Il avait une commission semblable à celle de La Tour, de lieutenant général du roi. Tous deux s’occupaient du commerce de pelleteries et des pêcheries de la province. Leurs intérêts se trouvaient partout en conflit, et Charnisé, qui était un homme ambitieux, inflexible et sans scrupule, appliqua toute son énergie à supplanter et à ruiner son adversaire. La lutte continua pendant quinze ans, Charnisé cherchant constamment, au moyen d’intrigues à la cour de France, à obtenir la révocation et l'arrestation de son rival, et ensuite les moyens de faire exécuter les ordres passés à cet effet, et La Tour s'adressant tantôt à ses coreligionnaires de la Rochelle , et tantôt à ses bons voisins de la Nouvelle-Angleterre, pour obtenir un appui dans la défense de ses droits.
Charles de La Tour avait épousé, vers l'an 1625, une dame de la même foi que lui. Son origine nous est inconnue, mais il est probable qu’elle appartenait à quelque famille protestante émigrée de bonne heure de La Rochelle ou de ses environs en Acadie. Mme de La Tour, qui était une femme d’un caractère héroïque, partageait les privations et les dangers de son mari, dont elle fut souvent l'agent le plus fidèle et le conseiller le plus sage. Une fois que M. de La Tour se trouvait dans un grand embarras, elle traversa l'Océan et vint à La Rochelle dans l'espoir d'obtenir le secours de ses amis huguenots. Charnisé était alors en France. Apprenant son arrivée il sollicita un ordre pour l'arrêter ; mais elle réussit à gagner l'Angleterre. Là elle affréta un navire avec des provisions et des munitions de guerre pour secourir son mari et retourna en Acadie, où elle arriva après
Acadie et Canada. 99
avoir échappé à grand’peine à un des navires de Charnisé, qui revenait en France. Une autre fois, Mme de La Tour reçut la garde du fort à l'embouchure du fleuve Saint-John, pendant une absence de son mari. Un navire ennemi étant entré dans le port et ayant sommé la faible garnison de se rendre, la courageuse femme réussit à communiquer à ses soldats la valeur qui l’animait, et fit ouvrir le feu sur les assiégeants. Le tir des canons fut si bien dirigé, que vingt hommes du navire furent tués et treize blessés ; le navire lui-même fut si désemparé qu’il eut de la peine à se retirer à l’abri. Deux mois plus tard, Charnisé renouvela son attaque, mais, cette fois, du côté de la terre. La Tour n étant pas encore revenu, ce fut de nouveau sa femme qui reçut l’ennemi, et le tint en respect pendant trois jours. Le quatrième jour, qui était le dimanche de Pâques, la garnison était en prières quand les assiégeants furent introduits par la trahison d’une sentinelle dans l'intérieur des palissades. Ils escaladaient les murailles du fort, lorsque Mme de La Tour, avisée de l'assaut, s’élança à la tête de la petite troupe de défenseurs, et réussit à repousser l’ennemi en lui infligeant de grandes pertes. Charnisé proposa alors une capitulation ; mais à peine fut-il en possession du fort, qu’il condamna toute la garnison à être pendue. Me de La Tour fut contrainte à assister, une corde autour du cou, à l'exécution de ses braves soldats. Le barbare Cijarnisé. Jui leis sa,la vie; mais elle ne survécut pas longtemps à cette huümitiation ; moins de trois semaines FDRS. sa à ÉhpIUrE < cette: noue HT était en-
(1) Description géographi ue et hislorique des Costes de l'Améri que septentrionale, par M. Denys, p. 40.
nots de La Rochel
moire resta longtemps chérie dans son pays d'adoption. L'histoire de son courage et de sa constance mérite certainement une place dans les annales huguenotes (1).
