‹ Histoire des réfugiés huguenots en Amérique [microforme]Chapitre 13 sur 79 · LA LA · texte numérisé non relu

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navire : sy Sadicte Majesté ne voudroit point les en accommoder d’une esquippée et munie de canons et autres armes, sur lequelle ils accompliroient (avecq celle quils pourroient fournir) leur voyage , retourner quérir des commodités aus lieus concédés par Sadite Majesté, ensemble transporter celles du pays.

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» Si, arrivés audict pays, elle ne leur voudroit pas permettre de choisir, entre les lieus non encore cultivés par ceus qu’il a pleu à Sadite Majesté y envoyer, une place commode pour leur demeure.

» Si, audict lieu est eu, ils ne pourroient pas œdiffier une ville pour leur seureté, la munir de fortiffications requises, dans laquelle ils pourroient eslire gouverneur et majistrats pour lexercice tant de la police que de la justice ; soubs les lois fundamentales qu'il a pleu ou plaira à Sadicte Majesté establir ausdites terres.

» Si Sadite Majesté ne leur voudroit pas donner canons et munitions pour la manutenon de ladite place, leur octroyer droit en cas de necessité de batre poudre, composer boullets, et fondre canons sous les panonceaus et armes de sadite majesté.

» Si elle ne leur voudroit pas concéder une banlieue

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ou territoire de huit mille angloises à la ronde, cest à dire seze mille de diametre dans lequel ils pourroient cultiver champs, prés, vignes et autres commodités, lequel territoire, soit conjoinctement, soit diviseur, ils tiendroient de Sadite Majesté a foy et hommage telle que trouverra raisonnable Sadicte Majesté sans quautre y peut demourer sans prandre lettre de baillette dens des terres y contenues dans lesquelles ils se réserveroient droit seignorial subalterne et s’il ne seroit pas permis à ceus d’entreus qui pourroient vivre noblement de se dire tels.

» S'ils ne pourroient pas chasser esdites terres à poil et à plume, pescher en mer et rivières, couper arbres de haute futaye et autres, tant pour la navigation que autres négoces, selon leur volunté, enfin se servir de tout ce qui seroit tant dessus que dessous terre, sauve les droits royaus, a leurs plaisir et volunté et du tout traffiquer avecq les personnes qui leurs seroient permises.

» Lesquelles choses sestendroient seulement ausdites familles et aus leurs, sans que ceus qui viendroient denouveau audit territoire sen peussent prevalloir quentend que ils leurs concederoient selon leur puissance et non audelà si Sadite Majesté ne leur concedoit de nouveau.

» Et pource quils ont entendu que Sadite Majesté a establi une maison commune à Londres dans laquelle non ailleurs on doit descharger les marchandises qui viennent desdites terres, considérant quil est plus que raisonnable que ceus qui par leur labeur et industrie

»ont donné au public la jouissance de ceste terre jouis- » sent les premiers des fruits dicelle, se sousmetteront » aus constitutions qui pour cet effet y ont esté esta- » blies, lesquelles pour meilleur entretien leur seront » communiqués.

» Soubs lesquelles conditions et privilèges ils promet- » tent foy et obéissance telle que doivent fidelles et » obeissans subjects à leur Roy et souverain Seigneur se » sousmetteront aus lois generallement establies ausdi- » tes terres de tout leur pouvoir.

» Sur ce que dessus mondict Seigneur lambassadeur » donnera avis s’il luy plaist comme aussi si son plaisir » seroit de faire expédier ledict privilege en forme deue » le plustost que faire se pourra à cause du peu de » temps qui reste d’icy au mars (temps commode pour » lembarquement) pour faire lacceuil de tout ce qui » est requis, ce faisant obligera ses serviteurs à prier » Dieu pour laccomplissement de ses saincts deseins » et pour sa santé et longue vie.

