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LA RÉVOCATION. — FUITE DES PROVINCES DE L'EST ET DU SUD

Les protestants persécutés de l’est de la France, et spécialement des provinces de Champagne et de Lorraine qui s'étendaient jusqu’à l'Allemagne, tournaient naturellement, dans leur détresse, leur espoir vers la région, comparativement accessible, qui s'étend entre le Rhin et le Jura, où les princes protestants et les Etats amis de Suisse et de Hollande les attendaient avec sympathie. La plus grande partie de ces exilés y trouvèrent une demeure définitive, tandis que d’autres, préférant chercher pour eux-mêmes et pour leurs enfants un asile dans le nouveau monde, remontèrent jusqu'à la mer du Nord, et s’embarquèrent pour l'Angleterre.

Nous n'avons pu recueillir que pour un petit nombre de réfugiés le nom des localités d’où ils étaient partis. Nicolas Vignon, natif de Metz, vint à New-York peu après la révocation, et y mourut en octobre 1689 (1).

Ce fut probablement du voisinage de la même ville que vint Abraham Rutan, l'un des colons huguenots de New-Paltz, réfugié d'abord dans le Palatinat (2).

(1) Registres de l’église française de New-York. (2) Des réfugiés de ce nom s'étaient, à une époque antérieure,

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Sedan en Champagne était la patrie de la famille Tiphaine ou Tiffane (1) et de Suzanne Rochette, qui épousa plus tard un des réfugiés de la Virginie. Suzanne était la plus jeune de trois filles, dont l’aînée était âgée de seize ans au moment.de la révocation. Leur demeure avait été plusieurs fois visitée par les prêtres, qui questionnaient les enfants, cherchant quelque prétexte pour les enfermer dans une école catholique. A la fin, le père résolut d'envoyer, s’il était possible, sa fille aînée hors du royaume, et la confia en conséquence aux soins d’une nièce qui s’apprêtait à gagner, avec son enfant en bas âge, un port de mer d’où elle pût se rendre en Hollande. Elles étaient conduites par des hommes déguisés en femmes ; mais, en traversant de nuit un petit cours d’eau, la mère trébucha sur des rochers, et l'enfant se mit à crier. Une troupe de soldats, cantonnés dans un moulin à peu de distance, furent attirés par le bruit et se saisirent des femmes, qu'ils emmenèrent en prison. On permit au père de ramener sa fille chez lui. Une seconde tentative fut plus heureuse, et il réussit enfin à faire passer ses deux filles aînées à Amsterdam. La plus jeune, Suzanne, re-

enfuis devant la persécution à Saint-Mihiel et réfugiés à Metz (Bull., II, 426).

L'émigrant Rutan paraît avoir accompagné Abraham Hasbrouck en Amérique; il arriva à New-York dès le mois de mai 1680. Cinq enfants d'Abraham Rutan et de Marie Pétilion, sa femme, furent baptisés par le pasteur Daillé dans l’église française de New-Paltz, 1683-1691.

(1) Jacques Tiphaine et sa femme Elisabeth, avec six fils, furent naturalisés en Angleterre en 1682. Deux de ces fils, Jean, « de Sedan, » et Daniel, demeurèrent à Londres, où furent baptisés plusieurs de leurs enfants ; et un autre, Pierre, vint à New- York, avec sa femme Suzanne Renel. Jacques, fils de Pierre et de Suzanne Renel, fut baptisé dans l’église française de New- York le 15 octobre 1704. ‘

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joignit plus tard ses sœurs, cachée dans un tonneau qui fut confié à un capitaine ami. La famille demeura en Hollande jusqu’au mariage des filles aînées, qui passèrent aux Antilles. Suzanne épousa Abraham Micheaux, réfugié huguenot qui s'établit plus tard en Virginie (1).

Barthélemy Dupuy, l'ancêtre de la famille huguenote qui s'établit en Virginie, était aussi probablement originaire de cette partie de France. Suivant la tradition conservée dans différentes branches de cette famille, Dupuy était né en 1650, s'était engagé dans l’armée à l’âge de dix-huit ans, avait servi pendant quatorze ans et pris part à autant de batailles rangées dans les Flandres. Promu au grade de lieutenant dans les gardes de Louis XIV, il fut plusieurs fois employé pour des commissions importantes, muni d’un laisser-passer du roi, qui requérait toutes personnes de le laisser poursuivre son chemin sans obstacle. Vers l’an 1682, il quitta le service, acheta une proprièté et épousa la comtesse Suzanne Lavillon. Quoique connu comme fidèle huguenot, il avait conservé la faveur royale, et, peu de temps avant la révocation, un messager dela cour vint le prévenir des mesures que l’on préparait, le pressant d’abjurer pour y échapper, et lui promettant une forte récompense. Peu après, le curé de la paroisse, avec qui il entretenait des relations amicales, vint chez lui avec six hommes armés. À la vue de cette troupe, Dupuy tira son épée; mais le curé l’engagea à désarmer, lui faisant comprendre que toute résistance était impossible, et le pressa de se rallier à l'Eglise romaine. Après une discussion assez vive, Dupuy finit par demander du temps pour réfléchir et se décider. Le curé y consentit et le laissa. Dès

(1) William Henry Foote, D.D., The Huguenots, pp. 541-545.

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la nuit suivante, Dupuy s'enfuit à cheval, accompagné de sa femme déguisée en domestique. Lorsque le jour parut, ils avaient franchi une bonne partie de la distance qui les séparait de la frontière allemande. Interrogé à diverses reprises par les autorités militaires qu'il rencontrait sur son chemin, Dupuy arguait d'importantes affaires officielles, et, quand on le pressait trop, produisait un laisser-passer revêtu de la signature du roi. Dès qu'ils eurent passé la frontière, les fugitifs, descendant de leurs montures, s'agenouillèrent au bord du chemin, prièrent et pleurèrent ensemble, et chantèrent le psaume de délivrance :

« Après que j'ai constamment attendu De l'Eternel la volonté, Il s’est tourné de mon côté. »

Dupuy demeura quatorze ans en Allemagne. En 1699, il alla en Angleterre, et, peu de temps après, se joignit à la colonie française de James-River, en Virginie, où il finit ses jours. Ses descendants sont nombreux aux Etats-Unis (1).

La ville de Lyon avait eu une population protestante considérable. Presque toute cette population quitta le royaume pendant la période la plus aiguë de la persécution religieuse. Parmi les fugitifs se trouvait François L'Egaré (2), dont le fils aîné, Salomon, fonda une des principales familles de la Caroline du Sud. D'après la légende de la famille, Salomon, âgé de dix-huit ou dix-neuf ans, était absent et dans un collège lorsque

(1) William Henry Foote, op. cit., PP. 549-555. Le nom de Barthélemy Dupuy figure sur une liste des habitants de Manakintown en 1714.

(2) Manusc. en la possessior. de M"* Eliza Fludd, à Charleston,

ses parents effectuèrent leur évasion. Un fidèle serviieur lui apporta les instructions de ses parents, qui lui disaient de se déguiser en paysan et de se rendre à Genève. Il réussit à faire ce voyage, et rejoignit peu de temps après sa famille à Bristol, où ils demeurèrent quelques années avant d'aller en Amérique. François L'Egaré et ses deux fils furent reçus dans la colonie du Massachusetts, en 1691 (1).

