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Elie Naudin, capitaine de navire, de La Tremblade, se réfugia en 1682, avec sa femme et trois enfants, à Southampton (Angleterre), où il mourut. Sa veuve, Jael Arnaud, vint en Amérique, quelques années après, avec Arnaud ou Arnauld Naudin, dont les descendants sont nombreux dans le Delaware et le Maryland (1).
puissant Monarque, nôtre roy Guillaume, de pleine mémoire à qui Dieu maintienne son sceptre & sa couronne & que sous son regne puissions tous vivre en paix & en la crainte de Dieu. Et led{it] Machet s’est veu attaqué de maladie, grosse fièvre, toutes fois sain de mémoire & de l'entendement, & voulant pourvoir à ses affaires pour le repos de sa famille. Premierement il recommande son ame à Dieu le pere tout puissant, createur du ciel et de la terre, qu'il le veuille reçevoir dans son Royaume celeste, au rang de ses enfans bienheureux, et quant à son corps, il prie et souhaitte d’être enterré en les forme & maniere » de sa religion & discipline jusques à la consommation des sie- » cles & resurrection ou nôtre Seigneur viendra pour juger les » vivant et les morts, c’est la prière qu'il fait, voulant bien, comme » un vray Chrétien & pere de ses enfans que Dieu luy a donné » fait testament... Premièrement led. Machet veut et entend » & pretend que lad. Jeanne Thomas sa femme soit dame & » maîtresse de tout générallement les biens meubles & acquests »
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ue nous avons fait ensemble pendant nôtre vivant, & particulièremt les acquests que nous avons fait ensemble depuis nôtre sortye de France, n'ayant sauvé que nôtre corps seulent, & que tout ce que nous avons, nous l'avons gagné ensemble à la peine de nos mains & à la sueur de nôtre visage » (Testaments, N.-Y.,11, 2. Signé 17 avril 1694. Enregistré 10 novembre 1699).
qr) « Elie Naudin, pilote, sa femme, trois enfans, fugitifs de » la Tremblade; année de leur départ, 1682; lieu de retraite, » Hampton; valeur de leurs biens, 4,000 livres à lui et à sa » femme » (Arch. nat.) Elias Naudin, Arnauld, Mary et Elias, naturalisés en Angleterre le 8 mars 1682. Elie Naudin et sa femme Jahel [Jael] Arnaud présentèrent leur fille Françoise au baptême à l’église française de Threadneedle-Street, à Londres, le 7 février 1686. 11 mourut, semble-t-il, en Angleterre, où sa veuve paraît avoir épousé Jacob Ratier, marinier, qui fut naturalisé avec Jahel, sa femme, et Arnold Naudin le 8 mai 1697. Ils vinrent cette même année à New-York, où « Arnould Nodine » obtint des lettres de naturalisation le 12 novembre 1697. L’octroi de ces lettres devint l'un des « chefs d'accusation » contre le gouverneur de New-York Fletcher, comme ayant été fait sans autorisation et « en termes » si larges qu’ils sont contraires à l'esprit des lois de l'Angleterre » concernant le commerce des plantations. » Le gouverneur
Sur la rive de la Gironde , dans la région méridionale de la Saintonge, sont les ports et villages de Royan, Meschers, Saint-Palais et Saint-Georges. Royan, aujourd’hui ville de quatre mille habitants, est le berceau des Lavigne (1) et des Quantin (2). Auprès du village de Chatelas est Jenouillé, le lieu natal de Jacques Fontaine , le pasteur huguenot, ancêtre des familles américaines Fontaine et Maury. Deux des réfugiés de New- York, Daniel Lambert (3) et André Jolin (4), étaient
affirma que les lettres avaient été données dans la forme habituelle. Il écrivit (Londres, 24 décembre 1698) qu'il ne se rappelait pas ce cas particulier; mais que le désir de New-York et d’autres lantations étant d'augmenter le nombre de leurs colons, il n'avait ait que suivre l'exemple de son prédécesseur en accordant la naturalisation à « plusieurs pauvres Français, » défendant de percevoir dans ces cas-là aucun honoraire. Il ne paraît pas qu'aucune décision concérnant ce sujet ait été communiquée ( Documents relative to the colonial History " the State of New-York, IV,
Elias ?, fils d’Elias et de Jael Naudin, épousa à Philadelphie, en 171$, Alida ou Lydia, fille de Peter et de Lydia Le Roux. Il fut nommé ancien de l'élise PREREAENRS , et ses descendants, Arnold 3, Andrew #et Arnold 5, occupèrent successivement la même charge au Consistoire de cette église (Voy. « Hamilton Record, » par À. Boyd Hamilton, Esq, à Harrisburg, Pensylvanie).
(1) « Les Lavigne, fugitifs de Royan » (Arch. nat.). « Charles Lavigne, matelot, fugitif de Royan. parti en 1684, lieu de retraite, Virginie » (/bid.). Estienne La Vigne, un des colons français de Narragansett, 1686, était membre de l'Eglise française de New- York, 3 avril 1692, et obtint des lettres de naturalisation dans la province de New-York, 6 février 1696.
(2) « Les Quantins fugitifs de Royan » (Arch. nat.). Isaac Quantin ou Cantin habitait New-Rochelle en 1702 et New-York en 1721.
(3) « Daniel Lambert, natif de St-Palay, » épousa Marie Tebaux, le 8 novembre 1691, dans l’église française de New- York. « Lambert, » probablement le même, avait été l’un des colons français de Narragansett.
(4) André Jolin obtint les petites lettres de naturalisation à New-York le 6 août 1686, et fut naturalisé le 15 avril 1693. Il était membre de l’église française de New-York en 1688. I] épousa Madeleine Poupin. Une Bible de famille, entre les mains de T. S. Drake, Esq., New-Rochelle (N.-Y.), porte le nom de Guis Jolin. Guy Jaulin, natif de Vaux, paroisse de Saint-Palais
202 Histoire des réfugiés huguenols en Amérique.
natifs de Saint-Palais. Elie Badeau, chef d'une famille établie dans le comté de Westchester (New-York), vint de Saint-Georges (1), et Jean Coudret et sa femme Marie Guiton (2), membres de l’église française de New-York , étaient originaires de la même localité. Meschers, village de onze cents habitants, était le lieu d’origine d'André Lamoureux (3), maître de navire, de Jacques Many et de son frère Jean, capitaine de marine (4), de Gilles Lieure (s), de Daniel Fumé (6),
en Saintonge, était, à la fin du dix-huitième siècle], l’un des réfugiés de Bristol.
(1) « Elie Badeau, natif de St-Georges en Saintonge, fils de Pierre Badeau et de Marie Triau, » épousa à Bristol (Angleterre ), le 30 août 1696, Claude, fille de Daniel Fumé et veuve de François Blondeau (Reg. de l’Egl. franç. de Bristol). Elie, fils d'Elie Badeau et de Claude Fumé, né le 29 octobre 1698, fut baptisé à l'église franç. de New-York. La famille se fixa à New-Rochelle, et le nom est encore représenté dans Wetchester- County.
(2) Daniel, fils de Jean Coudret et de Marie Guiton, de Saint- Georges (Saintonge), fut présenté au baptème à l’église française de New-York, 7 juin 1691.
(3) « André Lamoureux, maître de navire, cy-devant demeurant à Méché en Xaintonge, où il était pillotte, et Suzanne Latour, sa femme ,» présentèrent leur fils Daniel au baptème dans l’église française de Bristol (Angleterre), 7 janvier 1693. Leur fils aîné Jacques était mort en mars 1689. André et sa famille vinrent à New- York dès le 1$ mai 1700, et ses descendants habitèrent cette ville et New-Rochelle.
(4) Jacques Many, de Meschers en Saintonge, fut reçu membre de l’église française de New-York, le 9 novembre 1692. Il épousa Anne, fille de François Vincent. Jean, frère de Jacques, connu sous le nom de capitaine Many, épousa Jeanne, fille aînée de Jean Machet.
(s) « Les Lièvres, fugitifs de Meschers » (Arch. nat.). Pierre Lieure , sargettier, de Méché en Saintonge, se maria à l’église française de Bristol , le 20 mai 1688. Gilles Lieure signa au mariage de Jean Le Lieure, marinier de Saintonge, à l’église française de Crispin Street (Spitalfields, Londres), 26 janvier 1704. Gille Lieure habitait New-Rochelle en 1743.
(6) « David Fumé, tisserand, demeurant cy-devant à Méché en Xaintonge, » était membre de l’église française de Bristol dès 1688. Il vint à New-York, probablement avec sa fille Jeanne, qui épousa Isaac Quintard, et fut assisté par l’église française de
ew-York, le 13 septembre 1698.
La Révocalion. — Saintonge et Poitou. 293 et de Jeanne Couturier (1), femme de Daniel Bonnet.
A une petite distance de la côte sont plusieurs villages qui ont également fourni des réfugiés à l'Amérique. Le plus grand, Saujon, qui a près de trois mille habitants, fut le berceau d'Elie Chardavoine, dont les descendants s’établirent à New-York et dans l’Alabama (2). A trois milles au sud-ouest de Saujon est le village de Médis, où naquit Jean Boudin ou Bodin, l’un des colons français de Staten-Island (3). Le petit hameau de Musson (4), paroisse de Médis, était la résidence de Daniel Gaillard, émigrant huguenot à New-York (5). D'Arces, à six milles de Meschers, vinrent Jean Pelletreau et ses deux neveux Elie et Jean, qui se réfugièrent en
(1) « Jeanne Couturier, natifve de Méché en Xaintonge, » était à Bristol avec son mari en 1693. Elle était membre de l'église française de New-York en 1717.
é « Elie Chardavoinne , de Saujon en Saintonge ,» épousa à l'église française de New-York, le 24 août 1692, Anne Valos, probablement sœur d’Etienne et Esaïe Valleau.