La mort de sa femme, la perte de son fort et de son territoire étaient des coups qu'une nature, même aussi forte que celle de Charles de La Tour, a de la peine à supporter. Son rival Charnisé triomphait, et, les cinq années suivantes, le seigneur d’Acadie, dépossédé, resta errant dans le Massachusetts, à Terre-Neuve et au Canada. Charnisé mourut subitement après être arrivé au faîte de sa carrière ambitieuse (1650), et l’intrèpide La Tour, se hâtant de revenir à Paris, obtint de la reine le renouvellement de la commission que le feu roi Louis XIII lui avait octroyée comme gouverneur et lieutenant général en Acadie. Peu après ce changement de gouverneur, l’Acadie fit retour à l'Angleterre (25 février). La Tour remit son fort aux vaisseaux d’Olivier Cromwell; mais, de nouveau, sa promptitude d'’esprit et son pouvoir extraordinaire de persuasion vinrent à son aide, et la perte fut changèe en avantage. Se rendant en Angleterre, il sollicita une entrevue avec Cromwell, et, invoquant la concession que le gouvernement anglais avait faite, vingt-cinq ans auparavant, à son père et à lui-même, sous la commision de Sir William Alexander, il obtint du Protecteur la cession d’un vaste territoire, comprenant toute la côte de la baie de Fundy,
(1) Les ennemis dé Chafles’ det La ‘Tour parmi les griefs qu'ils invoquèrent contre lui à la cour de France, ne manquèrent pas de se prévaloif du” fait que’ sa’ férmme ‘était ‘uñe ‘ofotestante inélab: Il pâtaît-avoir été.luismème,pius couiant dans ses professions de foi, et s'être conformé quelquefois à l'Eglise romaine,
. quand il jugeait politique de le faire. Il continua cependant à de-
Amander du secours à Boston, en vertu de sa foi protestante (Palfrey, Histor of New-England, Il, 144); et ses frères huguee lui témoignèrent jusqu’à la fin un vif intérêt.
j ANA VE
Acadie et Canada. IOI
et s'étendant à 100 lieues à l’intérieur. L’annéeisuivante, il vendit ses droits sur une portion de son territoire, et se retira de la vie publique. Sa carrière, longue et agitée, se termina paisiblement en l’an 1666, où il mourut à l'âge de soixante et douze ans (9 août) (1).
Dans le courant du siècle suivant, sous la domination anglaise, l'Acadie, ou Nouvelle-Ecosse comme on la nomma désormais, vit de nouveau un huguenot remplir la première charge de la province : c'était Jean-
(1) De son second mariage, Charles de La Tour eut deux fils et trois filles. Le fils aîné, Jacques de Saint-Etienne, né en 1661, épousa Anne Melançon, et s'établit au Cap Sable, où il mourut avant 1688, laissant quatre enfants. Le second fils, Charles , né en 1664, demeurait à Port-Royal, et n’était pas marié. En 1696, nous le trouvons s’occupant, avec le jeune Gabriel Bernon, le fils du réfugié, du commerce entre Boston, Portsmouth et Port-Royal. Il fut arrêté au mois de novembre ou de décembre de cette même année, au moment où it se rendait de Portsmouth à la Nouvelle- Ecosse , qui venait alors d'entrer sous la domination anglaise , et son navire fut saisi, sous l'accusation d’avoir violé l’un des articles des lois maritimes, ainsi qu'un récent décret de la magistrature coloniale du Massachusetts, qui prohibait tout commerce entre cette colonie et la Nouvelle-Ecosse. Ce décret, inspiré par le soupçon que les Français, qui étaient alors en guerre avec l’An-
leterre, recevaient des approvisionnements de Port-Royal, pesait ourdement sur les Acadiens , qui, dans une grande mesure, dépendaient pour leur subsistance de leur commerce avec la Nouvelle-Angleterre. Bernon et d’autres réfugiés français de Boston, intéressés dans le commerce avec l’Acadie, en furent tout spécialement affectés , et plusieurs d’entre eux laissèrent peu après le Massachusetts. « Vous voyés bien, » écrivait le jeune Bernon à son père, alors en Angleterre, « que de la manière qu’ils en » usent avec nous il est impossible de demeurer davantage parmi » eux, a moings de n'avoir de fortes Recommandations aupres du » Gouverneur qu'on attand. Ils font la plus grande injustice du » monde aux gens de l’Acadie, car ils les prennent sous leur Pro- » textion, et en même temps font des loix pour les faire créver » de froid et de faim. » (Papiers Bernon). — Charles de La Tour vint en France , et mourut avant 1732; et le fils unique de son frère aîné Jacques quitta également la Nouvelle-Ecosse. Les descendants de deux des trois sœurs, Anne et Marguerite de La Tour, sont nombreux dans cette province (Hannay, History of un PR 206, 287, 324. Mass. archives, French Collections,