Salomon L’Egaré se réfugia à Charleston, dans la Caroline du Sud, où il vécut jusqu’à quatre-vingt-dixhuit ans. C’était un homme droit et d’une piété sérieuse, mais de caractère très vif et de volonté inébranlable. On rapporte qu'il ne tolérait pas qu’on parlât français dans sa famille, désirant rompre tous les liens qui l’attachaient au pays de ses ancêtres ; et souvent, décrivant les scènes d'horreur auxquelles il avait assisté ou dont il avait entendu parler, il avertissait ses enfants de ne jamais rentrer en France. L'honorable Hugh Swinton Légaré, homme d'Etat américain et littérateur distingué, descendait de ce réfugié huguenot (2).

La Voulte, petite ville de Languedoc, sur la rive gauche du Rhône, à trente lieues de Lyon, était le lieu de naissance de Judith Giton, qui, dans une lettre écrite

(1) Francis L’Egaré, joaillier , sa femme Anne , et leurs fils, Francis Solomon, Daniel James, et Stephen John, furent naturalisés en Angleterre le 8 mars 1682. Francis Legare , orfèvre, et deux fils, furent reçus dans la colonie du Massachusetts le 1° février 1691. « Legare, » peut-être l’un des fils , se joignit à la colonie de Narragansett.

Le testament de François Légaré, de Braintree, dans le Massachusetts, en date du 3 février 1710-11 ares istré 26 janvier 1711-12) mentionne sa femme Anne, son fils Solomon, « maintenant en Carroline » et son fils Daniel.

(2) Catherine Challion, veuve de Noé Seré (voir plus haut, page 354), était aussi native de Lyon. Elle était fille de Louis Challion et Bénoite Pitauer (Liste des François, etc.).

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d'Amérique à son frère, alors en Allemagne, donne un récit pittoresque de sa fue de France.

« Je veux faire une rélation de notre sortie de France » jusqu’à la Caroline, puisque vous le souhaitez. Nous » avons souffert pendant 8 mois, les contributions et » les logemens des gens de guerre, pour la religion, » avec bien du mal. Nous primes donc résolution de » sortir de France la nuit, et de laisser les soldats dans » le lit, et laisser la maison toute garnie. Nous fûmes » à Romans (en Dauphiné) nous cacher pendant dix » jours, cependant qu'ils faisoient la recherche pour » nous trouver ; mais l’hotesse étant secrette, ne nous » déclara point, car on vint demander si on nous avoit » vus. De là nous fûmes passer à Lyons ; de là à Dijon, » d’où mon frère aîné vous écrivit une lettre et une de » Langres ; je ne sçais si vous les avez reçues. Il vous » marquoit que nous sortions de France. Nous passä- » mes chez Mme de Choiseule, où nous ne fîmes rien » du tout ; elle étoit morte, et son beau-fils étoit maître » en tout; de plus, il nous fit bien connoître qu’il voyoit » que nous voulions sortir de France; que si nous vou- » lions lui demander quelque chose, il nous déclareroit, » Nous poursuivimes notre chemin pour aller à Metz » en Lorraine, d’où nous nous embarquâmes sur la » rivière de la Moselle pour aller à Treves; de là nous » fâmes à Cocheim et à Coblentz; de là à Cologne, » où nous quittâmes le Rhin pour aller passer dans des » carioles, d’où nous fûmes à Vesselle [Wesel], où » nous trouvâmes un hôte qui parloit un peu françois, » qui nous dit qu’il n’y avoit que trente lieues de là à » Lunebourg.

» Nous savions que vous étiez là en quartier d’hiver,

» Car nous avions reçu une de vos lettres quinze jours

avant de sortir de France, qui nous apprenoit que vous passiez là l'hiver, Notre défunte mère et moi priâmes instamment notre frère aîné de vouloir passer par là ou nous laisser avec elle, cependant qu'il vous pourroit aller voir lui-même ; — c’étoit dans le plus fort de l'hiver, — mais il ne voulut jamais, n'ayant que la Caroline en son esprit, de peur de perdre quelque occasion pour y venir ; ce qui m’a causé toujours un grand chagrin quand j'ai pensé à vous, et avoir perdu une si belle occasion pour vous voir, au moins encore une fois. Que j'ai eu de regret de voir un frère avoir si peu de naturel! Que je lui ai reproché de fois ! Mais il f'oit notre maître ; il nous falloit faire tout comme il vouloit. Après, nous passâmes en Hollande pour aller en Angleterre. Je ne me souviens pas bien dans quelle année c’étoit : en quatre-vingtquatre ou en quatre-vingt-cing; c'étoit l’année que le Roi Charles d'Angleterre est mort (février 1685). Nous fûmes trois mois à Londres pour attendre un vaisseau prêt pour [la] Caroline. Etant embarqués, nous fûmes bien mal; la fièvre pourpreuse se mit dans notre vaisseau, dont il en mourut beaucoup ; notre défunte mère en mourut, étant âgée. Nous fûmes neuf mois avant d'arriver en Caroline ; nous fûmes à deux ports, un portugais, et une isle appelée Bermoude, appartenant à l'Angleterre, pour racommoder notre vaisseau, à cause d'une grande tempête où nous fûmes bien mal traités. Notre capitaine de vaisseau, ayant fa:: quelque friponnerie, fut mis en prison et le vaisseau saisi. Notre argent ayant été entièrement dépensé, ce fut avec la plus grande difficulté que nous [nous] procurâmes passage dans un autre vaisseau. Après notre arrivée en Caroline nous avons souffert

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» toutes sortes de maux ; notre frère aîné mourut un an » et demi après notre arrivée ici d’une fièvre, n'étant pas » accoutumé au rude travail ou nous étions exposés. » Nous nous sommes vus depuis notre sortie de France » en toute sorte d'afflictions, en maladie, peste, famine, » pauvreté, travailler bien rudement. J'ai bien été dans » ce païs six mois sans avoir gouté de pain, et que je » travaillois à la terre comme une esclave, et même j'ai » bien passé trois ou quatre années avant d'en avoir » quand je voulus. Dieu nous a fait une belle grace » d’avoir pu resister à toutes sortes d'épreuves. Je crois » que si je voulois vous faire un détail de toutes nos » aventures, je n’aurois jamais fait. Il suffit que Dieu a » eu pitié de moi, et a changé mon sort à un plus heu- » reux. Gloire lui en soit rendue (1) ».

A l’est du Rhône, à 20 lieues environ de La Voulte, s'élève la ville de Die, en Dauphiné, dans le voisinage de laquelle résidait, quelques années avant la révocation, un gentilhomme huguenot, René de Durand, dont le domaine seigneurial contenait un temple protestant qui fut des premiers détruits de cette province. Sans se soucier des défenses ni des menaces, Durand continua à assembler, tous les dimanches, sa famille et ses amis sur les ruines du temple, pour y célébrer un service de louanges et de prières. Il ne tarda pas à payer son audace. Il fut proscrit; sa maison fut pillée et rasée et ses grands biens confisqués (2).

(1) Judith Giton, auteur de cette lettre, épousa , À son arrivée dans la Caroline du Sud, Noé Royer, et, plus tard, en secondes noces, Pierre Manigault. La lettre ci-dessus m'a été obligeamment communiquée par son descendant Dr Gabriel E. Manigault, de Charleston (Caroline du Sud).

(2) « M. de Durand, gentilhomme du Dauphiné, $o ans, » figure sur une liste de pasteurs et autres personnes persécutées en

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Ce fut un frère de ce gentilhomme qui vint au Maryland, en Virginie, en 1686, et publia, à son retour en Europe, une « Description » de cette contrée. Le récit de sa fuite du Dauphiné est une peinture vivante de l’effet des dragonnades dans cette province.