(3) « Boudin, fugitif de Medit, élection de Saintes » (Arch. nat.) John Boudin et Esther, sa femme, furent naturalisés à Londres, le 14 octobre 1681, avec François Bridon, dont Boudin avait épousé la fille à son arrivée à Londres. Il avait déjà des enfants d’un por lit (Testaments, N.-Y., VII, 312). Il s'établit à Statensland (N.-Y.), et mourut en mars 169$ (Teslaments, N.-Y., V, 101). Sa femme, « Hester Bodine, fille de Francis Bridon » (T'estlaments, N.-Y., VI,88; VIT, 147), lui survécut. Il laissa un fils, Jean Bodin, et une fille, Marianne, qui épousa Jean Abelin (re de l’église française, New-York). Le testament de ean Bodien, daté du 3 janvier 1707, mentionne ses frères Eliazor et Francis et ses sœurs Esther et Mary (N.-Y., col. mss. Land Papers, IV, 84).
(4) Le hameau de Musson n'est pas sur les cartes. Je le trouve seulement mentionné dans les registres de l’église française de Bristol, comme situé dans la « paroisse de Medy. »
(5) « Daniel Gaillard, sargettier, de Musson en Saintonge, et Elisabeth Labé, sa femme, » présentèrent leur fille Susanne au baptème dans l’église française de Bristol, le 29 août 1692. Daniel et Elizabeth Gaillard étaient membres de l’église française de New-York dès 1702.
294 Hisloire des réfugiés huguenots en Amérique.
Amérique peu de temps après la révocation, et s’établirent à New-York comme fournisseurs de navires (1). Trois familles fixées à New-Rochelle (Westchester- County, New-York), — les Forestier, les Raynaud et les Suire, — paraissent originaires de la même portion de la province. Charles, Jean et Théophile Forestier venaient de Cozes, village de deux mille habitants (2). Daniel Raynaud (3) était natif de Chenac, et Jean Suire (4), de Saint-Seurin de Mortagne, villages voisins sur les rives de la Gironde, où les doctrines de la Réformation pénétrèrent de bonne heure, et qui eurent des églises florissantes. Le temple de Saint-Seurin fut démoli quatre ans avant la révocation de l'édit de Nantes, et celui de Mortagne eut, peu après, le même sort. Mais les protestants de ces localités continuè-
1) « John Pelletreau, né à Arse en Saintonge, Magdalen [Vincent], sa femme, née à St-Martins, et Elie Pelletreau [son neveu], né à Arse en Saintonge, » furent naturalisés à New-York, le 27 septemire 1687. Elie était fils de Paul Pelletreau, décédé, et Esther Gouin, sa femme, tous deux d’Arces. Jean, autre fils de Paul, vint aussi à New-York, où les descendants des deux frères furent nombreux.
(2) « Les Forrestiers fugitifs de Coses » (Arch. nat.). « Forretier » est mentionné sur la liste des colons de Narragansett. Théophile Forestier, âgé de $6 ans, Charles, âgé de $4, et Jean habitaient, en 1698, à New-Rochelle , où la famille continue à être représentée.
(3) La Bible de famille de Daniel Rayneau, conservée à New- Rochelle, porte cette note : « Mémoire du jour que nous » avons parti de Bristol : ce fut le six"e d'avril 1693. » Les registres de l’église française de Bristol donnent les noms d’Abraham Regnaud, « marinier, demeurant cy-devant à Chinat (Chenac),
roche Saint-Surin de Mortagne, en Saintonge. » Daniel Rano Renaud), âgé de 55 ans, et Judith, sa femme, âgée de 45, habitaient New-Rochelle (New-York) en 1698. Leurs descendants sont nombreux dans le comté de Westchester.
(4) Suzanne Suyre, femme d'André Denis, un des réfugiés de Bristol, était native de Saint-Seurin-de- Mortagne. John Suire, naturalisé en 1701, mourut à New-York avant 1712. Sa veuve et son fils César Suire habitaient New-Rochelle.
La Révocation. — Saintonge et Poitou. 29$
rent longtemps à tenir leurs assemblées religieuses, la nuit, dans les bois ou plus souvent dans les cavernes et sur les rochers au bord de la mer, où le bruit des vagues pouvait empêcher leurs persécuteurs d'entendre les prières et le chant des psaumes (1).
Si, des côtes de la Saintonge, nous pénétrons à l'intérieur du pays, nous rencontrons d'autres villes d'où les huguenots, chassés par la persécution, se retirèrent en Amérique, À Saint-Jean d'Angély, autrefois l'une des principales places fortes des réformés, le temple fut fermé en 1683. Jean Tartarien (2), ancien de l’église française de Boston, et probablement trois autres familles huguenotes réfugiées dans la Caroline du Sud, les familles de Daniel Durouzeaux (3), Elie Bisset (4) et Jean Thomas (s) étaient originaires de Saint-Jean d'Angély. Jean Faget (6), l’un des « chefs de famille »
(1) Histoire des Eglises réformées de Pons, Gemozac et Mortagne en Saintonge, par A. Crottet, pp. 200-203.
(2) « Jean Tartarin, marchand de St-Jean-d'Angély, » épousa Suzanne Jaille, dans le temple de Soho (Londres), 21 décembre 1690. Il était fils de feu Jean Tartarin et de Jeanne Collardeau.
John Tartarien, naturalisé le 3 juillet 1701, était ancien de l'église française de Boston en 1704.
{3) « Daniel Durouzeaux, né à Saint-Jean-d’Angély, en Saintonge , fils de Daniel Durouzeaux et Marie Souchard; Elizabeth Foucheraud, sa femme ; Daniel, Pierre, leurs enfants, nez en Caroline » (Liste, etc.).
(4) « Elie Bisset, né à Saint-Jean-d'Angély, fils d'Abraham Bisset et de Marie Bitheur; Jeanne Poinset, sa femme; Anne, Catherine, filles, nées en Caroline » (Liste, etc.).
(5) « Jean Thomas, né à Saint-Jean d'Angély, en Saintonge, fils de Jean Thomas et d'Anne Dupon » (Liste, etc.).
(6) « Jean Faget, ouvrier en laine, demeurant cy-devant à Mi- » rambeau, en Xaintonge, fils de Jean Faget, dudit lieu, » épousa le $ novembre 1691, à l’église française de Bristol, Marie Chrestien, de Normandie. Jean Faget, fournisseur , fut reçu bourgeois de New-York le 26 mai 1699. Il épousa en secondes noces Madeleine David, à l'église française de New-York, le 29 juin 1701, et était l’un des « chefs de famille » de cette église en 1704.
de l’église française de New-York, était natif de Mirambeau. Chalais était le lieu de naissance de Jacques Nicholas, dit Petitbois (1), l’un des réfugiés de la Caroline du Sud.
Etienne Tamplé (2) était aussi un fugitif de Saintonge, mais on ne connaît pas exactement la localité dont il était originaire.
Juste au delà de la frontière de la Saintonge, dans l’'Angoumois, se trouve Barbezieux, berceau de Paul Droilhet, l’un des membres les plus honorables de la colonie française de New-York (3).
Pons en Saintonge fut l’une des premières villes à recevoir les doctrines réformées, vers le milieu du seizième siècle. Occupée par les huguenots pendant les guerres civiles, elle leur fut garantie comme place de sûreté par l’édit de Nantes. Pendant la première moitié du dix-septième siècle, « les meilleures familles » de la noblesse de Saintonge fréquentaient le temple de » Pons (4). » Au moment de la révocation, Pons comptait encore un nombre considérable de protestants. Elie Prioleau était leur pasteur, et il le demeura au milieu
(1) « Jacques Nicholas, Petit-Bois, né à Chalais, en Xaintonge, fils de Daniel Nicholas et de Léonore Gast » (Liste, etc.).
(2) « Estienne Tamplé, né en Xaintonge, fils de Estienne Tamplé et de Jeanne Prinseaud. Marie Du Bosc, sa femme » (Liste, etc.).
(3) « Paul Drouhet, ancien de l’église de Barbezieux, 1682 » (Bull., VII, 219). Malgré la légère différence du nom, il n’est pas douteux que ce fût le même Paul Droilhet qui fut longtemps « ancien » de l’église française de New-York. Dix enfants de Paul Droilhet et de Suzanne de la Vabre son épouse furent baptisés dans cette église de 1689 à 1710. Il mourut en 1712 ou I 7 , laissant une veuve et quatre filles qui reçurent pendant plusieurs années des secours de l’église française. Il existe de nombreuses preuves de l'estime et de l'affection qu’avaient pour Droilhet non seulement ses caapenens de refuge, mais mème les habitants anglais de New-York.
(4) Bulletin de la Soc. de l’hist. du prot. franç., XI, 316.
La Révocation. — Saintonge et Poitou. 297
de la persécution, jusqu'au 15 avril 1686, date de la destruction du temple. Pendant cette œuvre d'anéantissement, Prioleau prêchait à son troupeau en pleurs sur sur ce texte : « Celui qui aura conservé sa vie la per- » dra; mais celui qui aura perdu sa vie à cause de moi » la retrouvera (1). »
Sous la rigueur croissante de la persécution, beaucoup signèrent une abjuration tout extérieure pour obtenir quelque relâche à leurs maux. Mais plusieurs d’entre eux, avec ceux qui étaient demeurés fermes dans leur profession, profitèrent de la première occasion pour s'enfuir de France. Prioleau lui-même et un certain nombre dé ses paroissiens gagnèrent l'Amérique. Il devint le premier pasteur de l’église huguenote de Charleston (Caroline du Sud) (2). Matthieu Colineau,
(1) Hist. des égl. réf. de Pons, Gemozac et Mortagne, en Sainlonge, par A. Crottet, p. 139.