» Jesse DE ForEsr (1). »

La pétition était accompagnée d’un papier contenant les signatures de tous les pétitionnaires disposées en cercle autour d’un contrat dans les termes suivants.

« Nous promettons à Monseigneur l'Ambassadeur du » Sérénissime Roy de la grande Bretagne de nous aller » habituer en Virgynie, terre de l’obéissance de Sa » Majeste, le plus tost que faire se pourra et ce, soubs » les conditions portées aux articles que nous avons

* (1) Au dos : « Supplication de quelques Wallons et Français désireux d'aller en Virginie ».(en anglais),

Enfermée dans une lettre de Sir Dudley Carleton datée du 19 juillet 1621. (Papiers d'Etat dé Hollande, 1622 [1621], janvier-mars, liasse no 145).

» communiqués à Mondict seigneur l'Ambassadeur et » non autrement. En foy de quoy nous avons livré ceste » presante promesse unanimement de nos seins manuels le —. »

Signatures.

s (6) enfans Jesse de Forest tincturier.

f. 2 enfans Nycolas de la Marlier tainturier.

fme Jan Damont laboureur.

fme 3 enfans Jan Gille laboureur.

( s enfans Jan de Trou paigneur (peigneur) en laine.

ime $ enfans Phlipe Maton teinturie (teinturier) et deux serviteurs:

fme 4 enfans Anthoyne de Violate vigneron de vigne.

fme $ enfans Ernou Catoir paignier (peigneur).

fme 1 enfans Anthoin Desendre laboureur.

fme 4 enfans Abel de Crepy ouvrier de la navette.

fme 4 enfans Adrien Barbe tainturier.

fme 1 enfans Michelle Censier ticheran (tisserand) de drape.

Îme 1 enfans Jerome Le Roy tischeron (tisserand) de drape.

Jeune fils Claude Ghiselin tailleur dabits

(d’habits).

fme 1 enfans Jan de Crenne facteur.

fme 2 enfans Louis Broque laboureur.

Homme à merier

Jeune fils (effacé) Mousnier de la Montagne estudient

en médicine.

Homme à marier

Jeune fils (effacé) Mousnier de la Montagne pharma-

fe 2 enfans fe fme 4 enfans fme 2 enfans f 4 enfans f 2 enfans fme fÎme $ enfans fme 4 enfans Jeune fils fme « enfans Jeune homme fÎme $ enfans f 2 enfans Jeunefs f 4 enfans fme 6 enfans fme 2 enfans Jeune fils

Homme àmarier

fme 6 enfans fe $ enfans fe 2 enfans fme $ enfans fme 1 enfan Jeune fils Jeune fils Jeune fille Jeunne fils

cien et chirurgien.

Jacque Conne laboureur de terre.

Henry Lambert drapier de drap.

Jorge le Ca[ ] charger (serger).

Michel du Pon chapiller (chapelier).

Jan Billt (Billet ?) laboureur.

Polle de Pasar tiseran (tisserand).

Antoine Gremier gardener (jardinier).

Jean Gourdeman laboureur.

Jean Campion painnier (peigneur).

Jan de la Mot laboureur. | Antoinne Martin.

Franchois Fourdrin passeur de peau.

Jan le Ca laboureur.

Theodor du Four drapier.

Gillam Broque laboureur.

Gouerge Woutre.

Jan Sage Sairger (serger).

Mari Flip au nom de son mari munier (meunier).

P. Gantois Estudiant en Théologie.

Jacques de Lechielles brasseur.

Jan le Rou imprimeur.

marque de Jan de Croy scieur de . boy (bois).

marq de Challe Channy laboureur.

marq de Françoi Clitden laboureur. Flipe Campion drapepier (drapier).

Robert Broque laboureur.

Philippe de Le, ouvrier charpentier.

Jenne Martin.

Piere Cornille vigneron.

Nouveaux Pays-Bas. 12}

fe 2 enfans Jan du Carpentrij laboureur.