« [Il n’y avoit point encore de soldats dans cette Pro- » vince ; on l’avoit réservée la dernière parce qu'il n'y » avoit que sept mille familles de réformés. Je donnai » ordre incontinent dans mon voisinage qu’on m'’avertit » dès qu'on apprendroit qu'il en seroit arrivé. Le » 18 d'octobre 168$, j'apris environ midi qu’il en étoit » entré par Tarascon. Je part donc sur la minuit, aiant » pris trois chevaux et deux valets. Je crûs que j’avois » assez de temps de me retirer à Marseille avant qu'ils » eussent avancé, car je sçavois qu'il y avoit cinq ou » six grands bourgs de six à sept cens habitans le » chacun, où il n’y avoit presque point de Papistes, et » J'y connoissois des Bourgeois riches de 100,000 écus, » et fort afectionés à la Religion. J’estimois donc qu'il » n'y avoit aucun d’iceux qui ne gardât ce Régiment un » mois avant que de se rendre ; mais je fus bien sur- » pris, le lendemain, sur le tard, lorsque je vis descen- » dre d’une petite montagne beaucoup de manteaux » jeaunes. Je ne doutoi point alors que ce ne fut ces » Dragons. Je fis donc cacher dans un valon mon équi- » page; car s'ils eussent vû deux chevaux chargés de » meubies et d’un petit garçon de dix ans, ils auroient » sans doute soubçonné ma Religion et ma fuite, et » ainsi il y auroit eu danger pour moi, me trouvant en- » core dans nôtre Evêché, où j'avois été conté, ne dou-

France qui s'étaient réfugiés à Genève en 1683. Il était accompagné de sa femme et de quatre enfants (Bull., XIX, p. 313).

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tant point que le Commendant n’en portât le rôle, et que je ne fus des premiers, d'autant qu’il n’y avoit dans icelle que deux Gentilhommes de la Religion, le reste étant tout Païsans ; pour quoi je me tins au bort de chemin bien monté que j'étois et fis la meilleure contenance qu'il me fut possible. Ainsi je vis passer douze compagnies de Dragons dont ce régiment étoit composé.

» Des qu'ils eurent défilé, je marchai toute la nuit pour sortir de l’Evêché, et aiant rencontré quelques soldats à pied, je voulûs scavoir des nouvelles. Ils me dirent avec beaucoup de chagrin, qu'ils accompagnerent de quelques serments, qu'ils avoient passé, ce jour-là, deux ou trois grands Bourgs, tous remplis d'Uguenots, qui avoient témoigné si peu d’atachement pour leur Religion, que dés qu’ils entendoient leurs tambours, il se montoit sur les épaules pour entrer dans l'Eglise, afin d'y faire leur abjuration ; que le premier qu'ils aborderent étant entrés dans la Province, avoit voirement résisté trois Jours, et qu'ils y avoient bien fait leurs affaires, mais que pour ces autres il ne leur avoit pas êté nermis d'y débrider un cheval ni d'y prendre tant seulement une poule. Je fus surpris de la rapidité de ces belles conquêtes, et me trouvant hors de l'Evêché, ayant apris qu’il n'y avoit plus de soldats derriere, je résolus de m'aller reposer dans un d’iceux nommé Mérindol {1}. Je trouvay ces pauvres gens dans un état lamentable, qui me fit grande compassion ; leur conscience commençoit à leur reprocher le crime qu'ils avoit commis avec

(1) Village de trois cent soixante et seize habitants, à deux

lieues de Nyons, dép. de la Drôme.

» tant de précipitation. J’en partis, et allay loger en- » suite dans d’autres endroits où il n’y avoit aucuns » Protestans ; c'étoit là où l’on avoit logé ces Dragons » à cause de la facile revolte de ces Bourgs Réformés ; » ils étoient si accoutumés à la licence et aux rançon- » nemens, que à la reserve de battre et de martiriser, » ils y avoyent exercés le même brigandage que chés » les Protestans, ce qui faisoit faire à ces pauvres gens » des terribles imprecations contre cette entreprise in- » fernale (1). »

Du Dauphiné venaient également Jacques de Bourdeaux (2) et Paul Pepin (3), de Grenoble; et André Rembert (4), de la ville voisine du Pont-en-Royans. Ces émigrants s’établirent dans la Caroline du Sud. Les Bessonet de Pensylvanie ($) étaient probablement originaires de

(1) Voyages d’un François exilé pour la Religion avec une descriplion de la Virgine et le Marilan dans l'Amérique. À la Haye, imprimé pour l’autheur, 1687.

2) « Jacques de Bourdeaux, né à Grenoble, fils de Evremond » de Bourdeaux et de Catherine Fresné. Madeleine Garillond, » sa femme; Madeleine, Judith, leurs filles, nez à Grenoble. An- » thoine, Jacques, Israel, leurs enfans, nez en Caroline » Liste des François, etc.).

(3) « Paul Pepin, né à Grenoble, fils d'Alexandre Pepin et de Madeleine Garillon » (Jbid.).

(4) « André Rembert, fils de François Rembert et de Judith » Rembert, de Pont-en-Royan , en Dauphiné. Anne, sa femme, » fille de Jean et Louise Bressan, dudit lieu. Anne, André, Ge- » JUS Pierre , Susanne, Jeanne , enfans, nez en Caroline »

Ibid. ).

(5) Faite protestante de Dauphiné. Claude de Bessonet, sieur de Gatuzières, est mentionné de 1598 à 1614 (France prolestante). Un siècle plus tard, un autre Claude Bessonet fut naturalisé en Angleterre ee mars 1700). Il s'établit à Waterford, en Irlande, où sa famille occupa une haute position sociale (Agnew, Prot. exiles from France, II, 272). Francis Bessonet était ministre de l'église française de Dublin en 176$ (Ibid., 1, 210), Daniel Goudon Bessonet fut baptisé à l’église française de New-York le 30 juillet 1710. La famille s'établit vers 1720 à Bristol , en Pensylvanie, où Charles Bessonett fut député et directeur des postes pendant la Révolution.

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la même province. Du village vaudois de Mérindol, sur la Durance, était originaire Jean Andrivet (1), condamné, en 1686, comme fugitif par le parlement de Grenoble. À une époque postérieure, Jean-Henri La Motte, « huguenot que l’on suppose originaire de la Provence, » et qui avait résidé quelque temps en Hollande, » vint à Charleston (2).

Le protestantisme ne s'était développé dans aucune province de France d’une manière plus remarquable qu'en Languedoc. Ses adhérents dépassaient, peu avant la révocation, le nombre de deux cent mille, et, dans bien des villes, la population protestante était en majorité ; mais un demi-siècle de répression et, à plusieurs reprises même, de persécution, avait beaucoup affaibli une cause

(1) « Jean Andrivet, banni du royaume pour dix ans, » est mentionné parmi les « religionnaires fugitifs emprisonnés et jugés par le parlement de Grenoble en 1686 » (Bull., VIIT, 308). Jean Andrivet et Antoinette Buvier, sa femme, étaient à New-York le 14 mai 1693 , lorsque le pasteur Daillé baptisa leur fils Pierre. Trois autres fils de sa première femme furent baptisés à l'église française , et « Jean Andrivet, de Mérindol, en Provence, » épousa en secondes noces Jeanne de Loumeau le 18 octobre 1699. Il fut naturalisé le 18 avril 169$, et, le 24 avril, « John Androuet, pourvoyeur, » fut reçu bourgeois de la ville.