(2) « Elias Prioleau, fils de Samuel Prioleau et de Jeanne Merlat, né à ……. , en Xaintonge, en France » (Liste, etc.). « Son aïeul était Elisée Prioleau, sieur de la Viennerie , pasteur de Jonzac et de Niort » (Hist. des protestants et des églises réformées du Poitou, par Auguste Lièvre, t, III, p. 306). Son père, Samuel Prioleau, était pasteur de Jonzac en 1637, de Niort en 1642, et de Pons en 1650, après avoir été, pendant quelques années, le collègue de Jean Constans, le pasteur précédent » (Crottet, etc., p. 121). « Samuel mourut le 16 février 1683 et fut remplacé le 10 mai 1683 (ibid., 130) par son fils Elie, qui avait fait ses études à l'académie de Genève (Livre du recteur, p. 161). « Elie Prioleau épousa Jeanne Burgeaud, de l’île de Ré, dont il eut deux enfants avant son départ de France; Jeanne, née à Saint Jean-d’'Angély » (Liste, etc.), « et Elias, nommé dans l’acte de naturalisation , mais qui mourut probablement avant son arrivée en Amérique. Il se réfugia en Angleterre, où il fut naturalisé le 15 avril 1687. Ce fut dans le courant de cette année qu'il vint à Charleston (Caroline du Sud), et fonda l’église française de cette ville, probablement avec son collègue Laurent-Philippe Trouillard. Elie Prioleau mourut dans l’année 1699. Il laissa dans la Caroline du Sud de nombreux descendants qui chérissent sa mémoire et suivent l'exemple de ses vertus » (History of the presbylerian ne in South Carolina, par Georges Howe, D.D., P. 110, 111).
avocat et juge de la sirerie de Pons, et diacre de l’église réformée de cette ville, s'établit à New-York et y fut reçu bourgeois en 1694 (1). Jean Sarrasin, sieur de Frignac, diacre de l’église de Prioleau, le suivit à Charleston (2).
La fuite de ces réfugiés des provinces maritimes de France demanderait des volumes pour être racontée en détail, et au lieu d’une sèche énumération de noms de personnes et de villes, nous aurions l’histoire de fuites hasardeuses et d'aventures de l'intérêt le plus saisissant. Des relations de ce genre ont certainement été conservées pendant plusieurs générations dans toutes les familles huguenotes établies en Amérique; mais, le plus souvent, il ne nous en a été conservé que des fragments. Une exception doit être faite en faveur des Mémoires de Jacques Fontaine, dont nous avons déjà fait mention. Les souffrances qu'il endura, les périls auxquels il
(1) « Matthieu Colineau , avocat en la Cour et juge ordinaire de Pons, diacre de l’église de Pons, 1678, chef de famille, 1682 » (Crottet, Hist. des dgl. réf. de Pons, etc. y: 124-128). « Il épousa Jeanne Carré » (France protestante , IV, 522). Matthew Collineau , naturalisé en Angleterre le 10 octobre 1688 , fit une pétition, le 1°" juillet 1694, pour demander, en qualité de « protestant français, » sa naturalisation à New-York ; il obtint ces lettres le 12 juillet et fut reçu bourgeois de New-York le 14 juin 1698. Nous ne trouvons plus trace de lui après cette époque; peut-être se fixa-t-il dans la Caroline du Sud, où Peter Colineau vivait en 1730.
(2) « Jean Sarrazin, sieur de Frignac, diacre de l’église de Pons, 1678; chef de famille, 1682 » (Crottet, Hist. des égl. réf., etc., p. 124-228). John Sarrazin fut naturalisé en Angleterre le 20 mars 1686. Moreau Sarrazin, en i730; Jonathan Sarrazin, en 1772, habitaient la Caroline du Sud. On a prétendu que Prioleau avait amené avec lui un grand nombre de ses paroissiens à Charleston, mais je ne trouve pas la confirmation de ce fait. Aucun des noms français de la Liste ci-dessus citée n’est donné comme originaire de Pons; Colineau et Sarrazin sont les seuls réfugiés en qui paraissent avoir appartenu à l’église du pasteur
rioleau.
La Révocation, — Saintonge et Poitou. 299
échappa présentent le plus vif intérêt et peuvent servir à nous représenter les tribulations de la plupart de ces familles.
Jacques Fontaine commence l’histoire de sa famille par celle de son arrière-grand-père, qui était un gentihomme du Maine, signait de La Fontaine dans les actes, et avait été homme d'armes dans une compagnie d'ordonnance, sous François I#. L'homme d’armes quitta le service pour embrasser la religion réformée dès l’apparition de celle-ci en France, et vécut quelque temps au Mans, dans la retraite, d’un petit patrimoine qu'il possédait. Là, en 1563, durant les premières guerres civiles, il fut assassiné avec sa femme, dans sa maison, par une bande de fanatiques ou plutôt de brigands qui prenaient un drapeau religieux pour piller avec impunité. Ses trois fils se sauvèrent comme ils purent, et gagnèrent La Rochelle, qui était alors la capitale et la citadelle des réformés.
Le grand-père de Jacques Fontaine, arrivant en cette ville à demi nu, dépourvu de toutes ressources, fut heureux d’être recueilli par un cordonnier qui l’adopta et lui apprit à tailler le cuir. Il y réussit, à ce qu’il paraît, et gagna même une petite fortune à faire des souliers. C'était un fort bel homme. Il se maria deux fois, la seconde fois étant déjà sur le retour, mais encore vert, et portant bien une barbe grisonnante qui lui couvrait la poitrine. Cela n’empêcha pas que sa seconde femme ne voulôt l’'empoisonner. Les bonnes âmes de La Rochelle remuèrent ciel et terre pour obtenir la grâce de la coupable. Le roi Henri IV, se trouvant de fortune en ces parages, se fit montrer le mari, qui sollicitait comme les autres. On lui présenta un grand gaillard haut de six pieds, d'apparence plus propre à manier
une lance qu’un tranchet. « Elle n'a pas d’excuse ! » s’écria le roi, qui avait aussi une barbe grise; « ventre saint-gris ! empoisonner le plus bel homme de mon royaume ! Qu'on la pende. » Ainsi fut fait. — Le grandpère de Jacques Fontaine mourut en 1633. Le père de Jacques Fontaine était le dernier enfant du premier mariage. Déjà la famille était en voie de prospérité, car ce fils, au lieu de faire des chaussures, fit de fortes études sous la direction du pasteur Merlin, puis, à l'académie de Saumur, fut ministre de l’Evangile, et s’acquit une certaine réputation d’éloquence par ses prédications. Il avait fait plusieurs voyages à Londres, et même y avait pris femme en 1628. Mle Thompson lui donna onze enfants.
Jacques Fontaine naquit à Jenouillé en 1658. Il fut é&levé comme devait l'être l’arrière-petit-fils d’un martyr et le fils d’un ministre ardent et passionné pour sa croyance. La mission des pasteurs protestants commençait à devenir pénible et même périlleuse. Des tracasseries continuelles préludaient à la persécution ouverte, et chaque jour la partialité des agents du gouvernement mettait à l'épreuve la constance des prédicateurs évangéliques. Jacques Fontaine était d’un caractère à se distinguer dans ces temps malheureux, et la rude éducation de son enfance ne fit que développer sa résolution et son énergie. Il devint un bon humaniste, et il se disposait à embrasser le ministère évangélique, lorsqu'une crise décisive éclata. Au régime d'exception qui pesait sur les religionnaires, M. de Louvois fit succéder les dragonnades, et trompa indignement Louis XIV sur les moyens employés pour parvenir à l’extirpation de l’hérésie. À bout de patience, les huguenots ne virent plus que l’émigration pour remède à leurs maux, et la plu-
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part étaient réduits au dernier dénument lorsqu'ils arrivaient sur la terre étrangère.
Mis en prison pour avoir prêché, Fontaine se défendit fort bien, et finit par être acquitté par le parlement de Bordeaux ; mais il ne sortit du guichet que débarrassé de tout son argent. Il se remit à prêcher de plus belle, gourmandant les indécis, jéchauffant les braves et évitant les dragons , car il était excellent cavalier. Bientôt n'ayant plus d'autre ressource que la fuite, il fit marché avec un capitaine anglais qui, pour cent livres par tête, transportait dans son pays les protestants réduits à émigrer. De par le roi, la fuite était interdite à ces malheureux, et tandis que les dragons les traquaient dans les bois, des vaisseaux croisaient le long des côtes pour arrêter les fugitifs. L'embarquement devenait hasardeux. Neuf femmes et deux hommes s'étaient jetés avec Fontaine dañs une petite barque qui devait accoster le vaisseau anglais à quelque distance au large. Pour que leur manœuvre ne parût pas suspecte à une frégate française qui croisait le long de la côte, ils passèrent plusieurs heures à portée de la voix de ce bâtiment, dont le capitaine pouvait avoir envie de les visiter. Les douze protestants étaient au fond de la barque, cachés sous des voiles et des filets de pêche. La nuit et le vent les favorisèrent, et ils purent gagner le vaisseau anglais.
À peine débarqué sur le sol britannique, en décembre 168$, Fontaine entra chez un boulanger pour acheter du pain. Frappé du bon marché, il emploie aussitôt le peu d’argent qu'il avait apporté à faire une spéculation sur les farines, charge un bâtiment, faitivendre ses farines en France et réalise un très honnête bénéfice.
Si Fontaine avait l'instinct du commerce, d’un autre côté
il croyait que tout n’est pas matière à spéculation et que l’argent n’est pas le bien le plus désirable en ce monde. Parmi les neuf compagnes de son aventureuse évasion, il y avait une demoiselle Boursiquot, sa cousine, avec laquelle il avait échangé une promesse de mariage écrite, engagement autorisé parles lois de ce temps. Cette jeune personne, fort jolie, à ce qu’il paraît, attira tout d’abord l’attention d’un Anglais très riche, qui voulut l’épouser. Mie Boursiquot ne savait pas un mot d'anglais, l'Anglais pas un mot de français ; il s’adressa braverient en latin à Fontaine , et le pria de faire la proposition à Mie Boursiquot, offrant à son interprète sa propre sœur en mariage, avec une belle dot en dédommagement. Les deux émigrés soutinrent noblement cette épreuve, envoyèrent promener l'Anglais et sa sœur, et se marièrent riches d'amour, mais sans un sou vaillant (8 février 1686).