102 Histoire des réfugiés huguenols en Amérique.
Paul Mascarene, natif de Castres en Languedoc, dont nous donnerons la généalogie dans un autre chapitre. Réfugié en Angleterre dès son enfance, Mascarene fut naturalisé en 1706, et reçut une commission de lieutenant dans l’armée anglaise. En 1711, il fut envoyé dans la Nouvelle-Ecosse avec un corps de troupes. Il s'éleva au grade de lieutenant-colonel devint membre du conseil provincial, et, en 1740, fut nommé lieutenantgouverneur de la Nouvelle-Ecosse. Son administration des affaires de cette province fut éminemment habile et sage. Succédant à un gouverneur complètement incompétent, il se montra en même temps si ferme et si conciliant qu'il gagna tout le respect et la confiance des Français aussi bien que des Anglais. Lorsqu'une armée française vint, en 1744, assièger Annapolis, les Acadiens refusèrent de se joindre aux assiégeants contre les Anglais, déclarant qu'ils vivaient sous un gouvernement doux et tranquille, et qu’ils avaient toutes espèces de raisons pour lui demeurer fidèles (1). La modération de Mascarene, caractéristique de la race huguenote, embarrassa quelquefois les autorités françaises de Québec et de Versailles. Les Indiens alliés des Anglais ayant incendié l’église de Port-Royal ou Annapolis, il la fit reconstruire. Il encouragea les villageois acadiens dans leurs efforts pour obtenir des missionnaires, et protégea les prêtres toutes les fois qu’ils se montrèrent pacifiques et loyaux envers le gouvernement anglais. Le gouverneur du Canada écrivait qu'il ne pouvait pas deviner les motifs de cette politique, « à moins que M. Mascarene ne calcule que des mesures de douceur seront plus propres que toute autre à détacher les affections
(1) Hannay, op, cit. , p. 336.
Acadie et Canada. 103
des Acadiens de la France (1). » Différente de la carrière de l’aventureux La Tour à tant de points de vue, celle de Jean-Paul Mascarene lui ressembla sous deux rapports. Il eut toujours des relations intimes avec la Nouvelle-Angleterre ; le Massachusetts partageait son affection avec la Nouvelle-Ecosse, et il avait des amis fidèles parmi ses principaux citoyens. Comme de La Tour aussi, il passa ses dernières annèées dans une retraite honorable, et mourut à Boston le 1$ janvier 1760, âgé de soixante et quinze ans.
Mais il nous faut maintenant retourner au dix-septième siècle. Pendant un certain nombre d'années, avant et après la révocation de l’édit de Nantes , l’Acadie était demeurée possession française, et Louis XIV , malgré le peu de sécurité de cette possession, ne négligea pas de prendre des mesures pour extirper l’hérésie des colonies aussi bien que du continent français. Le clergé se chargeait du reste occasionnellement de lui rappeler ce devoir; l’évêque de Québec et son grand vicaire, toujours acharnés contre l’hérésie , représentent au roi le danger que présente son extension dans les parties éloignées de leur vaste diocèse, et le pressent de l’écraser immédiatement. Ils apprennent avec inquiétude qu’un parti de huguenots se préparent à établir une station de pêche en Acadie, et à amener avec eux un ministre (2). Le gouverneur du Canada appuie leurs re-
(1) (28 octobre 1745). Documents relative to the Colonial Hislory of the Slate of New-York, vol. X, p. 17.