(2) Il arriva dans la Caroline du Sud vers 1727, et s’en alla quelques années plus tard à Hagerstown, en Maryland, d’où il fut chassé par la défaite de Braddock. Il s'établit alors dans le voisinage de Hanover, en Pensylvanie, et mourut à York, dans le même Etat, en 1794, à l’âge de quatre-vingt-neuf ans. Il avait épousé à son arrivée en Amérique une veuve Bollinger, de Suisse, dont il eut cinq fils : John, Daniel, Henry, Francis et Abram, « C'était un homme très réservé, et sa propre famille ne savait pas qu'il parlât français jusqu’au moment de la première visite de Lafayette en Amérique, lorsqu'un capitaine, Nicolas de la Motte, qui se disait son cousin, vint le voir avec d’autres officiers français ; l’on croit, d’après la profonde déférence qu'ils lui témoignaient, et le peu qu'il disait sur lui-même, qu'il était de haut rang. » Il existe encore des descendants de Jean Henri de la Motte en Pensylvanie, dans l'Ohio et la Caroline du Nord (Renseignement fourni par William John Potts, Esq., de Camben, New-Jersey).

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qui, aux premiers temps de la Réforme, semblait devoir gagner toute la province. Une de ses principales villes, Montpellier, accueillit la Réforme avec une promptitude particulière, et, un an seulement après son introduction dans la ville, les protestants s’y trouvaient en majorité. Dans une explosion de zèle aveugle, ils s’emparèrent des églises, en détruisirent plusieurs et abolirent la messe, qui ne fut plus dite pendant plusieurs années (1). De même qu’à La Rochelle, plusieurs membres des ordres monastiques embrassèrent la foi nouvelle, et on prétend que l’évêque lui-même la favorisait.

Montpellier, l’une des forteresses des huguenots pendant les guerres civiles, fut une de leurs places de sûreté sous le régime de l’édit de Nantes ; mais, après la chute du protestantisme comme parti politique, le nombre de ses adhérents diminua constamment sous l'oppression systématique dont l’édit de révocation fut le couronnement. Les deux temples huguenots de cette ville furent détruits, l’un en 1670, l’autre en 1682; et, à l’automne de 1685, seize compagnies de troupes entrèrent à Montpellier pour y commencer la mission qui s'était montrée si efficace dans les autres provinces. Comme ailleurs, en effet, la terreur produite par cette arrivée fut irrésistible. Le jour même, six mille protestants de Montpellier abjurèrent et obtinrent le certificat (2) qui les exemptait de la visite des « missionnaires bottés. »

(1) Histoire de l'église réformée de Montpellier depuis son origine jusqu'à nos jours, par Philippe Corbière. Montpellier, 1861, p. 53. Soixante ans plus tard, lorsque Louis XIII entra dans la ville, il ne trouva pas une seule église dans laquelle on pût dire la messe, et, refusant de suivre le conseil de quelques-uns, qui le poussaient à se saisir du « grand temple, » il fit aménager une halle à cet effet (/bid., p. 162)

(2) Ces certificats étaient délivrés sur des formules imprimées.

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L'abjuration, dans une multitude de cas, était suivie d'aussi près que possible par la fuite. Beaucoup, du reste, avaient échappé, par une fuite opportune, à la fraude de cette conversion forcée, et se trouvaient maintenant hors d'atteinte. Il n’est pas toujours facile de déterminer à laquelle de ces deux classes appartiennent nos réfugiés américains. Nous trouvons, sur la liste des religionnaires et nouveaux convertis dont les biens furent saisis à leur départ de France, le nom de Pierre Monteils ou Montels, marchand de fer, de Montpellier, né à Canet, dans le diocèse de Lodève, en Languedoc. Avant de quitter sa patrie, avec sa femme Jeanne de Bosson et une de leurs filles, Monteils fit don de ses biens à son gendre, Noë Cazalet, aussi marchand, qui demeura dans la ville, officiellement « nouveau converti, » mais dont la sincérité fut cependant soupçonnée (1).

Nous en reproduisons un spécimen donné par M. Corbière (Hisloire de l’église réformée de Montpellier, p. 261). Les mots en italique étaient écrits à la main.

Extrait des registres des nouveaux convertis du diocèse de Montpellier.

« L'an 168$ et le 20° jour du mois de septembre , sieur Pierre » Reslouble, mangonier, âgé de 45 ans ou environ, habitant de cette » pille de Montpellier, après avoir été suffisamment instruit, a fait » abjuration de l'hérésie de Calvin et profession publique de la » religion catholique, apostolique et romaine, dans la chapelle du » Séminaire, entre les mains de Pierre Fressinaud, prêtre de l'Ora- » toire , en présence de frères André Péraud et Claude Gilles, » qui ont signé l'original. Collationné à l'original par moi, secré- » taire de monseigneur l’Evêque.

» Sauvaire, de l'Oratoire. »

(1) « Fugitifs : Pierre Monteils, marchand de fer , sa femme et une de ses filles. —— Possesseur des biens : Le sieur Cazalet, près la croix des Sevenols , paroisse Notre-Dame. — Première note : [l m'a répondu qu'il avait baillé ses enfants, qu'ils allaient à l'église, mais que pour lui il fallait que cela vint de Dieu, — Deuxième note : Il ne donne aucune marque de catholicité » (Etat des biens des religionnaires et nouveaux convertis sortis du royaume , situés dans le diocèse de Montpellier, qui doivent estre: saisis, Corbière, op. cit., 290, 525).

Monteils se réfugia à Londres, où il résida pendant plusieurs années, puis se rendit, au commencement du dix-huitième siècle, à New-York (1), où il fut accompagné ou suivi par Cazalet (2).

Quelques émigrants de Montpellier se réfugièrent dans la Caroline du Sud avec leurs familles ; parmi ceux-ci figurent Joachim Gaillard (3), François de Rousserie (4) et un « monsieur Brie (5). » La famille Garrigues, de Pensylvanie, descend, croit-on, d’un frère de David Garric, qui s’enfuit comme lui de Montpellier, au

(1) Pierre Montels (ou Monteils), natif de Canet, diocèse de Lodève, épousa demoiselle Jeanne de Montels et de Bosson, dont il eut deux filles, Marie, qui épousa Noé Cazalet, et Marguerite, qui épousa François Besart, marchand, de Londres. Montels s'enfuit en Angleterre, où il fut naturalisé le $ janvier 1688 ; il habitait la paroisse de Saint-Martin, à Londres, le 4 juillet 1699, lorsqu'il fit le testament qui mentionne les détails précédents. Pierre et Marguerite Montels étaient parrains au baptême de Pierre, fils de Gabriel Montels, dans l’église française de Swallow- Street, à Londres, le 18 juillet 169$. IÏ vint à New-York et fut reçu bourgeois de cette ville le 27 mai 1702, sous le nom de « Peter Montels, gent], » Lui et sa femme étaient membres de l'église française de New-York, dont il était un des « chefs de famille » en 1704. Par son testament, enregistré le 20 janvier 1707, Montels laissa à sa femme tous ses biens, en France ou ailleurs (Testaments, New-York, VII, 334).

(2) Noé Cazalet fut reçu bourgeois de la ville de New-York le 22 aOût 1709, et élu constable en 1710. Cinq enfants de Noé Cazalet et d'Elisabeth Ony, sa femme (probablement un second mariage) , furent baptisés à l'église française de New-York de 1711 à 1717. Tous deux étaient décédés en 1743-44, lorsque des lettres d'administration furent accordées à John Cazalet (T'estaments, New-York, XII, 110, 147).

(3) « Joachim Gaillard, fils de Jean & Marie Gaillard, de » Montpellier en Languedoc. Ester Gaillard, sa femme, fille de » André Paparel, et Caterine Paparel, de Bouin en Foret. » Jean, Pierre, enfans du susdit » (Liste des François, etc.). Le réfugié français à Boston écrivait, en 1687 : « M. Gaillard, que » mon père connoit, est arrivé avec toute sa famille en Caroline » (Relation d’un François réfugié à Boston).