Peu de temps après, nouvelle tentation. Le mariage romanesque de ces deux jeunes gens avait fait une certaine sensation et leur avait procuré des protecteurs. On offrit à Fontaine une prébende de trente livres sterling par an, situation assez bonne alors, même pour tout autre qu’un réfugié; mais pour l'obtenir, il fallait confesser le symbole de l'Eglise d'Angleterre et Fontaine fut pris de scrupules. « J’adoptais de grand cœur les trente-neuf articles, mais j'appris que l'Eglise anglicane persécutait nos frères. » Echappé aux dragons, Fontaine était prêt à braver les jurés de Jeffreys ; il se reconnut aussitôt pour presbytérien et refusa le bénéfice qu'on lui offrait.
Pour vivre et pour faire vivre sa femme et ses enfants, Fontaine se fit tout à la fois épicier , mercier, chapelier, puis il s’avisa de créer des fabriques de drap. Il naturalisa en Angleterre un ingénieux procédé pour
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débarrasser le drap des longs poils qui restent à sa surface après le tissage.
La révolution de 1688, en émancipant les presbytériens, rendit Fontaine à ses travaux spirituels. Nommé ministre d’une communauté de réfugiés établis à Dublin, il desservit cette paroisse pendant dix années. Puis il dut quitter ses ouailles pour aller prêcher l'Evangile et fonder un établissement de pêcheries dans le nord de l'Irlande, en plein pays de vrais sauvages. Toujours sur le qui-vive, à cause des fréquentes incursions des corsaires, Fontaine proposa au duc d'Ormond, lordlieutenant d'Irlande, d'élever un fort qui défendrait ses pêcheries et toute la baie. Surpris de voir un ministre disserter doctement sur l’art de la guerre, le duc lui répondit un peu sèchement : « Priez pour nous, monsieur, nous saurons bien vous défendre. » Fontaine se mordit les lèvres et rempocha son projet de fort; mais quelques mois après, il écrivit au duc : « Mylord, je me » suis acquitté fidèlement de mon devoir de prier pour » vous; mais Votre Grâce a oublié sa promesse, car elle » ne m'a pas défendu, et il a bien fallu que j'en prisse » le soin moi-même. » Un corsaire avait débarqué auprès des pêcheries et avait voulu piller la maison de Fontaine ; il avait trouvé à qui parler. Après huit heures de combat, le corsaire était obligé de se retirer honteusement.
Ce siège si vaillamment soutenu fit grand bruit en Irlande et attira les faveurs du gouvernement sur l’émigré français qui payait de son sang sa dette d’hospitalité. Le duc d'Ormond adopta les idées de Fontaine et fit bâtir un fort auprès de ses pêcheries ; mais ces précautions tardives ne firent qu'irriter les corsaires. Servis par des espions irlandais , ils surprirent la petite gar-
304 Histoire des réfugiés huguenots en Amérique. nison et s'emparèrent du fort sans coup férir. La maison de Fontaine se défendit mieux; mais comment résister au nombre ? Après avoir épuisé ses munitions , grièvement blessé et entouré de flammes, Fontaine capitula avec les pirates et ouvrit ses portes. Ils le traitèrent fort mal, et il put dire avec Cicéron : « Beneficium latro- » nis non occidere. » Durement rançonné, pillé et incendié, Fontaine, déjà vieux, paraît avoir renoncé dès lors aux aventures. Au moment où il terminait ses mémoires, il était domicilié à Dublin, où il vivait d'une pension du gouvernement. Ses fils étaient établis. L'un d'eux, qui avait servi comme officier dans l’armée de lord Peterborough, en Catalogne, alla s'établir en Amérique, emportant une copie des Mémoires dont nous venons de rendre compte, publiés, après deux siècles, par Me Anna Maury et traduits en français par la Société des livres religieux de Toulouse (1). Un de ses descendants s’illustra comme colonel dans les rangs de Washington, et combattit à côté des soldats français pour la cause de la liberté.
La province du Poitou a fourni à l’ Amérique nombre d'excellentes familles huguenotes. De Châtellerault, ville importante qui perdit par la fuite de ses habitants protestants beaucoup plus du dixième de sa population la meilleure et la plus laborieuse (2), vinrent Pierre Berthon de Marigny et Marguerite, sa femme, Marie Fleu-
(1) Mémoires d’une famille huguenote victime de la révocation de l'Edit de Nantes, pe Jacques Fontaine, avec une introduction et des notes par E. Castel. Toulouse, 1877 (épuisé),
Sous presse, pour paraître prochainement, une nouvelle édition : du texte français des Mémoires de Jacques Fontaine, d'après le manuscrit original que la famille Maury a bien voulu mettre à la disposition de la Société de Toulouse par l'entremise du Rév. D' Charles W. Baird.
(2) Lièvre, Hist. des prot. et des égl. réf. du Poitou, IT, 225.
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riau, veuve, avec son fils Pierre et sa fille Marquise et son gendre Louis Carré ; Ami Canche et Louise sa femme ; et Charles Fromaget. Pierre Berthon prit la tête de la colonie de Rhode-Island, dans le Narragansett. Louis Carré vint à New-York et devint l’un des principaux négociants et l’un des membres les plus zélés de l'église française (1); Ami Canche fut l’un des colons de New-Paltz, Ulster-County (New-York) (2). Charles Fromaget se fixa dans la Caroline du Sud (3).
A six milles de Châtellerault est le village de Sussay, berceau de Jacques Benoît, qui vint dans la Caroline du Sud, avec sa femme Sarah Monnié et leur fils Jean (4).
A Loudun, les protestants étaient nombreux. Dans la seule nuit du 30 octobre 1686, deux compagnies
(1) Cette famille était nombreuse, et plusieurs de ses membres s'expatrièrent à la révocation. Louis semble être un descendant de Jean Carré, pasteur distingué de l’église réformée de Châtellerault, sa ville natale (de 1618 à 166$, et même après); Louis et sa femme, Prégeante Fleuriau, s'établirent à New-York en juin 1688 (Certificat de naturalisation, daté de Londres, $ avril 1688, et enregistré le 14 juin de la même année par le Common Council, New-York). Ils avaient été précédés par deux frères de Prégeante, Pierre et Daniel Fleuriau, qui obtinrent leurs lettres de naturalisation à New-York, le 29 juillet 1686. Carré devint bientôt un des principaux négociants de la ville, et ses enfants se marièrent dans des familles influentes. Il était « ancien » de l’église française en 1713 et 1724. Il mourut le 29 mai 1744, âgé de quatre-vingt-cinq ans. Sa veuve, dont le prénom de Prégeante s'était transformé en Bridget, mourut le 13 juin 1750, à quatre-vingtonze ans.
(2) « Ami Canche et Louise, sa femme, nés à Chastellercau, en Poictou, » furent naturalisés à New-York, le 27 septembre 1687, avec leur fille Marianne, née à Saint-Christophe. Marianne épousa Abraham Jouneau, de New-York.
(3) « Charles Fromaget, né à Chastelerault, fils de Charles Fromaget et de Marie Le Nain » (Liste, etc.).
(4) «Jacques Benoit, fils de Jacques Benoit et de Gabrielle » Mercier, né à Sussay en Poitou, Sarah Mounié, femme dudit » Jacques, Jean, son fils, né en France, Jacques et Pierre, nez en » Caroline » (Liste, etc.).
du régiment d’Asfeld-dragons y extorquèrent par leurs violences quinze cents abjurations. Là, comme ailleurs, un grand nombre de huguenots s'étaient enfuis à l’approche des missionnaires bottés de Rome, quittant leurs demeures à la faveur des ténèbres avec le peu d'effets qu'ils pouvaient emporter avec eux (1). Parmi ceux qui gagnèrent l'Amérique, citons Daniel Huger et Marguerite Perdriau (2), sa femme, Jacob Baillergeau (3), Jacob Ammonet (4), Nicolas Malherbe (5), Zacharie Angevin (6), fugitifs établis dans la Caroline du Sud, dans la Virginie et à New-York.
1) Lièvre, Hist. des prot. du Poitou, 11, 153, 166. 2) A l'exemple des protestants déjà mentionnés (p. 251), Huger chercha d’abord à La Rochelle et dans l'ile de Ré un refuge contre la persécution qui sévissait dans le Poitou. La liste officielle des fugitifs de l’Aunis mentionne « Daniel Huger, marchand, sa femme et deux enfants, sortis de l’isle de Ré, en 1682 » (Arch. nalt.). Cette liste est corroborée par la « liste des François et Suisses refugiez en Caroline, » qui mentionne une fille née à La Rochelle. « (Daniel Huger, né à Loudun, fils de Jean Huger, et » Anne Rassin. Marguerite Perdriau, sa femme, Marguerite, » leur fille, née à La Rochelle; Daniel et Madeleine, leurs en- » fans nez en Caroline »).
(3) Jacob, fils de Jacob Baillergeau et de Marguerite, sa femme , né à Loudun, en Touraine, demanda des lettres de naturalisation de la province de New-York en 1701. Le docteur Jacob Baillergeau prit, le 11 avril 1704, un diplôme pour exercer la médecine et la chirurgie dans les Etats de New-York et de New-Jersey. Il avait été membre de l’église française de Threadneedle street, à Londres, en 1688.
(4) « Jacob, Pierre et Matthieu Ammonet, chefs de famille à Loudun, 1634 » (France protest.). Jacob Ammonet était l’un des colons de Manakintown (Virginie).
(s) Nicholas Malherbe était membre de l’église française de New-York en 1697, et habitait cette ville en 1702-1703. Sa fille Marie épousa Isaac Guion, le 25 août 1710. Plusieurs réfugiés de ce nom vinrent de Loudun (Lièvre, op. cit., IIT, 295-355).