Jeune fils Martin de Carpentier fondeur de

cuivre.

fme 7 enfans Thomas Farnarcque serrurier.

Pierre Gaspar.

fme 4 enfans Gregoire le Jeune cordonnier.

fme 1 enfans Martin Framerie musicien.

Hommeämarier Pierre Quiesnier brasseur.

fme 3 enfans Pontus le Geay faisseur d’estamin (faiseur d'étamines).

fe 8 enfans Barthelemy Digaud Scyeur de bois (scieur de bois) (1).

Notes extraites des archives wallonnes de Leyde.

De la Marlier Jean, témoin du baptême de Philippe, fils de Jesse de Forest et Marie du Cloux, dans l’église wallonne de Leyde, 13 septembre 1620.

Damont, Françoise, native de Liège, mariée 15 décembre 1633.

Gille, Jean, natif de Lille, marié à Cataline Face, de Leyde, 17 octobre 1615.

Maton, Philippe, natif de Fourcoin [Tourcoing ?], marié à Philippotte Caron, 10 janvier 1599.

(1) Ce document est conservé à Londres dans le British Public Record Office (State Papers, Colonial, 1, 54).

L'auteur s'est assuré, avec l’aide obligeante du conservateur de la bibliothèque wallonne de Leyde, que le plus grand nombre de ces pétitionnaires étaient membres de l'église wallonne de cette ville, Quelques-uns cependant ne s'y trouvent pas et habitaient probablement d'autres villes. D'autres enfin, qui reparaissent dans les registres de Leyde après un intervalle dé deux ou trois ans, sont probablement des émigrés revenus dans leur patrie, comme Michaelius écrit le 11 août 1628 « qu'une portion d’entre eux se préparent à faire. »

124 Histoire des réfugiés huguenots, en A mérique.

Catoir, fils d'Arnoul, bap. 23 septembre 1618.

Desendre. Anthoine Decende témoin du baptême d'un enfant de Jean de Croi, 28 mars 1621.

Crepy, Abel et Jaquemine de Lannoy, présentent leur fille Susanne au baptême, 6 février 1627.

Barbé, Adrien, témoin du baptême d’Adfrien fils de Jean Barbé, 14 septembre 1625.

Le Roy, Jérosme, natif d'Armentières, marié à Suzanne le Per, de Norwich (Angleterre), 1°" novembre 1620.

Ghiselin, Claude, témoin du baptême d’un enfant de Grégoire le jeune, 28 mars 1621.

Censier, Michelle fille de Michel C. bapt. 29 septembre 1624.

De Cranne, Jean, témoin du baptême d’un enfant de Grégoire le jeune 28 mars 1621.

Broque, Louis et Chertruy Quinze présentent leur fils Pierre au baptême 30 janvier 1622.

Coinne, Jacques, natif de Ron près Lille, marié à Christienne Baseu (le Baiseur), de Fourcoin 27 juillet 1014. Leur fils Noë bapt. 28 juin 1620.

Lambert, Henri, reçu à la communion à Pentecôte 1620 après confession de sa foi. Henri L. né près Limbourg et Anne Digan, de Noyelles en Hainault, se marièrent 1 novembre 1620. Un autre Henri L. natif de Liège, ép. 10 novembre 1621 Marguerite Simon.

Du Pon, Michiel, natif de Valenciennes, ép. Nicole Billet, d'Herdeyn, $ juillet 1597.

Campion, Jean, natif de l’Artois, épousa 25 août 1607, Isabeau Cap.

De la Mot, Jean et Marie Fache, sa femme présentent au baptême leur fils Jean 10 novembre 1622. |

Martin, Antoine, né près Saint-Amand marié à Prudence Hussé, de Saint-Amand 8 décembre 1619.

Noûbéaix Pays-Büs. 12!

Le Ca, Jean natif d'Halewyñ'marié à Marié'des Pré, dé Monvau 7 janvier 1617.

