LA RÉVOCATION. — FUITE DES PROVINCES DU NORD
Quoique le pays qui s'étend entre la Loire et la Gironde soit celui qui a envoyé en Amérique le plus grand nombre d’émigrants huguenots, la province de Normandie , si nous en jugeons d’après le nombre de familles qui en sont originaires, doit suivre de près la Saintonge et le Poitou dans sa participation à ce mouvement. De plus , un intérêt spécial s'attache à l’émigration de Normandie et des provinces voisines de Bretagne et de Picardie, en raison de la position sociale de quelques-uns des émigrants. Plusieurs représentants de la noblesse protestante de France, et de cette classe de manufacturiers riches et entreprenants auxquels la France devait la prospérité qu’elle rejetait maintenant d’une manière aussi insensée, abandonnèrent leurs terres et leurs affaires commerciales pour chercher la liberté de conscience dans le nouveau-monde. De semblables sacrifices, faits au nom d’un principe , font honneur aux hommes aussi bien qu’à la cause à laquelle ils s’attachent, et l’historien de la dispersion des huguenots persécutés doit reconnaître également la fermeté du pauvre et de l’humble , qu'aucune promesse ne pouvait décider à renier leur foi, et la fidélité du noble et du puissant, qui
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renonçait à une vie large et aisée, et préférait le bannissement et la pauvreté à l'abandon de ses convictions religieuses.
Le protestantisme avait conservé jusqu’à la période de la révocation un grand ascendant sur la population de cette province. Plus d’un siècle auparavant , lors de la paix d’'Amboise, on pouvait dire que par toute la Normandie « les nobles et le peuple s’unissaient dans l'observation de la religion réformée (1). » En 1681, des rapports officiels estiment que le nombre de ceux qui professent la foi calviniste atteint cent quatre-vingt mille. Des multitudes s'étaient déjà enfuies à l'étranger à cause des vexations infligées aux protestants ; et de plus grandes multitudes allaient bientôt les suivre, fuyant devant les dragonnades (2).
La ville de Caen contenait une population protestante considérable , et son église était l’une des plus fortes et des plus influentes du royaume. Le « temple » huguenot, construit en 1612, était un vaste bâtiment, connu pour être le seul en France qui eût, comme les églises cathotholiques, un clocher surmonté d’une croix. Les nombreux fidèles qui s’assemblaient dans ce sanctuaire jouissaient du ministère de plusieurs pasteurs associés , qui prêchaient tour à tour dans plusieurs lieux de la campagne environnante. Cette église se distinguait par le rang de la plupart de ses membres. Ses registres contenaient un grand nombre de familles de la noblesse protestante, et ses revenus, tirés de donations et de contributions
(1) Essai sur l’histoire de l'Eglise réformée de Caen, par Sophronyme Beaujour. Caen, 1877, p. 67. |
Que protestantisme en Normandie depuis la révocation de l’édit de Nantes jusqu’à la fin du dix-huitième siècle, par M. Francis Waddington. Paris, 1862, p. 16, note.
volontaires, étaient considérables. En 1563, les bourgeois et habitants adressaient une pétition au roi, demandant qu'on choisit un gouverneur « vivant dans la crainte de Dieu et professant la religion réformée, » attendu qu'ils étaient tous de cette religion (1).
Sous le régime d’oppression légale qui prépara la révocation de l’édit de Nantes, cette importante église fut d’abord privée de ses ministres, puis interdite, et enfin, le 2$ juin 1685, sa démolition fut commencée au son des trompettes, accompagné des acclamations de la populace de Caen. Quatre mois après, à dix heures du matin, le $ novembre, les principaux protestants furent réunis dans la maison de ville par ordre de l’intendant, qui les informa qu’un régiment royal de mille six cents hommes allait arriver prochainement, et serait logé à discrétion chez les familles réformées qui refuseraient d’obéir au commandement du roi et de se faire catholiques.
Parmi les personnes auxquelles cette communication fut faite se trouvait un jeune gentilhomme, représentant une branche protestante d’une vieille famille originaire de Picardie. Etienne de Lancy était alors dans sa vingttroisième année. Son père, Jacques de Lancy (2), était
1) Beaujour, Essai sur l’hist. de l’Eg. réf. de Caen.
2) Jacques de Lancy, écuyer , descendait de Guy de Lancy, écuyer, vicomte de Laval et de Nouvion (1432), dont'le fils Jean, qui le remplaça en 1436, eut un fils, Jean (1470). Charles, fils de Jean (1525), eut une fille de sa première femme et épousa ensuite Marie de Villiers, dont il eut deux fils : Charles, cinquième vicomte de Laval (1535), et Christophe, seigneur de Rarai. Charles épousa Isabeau de Branche , fille de Furié de Branche, sieur de Bréan, le 1$ avril 1534. Ils eurent trois fils : Charles, Jacques et Claude, Le second fils, Jacques, eut un fils, Pierre, seigneur de Niville, dont le fils Lt vs fut le père d'Etienne le réfugié. La branche américaine de la famille de Lancy, représentée actuellement par Edward Floyd de Lancey, esq., de New-York,
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mort, et sa mère, Marguerite Bertrand , fille de Pierre Bertrand, de Caen, était avancée en âge. La veuve et son fils étaient tous deux de fidèles huguenots, et aucun d'eux n'était disposé à s’exempter des peines dont on les menaçait en acceptant servilement la religion du roi. Il était clair cependant qu'il ne leur restait d'autre alternative que de se cacher ou de fuir, et le jeune de Lancy choisit le dernier parti, tandis que sa mère se déterminait à rester. Avant de se séparer de son fils, elle lui donna quelques bijoux de famille, comme étant la partie de ses biens qu'il pouvait emporter et utiliser le plus facilement. Il réussit à gagner la Hollande, et de Rotterdam se rendit à Londres, où il se fit naturaliser, puis s'embarqua immédiatement après pour l'Amérique. Etienne de Lancy devint un des grands négociants de New-York ; la vente de ses joyaux de famille lui fournit une somme qui lui permit de se lancer immédiatement dans des affaires fructueuses ; et son rang comme son caractère personnel lui acquirent une haute position parmi les réfugiés français de cette ville. Il fut l’un des premiers anciens de l’église réformée française de New-York, qui s'organisa deux ans après son arrivée. Quelques années plus tard , il épousa la fille de Stephen van Cortlandt, et fonda une famille distinguée, au point de vue social et politique. Son fils James devint « Chief Justice » et lieutenant-gouverneur de la province. Plusièurs autres protestants de Caen émigrèrent également en Amérique. Thomas Bayeux devint un grand négociant à New-York (1), et légua à son fils « tous
est la seule qui en porte le nom, les autres branches de la ligne masculine s'étant éteintes.
(1) Thomas Bayeux, marchand , fut reçu bourgeois de la ville de New-York, le 10 mai 1705. Il épousa Madeleine Boudinot
ses biens réels et personnels dans le royaume de France. » Daniel Du Chemin avait gagné les Antilles quelques années avant la révocation (1). Isaac Le Grand, écuyer, fils de Jean Le Grand, sieur d’Anvuille (2); et Jacques Le Bas, dont le frère aîné a fondé une famille importante en Angleterre (3), vinrent dans la
(par autorisation du 14 juillet 1703)et en eut huit enfants, baptisés à l’église française. Thomas, né le $ juillet 1708, épousa Mary Lisenard. Jean, né le 4 juin 1723, mourut jeune. Madeleine, née e 22 juillet 1706, épousa Edward Holland, maire de New-York de 1747 à 1750. Anne, née le 16 décembre 1710, épousa John Groesbeck, Marie, née le $ juillet 1716, épousa le révérend Richard Charlton. Jeanne, née le 20 mai 1719; Elisabeth, née le 24 juillet 1721; Marianne, née le 14 juillet 172$. Une autre fille, Suzanne, femme de Jeremiah Schuyler , est nommée dans le testament de son père, qui parle aussi de « mon frère, John Bayeux, précédemment marchand à Londres, maintenant décédé. » Thomas Bayeux mourut en 1742, laissant sa maison de Kingstreet, à New-York, et tous ses « biens réels et personnels dans le royaume de France, » à son fils Thomas (T'estaments, N.-Y., XIV, 257).
La France protestante mentionne plusieurs réfugiés de ce nom, tous de Normandie, et la plupart de Caen. La femme de Pierre Bayeux, de Caen, fut arrêtée avec d’autres, en 1687, à Saint-Aubin, sur la côte de Normandie, dans une tentative d'évasion par mer. Elle fut emprisonnée à Dieppe et condamnée à être rasée et cloîtrée » (Mémoires inédits de Dumont de Bostaquet, p. 358).
(1) Daniel Du Chemin, « né à Caen en Normandie, » fut naturalisé à New-York le 7 septembre 1687, avec son fils Daniel et sa fille Catharine, « née dans l’île de Saint-Christophe. » Il retourna peut-être comme quelques autres dans cette île; car le nom ne reparaît pas avant quatre-vingts ans, quand un autre Daniel Duchemin obtient une autorisation de mariage dans la ville de New-York le 7 juillet 1767, et reçoit les lettres de naturalisation le 20 mai 1769.
(2) « Isaac le Grand, écuyer, fils de Jean le Grand, S' d'Anvuile, et de Marie le Grand, natif de Caen en Normandie, Elizabeth le Grand , femme; fille de Jean et de Judith Dieu, de Caen en Normandie. Isaac, leur fils, né à Caen. Elizabeth, leur fille, née en Caroline » (Liste des François et Suisses réfugiez en Caroline, etc. »
(3) « M" Jacques le Bas, né à Can, fils de Jean le Bas et Anne Samborne. Pierre le Bas, son fils, né à Can. Sa mère Catherine.Varing » (Ibid.).
Il paraît, d’après la généalogie de la famille anglaise de Le Bas, dressée par Henry Wagner, esq., F.S. A., de Londres, que
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Caroline du Sud. Daniel Marchand, membre de l’église française de New-York, y mourut en 1693 (1).