(6) Zacharie Angevin épousa, à l’église française de New-York, le $ mars 1690, Marie, le d'André Naudin. En 1701, il acheta des terres à New-Rochelle (N.-Y.), où il passa le reste de sa vie et où ses descendants ont longtemps habité. Isaac Angevin, de Loudun, fils de feu André Angevin, se maria à l’église française de Threadneedle-Street le 28 octobre 1682. Voyez aussi France protestante.
La Révocaltion. — Saintonge et Poitou. 307
Poitiers, capitale de la province, avait pour pasteur, au temps de la révocation, le savant Jacques Gousset, qui se réfugia en Hollande où il fut appelé à occuper une chaire de théologie à l’université de Groningue. Gousset était accompagné d'un parent de sa femme, Isaac-Bertrand du Tuffeau (1), qui s’associa à Gabriel Bernon, dans la colonie huguenote de New-Oxford (Massachusetts). De Poitiers vinrent aussi Pierre Girrard (2), qui s'établit dans la Caroline du Sud, et Aman et Goussé Bonnin (3), qui se fixèrent à New-York.
Le port de mer de La Chaume (Sables-d'Olonne), habité par d’intrépides marins que les dragons eurent de la peine à dompter, était le lieu de naissance de Benjamin Marion, ancêtre de Francis Marion , le brave général de la guerre de l'Indépendance (4). Un autre
(1) Lièvre, Hist. des prot. et des égl. réf. du Poitou, t. III, Dire é (2) « Pierre Girrard, né à Poitiers, fils de Pierre Girrard et de Judith Fruschard » (Liste des François, etc.). Elisabeth Damaris- Girrard , Isaac Girrard et Marie Roubin, sa femme, — ces deux noms se rencontrent fréquemment parmi les protestants du Poitou, — étaient membres de l’église française de New-York en 1694 et plus tard.
(3) Bonnin, — « une des plus anciennes maisons du Poitou, » — dont plusieurs membres figurent sur la liste des « nouveaux convertis » de Poitiers en 1682. Aman Bonnin fut naturalisé en Angleterre, le $ janvier 1688, et Goussé, — qui reçut sans doute ce prénom inaccoutumé en l'honneur du pasteur de Poitiers, Jacques Gousset, — obtint des lettres de naturalisation dix ans plus tard. le 9 septembre 1698. Ils vinrent en Amérique en 1688. \inan s'établit à New-York et se maria à l’église française, le 20 septembre 1689, avec Suzanne, fille d’Esaïe Valleau. Six en- | fnts d'Aman et de Suzanne furent baptisés dans cette église. GousséBonnin et sa femme Marie Pontin allèrent en Pensylvanie, où leur fils Simon-Pierre naquit le 16 janvier 1689 (baptisé l 6 octobre 1689 à l’église française de New-York).
(4) « Benjamin Marion, né à La Chaume, en Poitou, fils de » Jean Marion et de Périnne Boutignon ; Judith Baluet, sa femme : » Ester Gabrielle et Benjamin, leurs enfants, nez en Caroline » (Liste des François, etc.).
308 Histoire des réfugiés huguenots en A mérique.
réfugié de la Caroline, Gabriel Ribouteau (1), venait aussi de La Chaume et un troisième, Jean Girardeau (2), de Talmont , ville voisine et proche de la côte. Dans l'intérieur des terres, les villages de Mouchamps et Sigournais comptaient de nombreuses familles protestantes. Gilles Gaudineau (3), médecin huguenot mêlé aux affaires de New-York du temps de Leisler, était originaire de Sigournais, et sa fille Hélène, mariée à Jacques Desbrosses, était née dans le voisinage, à Mouchamps. Desbrosses lui-même semble être de ces environs (4).
(1) « Gabriel Ribouteau, né à Lachaume, en Poitou, fils d'Es- » tienne Ribouteau et de Catharine Girardot » (Liste, etc.).
(2) « Jean Girardeau, né à Tallemont, en Poitou, fils de Pierre Girardeau et de Catharine Lareine » (Liste, etc.).
(3) Gilles Gaudineau, nommé parmi les réfugiés du Poitou (Lièvre, op. cit., III, 360), était né « à Sigornay, en bas Poitou, » mais s'établit à « Mouchamps, en bas Poitou, » où naquirent ses filles Suzanne et Hélène (Âcte de naturalisation). Ils obtinrent les petites lettres de naturalisation à New-York, le 26 août 1686, et furent naturalisés le 27 septembre 1687. Gaudineau prit aussitôt une part active aux affaires de la province. Il fut fait lieutenant de la compagnie du capitaine Minvielle le 8 octobre 1686. Il accompagna l'expédition du gouverneur Dongan pour défendre Albany et protéger les Cing-Nations contre les Français en 10687 ét
rit parti, en 1689, contre Leisler , qui le mit en prison, pour reus de rendre sa commission de lieutenant » (Documents relative lo the Collecty, New-York, 111, 716). Il était médecin, « Giles Gaudineau , chirurgien, » obtint les lettres de bourgeoisie le 27 mai 1702. Il était « ancien » de l’église française de New- York en 1702, et membre du conseil paroissial de l'église de la Trinité, New-York, en 1708. Sa fille Suzanne retourna en Europe (peut-être Suzanne Godineau enterrée à Londres le 10 octobre 1692). Hélène demeura à New-York et épousa à l'église française, le 18 octobre 1703, Jacques Desbrosses. Gilles mourut après le 20 mai 1709 et avant le 24 novembre 171$; son testament id la date du 24 août 1694 (Testaments, N.-Y., VIII-374)
acques Godineau, aussi du Poitou, et « chirurgien , » âgé de cinquante-huit ans, reçut des secours du « Royal-Bounty, » Londres, en 1705.
(4) Voir plus haut. Le nom de Ragnou des Brosses et celui de Gaudineau se rencontrent sur la mème liste de réfugiés du Poitou Nous ne trouvons Jacques à New-York qu’en 1701. Six enfants
La Révocation: — Saintonge et Poitou. 309;
Au centre du Poitou, à l'est et au nord de Niort, est une contrée très peuplée , d’où partirent pour l’Amérique de nombreuses familles huguenotes. La plupart de ces localités sont maintenant trop insignifiantes pour figurer sur les cartes ordinaires. Mais aucune ne fut alors assez obscure pour échapper à la rage des troupes de Louis XIV, qui, sous la direction de l’infâme Marillac, ravagèrent le pays en 1681, et il est probable que ce petit district souffrit autant de vexations et de tortures qu'aucune autre province du royaume. Les dragons ne laissaient une paroisse pour passer à une autre que lorsqu'il n'y restait plus un seul protestant à convertir ou à ruiner. Les maisons étaient livrées au pillage, les femmes outragées et torturées, les hommes battus, puis poussés ou traînés dans les églises, et dès qu’on les avait persuadés de s’agenouiller devant le prêtre ou de placer leur main sur l'Evangile latin , ils étaient inscrits sur les listes de convertis. On rencontrait des multitudes fuyant du côté de La Rochelle ou dans d’autres places où elles croyaient trouver la sécurité, ou groupées le long des côtes, attendant le moment favorable pour un embarquement clandestin. Il est aisé de concevoir que l'effroi et la consternation causés par l'approche des dragons ait pu quelquefois occasionner la folie. Jean
de Jacques Desbrosses et d'Hélène Gaudineau furent baptisés à l'église française , 1705-1718. L’aîné, Jacques, fut élu « ancien » de l'église. Le plus jeune, Elie , né le 22 avril 1718 , fut l'un des membres du conseil paroissial de l'église de la Trinité (New- York), 1759-1770, et l’un des rat. 1770-1778. Dans son testament , il « fit un legs à l’église de la Trinité en fidéicommis pour l'usage et bénéfice des pasteurs français qui célébreront le service religieux en français dans cette cité, conformément à la liturgie de l'Eglise d'Angleterre » (Registres de l’église française, LORIE L'une des rues de New-York porte le nom de cette amille.
Migault raconte qu’il rencontra souvent dans ses tournées une femme portant un nourrisson dans ses bras, et suivie de deux autres enfants, fuyant, folle de peur, à travers les champs, sous l'impression qu'elle était poursuivie par les dragons.
Niort, qui fut longtemps l’une des places fortes des huguenots, fournit aussi un nombreux contingent à l'émigration. Parmi ceux qui vinrent en Amérique, nous remarquons tout d’abord François et ThomasBureau, fils de Philippe Bureau, imprimeur huguenot de Niort, qui éditaient des ouvrages religieux (1). François s'enfuit de France dès l’année 1684 (2) et s'établit dans le commerce à Londres (3), tandis que leur vieille
(1) On a des psautiers imprimés « à Nyort, par Philippe Bureau, » 1657 et 1670, et par la veuve Phi'ippe Bureau en 1678 (Bull., XXXIV, 368, note).
Benjamin Faneuil écrivait, en 1690, la :1r> suivante à Thomas Bureau, « marchand françois, habitent : nrès de la grande porte de Savoie, dans le Strand, à Londres. »
« à Bost: ‘e 22° may 1690.
» Mr Thomas Bureau, » Mons" et amy,
» Jay Bien Reçu Lagreable votre en datte du 3° janvier et » vous suis bien obligé de votre bon souvenir et vous prie, M", » de me voulloir continuer L’honneur de votr : Blenvellaice,
» Pour Ce quy est de votre papier dont vous me parlez, je ne lais » point retiré, veu qu’il Esloit Entre les mains de M' votre frere ou » il est encore à la Reserve d'une Balle que jay vendue pour lui a » 9 ch [shellings] la rame» (Voir la fin de cett:: lettre au chap XI).