Du Four, Theodore et Sara Nicaïse sa femme présentent leur fille Madelaine au baptême 24 juillet 1616.

Broque, Gillain, témoin du baptême de Pierre fils de Louïs et Chertruy Broque 30 janv. 1622.

Sage, Marie, fille de Jean le Sage bapt. mars 160$.

De Lechielles, Jaques, témoin avec Jesse et Rachel de’ Forest d'Henri, fils d'Henri Lambert, 1° août 1621,

De Croy, Jean, deux enfants bäpt. 12 avril 161$ et 28 "mars 1621.

Du Carpentry, Jean, natif de Landas (Flandres), marié à Anna Chotein, des environs de Saint-Amand, 10 mars 1619.

Farnarcque, Thomas et Marie sa femme présentent leur fils Abraham au bapt. 4 août 1624.

Le Jeune, Grégoire et sa femme, Jenne de Merre, présentent leur fils Isaac au bapt. 28 mars 1621.

Framérie, Martin, et Marie François sa femme présentent leur fils Zacharie au bap. 25 octobre 1620.

Quiesnièr (ou Quesnoy), Pierre, natif de Fourcoin, et Marie Le Per, de Wacka mariés 27 février 1617.

Digand, Barthélemy et Françoise Fregeau sa femme présentent leur fils Isaac au baptême 1°" mars 1620.

Sir Dudley Carleton appuya le projet des Wallons de Leyde, tout en jugeant leur demande « extravagante » en certains points ; il pensait que si Sa Majesté approuvait l'expédition, ces conditions pouvaient être modifiées (1). Le conseil des Lords transmit la pétition

(1) Il en fait mention de nouveau le s février 1621 : « Pendant » ces derniers mois, plusieurs habitants de ce pays, représentant ” un nombre considérable de familles, se sont adressés à moi

à la compagnie de Virginie ; la réponse de la compagnie ne fut pas complètement hostile; elle ne voyait « aucun inconvénient, pour le moment, à permettre à » soixante familles de wallons et de français, ne dé- » passant pas le nombre de trois cents personnes, d’al- » ler s'établir en Virginie , lesdites personnes s’enga- » geant par serment à devenir de fidèles et obéissants » sujets de Sa Majesté et promettant, comme ils en » font profession, de se conformer, pour les points » principaux, à la forme de gouvernement maintenant » établie dans l'Eglise d’Angleterre. » Mais la compagnie n’encourageait pas les espérances des colons d’un concours matériel à l’émigration ; elle jugeait que ce serait « une faveur si royale de Sa Majesté et un si grand bénéfice, » pour ces Wallons et Français, d’être admis à vivre dans ce pays fertile, sous la protection et le gouvernement d'un monarque si puissant et si pieux, qu’ils ne devaient pas attendre de Sa Majesté aucune concession de navire. « Quant à eux-mêmes, » ajoutaient les directeurs de la compagnie , « leurs fonds sont si épui- » sés par les dépenses des trois dernières années qu'ils » ne peuvent leur donner aucun autre secours que » leur avis et conseil sur la manière la plus avantageuse » de se transporter eux et leurs biens et sur l’adminis- » tration la plus profitable de leurs intérêts. »

La compagnie jugeait inadmissible la demande des émigrants de s'établir dans un district particulier, et elle conseillait, pour la prospérité de la plantation aussi bien que pour assurer l'obéissance à Sa Majesté, de distribuer lesdites familles par petits groupes dans les principales

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» pour que je leur procure un lieu d’habitation parmi les sujets » de Leurs Majestés dans ces colonies, » Documents relative to the colonial history of the State of New-York, vol. IE, p. 7.

Ress

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villes, les bourgs et les corporations de Virginie, à leur propre choix. On leur donnerait une portion de terre et tous les autres privilèges et bénéfices aussi complètement qu’aux nationaux anglais.