(4) « François de Rousserie, né à Montpellier, fils d'Alexandre » de Rousserye et de Marie Suranne » (Liste des François, etc.).

(s) Relation d’un François réfugié à Boston.

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moment de la révocation, et vint en Amérique, où il se joignit à la société des Amis (1).

Toulouse, capitale de la province, fut connue, dès les premières années de la réforme en France, pour son hostilité prononcée contre le protestantisme. Pendant le cours du seizième siècle, les rues de cette ville se teignirent par deux fois du sang de ses enfants, massacrès comme hérétiques. En dépit de cette réputation, Toulouse était cependant encore, au moment de la révocation, la demeure d’un grand nombre de huguenots. Parmi ceux qui se réfugièrent en Amérique, étaient Vincent de Laymerie, fils de Noë de Laymerie, et Marie Elisabeth sa femme (2).

Castres, l’une des principales villes du Languedoc, avait été des premières à accueillir les doctrines de la réforme. Ses habitants protestants, soumis pendant un demi-siècle à des restrictions vexatoires innombrables, formaient cependant encore, en 1670, la m-‘arité de la population. Près de Castres était le lieu de ,aissance de John-Paul Mascarene, lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Ecosse, de 1740 à 1749, qui descendait d’une des plus anciennes familles du Languedoc (3). Son père,

(1) Un autre frère s'enfuit, dit-on, en Allemagne, où le nom existe encore, sous la forme de « Garrigue. » Cette famille est représentée actuellement par William H. et Samuel B. Garrigues, de Philadelphie.

(2) Naturalisé en Angleterre, le 14 avril 1693, sous le nom de de Lainerie, et, à New-York, en 170$, sous celui de de Laymerie (Livre d'actes (Book of deeds). Albany, New-York, X, 151).

(3) La famille de Mascarene, ou Mascarenc , avait atteint une importance considérable à Castres vers la fin du seizième siècle. Jacques et Antoine Mascarenc, frères, étaient au nombre des huguenots les plus braves de cette petite ville. Jacques Mascarenc était un des trois soldats protestants qui, lorsque Castres fut tombé entre les mains des catholiques, entreprirent une exploration hasardeuse pour reconnaître s’il était possible d'entrer dans la ville par la voûte grillée d’un moulin adjacent aux remparts, et

Jean Mascarene, membre intelligent et dévoué de l'église réformée de Castres, était un légiste estimé, conseiller à la Chambre de l’Edit, qui existait encore, bien que réunie au parlement de Toulouse. A l'approche des dragons, pendant l'été de 168%, Jean Mascarene

qui vinrent rapporter à leurs frères que le projet était praticable (s juillet 1573, Mémoires de Jacques Gaches, p. 146). Le plan fut découvert par l'ennemi et échoua; mais, un an plus tard (23 août 1574), une petite troupe de treize huguenots accomplit une entreprise encore plus hardie, qui aboutit à la reprise de Castres par les protestants. « Ce seroit une grande ingratitude à » l'endroit de ces braves hommes, » dit Gaches, p. 178, « si on » cachoit leurs noms à la postérité, he je coucherai sur le » papier pour estre le héraut de leur vaillance, » « Jacques et Antoine Mascarenc frères » figurent parmi ces treize immortels, et araissent avoir égalé, sinon mème surpassé leurs compagnons en intrépidité. Elevés au grade de capitaine, les deux frères se distinguèrent par le secours qu'ils donnèrent à la cause protestante. Antoine fut assassiné en 1581, en pleine paix. Son frère aîné demeura encore plusieurs années un des chefs les plus fidèles du arti.

Outre Jacques et Antoine, il y avait un autre Mascarenc, un huguenot qui, en 1580, était l'un des consuls d’Anglès (Mémoires de Jacques Gaches, p. 271). Il peut avoir été un ancêtre de Paul Mascarene, qui, comme nous l'apprenons de son propre récit, possédait des terres auprès de ce lieu.

La généalogie conservée par les descendants de Jean Mascarene, dans le Massachusetts, donne les renseignements suivants : Martin Mascarene, né en 1535, épousa Elisabeth de Siton. Ils eurent trois fils, dont l’un, Jean, né en 1580, mort en 1660, épousa Guilste Dimbert. Leur fils, Jean (mort en 1682), avait épousé, le 26 avril 1659, Louise de Balarand , née le 8 août 1642, morte le 13 décembre 1731. Ils eurent onze enfants, dont huit moururent jeunes. L'aîné, Jean, né le 20 avril 1660, mort le 6 avril 1698, avait épousé, le 4 août 1684, Marguerite de Salavy, dont il eut un fils, Jean Paul, né en octobre 168$, mort le 15 janvier 1760. Jac-

ues , huitième enfant de Jean et de Louise, mourut en 1718,

ésar, leur dernier né, épousa, en 1702, Elisabeth Termangen, et mourut en 1730. [ls eurent deux enfants, Henri, né en 1703,et Anne. Henri épousa une demoiselle Baudecour, et eut deux filles, Elisabeth et Anne (New-England historical and genealogical Register, tome XI, p. 239, où la date de la naissance de Jean-Paul est erronée ; comparer XXXV, 223).

Les armes de la famille Mascarene sont : « d’argent au lion rampant de gueules, au chef d’azur chargé de trois mulets; cimier, un mulet de même » (/bid., IX, 247),

La Révocation, — Provinces du Sud. 373

s’en alla avec sa femme, Marguerite de Salavy, qui était alors enceinte, à sa maison de campagne de Carrelle, auprès d'Anglès, à six lieues de Castres. Puis, apprenant qu'Anglès allait être aussi livré aux soldats, il se réfugia dans une maison de paysans sur l’une des montagnes voisines. Ce fut là que naquit Jean-Paul, au mois d'octobre. Dès que l'enfant fut sevré, on le porta à Castres, chez sa grand’mère, avec laquelle il vécut jusqu’à l'âge de onze ans. Ses parents demeurèrent cachèés dans leur retraite, sur la montagne, jusqu’au mois de février suivant, qu'ils se rendirent à Toulouse et s'embarquèrent sur la Garonne pour Agen, où ils espéraient rester sans être remarquës. Mais l'officier qui commandait les troupes logées chez les protestants, à Agen, était précisément natif de Castres, et les fugitifs, craignant d'être reconnus, s’embarquèrent de nouveau pour Bordeaux. A peine avaient-ils mis le pied à bord qu’un lieutenant les accostait, leur demandait s'ils ne professaient pas la « religion appelée réformée, » et, sur leur réponse affirmative, leur ordonnait de le suivre. Ils furent aussitôt jetés en prison, et, un peu plus tard, conduits devant le juge criminel de Castres, sous l'accusation d’avoir violé l’édit du roi, qui défendait à ses sujets de quitter le royaume. Mascarene se défendit modestement, mais avec fermeté. Interrogé s’il était vrai qu'il eût l'intention de quitter le royaume, il répondit qu’il « aymoit trop sa patrie pour vouloir la quitter que d'y estre forcé. » Interpellé sur son but en allant à Bordeaux, il répondit qu'il y allait parce qu’il ne pouvait pas rester en sûreté à Agen, et espérait : pouvoir rester quelque temps à Bordeaux tranquille et sans être remarqué. Interrogé s’il était vrai qu’on lui eût demandé s’il voulait changer de religion et qu'il eût

répondu qu'il était convaincu de la vérité de sa religion et espérait lui rester toute sa vie fidèle, non seulement il admit le fait, mais il dit même au juge que s’il voulait prendre la peine de lui répèter la question, il y ferait toujours la même réponse. Cette courageuse confession ne lui servit à rien. En avril 1686, il fut condamné aux galères à vie avec son compagnon de captivité Dupuy, de Caraman; ses biens furent confisqués et une amende de trois cents livres lui fut-imposée. Il en appela avec calme au parlement de Toulouse et quitta la cour en disant : « Mon Dieu a tout abandonné pour moi et est » mort sur la croix. Il n’est que juste que je fasse pour » Lui le petit sacrifice auquel je suis condamné. Je suis » assuré qu'Il ne m'abandonnera jamais tant que je Lui » resterai fidèle. »