Il paraît, d’après cette lettre, que Thomas Bureau, marchand Lis à Londres, aurait envoyé à son frère aîné, François , à oston, plusieurs balles de papier, ce qui donne à supposer qu'ils faisaient tous les deux ce négoce. François (« Bureau l'aîné ») et Thomas s'établirent tous les deux à Londres 2) « Francis Bureau, Anne, sa femme, et Anne, Mary-Anne, » Philip et Francis, leurs enfants, » furent naturalisés en Angleterre le 2 juillet 1684. Le fait que Francis nomma son fils ainé Philip nous confirme dans la conviction qu'il était fils de l'éditeur de Niort.
() Voir la lettre ci-dessus. « Bureau l'aîné, » comme il signai habituellement, fut rejoint en Angleterre, dès le mois de jan-
La Révocation. — Saintonge et Poitou. 311
mère restait avec le plus jeune de ses enfants. Ils souffrirent, l’année suivante, toutes les horreurs des dragonnades, que Thomas décrivit dans une lettre adressée à son frère le 30 août 168$ : « C’est à présent que nous sommes à l'épreuve , mon très cher frère. Cette pauvre province est inondée de dragons qui désolent tout. Revenant de Poitiers avec mon beau-frère, passant par Saint-Maixent, nous vismes les désordres qui s'y commettoient, et l’ordre que M. l'intendant donna de ne laisser personne sortir de la ville, et, pour cet effet, mit trente mousquetaires à chaque porte. Je craignis que l’on ne fist la mesme chose à Niort, ce qui m’obligea de monter à cheval pour m'y rendre ; mais les dragons y estoyent desja qui foisoyent les plus étranges violences du monde; cela m'empescha d'y entrer; mon beau-frère y entra parce qu’'estant chef de famille , il auroit esté criminel en s’absentant; dès que les dragons furent dans la ville, on en envoya quatre chez nous qui commencèrent par la boutique, jettèrent tous les livres par terre, ensuitte, avec des haches et des marteaux, brisèrent et mirent en pièces toute la charpante, les rayons, les vitres et la menuiserie, entrèrent leurs chevaux dans la boutique et les livres leur servirent de litière; ils furent ensuite dans les chambres d’où ils jettèrent tout ce qui estoit dedans en la rue, de sorte qu’en peu de temps il y eut un si grand embarras qu’on n’y pouvoit passer. M. le maire regardoit
er 1688, par son frère Thomas (lettres de naturalisation). François émigra peu de temps après au Massachusetts, tandis que homas demeurait à Londres, où il prit une place importante pen les réfugiés français. Il faisait partie du comité chargé de répartition du « Royal-Bounty. »
cela de dessus sa porte, qui se baignoïit de joie ; je suis résolu de partir aujourdhuy pour Paris, afin d'y aller solliciter nostre congé. Je suis à présent à demi lieue de la ville chez un amy, ma mère me mande par un exprès qu’elle n’en peut plus, ces misérables la traittent de la plus épouvantable manière du monde, et asseurément elle est d’un exemple admirable par sa constance; elle me mande ne pouvoir plus fournir à l’excessive depence qu'ils font; car, outre 4 escus qu’elle leur donne par iour, ils luy ont mangé toute sa vaisselle d'argent. Je lui escris de faire en sorte de'se cacher en quelque endroit, si elle peut, avecmasœur, cequiestpresque impossible, car il est fait défence aux catholiques romains de réfugier aucun protestant sous peine de galères ; le commandant de ces dragons passant hier au soir chez nous appela ma mère et luy dit : « Quoy, chienne, tu n'as pas encore changé de religion, ni ta p... de fille, » à quoy ma mère respondit qu’elle espéroit de la grâce de Dieu de ne le renier jamais. « Eh bien, » dit-il, b... de chienne, tu seras donc bien tost pendue avec huict ou dix autres opiniâtres de cette ville, qui ne se veulent pas changer non plus que toy. » Les dragons dirent qu’il valoit mieux leur attacher les licols de leurs chevaux au col et les traîner par les rues, comme les chiens enragez, pour servir d'exemple; on m’escrit qu’aujourdhui on doit redoubler la garde chez nous, c’est-à-dire envoyer encore quatre autres dragons, et que M. le maire et dix autres personnes me cherchent de tous costez; mais je m'en vay monter à cheval et partir pour Paris. M. le maire a dit à ma mère que si elle quittoit sa maison seulement pour six heures, qu'il la feroit pendre et qu’on alloit faire
La Révocation. — Saintonge et' Poitou. 3n3:
». transporter tous:les livres qui sont dans nostre maga- » zin dans la place du château pouriles brûler. J’exhorte ». ma mère à ne se point étonner de tout cela et de con- » tinuer ce qu’elle a'si bien commencé. Enfin, l’heure » me presse pour partir; et je suis si navré que je ne » peux vous faire icy qu’un faible traict du plus horrible » tableau qui se soit jamais’vu; mon beau-frère a trois » dragons qui luy font à peu près la mesme chose; ju- » gez par là de nostre état. Je ne vous dis point la » peine des autres : M. Sérot le père et MM. Méri- » chaud et Valvod sont prisonniers dans des cachots, » les fers aux pieds, pour avoir dit seulement qu'ils es- » toyent bons et fidelles sujets du roy, mais qu'ils ne » changeroient jamais de religion. A Dieu, mon cher » frère, priez Dieu pour nous. » Thomas Bureau (1). De ‘Niort étaient également originaires Marie Tébaux (2), André Foucault (3), David Pougnin (4), René Gilbert (5), Jean Coulon (6), Daniel Champenois (7),
(1) « Copie d’une lettre escritte par le sieur Thomas Bureau, de Niort, en Poitou, le 30 aoust 1685, à son frère, marchand libraire à Londres » (Bull., XX XIV, 368).
(2) Marie Tebaux, « native de Niord, » épousa le 8 novembre 1691, à l’église française de New-York, Daniel Lambert.
(3) André Foucault , témoin au mariage ci-dessus, fut autorisé par le gouverneur, le 13 septembre 1703, à tenir une école anglaise et française à New-York. Il était l’un des « chefs de famille» de l’église française en 1704, et est mentionné jusqu’en 1720. Ce nom est celui d'une famille réfugiée du Poitou, connue par les souffrances qu’elle avait endurées pour cause de religion (Lièvre, op. cil., III, 358).
(4) Comme André Foucault, Pougnin était témoin du mariage de Marie Tébaux; sans doute il appartenait à la mème famille ne le ne Pougnant, de Niort et environs (Lièvre, ibid.,
(s) René Gilbert, « natif de la ville de Niort, » mourut à New- York le 16 janvier 1690 (Registres de l’église française).
(6) Jean Coulon, « de la ville de Nyort, en Poitou, » fut marié dans l’église française de New-York, le 27 avril 1692, à Marie du Tay. Quatre enfants furent baptisés dans la même église.
(7) Parmi les persécutés de ce nom figurent Jacques Champe-
Pierre Reverdy (1) et Samuel et Moïse, fils de Jean Morin ou Morine (2).
A douze milles au sud-est de Niort est le village de Thorigné, qui fut le berceau de Daniel Bonnet, l’un des colons de New-Rochelle (3), et de
nois, « le plus riche négociant de Niort, » — « M. Champenois » était à New-Rochelle en 1716. Daniel et sa femme Marguerite étaient membres de l’église française de New-York en 1725.
(1) Peter Reverdy et son fils Benoni furent naturalisés en Angleterre le 2 juillet 1684. Peter vint de Londres à New-York avec le pasteur Peiret, sur le navire Robert, en novembre 1687. Il est mentionné dans New-England justified, p. 41 (republiée dans Force’s historical Tracts, IV), comme l’auteur de quelques mémoires concernant Sir Edmund Andros (Documents relalive to the colonial history of the State of New-York, IT, 651). I fut nommé « coroner » de Newcastle (Delaware), 3 mai 1693 ( Colonial Records, I, 330). Reverdy est un nom de Niort. Catherine, de Niort, reçut l'assistance du « Royal Bounty » de Londres en 170$.
(2) « Jean Morin, sargettier, demeurant cy-devant à Niort en Poittou, et sa seconde femme Elizabeth Viconte, de Meschers, en Xaintonge, » eurent cinq enfants baptisés à l’église française de Bristol (Angleterre), 1687-1694.» Parmi eux, Samuel, né le 19 janvier 1691, et Moïse, né le 12 janvier 1692. Jean mourut à Bristol, le $ février 1699, âgé de quarante-quatre ans. Samuel et Moïse vinrent à New-York. Le premier épousa Marie, fille d’Isaac Quintard ; le second épousa Marianne Bricou. Samuel Morine et Isaac Quintard sont au nombre des signataires d’une pétition adressée au gouvernement de Connecticut, en mai 1738, à l’effet de demander l’exemption d’une taxe pour l'entretien de l'église congrégationaliste (History of Stamford (Conn.), by Rev. E. BB. Huntington, p. 315).