« La compagnie a l'expérience que ce plan sera plus avantageux et meilleur pour lesdits Wallons et Français que ce qu'ils désirent eux-mêmes. »

La correspondance entre les Wallons de Leyde et le conseil de Virginie s'arrêta là (1). Son interruption s’explique facilement. Le projet de fondation d’une Compagnie hollandaise des Indes occidentales, longtemps agité , touchait maintenant à son exécution. Tandis que

(1) Huit ans plus tard, une demande analogue fut présentée au gouvernement anglais en faveur d'un groupe de protestants français, qui demandaient des facilités pour s'établir en Virginie. En 1629, Antoine de Ridouet, baron de Sancé, adressait la lettre suivante au secrétaire d'Etat :

Monseigneur ,

« Le désir que j'ay de servir Sa Majesté et me retirer en ce pays issy avec ma famille et tout ce qui j'ay en France , aussy pour faire habituer des franssois protestans en Virginie, pour y planter des vignes, olives, faire des soyes et du sel, me fait vous suplier tres-humblement d'obtenir de Sa Majesté quil luy plaise m'honorer de letres de gentilhomme de sa chambre privée ; avec letres de Denison pour moy et mon fils. Et qu'il luy plaise donner ordre à monseigneur l'ambassadeur qui ira en France, d'obtenir comme ayant l'honneur d’estre son domestique, liberté et sureté pour moy avec la jouissence de mon bien, afin » que par ce moyen, et soubs la faveur de Sa Majesté, je puisse issy faire transporter ma famille et mon bien, pour estre plus » prest à servir Sa Majesté et vous aussy, Monseigneur. SANCÉ » (State Papers, Colonial Series, vol. V, n° 14. Public Record Office, London).

Le baron de Sancé fut un des fidèles compagnons du duc de Soubise , avec lequel il se réfugia en Angleterre après le siège de La Rochelle. Sa proposition de fonder une colonie de protesitants français en Amérique fut favorablement accueillie par le gouvernement. Il dressa, de concert avec l’attorney général, les plans du voyage et de la colonisation ; et, après quelques délais, les réfugiés s'embarquèrent. La destination était la Caroline, mais ils Et en Virginie. Cette colonie languit pendant plusieurs années,

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128 Histoire des réfugiés huguënôt$" en A mérique. Jesse de’ Forest était en rapports avec l'ambassadeur anglais à La Haye (3 juin 1621), les Etats généraux des Provinces-Unies, assemblés dans le vieux palais de Binnenhof, préparaient pour cette compagnie une lettre patente lui conférant de vastes pouvoirs et privilèges. Il fallut cependant attendre encore deux ans l’organisation définitive (21 juin 1623). Le gouvernement eut connaissance dés projets des Wallons et des Français de Leyde. Jesse de Forest, l’intelligent et habile organisateur de l'expédition, continua ses efforts jusqu’à complète réussite. Avant que la Compagnie des Indes occidentales n’eût commencé ses opérations, il avait soumis son plan d’émigration aux Etats provinciaux de Hollande. Ce corps en référa aux directeurs de la nouvelle compagnie, qui répondirent favorablement. « Ils » ont examiné les propositions des familles qui désirent » aller aux Indes occidentales et les trouvent très avanta- » geuses pour la Compagnie ; et ils sont d'avis que ces » familles doivent être encouragées et qu’on doit leur » promettre tout appui (21 avril 1622). » On observa, cependant, qu'il y avait lieu d’ajourner l'exécution jusqu’à ce que le conseil des directeurs fût formé. Enfin l’assemblée, après mûre délibération, décida qu'avec l’agrément des magistrats la promesse d'appui pouvait être donnée (1).