L'emprisonnement de Mascarene dura plus de deux ans. Le 7 mai 1687, il eut une audience de la Chambre du parlement dont il avait été lui-même conseiller. La posture humiliante dans laquelle on l'avait placé, les fers qu'il avait aux pieds, la présence de quatorze juges ne l’effrayèrent en rien. Il conserva une présence d'esprit et une fermeté admirables, écouta tous ses juges, répondit à chacun avec calme, se défendit lui-même avec une habileté remarquable , et obtint même de la Cour, fait sans précédent, la permission d'interroger l’un des juges qui lui avait posé une question. A la fin de la séance, on lui demanda s’il persistait encore dans sa foi. « Oui, » répondit-il, « je suis prêt à suivre mon » Dieu partout où il voudra m'envoyer. Il a tout aban- » donné pour moi, il n’est que juste que j'’abandonne tout pour lui. » On le ramena à la conciergerie, et quelques jours plus tard on le transféra à la prison de l'hôtel de ville. C’est ce qu'on faisait habituellement

La Révocation, — Provinces du Sud. 375

pour les criminels qui devaient être exécutés, et Mascarene en conclut que la fin de ses peines était proche. Comme le temps passait et qu’il ne recevait aucune nouvelle, il reprit courage et fit tous ses efforts pour faire de nouveau valoir ses droits; ce fut en vain. A la fin, de gra:d matin, un jour d'avril 1688, un officier vint dans sa cellule et lui ordonna de se lever immédiatement. Ne doutant pas que sa dernière heure ne fût venue, il répondit : « Donnez-moi le temps de dire mes prières » et je serai prêt à aller où Dieu m'appellera. » Une demi-heure plus tard, l'officier revint, et après lui avoir bandé les yeux, le conduisit à une chaise à porteurs où il s’assit avec lui. On le conduisit alors à la frontière où on le mit en liberté, en lui ordonnant au nom du roi de ne jamais rentrer dans le royaume. Il remercia alors l'officier pour le soin qu’il avait pris de lui, tout en observant qu’il n’était pas nécessaire de le garder pendant deux ans pour finir par le conduire là où il voulait aller ; ajoutant qu’il souffrait patiemment ses épreuves, «ne les considérant comme rien en comparaison de la gloire qui devait être révélée et dont il espérait fermement Jouir. » Il atteignit Genève le 10 avril, « ne possédant que ce qu'il avait sur le dos. » Sa mère lui envoyait de temps en temps les secours qu’elle était en mesure de lui donner. Il vécut encore dix ans, et mourut à Utrecht le 6 avril 1698, à l’âge de trente-huit ans.

Jean Mascarene fut un confesseur héroïque de la foi rélormée. Ses descendants ont conservé de lui plusieurs souvenirs très intéressants que nous publions dans l’appendice de ce volume. On remarquera, dans le mémoire qu'il adress: de sa prison à l'avocat qu'il priait de plaider sa cause, quelques passages où il donne un exposé très clair de sa foi.

Son fils, Jean-Paul, avait été dans l'intervalle élevé à Castres sous la direction de sa grand'mère, Louise de Balarand, et de son oncle César Mascarene. Lorsqu'il atteignit sa douzième année, on décida, à la requête instante de son père, de l'envoyer à Genève, et en conséquence, à la fin de novembre 1696, l'oncle se mit en route, accompagné d’un serviteur fidèle et de Jean-Paul, déguisé en page et revêtu d’une livrée verte. Les voyageurs prirent la route de Lyon, avec l'intention de traverser le Rhône à un village nommé Seissel, au lieu de passer le pont à Saint-Esprit, et ils trouvèrent un batelier qui se préparait justement à porter sur l’autre rive un chargement de foin. Le batelier consentit à prendre Paul et son portemanteau à bord ; mais son oncle et le domestique durent rester en arrière. Paul, « avec la résolution d’un homme de vingt-quatre ans, » retira sa livrée verte pour revêtir un costume de marin. Son portemanteau fut caché dans le foin, et, après avoir pris congé de ses compagnons, il saisit un aviron et traversa le Rhône sans encombre. Il arriva à Genève le 14 décembre 1696, et fut placé sous la direction de M. de Rapin, chargé de son éducation, Après quelques années il se rendit en Angleterre, où il se fit naturaliser en 1706. Il entra dans l’armée , et obtint une commission de lieutenant. Après une longue carrière et des états de service distingués, il rentra dans la vie civile et se retira à Boston, en Massachusetts (1).

Parmi les protestants de Castres emprisonnés en 1687, pour cause de religion, et transportés plus tard aux Antilles, était Suzanne de la Vabre, probable-

(1) Quelques-uns des détails du récit qui précède ont été tirés d'une lettre écrite, en 1763, par un parent au petit-fils de Jean Mascarene.

La Révocation. — Provinces du Sud. 377

ment la même qui épousa Paul Droilhet, l’un des premiers anciens de l'église française de New-York.

Nîmes, en Languedoc, qui est restée depuis la Réforme une ville protestante, contenait, au moment de la révocation, nombre de huguenots. Deux cents personnes environ réussirent à s'échapper avant l'arrivée des dragons , et beaucoup d'autres se préparèrent aussi à la fuite dès qu'ils apprirent la venue des troupes. Dégarnissant à la hâte leurs maisons, ils entassaient tout leur mobilier dans les rues pour le vendre à qui voudrait l'acheter. Mais les autorités de la ville publièrent immédiatement un décret interdisant à qui que ce fût d'acheter les biens des hérétiques, sous peine d'amende et d'emprisonnement, de sorte que les malheureux huguenots abandonnèrent leurs biens et se précipitèrent vers les portes de la ville pour prendre la fuite, quoique dénués de tout et ne sachant même pas où tourner leurs pas. Là cependant ils se trouvèrent en face des dragons, qui les repoussèrent sans pitié, et ils furent contraints de rentrer dans leurs demeures pour y recevoir leurs bourreaux. En une semaine quatre mille d’entre eux furent conduits dans une des principales églises de la ville pour y faire leur abjuration publique; et le duc de Noailles, qui dirigeait la dragonnade, put écrire au premier ministre Louvois : « Les personnes les plus importantes à Nismes ont » abjuré le jour après mon arrivée, et en conséquence » il y a eu du ralentissement ; mais grâce au logement » des soldats, que j'ai ordonné pour les plus obstinés, » les choses ont repris leur cours. Le nombre des reli- » gionnaires de cette province est de deux cent qua- » rante mille. Je pense qu’à la fin du mois tout sera » terminé. »

Louis Bongrand, marchand, « né à Nismes dans le

Bas-Languedoc, » fut l’un des premiers colons de New- Rochelle, dans le comté de Westcliester (1).