(3) La tradition conservée dans la famille Bonnet, au sujet de l'évasion de leur ancêtre, rapporte que Daniel et sa femme se rendirent à la côte, à 45 ou $o milles, avec leurs deux petits enfants cachés dans des paniers portés par un âne et couverts de légumes. La mère avait recommandé aux enfants de garder un silence absolu, quoi qu’il pût arriver. Ils avaient à peine commencé leur voyage, qu'ils rencontrèrent un dragon celui-ci demanda ce que contenaient les paniers. La mère répondit : « Des légumes frais pour le marché. » Doutant de l'exactitude de cette déclaration, le brutal soldat poussa son cheval auprès de l'âne et perça de son épée le panier le plus proche, leur criant, en continuant son chemin : « Bon voyage, mes amis! » L’angoisse des parents fut extrême, et dès que le soldat fut hors de vue, ils ouvrirent le panier et trouvèrent l'enfant blessé, l'épée ayant pénétré dans le gras de la jambe. L'enfant n'avait pas jeté un cri. Heureuse-
Jacques Bergeron, qui se fixa à New-York (1). Les habitants de Thorigné montrèrent une admirable fermeté en présence des cruautés du féroce Marillac et de ses dragons forcenés, qui purent à peine obtenir une seule conversion simulée. Le prêtre du village enrageait de l’obstination des huguenots. II demanda une seconde campagne des dragons, qui fut aussi infructueuse que la première. Les habitants s'étaient réfugiés dans la forêt voisine, laissant leurs maisons désertes. Benet, à huit milles au nord-ouest de Niort, était le berceau de la famille Soulice, de New-Rochelle (2) et
ment, aucun autre obstacle ne vint interrompre le voyage (History of the County of Westchester (N. Y.), by the late Rev. Robert Bolton, revised edition, tome I, pp. 595, 596). Les fugitifs arrivèrent ensuite heureusement à Bristol (Angleterre). Daniel Bonnet, « ouvrier en laine, fils de Louis Bonnet, de la paroisse de Torrigny en Poittou, » et sa femme Jeanne Coutturier, étaient mem-
res de l’église française de Bristol (Angleterre), de 1690 à 1700. Leurs enfants, baptisés dans cette église, furent : Pierre, né le 2 juin 1693 ; Daniel, né le 29 janvier 1695 ; et Marie (qui épousa Jean Soulice), née le 9 mai 1697. Cette famille huguenote se fixa en Amérique pendant l'hiver de 1700, apportant le certificat suivant, religieusement conservé par ses descendants :
« Civitas Bristol. — Le présent est pour certifier que le porteur, Daniel Bonnett, tisserand, ainsi que nous sommes bien assurés par des personnes honorables et de bonne réputation parmi les réfugiés français ici, est un protestant français , de bonne réputation, qui a vécu ici dix ans Mais, dans l'espérance de trouver, pour sa famille, des ressources plus avantageuses, il a l'intention de s'établir, avec sa femme et ses quatre enfants, dans quelque colonie de Sa Majesté, en Amérique. En foi de quoi nous avons ue ici, et y avons fait apposer le sceau de la mairie de cette ville le seizième jour de novembre mil sept cents.
» Thos. Cary, clerc. William Daines, maire. »
(1) « Jacques Bergeron, ouvrier en laine, demeurant cy-devant à Torigny (Poitou), » et Judith Peletan, sa femme, étaient membres de l'église française de Bristol (Angleterre), 1707-1708. Un fils, Pierre, naquit le 2$ septembre 1707; une fille, Judith, le 12 octobre 1708. Jacques Bergeron et Judith Péletan euren‘ quatre enfants baptisés à l’église française de New-York : Jean, 24 février 1712; Anne, 17 janvier 1714; Jean, 27 mars 171$, et Elie, 27 janvier 1717.
(2) Le nom de Soulice est rare en France, et il ne se rencontre
de la famille Ravard, de New-York (1). Cherveux, village au nord-est , était le lieu d’origine de Pierre Gaillard (2) et de Georges Juin (3), qui s’établirent dans la Caroline du Sud, et sans doute aussi de Jean Pinaud, de New York (4). De Germon, au nord de Cherveux,
pas dans les listes officielles des protestants français naturalisés en Angleterre. Cependant je trouve, dans les registres de l’église française de Threadneedle-Street, à Londres, mention du mariage de « Jacques Soulice, natif de Benet en Poitou, fils de feu Jacques Soulice et feue Marie Ravard, » avec Marie Amail, « native de Roufigny en Poitou, » 19 octobre 1687, Les recherches dé M. Louis Soulice, bibliothécaire de Pau, sur l’histoire de sa famille, établissent qu’il descend de William Soullice, né en Irlande, en 1520, qui émigra en France en 1540, et s'établit à Marans, province d’Aunis. Son fils Jacques, né en 1554, alla à Coulon, village du Poitou, à six milles à l’ouest de Niort, où ses descendants continuèrent à habiter jusqu’à la révolution française. Benet, lieu de naissance de Jacques Soulice le réfugié, est un village à quatre milles au nord de Coulon.
Les archives de la famille Soulice, de New-Rochelle (New- York), établissent que Jean, leur ancêtre, était fils de Jean Soulice et de Jane Curterrie (Couturier), sa femme. Il épousa Mary, fille de Daniel Bonnet. — Voir page précédente. (Il est évident qu’on a confondu la mère de Jean Soulice avec celle de Marie Bonnet.)
Jean Soulice, sans doute neveu de Jacques, de Benet, naquit en 169$, et mourut à New-Rochelle (New-York) le 28 août 1776. Mary Bonnet, sa femme, née le o mai 1697, mourut à New-Rochelle le 11 septembre 1778. La famille est encore représentée dans cette ville.
(1) Pierre Ravard épousa Jeanne du Gas (ou Dugua) à l’église française de New-York, le 7 janvier 1702. Le nom existait encore en 1737. |
(2) « Pierre Gaillard, né à Cherveux en Poitou, fils de Pierre » Gaillard et de Jacquette Jolain. Elisabeth Leclair, sa femme. » Cleremonde, leur fille, née en Caroline. Elisabeth et Marthe » Melet, nées à la Nouvelle-Yorck, filles de Jean Melet et de » ladite Leclair » (Liste des François, etc.).
(3) « George Juing, né à Cherveux, en Poitou, fils ::: René » Juing et de Judith Pié. Suzanne Le Riche, sa femme, née à » Londres. Jean J'uing , leur fils, né en Caroline » (Liste , etc.). Plusieurs réfugiés de ce nom habitaient Londres en 1694. Jean Juin habitait New-Rochelle en 1709. « Juin » se transforma promptement en « June. »
(4) « Jeanne et Catherine Pinaud, fugitifs de Cherveux, et » François » (Arch. nat.). Jean Pineaud, imprimeur, mourut à
La Révocation. — Saintonge et Poitou. 317
vint Philippe Normand, de la Caroline du Sud (1). Daniel Seneschaud (2) de la Caroline du Sud, et Jean Moreau (3), de New-York , étaient natifs de Saint- Maixent. Lusignan était le berceau d'Antoine Boureau (4) et d’Isaac Quintard ($), ancêtre d’une éminente famille huguenote de New-York et Connecticut. Les villages de Beaussais, Sepvret, Chenay, La Forge-Nocey et Sainte-Soline fournirent aussi leur contingent à l’émigration en Amérique. De Beaussais vinrent Marie et Marianne Bricou (6); de Sepvret, Pierre
New-York, le 11 décembre 1688. Inhumé dans le cimetière public (Reg. de l’église française de New-York). Paul Pinaud et Elisabeth Audebert se marièrent dans la même église le $ mai 1 700. Plusieurs autres personnes de ce nom sont mentionnées.
(1) « Philippe Normand, né à Germain en Poitou, fils de Phi- » lippe Normand et de Jeanne Pineau. Elizabeth Juin, sa femme » (Liste, etc.).
(2) « Daniel Seneschaud, fils de Jonas et de Jeane Seneschaud, » de Saint-Maixant en Poitou. Magdelaine, sa femme, fille de » Daniel Ardouin et de Marie Ardouin, de Gémoset en Xain- » tonge. Elizabeth Seneschaud, fille des susdits née en Caroline » (Liste, etc.).
(3) « Jean Moreau, Jeanne Moreau, fugitifs de Saint-Maixant » (era: nat.). Jean Moreau habitait New-Rochelle en 1712. Jeanne
oreau était membre de l’église française de New-York en 1714.
(4) « Antoine Boureau, né à Lusinain en Poitou fils de Jean Boureau et de Marguerite Gourdain, Jeanne Braud, sa femme ; Jeanne leur fille, née en Angleterre. » (Liste, etc.)
(s) Le mariage d’Isaac Quintard, « ouvrier en laine, demeu- » rant cydevant proche à Luzignan en Poittou, » et Jeanne Fumé, fut célébré dans la chapelle de Gaunt, Bristol (Angleterre), par M. Descairac, pasteur de l'Eglise française, le 16 novembre 1693. Leur fille Marie fut baptisée dans la même chapelle le 13 janvier 169$, et leur fils Isaac fut baptisé le 13 décembre 1696. Quintard vint à New-York en 1697 ou l’année suivante. Son second fils, Abraham, fut baptisé à l’église française de cette ville le 2$ septembre 1698, et le troisième fils, Pierre, le 28 janvier 1700. lee transporta, vers l’année 1708, de New-York à Stamford (Connecticut), où ses descendants ont continué à habiter. Le très Honorable Révérend Charles T. Quintard, D.D.,LL.D., évèque du diocèse de Tennessee, de l’église protestante épiscopale, descend de ce réfugié huguenot à la cinquième génération.
(6) Pierre Bricou, de Beaussais en Poitou, était membre de église française de Bristol et allié par mariage à Isaac Quin-
318 Histoire des réfugiés huguenots en A mérique.
Guerri (1); de Chenay, Jacques Marseau et sa mère Françoise Mounart (2); de La Forge-Nocey, Auguste Mémin (3), et de Sainte-Soline, Isaac Caillebœuf (4). De la même région vint aussi Jean Prou, l’un des colons de la Santee (5).
Aulnay et La Ville-Dieu, aujourd’hui communes du département de la Charente-Inférieure, faisaient alors partie de la province du Poitou. Pierre et Abraham Michaud , fugitifs de La Ville-Dieu, s’établirent dans la colonie des rives de la Santee (Caroline du Sud) (6).
La violence de la persécution ne put déraciner le protestantisme de cette région centrale du Poitou, qui en formait le foyer le plus intense. Plus d’un demi-siècle
tard. A New-York, Marie Bricou, femme de Pierre Durand en 1706, et Marianne Bricou, femme de Moïse Morin, en 1717, étaient membres de l’église française.
(1) « Pierre Guerri, fils de Jacques et d'Anne Guerri, de Se- » pvret en Poitou; et Jeanne sa femme, fille de Louis et de Judith » Broussard, du dit lieu. Enfans, François, né à Dublin, Jean, » Pierre , Jean-Jacques , Jeanne Elizabeth, nez en Caroline » (Liste, etc.).