Un esprit habitué à envisager les événements de l'histoire comme ordonnés par la divine providence remarquera avec intérêt les circonstances qui déterminèrent la direction de ces deux importantes migrations. Les réfugiés anglais projetaient de s'établir sur les

(1) Documents relative to the colonial History of the State of New-York, 1, 28.

bords du fleuve Hudson. Découragés du côté de l’Angleterre , ils se tournèrent vers la Hollande pour obtenir des secours ; mais ils ne furent pas acceptés comme colons et se dirigèrent alors vers le Massachusetts. Suivant leur exemple, les wallons sollicitèrent d’abord le patronage de la compagnie de Virginie, pensant, sans doute, s'établir dans la même région; mais, cédant aux désirs de la Hollande, qu'ils trouvèrent disposée à leur venir en aide , ils se fixèrent dans les nouveaux Pays- Bas, à l'embouchure du fleuve Hudson. C'est ainsi qu'Ephraïm et Manassé, dans l’histoire patriarcale, reçurent, chacun de leur côté, d'abondantes bénédictions.

L'entreprenant Wallon ne perdit pas de temps pour introduire sa requête devant les Etats généraux des Provinces-Unies. Le 27 août, les conseillers des Etats généraux de Hollande firent leur rapport sur la pétition et la prirent en considération. Il appert de ce rapport que Jesse de Forest sollicitait des Etats généraux l’autorisation d’enrôler pour la colonie des familles ou des individus professant la religion réformée et disposés à s'établir aux Indes occidentales (1), pour le bien de ladite compagnie (2).

(1) On désignait habituellement à cette époque, sous le nom d'Indes Occidentales, tout le continent d'Amérique.

(2) « La requête présentée par Jesse des Forest aux hauts et » puissants des Etats Généraux des Provinces Unies a été renvoyée le 16° d’août dernier aux Etats de Hollande qui l'ont mise entre les mains de leurs conseillers. Il résulte de leur examen que Jesse des Forest désirerait obtenir la permission d’enrôler des familles ou colonistes de la Religion Réformée, inclinés à faire le voyage aux Indes occidentales pour l’avancement et le progrès de la Compagnie des Indes occidentales, — et disposant à la requête dudit Jesse des Forest luy accorde d'enrôler toutes les familles ayant la qualité requise afin d'être transportées aux Indes occidentales pour être utiles au service du Pays sous condition que ledit des Forest le fasse avec connaissance et correspondance mutuelles des villes respectives

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Les six mois qui suivirent furent, sans doute, employés aux préparatifs de l'expédition. Enfin, dès le commencement de mars 1623, le navire New Netherland partit du Texel, emportant trente familles, wallonnes pour la plupart (1). Les émigrants étaient destinés à l'établissement projeté par la compagnie hollandaise des Indes occidentales à l'embouchure de l'Hudson. Près d’un siècle s'était écoulé depuis que l'explorateur Florentin Verazzano, naviguant sous le pavillon de la France (1524), avait découvert cette magnifique baie qui attire et abrite maintenant le commerce du monde entier. Ce siècle avait été rempli d’explorations hardies ; de nombreux et intrépides navigateurs avaient visité la côte de l'Atlantique, soit pour chercher un passage conduisant aux Indes, soit dans l'espoir de découvrir le pays fabuleux abondant en or et en pierres précieuses ; mais le grand fleuve du Nord était resté inconnu jusqu’à la visite d'Henry Hudson en 1609, et maintenant, quatorze ans plus tard, le premier établissement permanent sur ces rives était créé par des colons protestants de la Hollande.

Le petit navire, — de deux cent soixante tonneaux, — mit à la voile vers le sud, dans la direction des îles Canaries. Il était neuf et solide, et son commandant, Cornelis-Jacobsen May, était un marin expérimenté. Au large de la côte de Guinée on trouva des vents

» où il fera ledit enrôlement et qu’il sera tenu d'en faire rapport

» aux Etats de Hollande. — Ainsi fait à la Haye, le 27 d'août 1622,

» par ordonnance des conseillers. Signé : Van der Wolf. » — Coie des actes échevinaux de Leyde, 27 août 1622 (communiquée par e D' W.-N. du Rieu, bibliothécaire de la bibliothèque wallonne

à Leyde).

onu history of the State of New-York, vol. III, . 35; Documents relative to the colonial history of the State of ew-York, vol. 1, p. 149, 181, 283.