Le nombre des protestants de Rouen était évalué, peu de temps avant la révocation, à cinq mille. Ils se faisaient remarquer par leur zèle religieux et par la constance qu'ils montraient sous la persécution. Plusieurs mernbres importants de l’église réformée de cette ville furent jetés en prison ; leurs femmes et :eurs filles furent enfermées dans des couvents, où quelques-unes moururent. Les corps des prétendus hérétiques qui avaient refusé, à leurs derniers moments, d’abjurer leur foi fu-
« John le Bass, de Caen, en Normandie, 1609, épousa Mary, fille de Robert Paisan. Il eut un fils, John le Bass, de Caen, « gentleman, » qui épousa Anne Samborne, fille aînée de Richard Samborne, marchand à Caen en Normandie, et de Maiden Newton, dans le comté de Do set. Anne mourut le 11 mars 1634, à l’âge de trente-deux ans. » Les enfants de John Le Bas et d’Anne Samborne furent : John, né le 10 mars 1625, décédés. p.; James, né le 26 juin 1627 (voir plus haut); Richard, le 30 décembre 1629 ; Michael, né en 1632, décédé s. p.; Mary, née le 28 décembre 1623, mariée à Jeanblin.
Richard , troisième fils de John et d'Anne Le Bas, était , en 1687, « assistant de Sir Charles Cotterel, maistre des cérémo- » nies en Angleterre. » Il épousa Kiffiana, fille de Peter Gosfraight, et eut un fils, Charles Samborne Le Bas. Charles était « de Pipwell Abbey, comté de Northampton, » et épousa, le 24 juillet 1711, Mary, seconde fille de Sir Samuel Moyer, baronnet, et, en dernier lieu, sa seule héritière. Leur seule fille et héritière fut Rebecca, qui épousa Simon (mort le 16 septembre 1777), second vicomte et premier earl (comte) d'Harcourt; gouverneur du prince de Galles (depuis George III), 1751; vice-roi d'Irlande, 1772; vingt-septième descendant de Bernard, seigneur d'Harcourt en Normandie.
Par son testament, en date du 18 mars 1720, Charles Le Bas laisse une certaine part de sa propriété à « mon cousin Ste- » phen, second fils du cousin Paul Peter Le Bas de la Caroline, » et à ses héritiers, et, à leur défaut, à mon frère aîné James ; à » défaut, à mon plus proche héritier légal qui se trouvera protes- » tant, mais non à aucun de mes parents actuellement en France, » qui ont changé de religion et m'ont dépossédé de mes biens. »
(1) Daniel Marchand, de Caen, était à New-York en 1692. Sa file Marianne était née le $ septembre. Sa veuve, Catharine Lavandier, épousa François Le Comte le 31 mai 1693.
rent plus d’une fois traînés nus sur la claie dans les rues de Rouen, et ensuite jetés à l'égout. Une personne qui visita la ville peu après l'arrivée des dragons, à la fin d'octobre 168$, écrit : « Rouen paraissoit une ville » prise d'assaut; le cuirassier armé couroit les rues d’un » air fier.et insolent. La tristesse était peinte sur le vi- » sage des habitants; et ce remuement continuel des » troupes qui changeoient de maison du moment qu’el- » les en avoient contraint les hôtes à signer, faisant » croire que la ville en éroit remplie, et inspirant un » air de terreur que l’on voyoit régner dans cette » grande et riche ville (1), faisoit une pitié extrême. »
Heureusement pour les protestants de Rouen, la traversée n’était pas longue jusqu'en Angleterre, et tous les efforts du gouvernement ne les empêchèrent pas de suivre cette voie. Le pasteur de l’église de cette ville se réjouissait mélancoliquement de ce que les deux tiers de son troupeau s'étaient réfugiés à l'étranger. Une multitude de ceux qui appréhendaient ces persécutions s'étaient déjà expatriés, et beaucoup de ceux qui avaient abjuré dans un moment de faiblesse profitaient de la première occasion pour les suivre. |
Parmi les fugitifs de Rouen, nous remarquons Isaac Bataille (2) et Daniel Le Gendre (3), l’un des colons de Narragansett, qui s'établit plus tard dans la Caroline du Sud. Jacques Montier s'établit à Boston (4).
1) Mémoires de Bostaquet, pp. 99, 100.
2) Isaac Bataille, tisserand, et Judith Petit, sa femme, habitaient en 1700 dans « Ancre-Street, » à Londres. Isaac Bataille habitait, en 1720, la Caroline du Sud.
3) « Daniel, fils de Jacques Le Gendre et de Maurice...., de » Rouen en Normandie » (Liste des François et Suisses, etc.).
(4) Jean Montier, « de Laon pont Bourg de Darnetal les Rouen, ville de Rouen, » était au nombre des fugitifs de Nor-
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Pierre Assire trouva un asile à New-Rochelle (1), et Jean Gancel (2), Pierre Chaperon (3), Abraham Dupont (4) et Jacob Gosselin (5) vinrent à New-York.
Guillaume Le Conte, de Rouen, devint le chef d’une famille américaine qui a rendu des services notables aux sciences naturelles (6).
mandie (Arch. nat. TT, n° 445). Jacques Montier fut naturalisé en Angleterre, le 8 mars 1682, et fut admis dans la colonie du Massachusetts le 1°" février 1691.
(1) David Assire, tailleur, de Rouen, était à Londres(1699-1711. Pierre Assire, habitant de New-Rochelle en 1714, était de la même profession, et probablement de la même famille.
(2) Jean Gancel, natif de Rouen, épousa, le 19 mai 169$, Judith Le Roy, dans l’église française de New-York. Leur fille Judith naquit le 17 novembre 1700.
(3) Le sieur Chapron, marchand, est mentionné dans un « Mémoire de ceux qui sont plus zélés pour leur religion dans la ville de Rouen, » vers l’an 1688 (Le protestantisme en Normandie, p. 25). Pierre Chaperon, de Rouen, et Elisabeth Rémy, sa femme, présentèrent leur fils Pierre au baptème dans l’église française de Glasshouse-Street, à Londres, le 2 septembre 1688. C'est probablement ce Pierre, le fils, qui était membre de l’église française de New-York en 1717 et 1720, avec sa femme Judith.
(4) « Abraham Dupont, rue des Bons-Enfans, Rouen, » était au nombre des « religionnaires » fugitifs dont les biens furent confisqués (Arch. nat.). Il faisait partie de l'église française de New- York en 169$, et résidait, en 1730, dans la Caroline du Sud.
(5) « Nom originaire de la Normandie » (Le protestantisme en Normandie, p. 18). « Etienne Gozelin, de Rouen, mis à la chaine, » 1684 (1d.). Jacob et Marie-Madeleine Gosselin étaient membres de l’église française de Threadneedle-Street (Londres), le 26 octobre 1690, lorsque leur fille, Marie-Madeleine, y fut baptisée. Jacob Gosselin et sa femme, Judith L’'Esveilée, présentèrent leur fils Josse au baptème à l’église française de New- York, le 9 novembre 1701. Jean Gancel, de Rouen, était parrain de leur fille Judith, le $ septembre 1703. Ils eurent trois autres enfants, Jacob, John et Samuel (James Riker, The Annals of Nzmwtown, p. 346). Gosselin, tisserand de profession, s'établit à Newtown, Long-Island (N.-Y.), où il acheta une ferme. Le nom s'y est perpétué, corrompu en celui de Gorsline.
(6) Guillaume Le Conte, né à Rouen le 6 mars 1659, mourut à New-York en 1720. Une tradition de famille le fait descendre par sa mère et sa grand'mère des barons de Nonant. Il épousa , e 17 février 1701, Marguerite de Valleau , fille de Pierre Joyeulx de Valieau, de la Martinique, qui mourut bientôt, laissant un fils, Guillaume, né le 3 désenbés 1702. Il épousa en
George de Bo:neville, gentilhomme normand, né à Rouen, se réfugia avec sa famille en Angleterre, où naquit son fils George, « protégé de la reine Anne, » et plus tard propagateur influent de la doctrine de la restauration en Pennsylvanie (1).
secondes noces Marguerite Mahault, dont il eut deux enfants : Pierre et Esther. Lui et sa femme moururent de la fièvre jaune le mème jour, 1$ septembre 1720. Guillaume, le fils aîné, épousa Anne Besly, de New-Rochelle, et eut deux filles, dont la seconde, Suzanne, épousa un autre Besly ou Bayley. C'est de cette dernière que descend M" Seton, fondatrice des Sœurs diaconesses de Charité en Amérique, et feu l'archevèque Bayley, de Baltimore. Le second fils, Pierie, médecin distingué, épousa d'abord Margaret Pintard, et, trois ns plus tard, Valeria Eatton, d'Eattonville (New-Jersey), qui .ui donna cinq enfants : William, John Eatton, Margaret, Thomas et Peter. Margaret épousa le Révérend Jedediah Chapman, ministre éminent de l'Eglise presbytérienne. John Eatton, né le 2 septembre 1739, épousa Jane Sloan en 1776, et en eut trois enfants : William, Louis et John Eatton. Louis, né en 1782, homme d’une grande capacité pour les sciences, fut le père des professeurs John et Joseph Le Conte, de l’université de Californie. John Eatton, né à Shrewsbury (New-Jersey), le 22 février 1784, était un savant passionné our l'histoire naturelle, Il épousa, en juillet 1821, Mary Ann awrence, et en ect trois fils, dont deux moururent en bas âge. Le plus jeune était J! in Lawrence Le Conte, né le 13 mai 1825, mort le 15 novembre 1883. Les travaux du docteur John Lawrence Le Conte sur l’histoire naturelle lui ont valu une grande renommée. Il a été « bien certainement le plus grand entomologiste que ce pays a encore produit. » Les comptes rendus de la Société entomologique américaine de Philadelphie, dont il était résident, contiennent « une esquisse biographique du D" John awrence Le Conte, » avec un appendice sur sa famille, par M. Samuel Hubbard Scudder, de Cambridge (Massachusetts). (1) « Après la mort de ma mère, » qui était de la famille de Granville, « la reine Anne me procura une nourrie et me soigna pendant mes premières années. » Dans sa première jeunesse il était très indiscipliné, Une fois, en rentrant d’un bal, il eut un évanouissement , et, dans une vision, se vit damné, « Revenant à moi, je m'écriai : Je suis damné! Des prières furent demandées dans les églises françaises [à Londres] pour une personne mélancolique qui avoit perdu le sens. » Cette impression religieuse amena sa conversion. Il se sentit appelé à annoncer l'Evangile, et, à l’âge de dix-sept ans, il s’embarqua pour la France, où il prècha pendant deux ans, soumis à une dure persécution, risquant souvent sa vie, et la plupart du temps emprisonné. Une fois qu'il
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A quelques milles à l’est de Rouen se trouve le village de Lyons-la-Forêt, lieu de naissance de Nicolas de Longemare, fils de Jacques de Longemare et d'Adrienne Aracheguene, sa femme. Nicolas épousa Anne Le Roy et s'établit à Dieppe, où son fils Nicolas
célébrait le culte dans un lieu retiré, l'assemblée fut surprise par une troupe de soldats, qui s'emparèrent d’une grande partie des assistants, et, entre autres, de George de Bonneville et d’un jeune Durant, de Genèvé, âgé de vingt-quatre ans. Ils furent tous deux conduits à la place d'exécution; Durant chantait le long du chemin le psaume CXXVI, et mourut fidèlement. Après lui, de Bonneville monta sur l’échafaud , et se mit à genoux pour prier ; au moment où l’exécuteur lui liait les mains, arriva un messager du roi avec l’ordre de grâce. Il fut alors ramené en prison, mais, plus tard, on le relâcha définitivement à la demande du gouvernement anglais. [Il alla en Allemagne, et, après avoir appris à grand'peine la langue du pays, il prêchait tantôt en français et tantôt en allemand , passant cependant la plus grande partie de son temps parmi les réfugiés français de Berlin, Magdebourg, Brunswick, du Palatinat et de la Hollande, et dans les vallées du Piémont. Après avoir vécu ainsi dix-huit ans, il eut la conviction qu'il était appelé par Dieu à prêcher l'Evangile en Amérique, et vint en ce pays vers l’an 1741, à peu près en même temps que le comte Zinzendorf. On l’engagea à s'établir à Oley, dans le comté de Berk, en Pensylvanie , et il y passa la plus grande partie du reste de sa vie, enseignant, prêchant et visitant les Indiens du voisinage , et pratiquant en même temps la médecine. En 1745 il de Esther, fille de Jean Bertolet, dont il eut deux fils et cinq filles. L'aîné de ses fils servit comme chirurgien pendant la révolution. De Bonneville mourut en 1793, âgé de quatre-vingt-dix ans. Il ne se rattachait à aucune église; comme foi religieuse il était un « willerbringer » ou restaurationiste. Il passait pour un . homme pieux et plein de zèle, et « son influence et son enseignement durent porter de bons fruits, surtout dans la période d’établissement dans ce pays. Il était sujet à des extases fréquentes et très remarquables » (Manusc. Bertolet entre les mains du docteur R. M. Bertolet, de Philadelphie).