(2) « Françoise Mounart, née à Chainé en Poitou, fille de » Jacques Mounart et d'Anne Bonneau. Jacques Marseau, né à » Chainé en Poitou, fils de Gabriel Marseau et de Françoise » Mounart » (Liste, etc.).
(3) « Auguste Memin , né à la Forge Nossay, en Poitou, fils » de Jean Memin et de Marie Masiot » (Liste, etc.).
(4) « Isaac Caillabeuf, né à Sainte-Soline, fils de Louis Caïilla- » beuf et de Marie Charuyer; Rachel Fonton, sa femme; Isaac, » Etienne et Anne, leurs enfans, nez en Caroline » (Liste, etc.).
(s) « Jean Prou, fils de Moyse Prou et de Sara Prou, né en Poitou ; Jeane, Jean, Charlotte, ses enfans et de défunte Jeane Prou » (Liste, etc. Comparez Lièvre, III, 351, 352, 357).
(6) « Pierre Michaud, fils de Jean Michaud et de Catherine » Michaud de la Ville Dieu d'Onis, province de Poitou. Sara » Michaud sa femme , fille de Jacques et Elizabeth Bertonneau, » née en l'isle de Ré, cidevant femme de Elie Jodon. Abraham » Michaud, frère de susdit Pierre Michaud idem, et Ester Mi- » chaud sa femme, fille d’Elie Jodon, née en l’isle de Ré. » Jeanne, Ester et Charlotte Michaud leurs enfans, nez en Caro- » line. Daniel Jodon, fils de Elie Jodon et Sara Jodon, né en » l’isle de Ré » (Liste, etc.).
La Révocation. — Saintonge et Poitou. 319
après la révocation, un pasteur, qui explorait secrètetement cette région pour se rendre compte de sa situation religieuse, écrivait : « Je n'aurais jamais cru que les » réformés fussent en aussi grand nombre dans ce » pays-là, surtout dans les campagnes du haut Poitou. » Il est des paroisses entières où il n’y a de catholiques » romains que le curé et son sacristain. Je n’en ai pas » fait le juste calcul, mais autant que je puis juger par » ce que j'en ai vu depuis Couhé jusqu’à Niort (c'est une » distance de dix lieues de long sur quatre ou cinq de » large), il n'y a pas un huitième de catholiques » romains (1). »
La province de Touraine, qui touche à l’est au Poitou, contenait également une population protestante considérable. Sa capitale, Tours, fut presque ruinée par la révocation de l’Edit de Nantes. De nombreux fugitifs trouvèrent asile en Amérique, et parmi eux plusieurs familles d’une haute situation. Jean de Neufville (2),
(1) Lettre du ministre Viala, Bull. de la Soc. de l'hist. du prol. franç., XI, p. 81.
(2) « Jean de Neufville, né en Xaintonge, » d'après son acte de naturalisation à New-York le 27 septembre 1687, Son testament lui donne cependant pour lieu de naissance Tours, « en Poilou. » Les erreurs dans la désignation de la province d’origine sont assez fréquentes. Il s'intitule lui-même « docteur en médecine. » Sa femme, Rachel Le Vilain, était native de l'île de Saint-Christophe. « Désirant, » dit-il, dans son testament par lequel il lui lègue tous ses biens, tant en France qu’en Amérique, « laisser à ma » très chère et honorée espouse un témoignage asseuré de ia vé- » ritable et tendre affection que j’ay toujours eue pour elle, fondée » sur la vertue , sagesse et prudence que je lui ai toujours remar- » quée dans toute sa conduite, et la recognoissance que j'ay de » tous les bons fidelles et affectionnés services qu’elle m'a rendus » depuis que le Seigneur nous a mis ensemble. » L'acte par lequel il acheta de Jacob Leisler sa terre de New-Rochelle est daté du 1° mai 1690. Les noms et âges de ses enfants sont indiqués comme suit par le recensement de New-Rochelle de 1608 : John, 20 ans; Prudence, 18; Mary, 16; Jeanne, 14; James Peter, 12; Sebe (?), 8; Josias, 7; Rachel, 6 ; et Martha, 3. « Mary
médecin, devint l’un des premiers acheteurs et colons de New-Rochelle, comté de Westchester (New-York). Pierre Chardon, banquier, habitait Paris au moment de la révocation (1). Il se réfugia d'abord en Angleterre, puis peu après dans le Massachusetts, prit une place importante parmi les négociants de Boston et fut élu « ancien » de l’église française de cette ville. Pierre Fauconnier (2) vint à New-York et devint un fonctionnaire important. En 1705, il était collecteur du port et receveur général des impôts. La Caroline du Sud s'enrichit par l'établissement de plusieurs familles importantes, Fleury de la Plaine (3),
Prudence » devint la seconde femme d’'Aman Bonnin (l'autorisation de mariage est datée du 28 décembre 1705). Jean de Neuf. ville était né vers 1639 (recensement). — Son testament, daté du 3 mai 1712, fut homologué le 21 décembre 1716. Il paraît avoir été es des réfugiés les plus distingués de la province de New- York.
(1) 11 fut naturalisé en Angleterre le 15 avril 1687 et s'établit
eu après dans le Massachusetts. On le croit natif de Tours
(France protestante, 2° édition, vol. IV, p. 46).
(2) Peter Fauconnier et Magdalene [Pasquereau] son épouse furent naturalisés en Angleterre le 4 avril 1685, en compagnie de Louis Pasquereau et de Magdalene son épouse et de leurs enfants Louis, Peter et Isaac. Madeleine , fille de Pierre Fauconnier et de Madeleine Pasquereau son épouse, fut baptisée dans l’église française de Threadneedle-Street , à Londres, le 13 mai 166$. Pierre et Estienne, jumeaux, furent baptisés dans la mème église le 24 juin 1686 ; et Estienne fut baptisé le 20 avril 1680, Peter et Magdalen Fauconnier étaient à New-York dès le mois de décembre 1702, lorsqu'ils signèrent avec d’autres une pétition relative à quelques terres situées à Staten Island. Fauconnier était en grande faveur auprès des gouverneurs Bellomont et Cornbury, dont il obtint non seulement des emplois importants, mais aussi de grandes concessions de terrains. Son administration fut naturellement critiquée sévèrement par les adversaires de ces deux gouverneurs,
(3) « Abraham Fleury de la Plaine, né à Tours, fils de Char- » les Fleury et de Madeleine Soupzmain; Marianne Fleury, sa » fille, veuve de Jacques Dugué, née à Paris; et Marianne Dur » gué, fille du défunct Jacques Dugué et du dit Marianne Fleury. » née en Caroline. Isaac Fleury, né à Tours, fils de Charles
La Révocation. — Saintonge et Poitou. 321
Royer (1), Carron (2), Pasquereau (3) et Bacot (4).
» Fleury et de Madelaine Soubmain » (Liste des François et Suisses réfugiez en Caroline).
(1) « Noë Royer, l'aîné, né à Tours, fils de Sébastien Royer » et de Marie Rendon. Madeleine Saulnier, sa femme, native de » Chatelleraulx , fille de Jacques Saunier et Judith Baudon. » Pierre, Madeleine et Marie, leurs enfants, nez à Tours. Noé » Royer le jeune, né à Tours, fils de Noé Royer et de Made- » laine Saulnier. Judith Giton, sa femme » (Jbid.).
(2) « Claude Carron , né à Tours, fils de Michel Carron et de Elizabeth Belong » (/bid.),
(3) « Louis Pasquereau, né à Tours, fils de Louis Pasquereau et de Madeleine Chardon. » Il semble que Pasquereau l’atné mourut (peut-être à Londres) laissant quatre fils, et que sa veuve, Madeleine Chardon, se remaria et vint dans la Caroline du Sud avec son second mari, Philippe Gendron, le frère de ce dernier, Jean, et sa fille Madeleine , et avec Pierre, Isaac et Charles Pasquereau , les plus jeunes fils de son premier mari. Pierre et Isaac , de même que Louis, étaient nés à Tours: Charles était né à Londres (Liste des François, etc.). Pierre Pasquereau , de Tours, âgé de soixante et douze ans, recevait à Southampton, en Angleterre, des secours du « Royal Bounty » en 1706 et 1707.
(4) « Pierre Bacot, né à Tours, fils de Pierre Bacot et de » Jeanne Moreau, Jacquine Mercier, sa femme, fille d'Abraham » Mercier, et Jacquine Sélipeaux, Pierre et Daniel Bacot, leurs » fils, nez en France, et Elizabeth, leur fille, née en Caroline » (Liste, etc.).
La généalogie de la famille Bacot représente l’émigrant comme petit-fils de Pierre, qui épousa Jeanne Moreau. Son fils Pierre?, marié à Jacqueline Menissier, eut trois enfants : David, qui resta en France et dont les descendants y habitent encore; Pierre, qui se réfugia dans la Caroline du Sud, et un fils dont on ignore le nom qui vint en Angleterre; Pierre#, second fils de Pierre et de Jacqueline Bacot, naquit à Tours vers 1670 et épousa Jacquine Mercier. Il se réfugia en Amérique avec sa famille en 1694, et se fixa comme planteur à Goose Creek, à environ dix-neuf milles de Charleston (Caroline du Sud). Il eut trois enfants : Daniel, né en France, dont on ignore la destinée ; Pierre, né à La Rochelle, 1694; et Elisabeth, née en Caroline, mariée à Boinest. Pierre, second fils de Pierre et de Jacquine Bacot, marié à Mary Peronneau, Succéda à son père comme planteur à Goose Creek. Il cut quatre enfants : Samuel, né en 1716, qui se fixa dans le district de Darlington, maintenant Darlington-County (Caroline du Sud); Mary, née en 1717; Elisabeth, née en 1725, et Peter, né en mars 1728. Peters épousa Elisabeth Harramond, le 11 novembre 1764, et se fixa à Charleston comme marchand. 11 mourut le 7 septembre 1787.
Cette famille est représentée aujourd'hui par Thomas W. Bacot, esq., de Charleston (Caroline du Sud).