Nouveaux Pays-Bas. 131

favorables , et, dès le commencement de mai, le New Netherland atteignait l'embouchure de l’'Hudson. C'était une prompte traversée pour cette époque, et la saison était agréable ; mais le malaise des passagers, entassés dans leur étroite cabine, — ils étaient environ cent cinquante, — devait être cependant considérable. Aussi leur joie fut grande, quand cette vue « douce et riante, » dont les voyageurs. ont toujours parlé depuis lors, vint réjouir leurs yeux. C'étaient les côtes boisées s’élevant de chaque côté des « Narrows » et se dérobant pour ceindre le vaste port, et la magnifique étendue de la baie, dont les eaux poissonneuses sont couvertes de bandes d'oiseaux, qui plongent sans cesse après leur proie. Mais un spectacle inattendu attendait les voyageurs à leur arrivée : un navire français était ancré dans le port, avec mission de prendre possession du pays découvert au siècle précédent par Verazzano, et maintenant réclamé par la France en vertu de cette découverte. Le capitaine se disposait à dresser l’étendard du roi de France sur le sol des nouveaux Pays-Bas. La compagnie des pacifiques émigrants aurait eu de la peine à s'opposer à ce projet. ii se trouva heureusement qu'un vaisseau hollandais de plusieurs canons était à l'ancre à peu de distance; les remontrances des colons, secondées par le déploiement de forces du Mackerel, furent efficaces ; le malencontreux visiteur prit le large, et nos Wallons furent laissés libres de débarquer sur l’île Manhattan.

Les colons trouvèrent quelques huttes dressées vers l'extrémité sud de l’île. Un comptoir y avait été entretenu, pendant plusieurs années, par les marchands d'Amsterdam, et un marin à leur service, nommé Adrien Block, y avait passé l’hiver de l’année 1613, construi-

sant un navire pour en remplacer un qui avait été brûlé. Le premier enfant européen né dans cette région, Jean Vigné, de parents huguenots, y vit le jour en 1614. Mais l'occupation permanente de l'emplacement actuellement couvert par la ville de New-York date de l’arrivée du New Netherland en mai 1623.

La petite troupe de passagers se dispersa bientôt. Huit d’entre eux furent débarqués à Manhattan, pour en prendre possession au nom de la Compagnie des Indes occidentales. Deux familles se dirigèrent vers l’est pour chercher à s'établir auprès du fleuve Fresh ou Connecticut. Quatre couples, qui avaient été mariés en mer, furent envoyés à la première occasion favorable pour fonder un établissement sur le fleuve du sud, ou Delaware, à sept kilomètres environ au-dessous de la ville de Philadelphie. Dix-huit familles restèrent sur le navire, qui s’engagea dans le fleuve du nord. Descendant à terre auprès de l’endroit occupé maintenant par la ville d’Albany, ils bâtirent un fort auquel ils donnèrent le nom d'Orange, et construisirent à la hâte, autour de ce fort, des huttes d’écorce. Les naturels arrivèrent bientôt avec des présents de pelleteries, et un commerce actif ne tarda pas à s'ouvrir avec les Mohawks et autres tribus.

Un navire qui arriva en Hollande, au mois d'août suivant, apporta les premières lettres des nouveaux Pays-Bas, donnant une riante description de l’établissement. « Nous avons été bien heureux, » écrivaient les colons , « en arrivant dans ce pays. Nous y avons » trouvé de belles rivières, des ruisseaux qui descendent » en murmurant dans les vallées ; des eaux courantes » dans les plaines, des fruits agréables dans les bois, tels que fraises, noix et raisins. Les forêts regorgent » de gibier et les rivières de poisson. On trouve par-

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