Jean Bertolet , dont nous venons de faire mention, était natif du Château-d'Œx, canton de Vaud, où ses ancêtres huguenots avaient cherché un refuge contre la persécution en France. De là il se transporta à Guttenberg, en Allemagne ; puis, 2n 1726, il vint en Amérique avec son frère , sa femme Susanna et leurs cinq enfants : Abraham, né le 11 décembre 1712; Maria, 12 juillet 1751 ; John, 28 septembre 1717; Esther, 1720 ; Susan, 17 novembre 1724. Un autre fils, Frederick, lui naquit en Amérique (Manusc. Bertolet).
naquit, et où il épousa Marie Bonneau. Ces deux familles s’établirent plus tard sur les bords de la Santee, dans la Caroline du Sud.
Le port de Dieppe s'était enrichi par le commerce de ses négociants huguenots depuis le jour où ses hardis marins avaient ouvert le Canada à la France. Après des années de vexations et de persécution, ses habitants protestants étaient encore nombreux et pleins de courage. Jusqu’à ce que Louvois leur eût envoyé ses dragons , ils restèrent « obstinés plus encore que tous les autres du royaume, » aussi ce ministre, en donnant ses ordres pour les dragonnades à Dieppe, prescrivit au commandant des troupes « de ne pas imposer à ses hommes la discipline à laquelle on avait l'habitude de les assujettir, mais de leur permettre de faire autant de désordre qu'il pourrait être utile pour arracher cette population de son état présent, et en faire un exemple pour le reste de la province (1). »
Les auteurs contemporains dépeignent vivement la consternation et le désespoir qui suivirent. Quelquesunes des victimes de cette persécution atteignirent les côtes du nouveau monde. Etienne Hamel, « pauvre protestant français de Dieppe, » se réfugia, comme nous l'avons vu, à la Guadeloupe, mais fut « forcé de fuir de nouveau devant la persécution rigoureuse » qui l'y poursuivit. Il arriva en juin 1686 à New-York, « ayant abandonné ses biens derrière lui (2). » Deux autres réfugiés de la même ville, Jean et Pierre Le Comte, s’établirent sur Staten-Island (3).
1) Le protestantisme en Normandie, p. 2.
2) Voir page 187.
3) Pierre Le Conte, « né à Dieppe en Normandie, » fut na-
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La famille de Josias Le Vilain, s'échappant de Saint- Christophe en 1687, vint à New-York et se joignit à la petite colonie qui se fondait à New-Rochelle (1). Jacques Lardan (2), Nicolas Le Nud (3), Marie Brugnet (4), Marie Soyer (5), Isaac Dubosc (6),
Jean Potell (7) et Nicolas de Longemare (8) s'enfuirent dans la Caroline du Sud.
Plusieurs autres villes de la Normandie contribuèrent
turalisé à New-York le 27 septembre 1687 et obtint une concession de terre sur la côte ouest de Staten-Island. Il mourut en 1704. Sa femme Marguerite lui survécut. Ils eurent trois fils : Jean, Pierre et Jacques (Testaments, N.-Y., VII, 142; XII,
Jean Le Conte, frère du précédent, habitait aussi Staten Island. Il mourut en 1697, laissant sa femme Hester et une fille Suzanne (T'estaments, N.-Y., V, 253).
(1) Josias Le Vilain figure parmi les habitants de Saint-Christophe vers l’an 1677, et, s’il atteignit New-York, il dut y mourir peu après, car en 1687 (27 septembre), Marie Guespin, veuve de feu Josias Le Vilain, avec ses fils Josias et Jean Le Vilain, et sa fille Jeanne, « née à l'île de Saint-Xtops (Saint-Christophe), » furent naturalisés à New-York. La terre de Mary Levilain, à New- Rochelle (N.-Y.), est mentionnée dès l’année 1690.
(2) Jacques Lardan, né à Dieppe, fils de Jacques Lardan et de Marie Poulart; Marthe Moreau, sa femme; Jacques, leur fils, sa en Caroline » (Liste des François et Suisses réfugiez en Caroine, etc.).
Jean D de Dieppe , fut condamné aux galères en mars 1687 pour avoir tenté de quitter le royaume. Il était encore en 1700 sur le navire « La Guerrière, » et soumis à de cruels traitements (Le protestantisme en Normandie, pp. 18, 19).
(3) « Nicholas, fils de Nicholas et Marie Le Nud, de Dieppe en Normandie » (Liste des François et Suisses réfugiez, etc.). né) \ Marie Brugnet, née à Dieppe, veuve de Nicholas Postell »
id.).
(s) « Marie Soyer, native de Dieppe en Normandie, femme de Jean Aumant, de Nisme » (Jbid.).
(6) « Isaac Dubosc, fils de Louis et Anne Dubosc, de Dieppe en Normandie ; Susanne Dubosc, sa femme » (Jbid.).
(7) « Jean Potell, né à Dieppe, fils de Nicholas Potell et de Marye a M Madeleine Pepin, sa femme. Jean, Pierre, Jacques-jean, leurs enfans, nez en Caroline » AE
(8) « Nicholas de Longemare, né à Diepe, fils de Nicholas TE d'A l’ainé et d'Anne Le Roy. Marie Bonneau, sa femme »
bic, ),
334 Histoire des réfugiés huguenots en A mérique.
également à l’émigration américaine. Saint-Lô était la patrie de Jean Berteau (1) et de Pierre Le Chevalier (2), de Charleston, et probablement aussi de Jean Le Chevalier, de New-York (3), et de* Pierre Chevalier, de Philadelphie (4).
(1) Jean Berteaud, né à Saint-Lô, fils de Jean Bertaud et de Marguerite Robert » (Liste des François et Suisses réfugiez, etc.).
(2) Pierre Le Chevalier, natif de Saint-Lô en Normandie, fils de Rolland Le Chevallier et d’'Ester Dallain, et Madelainne Garillion, sa femme, native de Grenoble, fille d'Israël Garillion et Susanne Saunier, sa mère » (Jbid.).
3) Jean Le Chevalier et Marie de La Plaine furent mariés à
l'église hollandaise de New-York, suivant autorisation en date du 27 juin 1692. Ils eurent deux enfants baptisés à l’église française : Marie, née le 6 juin 1693, et Suzanne, née le 11 mars 169$. Peter Chevalier et Belitje Claerhout eurent deux enfants baptisés à l'église hollandaise : Catharine , le 17 décembre 1693, et Peter, le 1°" janvier 169$. Peter Chevalier épousa Cornelia Bosch, dans la même église, le 3 avril 1697.
4) « Le fondateur de la famille Chevalier, de Philadelphie, fut Dos français qui, au moment de la révocation de l'édit
antes, avait été contraint de fuir de sa patrie avec sa femme. La famille a toujours supposé, d’après une fleur de lis qu'il portait sur ses armoiries, qu’il descendait d’une maison de haute noblesse ; mais on ne sait rien de certain là-dessus. On conseilla à ses petits-fils, devenus de gros négociants à Philadelphie, de faire un voyage en France pour rechercher la vérité et pour prendre possession de leur héritage ; mais leur crainte du pouvoir du clergé catholique et de la mauvaise volonté du gouvernement à l'égard des hérétiques était si grande qu'ils ne purent se décider à s’y aventurer, — Le réfugié et sa femme s'étaient établis en Angleterre, où naquit leur fils Peter. Peter, devenu majeur, épousa une dame anglaise, dont il eut une fille avant d’émigrer en Amérique. Cette fille demeura en Angleterre, et épousa un gentilhomme irlandais nommé Gittong. Après son arrivée en Amérique, Peter eut deux fils : John et Peter, et plusieurs filles, dont l’une, Susannah, épousa Standley, de Philadelphie, et une autre, Jane, Garland Anderson, second fils du Rév. James Anderson, le premier ministre presbytérien qui se soit établi à New-York » (Communiqué par le professeur Edward E. Salisbury, L.L.D., précédemment du Yale-College, New-Haven, petit fils du juge Samuel Breese, de Shrewsbury (N.-I1.), dont la femme, Elisabeth, était fille de Garland Anderson, et petite-fille de Peter Chevalier. — Depuis que ce qui précède a été écrit, le professeur Salisbury a acquis la preuve que la famille en question était originaire de Bretagne, le seul écusson Chevalier qui porte une fleur de lis étant celui d'une famille de cette province).