Louis Liron , autre fugitif de la même ville, s'établit comme négociant à Milford, dans le Connecticut (2). Jean Aunant, de Nîmes, s'enfuit dans la Caroline du Sud (3). La famille de Says (4) s'établit de bonne heure en Delaware, celle d'Imbert (5) en Pensylvanie et en Virginie. Jean Courdil, natif de Nîmes, était ministre protestant et officiait dans la maison du sieur La Cassagne, auprès de cette ville. En 1683, il alla à Londres, prit les ordres dans l’église anglicane, et fut nommé à

(1) Il fut naturalisé à New-York le 27 septembre 1687, et acheta des terres à New-Rochelle, de Jacob Leisler, le 21 mai 1690, mais les revendit trois ans plus tard, en réservant un champ qu'il donna aux habitants pour leur servir de cimetière. Il épousa Mary Van Bursum, suivant autorisation du 8 novembre 1695. Nommé constable du North-Ward, à New-York, le 14 octobre 1696, il demanda à être dispensé de ce service, « ayant plus de soixante » ans, et ne comprenant pas la langue, » Il était un des chefs de famille de l'église française en 1704, et, à sa mort, en 1709, il laissa 10 livres aux pauvres de cette église.

(2) Les petites lettres de naturalisation furent accordées, à New- York, le 28 octobre 1696, à « Leuwis Lyron, protestant français. » Il fut naturalisé le 9 septembre 1698. Il était associé en affaires avec Bongrand. Sa tombe à Milford, dans le Connecticut, porte l'inscription : « M. Louis Liron, marchand, a quitté cette vie le » 18 sept. 1738, dans la 88° année de son âge. » Par son testament, en date du 9 octobre 1736, il laissa 200 liv. à l’église française de Boston, et 100 liv. à l'église française de New-Rochelle, « dont Mons. Mulinor est ou était dernièrement le pasteur ou ministre, » Liron ne laissait pas d'enfants. Il avait épousé, à un âge avancé, la veuve d’Alexander Bryan; mais elle n'est pas nommée dans son testament, et mourut probablement avant fui.

(3) « Jean Aunant, natif de Nisme, fils de Jean Aunant et de » Sibelle Dumas; et sa famme Marie Soyer » (Liste des Fran- » çois, etc.). « Jean Aunan, marchand de soye, et sa famille » (Liste de réfugiés nimois, en 1686, Bull., XIV, p. 260).

(4) Richard Seays, colon huguenot dans le Delaware (Rev. George Foot, Early History of Delaware, and of the Drawyers Congregalion). Louis Says, marchand (Liste de réfugiés nimois).

(s) Andrew Imbert promit obéissance au gouvernement de Pensylvanie, le 10 juillet 1683. Imbert, l’un des colons de Manakintown, en Virginie, en 1699. Jean Imbert, réfugié nimois (/bid.).

La Révocation. — Provinces du Sud. 379

la cathédrale de Saint-Paul. Trois ans plus tard il vint à New-York, où il resta jusqu'à l'été de 1689. Il fut ensuite fait prisonnier avec trois autres protestants français qui revenaient avec lui en Angleterre sur un navire anglais, et on les emprisonna à Nantes, où ils demeurèrent deux mois. Au bout de ce temps, on embarqua Courdil sur un navire qui allait à Copenhague. L'un de ses compagnons, qui avait comme lui quitté la France avant la révocation, fut autorisé à regagner sa demeure après avoir abjuré ; les deux autres, qui s'étaient enfuis après la révocation, furent condamnés aux galères (1).

D'autres émigrants étaient originaires de petites villes du Languedoc; Antoine Cordes, de Mazamet (2), Jacques Du Bosc, de Saint-Ambroix (3) ; Jean Guibal, de Saint-André-de-Valborgne (4); Moïse Carion, de Faugères (5), qui s’établirent dans la Caroline du Sud.

(1) B. Vaurigaud, Essai sur l’histoire des églises réformées de

Bretagne, 1535-1808, t. IIT, 152-154. « Courdil, ministre, » officiait au baptème d’un enfant dans l’église française de New-York, le 25 avril 10689 (Registres). Il était venu à New-York « pour y voir des François de ses amis » (Vaurigaud). Le consistoire de l'église française de Threadneedle-Street donna, le 24 juin 1694, l'ordre au trésorier de donner 20 shellings pour subvenir aux besoins de M. Courdil, ministre.

(2) « Antoine Cordes, né à b:zamet en Languedoc, fils de Paul Cordes et de Marie Depeuch. Ester Madeleine Balluet, sa femme ; Isaac, Madeleine, Ester, leurs enfans, nez en Caroline » (Liste des François, etc.). Bazamc* parait être mis à tort pour Mazamet.

(3) « Jacques Du Bosc, né à Saint-Ambroise en Languedoc, » is d'André Du Bosc, et Marie Le Stoade. Marie Dugué, sa » ieinme ; Marie, leur fille, née en Caroline » (Liste des François, etc.).

(4) « Jean Guibal, fils de Henry Guibal et de Claude Guibal, » de Saint-André de Val [borgne], en Languedoc. Ester Guibal » sa femme, fille de Jean le Cert et Marie le Cert, de Rennes en Bretagne » (/bid.).

(5) « Moïse Carion, né à Faugère en Languedoc, fils d'André » Carion et de Marie Fascal ; Anne Ribouteau sa femme; Moïse » Carion leur fils » (bid.).

380 Histoire des réfugiés huguenols en Amérique.

Jean Balaguier, de New-Jersey, paraît être originaire de Puylaurens (1). Guillaume Barbut (2) réfugié à Boston, et plus tard à Rhode-Island, venait également du Languedoc. Jacques Gautier, « que l’on croit descen- » dre d’une famille noble de ce nom, originaire du » Languedoc, émigra en Amérique peu après la révo- » cation, » et s'établit à New-York (3). Jean-Pierre Richard et Marthe Pont, sa femme, tous deux du Languedoc, étaient en 1692 membres de l’église française de New-York (4).

La Guyenne, le grand camp des armées huguenotes et le boulevard de Henri de Navarre, avait assisté, durant les guerres civiles du seizième siècle et sous le règne de Louis XIII, à bien des scènes de carnage, mais jamais les malheureux protestants de cette province n'avaient êté aussi cruellement traités qu'ils le furent,

(1) Jean Ballaguier, colon français de New-Jersey, habitait, en 1716, « à un mille de Burlington » (Mémoires d’une famille huguenote, p. 301). « Jean, fils de pos Balaguiers, ministre de cette église, » fut baptisé dans le « temple » français de Soho, à Londres, le 30 janvier 1692.

(2) La France protestante mentionne plusieurs personnes de ce nom, toutes du Languedoc. William Barbut, naturalisé en Angleterre le 31 janvier 1690, fut reçu dans la colonie du Massachusetts, le 1°" février 1691. Il se joignit ensuite à la colonie de Narragansett, et, après sa dissolution, se rendit à Boston, où nous le trouvons membre de l'église française, en 1696. Il retourna à Rhode-Island vers l’an 1700.

(3) New-York gen. and biogr. Record, III, 1-0.

(4 Registres de l’église française de New-York.

acques Jerauld était aussi du Languedoc. Ses parents étaient tisserands en soie ; mais le fils (l’un de leurs vingt et un enfants) avait commencé l'étude de la médecine, quand la révocation arriva. Il fit connaissance, pendant sa traversée pour l'Amérique, avec une famille de réfugiés, dont il épousa plus tard la fille aînée, Marthe Dupee (Du Tay ?). Jerauld s'établit comme médecin à Medfield (Massachusetts), et mourut, en 1760, à un âge avancé. Son fils, le docteur Dutee (Du Ta) Jerauld exerçait la médecine à East- Greenwich (Rhode-Island), où il mourut, en 1813, âgé de quatrevingt-onze ans.