(2) Résumé d’une lettre de M. Douyt, grand vicaire de l’évéque de Québec (1681) : « a appris qu'on se prepare a faire un etablissement en l’Acadie pour une pesche sedentaire, que M. le S. Berger et ceux qui passent avec luy sont tous huguenots, et menent un. ministre. » Massachusetts archives, French Collections, IT, 23. « M. l'evesque de Quebec, 19 novembre 1682. Il est important de ne point donner d'atteint à l’edit qui deffand aux
104 Histoire des réfugiés huguenots en A mérique.
présentations, mais écrit avec plus de modération et de prudence, comme s'il comprenait les difficultés de la situation.
« Il est important, monseigneur, de ne pas permettre » que des huguenots françois viennent former un éta- » blissement si proche des Anglois de la Nouvelle- » Angleterre, qui sont aussi de la religion qu’on appelle » réformée, et en un pays où il ne vient point de navi- » res de France pour y faire le commerce , et qui ne » subsiste que par celuy qu'il fait avec les Bostonnois. » Il est mesme dangereux d'y establir aucuns droits » nouveaux, parce que le Roy n'ayant ny force ny gou- » verneur en son nom audit pays, l’on courreroit risque » de le perdre en un jour (1). »
L'entreprise qui causait tant d’anxiété aux autorités canadiennes, tant cléricales que civiles, était dirigée par un certain Bergier (2), négociant intelligent et énergique de La Rochelle. C'étaitun « huguenot des plus obstinés » qui s'était associé avec trois Parisiens protestants , les sieurs Gautier, Boucher et de Mantes, pour entreprendre la pêche sur les côtes d’Acadie. Cette importante industrie était tombée en partie aux maïns des pêcheurs de la Nouvelle-Angleterre, auxquels le commandant de l’Acadie, de La Vallière, permettait de pêcher librement dans les eaux de la province, moyennant le paiement d’un certain droit. Bergier, qui avait visité l’Acadie,
huguenots de s'établir en Canada, et surtout de ne les point souf- frir dans l’Accadie. » Id. III, 45.
(1) (Rapport de M. de la Barre au ministre. Québec, 4 novembre 1683. Mass. archives. French Collections, III, 93).
(2) La famille Bergier était représentée dans la municipalité de La Rochelle, au seizième et au dix-septième siècle. Le négociant acadien devait être l’un des nombreux fils d'Isaac Bergier, qui était « capitaine de la ville » en 1651. (La France protestante, deuxième édition.)
Acadie et Canada. 10$
réussit à obtenir du gouvernement de Louis XIV le droit d'établir une pêcherie permanente ou côtière, et d'élever un fort pour la protéger. Le grand Colbert était encore au pouvoir, et quoique ce pouvoir commençât à décliner (1), ce fut évidemment grâce à son intervention que Bergier et ses associés purent mettre leur plan à exécution, en dépit des remontrances de Québec (2). En 1684, le roi nomma Bergier he. nant de la côte et du pays d’Acadie pour trois ans (3).
A l’est de la Nouvelle-Ecosse et de l’île voisine de Cap Breton, les Français avaient fondé, quelques années auparavant, une colonie dans la baie de Placentia, sur la côte sud de Terre-Neuve. Le sieur Parat, gouverneur de Placentia, rapporte à Louis XIV, en 1686, que, par suite des mesures qu'il a prises, il ne reste plus qu’une seule famille huguenote dans cette colonie. Plusieurs ont renoncé à leur hérésie, comme le montrent les certificats d’abjuration inclus. Le chirurgien du port étant un huguenot, il l'a embarqué sur un navire en partance pour Marseille (4). On est tenté de découvrir
2) Mémoire sur l’Acadie, Mass. archives, French Collections,
, 49. Il semble que Bergier alla en Acadie en 1682, d'après les ordres de Colbert pour fonder l'établissement, et qu'il revint au mois de décembre de la même année pour faire son rapport au ministre. Une seconde visite fut faite au printemps de 1683 d’après l’ordre de Colbert, qui mourut avant le retour de Bergier.