( un de
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La ville de L’Aigle était le berceau de Jacques Gallopin (1), autre réfugié de la Caroline du Sud ; et François Le Comte (2) de New-York, était natif de Pontl'Evêque en Normandie.
Le groupe de petites villes et de villages compris entre l'embouchure de la Seine et l'Océan envoya un grand nombre de réfugiés en Amérique. De l’ancien port de mer de Harfleur, maintenant éclipsé par le port du Havre, vinrent Abraham Lesueur et Catharine Poinset (3), sa femme, colons de la Caroline du Sud. Montivilliers, à quatre milles au nord de Harfleur, était le lieu de naissance de Jacques Le Moine, qui se réfugia également dans la Caroline du Sud. Pierre Le Moine, l'un des colons de Narragansett et le fondateur de la
(1) Jacques Gallopin , né à L’Aigle en Normandie, fils de Siméon Gallopin et de Louise Malherbe (Liste des François et Suisses réfugiez, etc.).
(2) « Natif du Pont-l'Evèque en Normandie, fils de François Lecompte et de Marie Amon. » Il épousa, à l’église française de New-York, le 31 mai 1693, Catharine Lavandier. Deux mois auparavant , il avait abjuré. « François Lecompte, né et élevé dans » la Religion Romaine , ayant demandé diverses fois detre reçu à » faire abjuration du Papisme, Dieu luy ayant fait la grâce den » cognoitre la fausseté par la lecture de LÉcriture Sainte et au- » tres livres et à faire profession de la Religion protestante dont » il a pareillement reconnu la vérité, après diverses épreuves , a » enfin esté receu aujourdhuy à la face de ceste Eglise où il a » protesté qu'il rejette sincèrement toutes les erreurs et tous les » faux cultes dudit Papisme et qu'il désire aussi de tout son cœur » de professer toutes les doctrines de la Religion Protestante. » En foy de quoy, le présent acte a esté dressé. Fait en Consis- » toire ledit an et jour que dessus » (Registres de l’église francaise de New-York).
François Lecompte, munitionnaire, fut reçu bourgeois de la ville de New-York le 18 avril 1695. Trois enfants de François et de Catharine Le Compte furent baptisés dans l’église française : François , né le 2 mars 1694 ; Josias, né le 20 février 1697, et Madeleine ; née le 15 mars 1698.
(3) « Abraham Lesueur, né à Harfleur, en Normandie, fils d'Isaac Lesueur et de Marye Senée. Catharine Poinsett, sa femme » (Liste des François , etc.).
famille Mawney, de Rhode-Island, était probablement du même lieu (1). Bolbec, ville de dix mille habitants, à quatorze milles de Harfleur, était probablement la patrie de Jean Mallet, l’un des colons de New-Oxford (2), et de Nicolas Caron (3), qui vint à New-York. Jacques Le Blond, un des principaux huguenots de Boston, était probablement originaire de Trouville, petit village à sept milles à l'est de Bolbec (4).
Jean Carrière, réfugié dans la Caroline du Sud, était natif de Normandie (5). Jacques Caudebec (6), « jeune homme de Normandie » s'enfuit de France, suivant la tradition, pendant la persécution, de compagnie avec Pierre Guimard, et vint, comme nous l’avons vu (7), dans la province de New-York. Là Caudebec et d’autres, au nombre de sept, achetèrent un territoire dans
(1) « Jacques Le Moine, fugitif de Montivilliers » (Arch. nat.). James Le Moyne, naturalisé en Angleterre le 8 mars 1682, habitait la Caroline du Sud en 1689. Pierre Le Moine était, en 1686, au nombre des colons français de Rhode-Island.
(2) Plusieurs de ce nom se trouvent parmi les « religionnaires fugitifs de Bolbec » (Arch. nat.). Jean Mallet habitait en 1687 à New-Oxforû (Mass.). Il se transporta à Boston. Le testament de John Mallet, de Boston, marchand, dont la femme se nommait Elisabeth, fut signé le 7 octobre 1734 et homologué le 27 janvier 1741.
(3) Louis et Daniel Caron s’enfuirent de Bolbec. Peter Caron fut naturalisé en Angleterre le $ janvier 1688. Nicolas Caron, joaillier , fut fait bourgeois de la ville de New-York le $ août 1718. Il mentionne dans son testament : « Mon frère Peter, qui habite actuellement Londres » Une N.-Y., IX-311).
(4) « Abraham et David Le Blond, fugitifs de Trouville » (Arch. nat.). Jacques et Antoine Le Blond vinrent à Boston. Jacques eut neuf enfants, baptisés , entre 1690 et 1709, dans l'église de Cotton-Mather, dont sa femme était devenue membre en 1690.
(5) « Jacques Carrière, né en Normandie, fils de Jean Carrière » (Liste, des François, etc.).
(6) « Jacob Codebeck, van Normandyen » épousa Margaret Provost à l’église réformée hollandaise de New-York, le 17 septembre 1695.
(7) Voir ci-dessus, page 277.
La Révocation. — Provinces du Nord. 337
la vallée du Peenpack. On trouve encore des descendants de Caudebec dans la ville de Deerpark, dans le comté d'Orange.
L'histoire de la persécution dans la province de Bretagne fournit quelques noms remarquables que nous retrouvons dans l’émigration en Amérique.
Quelques-uns des réfugiés de la Caroline du Sud étaient natifs de Vitré, ville de quelque importance, dans la partie nord-est de la province et anciennement l'une des places fortes des huguenots. Les protestants de Vitré jouissaient depuis plus d'un siècle du culte public, lorsqu'en 1671, on leur intima l’ordre d'évacuer leur temple, dont l'exercice avait été condamné et qui devait être démoli par arrêt du conseil du roi; mais le château appartenait heureusement à la princesse de Tarente (1), protestante ferme et dévouée, qui vint vers cette époque s’établir sur ses domaines, dans cette province, et qui, jusqu'à la révocation, c’est-à-dire pendant quatorze ans, continua à faire profiter les réformés des environs de son droit d'exercice dans son château. Parmi ceux qui fréquentaient ce culte étaient trois famil-
(1) Emilie de Hesse, veuve de Henri-Charles de la Trémouille, prince de Tarente et de Talmond, duc de Thouars. Son mari appartenait à une famille qui avait été longtemps l’un des plus fermes appuis de la cause protestante. Il céda cependant à la contrainte du roi, et renonça à sa foi. Sa femme et sa fille refusèrent de suivre son exemple. Il mourut le 14 septembre 1072, peu après Son apostasie (Erman et Reclam, Mémoires pour servir à l'histoire des réfugiés dans les Etats du roy, Berlin, vol. I, pp. 202 et 206), La p'nsense de Tarente était une personne douée d'excellentes qualités et d’une piété exemplaire. Elle était fille du landgrave Guillaume de Hesse-Cassel. Après la mort de son mari, elle se retira à Vitré, où elle possédait des terres ; mais, après la révocation, elle se réfugia à Heidelberg, puis à Francfort, où elle mourut le 23 février 1693, « universellement regrettée » (Essai Sur l'histoire des églises réformées de Bretagne, 1534-1808, par B. Vaurigaud, 111, 04-06. Voy. aussi Paul Marchegay, Chartrier de Thouars, publié par le duc de La Trémoïlle).
les de haut rang, les maisons de Ravenel, du Bourdieu et de Saint-Julien. Pierre de Saint-Julien, sieur de Malacare (1) et son frère Louis de Saint-Julien (2), son beaufrère René Ravenel (3) et Samuel du Bourdieu, écuyer, sieur du Heullet, de la Goulairie et de la Bachulaye (4), vinrent en Amérique en 1686. Le premier de ces émigrants laissait un domaine considérable qui fut confisqué par ordre du roi ($). La propriété de du Bourdieu,
(1) « Pierre de Saint-Julien-Malacare, né à Vitré, en Breta-
ne, fils de Pierre Saint-Julien-Malacare et de Jeanne Le Febure.
amaris Elizabet Le Serurier, sa femme, Pierre et Jacques, leurs enfans nez en Caroline » (Liste des François, etc.).
(2) « Louis de Saint-Julien, né à Vitré, fils de Pierre Saint-Julien et de Jeanne Le Kebure » (/bid.). Une sœur des réfugiés Pierre et Louis de Saint-Julien était filleule de la princesse de Tarente, et nous trouvons dans le registre de l’église protestante de Vitré : « Aujourd’hui, trois février 1675, a esté baptisée Emi- » lye, fille de Pierre de Saint-Jullien , sieur de Malacore et de » demoiselle Jeanne Lefebure, sa femme, de laquelle a esté par- » rain hault et puissant messire Claude Charles Goyon, baron de » Marcé, et marraine très haulte et très puissante princesse ma- » dame Emilie de Hesse, princesse de Tarente. L'enfant né le » 30 janvier dernier » (Vaurigaud, op. cit, II, 96-97).
« M'S. Juliens Plantacon » est mentionné dans une communication du docteur Le Jau, de la Caroline du Sud , au secrétaire de la Société pour la propagation de l'Evangile à l'étranger, en date du 21 mai 1715. Henry de Saint-Jullien, de Saint-John, Berkley (Caroline du Sud), É plus jeune fils de Pierre de Saint- Jullien, mourut dans cette paroisse en 1768 ou 1769, à l’âge de soixante et dix ans environ. Sa sœur ne mourut qu’en 1780, C'est dans cette famille qu'a été conservée l’inappréciable « Liste des » François et Suisses réfugiez en Caroline, » que nous avons eu si souvent occasion de citer.
() « René Ravenel, fils de Daniel Ravenel et de Marie Ravenel, de Vitré, en Bretagne ; Charlotte Ravenel, fille de . de Saint-Julien de Malacare, née à Vitré, en Bretagne ; Jeanne Charlotte, Daniel René Ravenel, enfants des susdits, nez en Caroline » (Liste des François, etc.).
(4) « Samuel du Bourdieu, escuyer , né à Vitré, en Bretagne, » fils d'Olivier du Bourdieu et de Marie Genne ; Judith Dugué, » sa femme. Louis-Philippe, fils dudit Samuel et de Louise Thoury, » né en Caroline. Samuel, fils du susdit et de laditte Judith Du- » gué, né en Caroline » (ibidem).
(5) « Etat de ce qui se trouve de biens en Bretagne apparte- » nans cy-devant à... aux religionnaires et nouveaux convertis fu-
La Révocation. — Provinces du Nord. 339
consistant en une maison à Vitré et plusieurs domaines dans le voisinage, fut réclamée par un frère, en vertu de sa qualité « d’ancien catholique (1). »
Non loin de la ville de Nantes était la résidence de la noble maison de La Muce-Ponthus. Bonaventure Chauvin, seigneur de La Muce-Ponthus, chef de cette maison lors de l'introduction de la réforme en France, fut l’un des premiers gentilshommes de la province qui embrassa la foi évangélique. Il devint l’un de ses soutiens les plus courageux, « consumé de zèle » pour la « cause » de la religion (2), et ses descendants héritèrent de sa piété. Ses trois fils combautirent dans les rangs huguenots sous Henri IV, et son petit-fils, David, marquis de la Muce, présida l'assemblée politique des réformés tenue à La Rochelle en 1621. La présidence d'une assemblée que le roi voulait dissoudre lui valut une sentence capitale. Son corps devait même être déchiré par quartiers ; mais cette sentence ne put heureusement être exécutée qu’en effigie, tandis que son ma-
» gitifs, 168$. » « Pierre de Saint-Jullien, sieur de Malacar , a laissé pour cent soixante et dix livres de rente d'héritages affermés qui font, en principal, au denier vingt, trois mille quatre cent livres. . . . o … CY + +. 3,400 1.
La vente de ces meubles monte à sept cents livres qui a esté faicte à la requeste du procureur fiscal. . . . cy . . . 7ool1. Cela fait en tout en principal. . . . . . . . 4,1001. »
(Vaurigaud, op. cit., IIT, 67-68).
(1) « Biens delaissés par ceux de la R. P. R. qui se sent retirés de la province de Bretagne dans les pays étrangers. — Pierre du Bourdieu a hérité par la fuite de Samuel du Bourdieu, son frère, et d’Elisabeth, Ester et Renée du Bourdieu, des terres du Heullet, de La Goulairie, de La Bachulaye, scituées èz paroisses de Baluzé, Saint-Aubin-des-Landes, et de Pocé, et d’une maison à Vitré. » — (En marge) le sieur du Bourdieu est ancien catholique » (Vaurigaud, op. cit., III, 176).
(2) La France protestante, 2° éd. vol. IV, p. 266. — Sur la marge du registre de l’église protestante de Vitré, en regard de la mention de son décès, sont écrits ces mots : « Va-t-en au nombre des élus, Bonaventure de La Musse ! » (Vaurigaud, ITT, 181).
340 Histoire des réfugiés huguenols en Amérique.
gnifique château fut réellement abattu et rasé jusqu'aux fondations.
Son fils César et son petit-fils Olivier furent «anciens » de l’église réformée de Nantes. Sous le régime de l’Edit de Nantes, les seigneurs de La Muce réclamèrent le droit d'exercice dans leur château, et, indépendamment de ce culte, ils contribuèrent généreusement aux dépenses du temple dans le village voisin de Sucé. L'église de Sucé avait deux pasteurs, dont l’un prêchait également au château de La Muce. Ce culte était fréquemment suivi par des protestants de Nantes, qui se rendaient à Sucé par eau, chantant leurs psaumes à la bonne vieille mode huguenote , en ramant le long des rives de l’Erdre, qui traverse ce village et se jette dans la Loire à Nantes. Urseline de La Muce, veuve de César, abandonna le protestantisme au moment de la révocation; cependant le clergé se plaignit qu’elle ne donnait pas des signes d’une conversion sincère. Son fils, Olivier, digne de ses ancêtres huguenots (1), demeura inébranlable. Peu après la révocation, ïl s’enfuit de son château et fut arrêté à l’île de Ré, où il attendait une occasion pour passer en Angleterre.
Emprisonné pendant deux ans, d’abord à La Rochelle et ensuite au château de Nantes, il résista à tous les efforts qui furent faits pour le persuader de renier sa foi. A la fin, un ordre fut donné pour l’expulsion du marquis de la Muce hors du royaume, comme hérétique obstiné. En conséquence, il fut mis à bord d'un navire étranger, dont le capitaine reçut l’ordre de le débarquer en Angleterre, mais de lui cacher soigneusement qu’on
(1) Parmi eux était le fameux chef huguenot François de La Noue Bras-de-Fer.
La Révocation. — Provinces du Nord. 341
se préparait à le mettre en liberté. Cette méthode était souvent employée par le gouvernement pour les protestants de haut rang, dont l’emprisonnement prolongé ou l’exécution sommaire aurait pu attirer l'attention publique et quelquefois des remontrances de l'étranger.
Le mystère gardé dans ces circonstances jusqu’à la fin était destiné à augmenter la terreur du prisonnier, et peut-être à le pousser à abjurer avant l'heure fixée pour sa mise en liberté. Ignorant sa destination et supposant que, comme beaucoup d’autres à cette époque, il devait échanger la prison contre l'esclavage dans les Antilles, l'incertitude du marquis ne prit fin que lorsque le navire arriva en vue de la côte anglaise (1).
Douze ans plus tard, nous trouvons Olivier de La Muce à la tête d’une grande expédition qui mettait à la voile d'Angleterre pour l'Amérique. Le gentilhomme breton devint le fondateur de la colonie huguenote de James River, connue sous le nom de « Manakintown » ou « King William Parish, » en Virginie. C'était un homme du caractère le plus honorable. L’historien Elie Benoît parle de lui comme d'un jeune gentilhomme d’une piété profonde, dont il donna d’admirables preuves durant sa longue captivité. Une jeune sœur d’Olivier de La Muce, qui mourut en 1681 à l’âge de seize ans, partageait ces précieuses qualités. La beauté de son caractère et la fermeté de sa foi étaient si reconnues, qu’un récit des « Dernières heures de Ml de La Muce » fut publié en Hollande deux ans avant la révocation.
(1) Benoist, Histoire de l’'Edit de Nantes, II1,°?2 partie, pp. 1000 et 1001. Vaurigaud, op. cit., III, (99-144. La France (rot 2° édition, relate ce qui précède ,ÿmais ne*donne pas a fin de la carrière d'Olivier de La Muce.
De diverses autres villes de Bretagne s’enfuirent Jean Lebert (1), Joseph Marbœuf (2), Esther Le Cerf (3) et Paul Micou. Les trois premiers s’établirent dans la Caroline du Sud, et Paul Micou, natif de Nantes, élevé pour le barreau, vint en Virginie après avoir passé quelques années en Angleterre, et s'établit à Rappahannock, auprès d’une plage qui porte son nom (4).
La province de Picardie avait envoyé, dès le commencement des persécutions, un grand nombre de familles huguenotes importantes en Amérique, et plusieurs de ces familles y avaient pris solidement racine. David de Marest, Nicolas du Puis, Philip Casier, Jean Mesurole, Marc de Chousoy, Benjamin de La Noy et autres, étaient établis, depuis une trentaine d'années, à New-York et y avaient déjà acquis une certaine in-
(1) « Jean Lebert, né à Redon, en Bretagne, fils de Pierre Lebert et de Jeanne Guernier » (Liste des François, etc.).
(2) « Joseph Marbœuf, natif de Vieillie Vigne [Vieillevigne], en Bretagne, fils de Julien Marbeuff et d'Ester Robin » (Jbid.). « Joseph Marbœuf, apothiquaire (paroisse de eee passa en Angleterre, il y a un peu plus d'un an; ses immeubles sont situez en Poitou » (Estat général des gens de la R. P. R. qui ont sorty de la province de Bretagne depuis l'année 1681. Vaurigaud. ÏII, 88). Plusieurs autres réfugiés de ce nom étaient aussi originaires de Bretagne.
(3) « Fille de Jean Le Cerf » (Liste des François, etc.), probablement celui qui était « ancien de l’église de Rennes, » et dont le fils Jean, à l’âge de vingt-deux ans, atteignit Londres à la fin de mars 1686 (Bulletin de la Soc. de l'hist., etc., XX XIV, p. 179). Ester, qui accompagnait probablement son frère dans sa fuite en Angleterre, épousa Jean Guibal, et émigra dans la Caroline du Sud (Liste des François, etc.).
(4) « Homme de grande valeur, Il mourut le 23 mai 1736, À l’âge de soixante et dix-huit ans. Sa tombe, de marbre noir, est encore visible, quoique profondément enfoncée en terre. Une de ses filles épousa M. Gisborne , ministre épiscopal dans le comté de Richmond. Une autre fille, Judith, épousa Lunsford Lomax, et une autre Moore Fauntleroy » (The Huguenols, or reformed French Church, by Wm H'Y Foote, D.D., 1870, pp. 571, 572).
La Révocalion. — Provinces du Nord. 343
fluence (1), ce qui dut déterminer la plupart des réfugiés de la Picardie, au moment de la révocation, à chercher le même refuge.
Daniel Crommelin était le treizième enfant d’un riche manufacturier de Saint-Quentin (2). Après diverses aventures, il arriva à New-York vers la fin du dix-septième siècle, et devint le chef d’une famille bien connue, dont l’ancien domaine, dans le comté d’Ulster, prit probablement le nom de « Gricourt, » de leur lieu de naissance dans le nord de la France (3).
(1) Voir p. 141.
(2) « Jean Crommelin , de Saint-Quentin, eut quinze enfants. Le treizième, Daniel, était né le 26 février 1647. T1 entra dans les affaires à Paris et épousa, en octobre 1674, Anne Testard. En 1680, il entreprit le négoce avec l'Amérique du Sud, mais il y perdit toute sa fortune et revint en Europe sans un sou vaillant. Après avoir passé dix ou douze ans en Angleterre, il alla avec son fils ainé Charles et deux neveux en Jamaïque, où ses neveux moururent d'une fièvre contagieuse peu de jours après leur arrivée. Daniel se rendit alors avec son fils à New-York, où il fut rejoint par sa femme et son plus jeune fils Isaac; ces deux derniers moururent dans cette ville en 1702 ou 1703 » ( Bullelin, VII, pp. 478-495). | |
Daniel Crommelin fut reçu bourgeois de la ville de New-York le 18 juin 1698. Sa femme était dès le 17 mai 1696, à New-York où elle signa, comme marraine, l'acte de baptème de Gabriel, fils de Daniel et de Charlotte Streing (Registres de l’église française , N.-Y.). Charles Crommelin épousa en 1706 Hannah Sinclair, dont il eut deux enfants, baptisés dans l’église française de New-York : Elisabeth, née le 6 novembre 171$, et Robert, né le 13 février 1718.