(3) Provision de Lieutenant de Roy pour le sieur Bergier. Mass. archives, French Collections, LIT, 113.
(4) Mémoire du sieur Parat : Plaisance, 1686. Mass. archives, French Collections, 111, 321. Dans un autre cas d'expulsion, qui eut lieu l’année suivante, M. Parat s’attira la désapprobation de ses supérieurs, Il apparaît de la lettre que lui adressa le ministre le 9 novembre 1687 que la personne expulsée se nommait Basset, ses habité Boston pendant quatorze ans, et que Parat lui
evait une somme considérable, Une enquête établit que le gouverneur avait été probablement poussé par le désir d'éviter le paiement de sa dette et de prendre possession des biens de son
(3 Il mourut le 6 septembre 1683.
106 Hisloire des réfugiés huguenots en Amérique.
une nuance d'ironie dans la communication du gouverneur, quand il demande s’il doit arrêter les Français de la religion prétendue réformée à bord des navires anglais, et, dans ce cas, si cette obligation s'étend jusqu’à ceux qui auraient été naturalisés anglais. Si telle est l'intention de Sa Majesté, ajoute-t-il prudemment, il devra avoir des renforts de troupes pour être à même de l'exécuter. La réponse du roi montre la même réserve. Le gouverneur devra faire arrêter et envoyer en France les marins dont il s'agit, mais il devra prendre garde de ne rien entreprendre à cet égard sans être sûr du succès (1).
Le roi et son lieutenant savaient bien tous deux que la France ne tenait le petit établissement de Placentia que par un droit assez contestable. Six ans plus tard la place fut détruite par les Anglais. Mais dans l'intervalle, le gouverneur exerça sur les quelques huguenots sans défense de sa colonie toutes les rigueurs de l’édit de révocation, sans craindre d’être réprimandé par le souverain. Nous pouvons voir, d’après une lettre du ministre Louvois au sieur Parat en 1689, avec quelle exactitude il exécuta la volonté royale. « A Versailles, » le 7 juin 1689. Le Roy a approuvé la conduite que » vous avez tenue pour la fille du sieur Pasteur (2), en
créditeur. Il fut sévèrement blâmé par le ministre, et contraint à une restitution immédiate (Mass. archives, French Coll., III, 279). La personne soumise à ce traitement devait ètre David Basset, marin , dont la demande de naturalisation avait été reçue l’année précédente par le gouverneur Andros. La lettre de naturalisation établit qu'il « a résidé et habité avec sa famille dans cette ville de Boston les quatorze dernières années, » — Mass. archives, CXX VI, 371.
(1) Documents relatives to the Colonial History of the State of New-York, IX, 318.
(2) M. « Pastour » écrit de Placentia le rer janvier 1691 au ministre français de la marine, l'informant que l'ile de Saint-Pierre
pa dti de lee dé ti D SR A AC SO TT y NN 2 POTUEN Ÿ ii HR TAUCS | h x” “ : du COHEN Le 14 | V k \ D ou
Acadie el Canada. TE
» l'envoyant aux religieuses de Québec, et Sa Majesté » vous laisse la liberté d’obliger les nouveaux convertis » dont la conduilte n’est pas assez exacte à y envoyer » leurs filles, pour leur apprendre les devoirs de la re- » ligion et y être gardées jusqu’à ce qu’on trouve à les » marier à des bons catholiques. Vous observerez ce- » pendant d'y apporter quelque ménagement en sorte » que ce soin n'effarouche point les nouveaux convertis » et ne les oblige point à prendre le party de passer » aux Anglois » (Mass. archives, French Collections, WA,
en Acadie a été pillée par un parti d'Anglais (Documents, etc, IX, 922).