(3) « Crommelin aîné était un des copropriétaires de la concession de Wawayanda, dans le comté d'Orange, où il fonda, en 1716, une plantation qu'il nomma Greucourt (James Riker, The annals of Newlown, in Queen's C° N.-Y., p. 145). La maison Grey Court, comme on l'appelait communément, était auprès de Chester (N.-Y.), au confin nord des prairies de Greycourt » (Eager, History of Orange County (N.-Y.), pp. 476, 477. Cet auteur donne une explication absurde de ce nom). +
Gricourt, qui a maintenant plus de huit cents habitants, n'était, en 1696, qu'un HAmeau de moins de trois cents âmes. Il est à environ deux lieues de Saint-Quentin (Melleville, Dict. hist. du département de l'Aisne, 1, .
344 Hisloire des réfugiés huguenots en Amérique.
Jean Cottin de Bohain appartenait à une autre famille éminente de manufacturiers, en Picardie. Il figure dans la liste des « religionnaires et nouveaux convertis » fugitifs, dont les biens furent confisqués par ordre du roi, entre 168$ et 1688. Arrivé en Amérique, il remonta le fleuve Hudson jusqu’à Kingston, où quelques protestants français s'étaient déjà établis et entretenaient un commerce florissant, principalement en pelleteries. Jean Cottin était l’un des réfugiés les plus entreprenants et les plus heureux, et se montrait enfant dévoué de l’église persécutée de France (1).
(1) « Jean Cottin » est nommé dans |’ « Etat des biens des religionnaires et nouveaux convertis qui se sont absentés du royaume ; saisis par l’ordre du roi. » 1685-1688. (O. Douen, La Réforme en Picardie. — Bulletin, VIII.) Jean Cottin fut naturalisé dans le comté d'Ulster, province de New-York, le 2 décembre 1687, peu après son arrivée à Kingston. Ses livres de comptes (deux volumes in-folio, aux mains du Consistoire de la première église réformée de Kingston (N.-Y.) montrent qu’il entretint pendant trente ans un commerce étendu, et qu'il était en correspondance avec les négociants français de New- York, Etienne de Lancey, Auguste Jay, Barberie, Faneuil, Bayeux, Freneau et autres. Il épousa Catharine, veuve de Louis Du Bois, qui mourut le 18 octobre 1713, et il mourut lui-mème le 31 juillet 1721, probablement à New-York. Ses dons et legs montrent qu'il était aussi riche que généreux, et l’article de son testament qui stipule le maintien du service religieux à New-Rochelle prouve son grand attachement aux doctrines et à la discipline des églises réformées de France. Le testament de « Jean Cottin, du comté d’Ulster, marchand, maintenant à New-York, » laisse à MM. Jean Barberie, Stephen de Lancey, Abraham Jouneau, Elias Pelletreau et Jean Cazalls, de New-York, marchands, la somme de deux cent quatorze livres, pour être placée de manière que les intérêts en soient consacrés au traitement du ministre français de l’église française protestante réformée de la ville de New-York, aussi longtemps que ladite église conservera la discipline des églises protestantes réformées de France. Uneautre somme de cent neuf livres est léguée de la mème manière pour l'entretien des pauvres de ladite église. Une troisième somme de trente-six livres est léguée aux mêmes administrateurs « pour l'intérêt en être payé au ou aux ministres de l’église française protestante réformée de la ville de New-York qui va ou vont annuellement à New-Rochelle, dans la province de New-York, pour
La Révocation. — Provinces du Nord. 345
Pierre Le Grand était également de Bohain; il rejoignit Cottin à Kingston, puis retourna à New-York, où sa fille Marie épousa Jean Canon (1). Abraham Sauvage, de Saint-Algis, en Picardie, alla à Boston (2). Jacques Le Serrurier, l’un des principaux membres de
prècher à ceux des habitants qui demeureraient dans la discipline des susdites églises protestantes de France, » D'autres legs étaient faits aux églises protestantes réformées hollandaises de Kingston, de New-York et de Harlem (Teslaments. Surrogale's office, New-York, IX, pp. 250-256). (Le testament est en anlais). :
° Per les légataires mentionnés dans le testament de Jean Cottin figurent son « frère bien-aimé, Daniel Cottin, habitant Bohein, auprès de Saint-Quentin, dans le royaume de France; » sa « Sœur, Susanne, veuve de Louis Libot, habitant Bohein ; » sa « sœur, Marie Cottin, femme de Philip Gilliot aîné ; » ses « cou- » sins, Daniel et Jacques Libot et leur sœur, enfants de Daniel » Libot, fils de ma sœur Susanna Cottin, qui habite maintenant » Amsterdam, en Hollande, » et son « neveu, Philip Gilliot, qui » habite maintenant New-York. » Daniel, le frère mentionné cidessus , est probablement celui désigné comme « Cottin, marchand de la paroisse de Bohain, » le 17 octobre 1700, huguenot dont les enfants avaient été enlevés et confiés aux soins du curé.
(1) Pierre Legrand est mentionné parmi les « religionnaires de Bohain dont les biens ont été saisis par l’ordre du roi; » il fut naturalisé en Angleterre le 8 mars 1682. 11 alla probablement ensuite dans l’île de Saint-Christophe, où un Pierre Legrand est mentionné dans une liste des habitants. « Pieter le Grand et sa femme » furent reçus membres de l'église réformée hollandaise de New- York le $ décembre 1684. Ils se transportèrent le 30 avril 1685 à Esopus ou Kingston, et revinrent le $ mars 1686 à New-York, mais se joignirent définitivement à l'église française. Peter Legrand, marchand de tabac, fut reçu bourgeois de la ville de New- York le 30 août 1698. Sa femme, Jeanne de Wendel, mourut le 20 mai 1699. Sa fille Marie épousa , le 23 septembre 1697, Jean Canon, dans l'église hollandaise. Leurs enfants, baptisés dans l'église française, furent Jeanne, née le 24 septembre 1698; Catharine, née le 30 août 1700; André, né le 15 août 1701, et Abraham, baptisé le 9 septembre 1702.
(2) Abraham Sauvage , « veuf, natif de Saint-Algi, près de Guise, » épousa Marie Bridou, le 17 octobre 1677 , dans l’église française de Threadneedle-Street(Londres). Abraham Sauvage était à Boston (Mass.) le 4 septembre 1696. Thomas, marchand à Boston , et « madame la veuve Elizabeth Sauvage, de Boston, » sont nommés dans les comptes de Gabriel Bernon, 1704-1706.
346 Histoire des réfugiés huguenols en Amérique.
l'église réformée de Saint-Quentin avant la révocation, émigra en Angleterre en 1683. Son fils Jacques alla dans la Caroline du Sud, tandis que d’autres membres de la même famille furent s'établir aux Antilles et au cap de Bonne-Espérance (1).
Plusieurs autres réfugiés du Sud étaient natifs de Picardie : Louis Dutarque (2), Solomon Bremar, d’Ansème (3), et Isaac Baton, fils d'un religionnaire éminent de Leschelle, dont la proprièté fut confisquée après sa fuite (4).
De la province voisine d'Artois étaient ‘originaires
(1) Jacques Le Serrurier était l’un des « chefs de famille » de l'église de Saint-Quentin en 1668. Son fils Jacques « s'est retiré en Angleterre en 1683, où son père est allé le rejoindre » (Douen, La Réforme en Res James et Peter Le Serrurier furent naturalisés en Angleterre le 2 juillet 1684. James alla dans la Caroline du Sud. « Jacques Le Serrurier , né à Saint Quantin, en Picardie, fils de Jacques Le Serrurier, et de Marie Le Comte, Elizabeth Léger, sa femme, native dudit lieu, fille de Jacques Léger et d'Elisabeth Bossu » (Liste des François, etc.). Peter alla dans les Antilles, et, de même qu'un trop grand nombre de ses coréfugiés, traduisit son nom en anglais. Dans son testament, enregistré à New-York, il apparaît sous le nom de « Pierre Smith, marchand à Saint-Thomas. » Il fait des legs à « mon frère Josias Le Serurier, demeurant à Saint-Quentin, en France ; » à « ma sœur, Elizabeth Le Serurier, épouse du sieur Daniel de Clues, demeurant à Paris, » à « ma sœur Lydie Simmons, épouse de M. Thomas Simmons, ministre du St-Evangille à tes. » èt à « ma sœur Madelaine Le Serrurier, épouse du sieur Jacques Du Montier de Vabre, demeurant à Saint-Quentin. » Il mentionne également « mon beau-frère, Ja-
ues Smith, à Saint-Thomas, » et « mon cousin, Pierre Genilliat, » Suzanne Le Serrurier, femme de Jean François Gignilliat, figure dans la « Liste des François, etc, » (T'estaments, Surrogate’s Office, New-York, VIII, 13).
(2) « Louis Dutarque, né en Picardie, fils de Mathieu Dutarque et de Anne Foulon » (Liste des François, etc.).
(3) « Solomon Bremar, natif d'Anseme, en Picardie, en France , fils de Jacque Bremar et de Marthe Le Grand, et sa femme, Marie Sauvagot » (/bid.).
(4) « Isaac Baton, né à Leschelle, en Trévache, fils de Cornille Batton et de Judith Voienne ; et Isaac Batton, son fils, né en Carolinne; et Jaques Batton, son fils, né à Londre. Leur
La Révocation. — Provinces du Nord. 347
Louis Gourdain, qui s'établit dans la Caroline du Sud (1), et Norbent-Félicien Vigneron, médecin, qui se fixa dans Rhode-Island (2).
Les provinces du centre de la France n’envoyèrent qu’un nombre relativement restreint de fugitifs en Amérique. Orléans envoya Daniel Streing (3) et sa femme Charlotte Lemestre (4), Louis et Gabriel Thi-
mère est morte ; elle s'appeloit Marye de Lorme, native de Vadenouste » (/bid.).
Cornille Baston figure sur une liste des religionnaires de Leschelle, Picardie (Douen).
(1) « Louis Gourdain, né à Goncourt, en Artois, fils de Valentin Gourdain et de Marye Piedeuin [Piedevin] » (Liste des François, etc.),
(2, Norbent-Félicien Vigneron, originaire de l’Artois, arriva en Amérique en 1690. Il mourut à Rhode-Island en 1764, à l'âge de quatre-vingt-quinze ans. « Il avait reçu une bonne éducation, et était connu comme praticien. » Sa femme mourut en 1748-09. Charles Antonio, fils de Norbent Vigneron, né à ne (Rhode-Island), devint un médecin éminent. Il épousa une demoiselle Fish, dont il eut cinq fils et trois filles. Il mourut à New-York en 1772, à l'âge de cinquante ans » (Hislory of the medical profession in Rhode-Island, by Usher Parsons, M.D.).
(3) La signature de « Daniel String Genabensis » figure au « Livre du recteur , » de l'académie de Genève, comme étudiant en philosophie inscrit le 29 juillet 1672. Cette signature est identique à celle de Daniel Streing, le réfugié, sauf une différence d'orthographe, dont on trouve de fréquents exemples dans les registres de l'église française de New-York. Ces diférences de forme, qui n'’affectaient pas le son du nom, étaient même alors considérées comme insignifiantes. Daniel lui-même écrivait généralement son nom Sfreing. Daniel Streing et sa femme Charlotte furent naturalisés en Angleterre le 21 mars 1688 (voir page 352). Ils eurent plusieurs enfants, mais les noms qui se trouvent dans le rôle officiel, Peter, Matthew, Mary et Anne, ne sont pas conformes à ceux que l’on conserve dans la famille, “ ont probablement été, sur le rôle, transposés de leur propre place.
(4) Charlotte Lemestre , femme de Daniel Streing (Registres de l'église française dé New-York), appartenait probablement à là famille Lemaistre d'Orléans, mentionnée par Haag (France protestante) et dont plusieurs membres se réfugièrent en Angleterre. Une alliance avec la famille Thibou , d'Orléans (voir plus loin), appuie cette présomption.
bou (1) et Mariette , l’un des réfugiës de Boston (2). Plusieurs des colons d'Orange-Quarter, dans la Caroline du Sud, étaient originaires de l'Orléanais. Antoine Poitevin l'aîné était né à Orsemont (3), Antoine junior à Maintenon (4). Pierre Dutartre, son beaufrère, à Châteaudun (5), et Daniel Trezevant, son parent, à Authon-en-Perche, dans la partie nord de la province voisine du Maine (6).
Ces réfugiés furent accompagnés dans la Caroline du
(1) Louis Thibou, né à Orléans, fils de Jean Thibou et de Marie Callard, se réfugia dans la Caroline du Sud avec sa femme, Charlotte Mariette, et ses enfants, Louis et Charlotte, nés À Paris; Gabrielle, née à Londres ; Isaac, né à New-York ; Jacob et Louise, nés en Caroline (Liste des François, etc.).
Gabriel Thibou, peut-être frère de Louis, de la Caroline du
Sud, était membre de l'église française de New-York en 1700 et 1702, Louis, fils de Gabriel Thibou et de Marie Couly, son épouse , fut présenté au baptème le 11 août 1700 ; Jacob Thibou et Louison Streing, parrain et marraine. Un autre fils, Jean, fut baptisé le 20 décembre 1702. Les noms de Gabriel, de Charlotte et de Louise furent également donnés aux enfants de Daniel Streing, (2) tte nom d'Orléans (voir plus haut), Claude Mariette, de l'Orléanais, « galérien pour cause de religion, 1681. » — « Le sieur Mariette, propriétaire à Blois, » était, en 1687, au nombre des « fugitifs de l'élection de Blois » (Bull., XXX, p. 89). Mariette, réfugié de Boston, était membre de l'église française avant 1700.
(3) « Anthoine Poiteuin, natif d'Orsemont, province de Gaule, en France , fils de Jacques Poiteuin et de Jenne Modemen; et Gabrielle Bérou, sa femme, native d'Ormey-en-Bause, fille d'Utrope Bérou et d'Andrée Le Prou » (Liste des Français, etc.).
(4) « Anthoine Poituein, fils, né à Maintenon, fils de Anthoine Poiteuin et de Gabrielle Bérou. Margueritte de Bourdeaux, sa femme, native de Grenoble en Dofiné, fille de Jacque de Bourdeaux et de Madalenne Garilian » (/bid.),
(s) « Pierre Dutartre, fils de Daniel Dutartre et d'Anne Rénault, natif de Chathaudun en Bause, province de France, et Anne Poiteuin sa femme, native de Duplesis Morné, province de Gaule en France, fille d'Anthoinne Poiteuin et de Gabrielle Bérou » (Jbid.).
(6) « Daniel Trezevant, fils de Théodore Trezevant et de Suzanne Menou, natif d'Authon en Perche, et Suzanne Maulard sa femme, natif de Chanseuille en Bause, Province en France, fille
La Révocalion, — Provinces du Nord. 349
Sud par un excellent ministre de l'Evangile, de la même région. Laurent Philippe Trouillard , le Premier pasteur de la petite colonie d'Orange-Quarter, était né à La Ferté-au-Vidame, où son père Pierre était alors pasteur (1).
Pendant la panique causée par les dragonnades dans les provinces, beaucoup de malheureux protestants s’enfurent à Paris, où ils espéraient trouver plus de sécurité, et où ils pensaient qu'il serait impossible de loger les soldats chez les familles protestantes, comme on le faisait ailleurs, et de commettre toutes les barbaries auxquelles ils ne pouvaient échapper dans les endroits reculès. En outre, un grand nombre de personnes qui devaient
de Lubin Maulard et de Gabrielle Berou. Daniel Trezevant, fils de Daniel Trezevant et de Suzanne Maulard, natif de Menthe- | non, province de Gaule » (/bid.).
1) « Laurent Philippe Trouillart, né à la Fette Regnault » Roidam, fils de Pierre Trouillart et de Marie. Madeleine Mas- » let, sa femme, née à Cet. Elizabet et Madeleine leurs filles, » nez en Caroline » (Liste des François, etc.) Le nom est donné, dans un autre endroit de la même pièce, comme « Florent Philippe Trouilliard, natif de la Fetté Regnault, ditte le Vidame, fils de défunct Pierre Troüillard, vivant professeur en Théologie. » Florent est, sans aucun doute, une erreur pour « Laurent, » Pierre Trouillard le père était natif de den en Champagne. Il desservit plusieurs églises de cette province et d'ailleurs, entre autres celle de La Ferté-au-Vidame. La révocation le trouva à Calais, d'où il se réfugia en Hollande et ensuite en An :leterre, oùil devint ministre de l'église française de Canterbury (Bull, VIII, P.60$; Burn, Foreign churches, p. 45). Ce fut peut-être durant son séjour en Hollande qu'il occupa une chaire de théologie, Somme nous l'avons dit plus haut.
arolina, I, p.
où il avait pour collègue Prioleau. A la mort de ce dernier, en 1699, il abandonna sa place, Le consistoire de l'église française € Charleston écrivit, le 3 mars 1700, au consistoire de l’église française de Londres pour demander un ministre « pour remplir
se marier étaient obligées de venir à Paï.3 pour y recevoir la bénédiction pastorale, l'exercice de la religion protestante étant alors interdit dans la moitié du royaume. Une vieille habitude huguenote requérait, en de telles occasions, la présence de nombreux parents et amis, et il n'était pas rare de voir des suites nombreuses accompagner les personnes qui venaient se marier dans la capitale. C’est ainsi que, à la veille de la révocation de l’édit de Nantes, la ville se trouvait pleine d'étrangers, et que les tavernes et auberges étaient encombrées de réformés. Décidé à leur enlever tout espoir d'évasion, le gouvernement enjoignit alors à tout protestant de retourner dans la province ou la ville à laquelle il appartenait, et, une semaine avant la signature de l’édit de révocation, une ordonnance prescrivit à toutes les personnes qui résidaient à Paris depuis moins d’une année de sortir de la capitale dans le délai de quatre jours. Dans la confusion qui s’ensuivit, un certain nombre de huguenots trouvèrent moyen d'abandonner le royaume. Des familles entières erraient de ville en ville jusqu’à ce que la Providence leur ouvrit une voie pour passer la frontière,
Ces faits, relatés par l’historien Elie Benoît (1), confirment d’une manière frappante certaines traditions intéressantes conservées dans les familles huguenotes d'Amérique. Nous reproduisons ici une de ces traditions, dans le simple langage où elle a :té écrite, 1ly a longtemps, sous la dictée d’un descendant des réfugiés :
« La famille Requa (2) vivait à Paris avant que la persécution de l'Eglise romaine contre les huguenots,
1) Histoire de l'édit de Nantes, tome III, 2° partie, pp. 862, 804. 2) Peut-être originairement Requier ou l’Escuyer.
La Révocation. — Provinces du Nord. 351
comme on les appelait, ne l’obligeât à quitter la France. Ils partirent de nuit pour sauver leur vie, abandonnant la plus grande partie de leurs biens, qu’ils ne purent pas liquider. Onze autres familles s’enfuirent en même temps. Les prêtres avaient alors l'habitude de visiter toutes les maisons où ils pensaient qu'on gardait des Bibles ou qu'on tenait des réunions. [ls cachèrent leur Bible pendant un certain temps; mais, à la fin, elle fut découverte et détruite. [ls réussirent néanmoins à en conserver quelques feuilles, qui furent dissimulées dans le fond d'une chaise. Les douze familles s’enfuirent de nuit de Paris à La Rochelle, où elles demeurèrent quelque temps ; mais des rapports envoyés de Paris à La Rochelle trahirent bientôt leurs différentes retraites. Leurs maisons devaient être envahies une certaine nuit, et tous leurs membres auraient été pris, sans l'intervention d’un brave homme, un catholique, qui leur était attaché. Il leur donna l'alarme ; en sorte qu'ils s’enfuirent la nuit précédente, entre une et deux heures. Les douze familles enveloppèrent les roues de leurs voitures de façon à ne faire aucun bruit ; mais ils furent découverts en route, poursuivis et rejoints au bord d’une rivière , que dix familles traversèrent heureusement, tandis que deux furent capturées. Les premières réussirent à gagnér un navire en partance pour l’Amérique (1). »
Daniel Sireing se trouvait aussi avec sa femme à Paris
(1) Document (en anglais) aux mains de F. R. Fowler, esq., de Peekskill (N.-Y.). Ée document rapporte ensuite que, parmi les fugitifs qui s’échappèrent, étaient Requa et sa famille. Durant la traversée, une fièvre éclata parmi les passagers, et en enleva un grand nombre. Parmi les victimes, se trouvaient Requa et sa femme, dont le fils unique, Claude, devint le fondateur de la famille en Amérique. La tradition donne à l’émigrant le nom de Gabriel ; mais les rôles anglais mentionnent la naturalisation de John et Claude Esquier ou Equerie. Les registres de l'église
au moment de la révocation (1). Laissant ses biens sous la garde de sa femme, Daniel profita d’une occasion pour gagner l'Angleterre, où il obtint une commission de lieutenant dans la garde de Jacques IT. Dans l'intervalle, les vexations contre les protestants avaient redoublé ; les biens du réfugié furent confisqués, et sa femme se trouva seule et sans ressources. Après plusieurs tentatives infructueuses d'évasion, elle finit, dans son désespoir, par abandonner son enfant de leux ans au soin de la sentinelle qui la gardait à la porte de la ville, le lui laissant comme gage de son prompt retour des faubourgs, où elle prétendait aller chercher des vivres. Elle réussit à gagner Londres, et, tandis qu’elle errait à travers les rues de la grande ville, elle fut reconnue par des amis de son mari, qui la conduisirent chez lui (2).
française de New-York mentionnent le décès de Jean Equier, marin, natif de la Tremblade, mort dans le port sur un navire venant de Londres, le 22 décembre 1689.
1) Voir page 357.
2) « Journal de la famille de Daniel L'Estrange et de Char- » lotte sa femme, qui s’enfuirent de France en 168$, pendant la » persécution, sous Louis XIV, vinrent en Amérique en 1688, » et s'établirent à New-Rochelle, dans le comté de Westchester, » alors province de New-York » (Mss.).
« La bienveillance continue du gouvernement anglais permit à M. de L’Estrange de s'établir peu après dans la ville de Londres, où il résida quelque temps ; il demeura dans les gardes jusque vers l’année 1688, quand, la vente de sa commission l'ayant mis à même de se suffire à lui-même, il s'embarqua en compagnie de plusieurs autres réfugiés protestants, dont beaucoup étaient de ses connaissances, et arriva, en 1688, à New-York, avec sa femme et un fils, et peut-être d’autres enfants. M. L'Estrange se rendit alors, avec la plupart de ses compagnons, à New-Rochelle, dans le comté de Westchester, où ils s'établirent chacun suivant sa profession. »
La famille de Lestrange, originaire du Limousin et d’ancienn” chevalerie, compte, entre autres illustrations, un archevèque de Rouen, nonce du pape Grégoire XI auprès du roi de France Charles V. En 1569, un autre Lestrange fut député par les princes du sang pour présenter une requête de la part de tous les huguenots de France. Il fut trouver le duc d'Anjou, depuis
La Révocation. — Provinces du Nord. 353
D'autres personnes, nées à Paris ou y résidant, se joignirent à l’émigration américaine. Henri Colié s’enfuit en Angleterre lors de l'accroissement de la persécution, en 1681 ; mais, plus tard, il fit naufrage pendant un voyage sur la côte de France, et fut fait prisonnier. Il obtint la liberté par une fausse abjuration, qu’il se hâta de désavouer dès qu’il eut de nouveau atteint Londres, et vint quelques années plus tard à New-York (1).
Jonas Bonhoste (2), Elie Horry (3), Louis Picard (4) allèrent dans la Caroline du Sud, et Jean Beauchamp devint un négociant prospère à Boston {(Massachu-
setts) (5).
Henri III, pour avoir son passeport, mais il ne put en tirer autre réponse, sinon qu’il en donnerait avis à Sa Majesté (Mémoires de Castelnau, liv. VIT, chap. vi. — Histoire de De Thou, liv. XLIII).
Les armes de la famille de Lestrange sont : de gueules à un lion léopardé d’argent en chef et deux lions adossés d’or en pointe (Rietstap, Armorial général, et De La Roque, Armorial de la noblesse de Languedoc).
(1) Henri Collier fat naturalisé en Angleterre, le 8 mars 1682. « Henry Colié, natif de Paris, s'est présenté à la compagnie pour » faire reconnoissance de l'abjuration qu’il a faite de notre religion » en France, où le vaisseau dans lequel il étoit échoüa. 11 le fera » dimanche prochain » (Registres du Consistoire de l’église française de Londres, le 20 septembre 1700). Henry Collier signa, à New-York, le 24 septembre 1724, la protestation contre la démission du pasteur Rou. Sa veuve, Suzanne Colié, était, en 1726, assistée par l'église française de New-York.
(2) « Jonas Bonhoste, né à Paris, fils de Pierre Bonhoste et de Marie Garlin ; Catherine Allaire sa femme, Jonas leur fils, né en Caroline » (Liste des François, etc.).
G) « Ellye Horry, né à Charenton, fils de Jean Horry et de Madelaine du Frène » (Jbid.).
(4) Louis Picard était, en 169$ , dans la Caroline du Sud. Il paraît ètre retourné en Angleterre, où, en 1705, Louis Picard, de Paris, âgé de soixante ans, était assisté, avec sa femme Anne, par le comité chargé de la distribution du Royal Bounty.
(s) Jean Beauchamp, réfugié français protestant, se trouvait à Boston, dès l'année 1687, lorsque sa seconde fille vint au monde. I se rendit, après 1720, à Hartford, en Connecticut, et ses descendants, alliés à d’autres familles huguenotes, — Chevenard, Laurence, Sigourney, — habitent encore cette belle ville. Beauchamp mourut à Hartford le 14 novembre 1740, âgé de quatre-
SJ
Deux ou trois des familles qui émigrèrent dans la Caroline du Sud venaient de différents villages ou hameaux du voisinage immédiat de Meaux, où l'Evangile avait commencé à être prêché ouvertement sous le patronage de l’évêque Briçonnet. Ces réfugiés d’ « Orange-Quarter » descendaient peut-être des premiers convertis de France, qui avaient reçu l'Evangile des lèvres de Lefèvre et de Farel, et dont la foi avait été confirmée par le témoignage de l’un des premiers martyrs de la Réforme française, Jean Leclerc, « le cardeur de laine de Meaux (1). » |
Le village de Saint-Sévère, dans la province du Berry, était le lieu de naissance d’Isaac Porcher de Richebourg, ancêtre d’une importante famille huguenote de la Caroline du Sud. Isaac était médecin et avait pris ses grades à l’U niversité de Paris. Il passa en Angleterre, peu après la révocation, avec sa femme Claude Chérigny, native de Touraine, et probablement en com-
vingt-huit ans. « Jean Beauchamp, fils de Samuel Beauchamp et de Marie Malherbe, » fut baptisé à Charenton le 3 juin 1656. Le père, légiste, et l’un des membres les plus influents de l'église de Paris, passa en Angleterre à la révocation, et mourut à Thorpe en 1688 (France prolestante, 2° édition, tome IT, p. 9).
(1) Henry M. Baird, History of the rise of the Huguenots of France, I, pp. 73-89.
« Nicholas Bochet ou Bouchet, natif de Nanteuil-lès-Meaux, fils de Nicholas Bochet et Marguerite Petit; Susanne Dehays, sa femme, née à Magny, paroisse de Boutigny; avec leur fille Susanne, née à Fublaines; et Abel Bochet, frère de Nicholas, né à Nanteuil, » étaient au nombre des colons d'Orange-Quarter. « Noé Seré, natif de Luminie [Lumigny], fils de Claude Seré et d'Esther Gilliet, Catharine Challion sa femme et leurs enfants Marguerite et Noé » allèrent aussi dans la Caroline du Sud (Liste des François, etc.).
Nanteuil, à deux milles de Meaux, est un village de douze cents habitants. Fublaines, tout auprès, n’en a que quatre cents, et Lumigny, avec cinq ou six cents habitants, est situé dans le canton de Rosoy, où Leclerc se retira après avoir été fouetté et marqué à Meaux pour hérésie (Henry M. Baird, op. cit., 1, 87).
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pagnie d’un parent, Claude Philippe de Richebourg, ministre protestant, qui devint plus tard pasteur de la colonie française de James-River, en Virginie, et de l’église française de Charleston. Les Porcher descendaient des comtes de Richebourg (1).
De la ville voisine de Buzançais vinrent à la même époque les deux frères Pierre et Isaac Dugué, avec leur
sœur Elizabeth, qui, plus tard, arrivèrent également dans la Caroline du Sud (2).
(1) « Isaac Porcher, né à Saint-Severe en Berry, fils d’'Isaac Porcher et de Suzanne Ferré. Claude Cheriny, sa femme, Isaac, Pierre, Elizabeth, Madelaine et Claude leurs enfans, nez en Angleterre et en Caroline » (Liste des François, etc.).
« Cette famille descend des comtes de Richebourg. Isaac Porcher de Richebourg, docteur en médecine de l’université de Paris, épousa Claude de Cherigny, de la province de Touraine, et, après l’édit de révocation, ils s'enfuirent dans la Caroline du Sud, sous la domination anglaise. Leur fils, Joseph Porcher, eut un fils Paul, qui épousa Mary du Pré; et son fils, Josias Du Pré- Porcher, quitta Charleston (Caroline du Sud) en 1768, avec son oncle James Du Pré, ancien gouverneur de Fort-George (Madras), qui l'emmena en Angleterre. Son fils fut Josias Du Pré- Porcher, Esq., à Winslade-House (Devonshire) membre du Parlement pour Old-Sarum, qui épousa Charlotte, fille de sir William Burnaby et sœur de la femme de John Chamier, Esq., qui mourut en 1820. Leur fils aîné, Rev. George Porcher, épousa, en 1818, Francis Amelia, fille de John Chamier, Esq., et ses fils sont Gerges du Pré-Porcher, Esq., avocat, et le capitaine Edwin- Augustus Porcher, de la marine royale » (Agnew, Prolestant exiles from France in the Reign of Lewis XIV, IH, 256).
Claude Philippe de Richebourg, pasteur huguenot, qui vint en Virginie en 1699 comme ministre de la colonie française de Manakintown, sur James-River, appartenait sans aucun doute à la même famille. [1 quitta cette colonie en 1712, et se rendit dans la Caroline du Sud, où il remplaça Pierre Robert comme ministre de la colonie française à Santee. Il mourut en 1719.
La famille Porcher, de la Caroline du Sud, est actuellement représentée par Frederick A. Porcher, Esq., de Charleston.
(2) « Pierre Dugué, Isaac Dugué, son frère, et Elizabeth Dugué, leur sœur, nez à Bésance en Bery, enfans de Jacques Dugué et Elizabet Dupuy » (Liste des François, etc.).