La Révocation. — Provinces du Sud. 381

après une paix de soixante ans , lorsque la soldatesque de Louis XIV entra dans leurs villes et leurs villages pour les contraindre à se rallier à l’église romaine. Il est vrai qu'en Guyenne comme ailleurs le coup final avait été précédé de bien des mesures préparatoires pour l’anéantissement de !a religion réformée. Ce fut dans cette province que l’on expérimenta pour la première fois le système de logement des troupes chez les familles protestantes en temps de paix. En 1661, sous un prétexte quelconque, la ville protestante de Montauban fut occupée pendant quatre mois par une troupe de cinq mille hommes, distribuës chez les habitants pour les obliger à se convertir. Le culte réformé avait déjà été interdit dans mainte localité de cette province où il n'existait pas une seule église catholique, et les temples furent fermés les uns après les autres. L’académie protestante de Montauban, fondée en 1599, fut d'abord affaiblie par son itransfèrement dans une autre ville, Puylaurens, près de Castres, puis définitivement supprimée en mars 1685. Les huguenots subirent toutes ces vexations avec leur patience et leur soumission proverbiales, priant et attendant des temps meilleurs. Aucune autre province ne s'était montrée plus fidèle au roi. Lorsque, à l'avènement de Louis XIV, le prince de Condé leva l’étendard de la rébellion, les protestants de sa propre province de Guyenne refusèrent de se Joindre à lui et envoyèrent au contraire des renforts à l’armée royale. « La couronne chanceloit sur la tête du roi, » disait en 1651 le ministre royal aux députés de Montauban, « c’est vous qui l'avez affermie. » Plus tard, devant la destruction de leurs temples, les huguenots firent preuve de la même fidélité et de la même admirable patience, Les congrégations s'assemblèrent

autour de leurs ministres, qui continuèrent à prècher sur les ruines de leurs sanctuaires jusqu’à ce qu'on les emprisonnât, et ensuite dans leurs demeures ou dans quelque lieu retiré des forêts ou des montagnes, où ils s’efforçaient d’adorer Dieu selon leur conscience.

Cependant les dragonnades ne furent pas moins effcaces en Guyenne que dans les provinces de l’ouest et du nord. « Soixante mille conversions dans le district » de Bordeaux et vingt mille dans celui de Montauban ! » écrivait le ministre Louvois. « Telle est la rapidité de » notre œuvre qu’à la fin du mois il ne restera pas dix » mille religionnaires dans le district de Bordeaux, où » au milieu du mois dernier il y en avoit cent cinquante » mille. »

Il ne nous est parvenu aucune relation concernant l'évasion des réfugiés de Guyenne en Amérique, mais il est certain que les noms qui nous ont été conservés ne représentent qu’une petite partie de l’émigration de cette province. Plusieurs des colons de la Caroline du Sud étaient de ce nombre. Jean Boyd et sa famille (1) et Pierre La Salle (2) venaient de Bordeaux; Jean Pécontal (3), de Caussade. Parmi ceux qui vinrent à New-York étaient Henri de Money (4), Jean

(1) Ses trois fils, Jacques, Jean et Gabriel étaient natifs de Bordeaux. Trois autres enfants, Jeanne-Elisabeth, Jacques et Jean-Auguste, étaient nés en Caroline , où le père mourut avant 1696. Sa veuve était Jeanne Berchaud, native de La Rochelle (Liste des François, etc.).

(2) « Pierre La Salle, né à Bourdeaux, fils de Charles La » Salle et de Suzanne Hugla. Elizabeth Messett, sa femme, » Pierre et Elizabeth, leurs enfans, nez en Caroline » (Liste, etc.).

(3) « Jean Pecontal, né à Cossade, en Languedoc, fils de Jean » Pécontal et d'Anne Nonnelle » (bid.). Caussade est néanmoins en Guyenne.

(4) « Henry Monye, van Bordeaux, » fut marié à Marianne Grasset dans l'église hollandaise de New-York le 25 avril 1701. Quatre enfants de Henry et Marianne dé Money furent bapti-

La Révocation. — Provinces du Sud. 383

Bouyer (1) et Josué Lasseur (2), de Bordeaux; Denis Lambert (3), de Bergerac; Jean-Jacques Fouchard (4), de Duras ; Isaac de la Garde (5), de La Roche-Chalais en Périgord, et Jérémie Latouche (6), de Villeneuve. Jean Barbarie (7), l’un des principaux réfugiés de New-

sés à l'église française de 1702 à 1719. En 1721, il s’occupait d'affaires à Elizabethtown (New-Jersey).

(1) « Jean Bouyer, de Bourdeaux, » fut marié le 12 novembre 1693, dans l’église française de New-York, à Madeleine Sauzeau, de Marennes.

(2) Des lettres d'administration de la propriété de Josué Lasseur, de Bordeaux, furent accordées à New-York en 1684 à Gabriel Minvielle.

(3) « Denis Lambert, natif de Bergerac, en France, décédé » mardy, 29 septembre, enterré le 1°" octobre 1691 » (Registres de l'église française de New-York). Sa veuve, Françoise Brinqueman, épousa Jean Barbarie.

(4) « Jean-Jacques Fouchart, natif de Duras, en Agenois, fils » de feu Simon Fouchart , et feue Suzanne Roche, » fut marié le 31 octobre 1688 à l’église française de Threadneedle-Street, à Londres, à Suzanne Noger, également native de Duras. John-James Fouchard, approvisionneur, fut fait bourgeois de New-York le 2 mai 1704, et élu constable le 15 octobre 1705. Son testament, signé le 14 juin 1723, enregistré le 2$ août 1724, mentionne son fils Jacob et deux filles, Marie, femme d’un « Mr Williams, à Deptford, dans la Grande-Bretagne, » et une autre Marie à New-York (T'estaments, N.-Y., IX, 488).

(s) « Isaac de Lagarde, fils d'Abraham Delagarde, par Mary, » sa femme , né à Laroche-Chaylay, en Périgord, » demanda à être naturalisé à New-York, et fut naturalisé par acte passé la douzième année du règne du roi Guillaume III (Livre d'actes, Albany, N.-Y.).

(6) « Jérémie, fils de Isaac Latouche, fils de deffunt Pierre La- » touche, demeurant à Villeneuve de Puichegru (Villeneuve de » Puysségur ?), en Agenois de Guyenne, » fut baptisé dans l’église française de Bristol, en Angleterre, le 9 juin 1694. Jérémie Latouche, marchand à New-York, et Jeanne Soumain , sa femme, eurent trois enfants baptisés à l’église française de cette ville de 1724 à 1738. Il fut élu « ancien et diacre » pour un an en 1740.

(7) Jean Barbarie, naturalisé en Angleterre le $ janvier 1688, avec ses deux fils Pierre et Jean-Pierre , vint à New-York au printemps de la même année, et prit aussitôt une place éminente dans la communauté. C'était un négociant entreprenant qui, en même temps , s'occupait activement des affaires politiques. Il paraît avoir été le principal fondateur de l’église française de New-

{ork, qui date de l’année de son arrivée, et dont il fut ancien et trésorier. Il épousa Marie Brinqueman, veuve de Denis Lambert

York était également, croit-on, natif de Guyenne.

Gabriel Minvielle, de Bordeaux (1), avait précédé ces émigrants de plusieurs années, et au moment de la révocation il était un des négociants les plus prospères de New-York. Le terme de sa charge de maire de cette ville expira à cette époque, et il fut remplacé par un autre huguenot, Nicholas Bayard.

Parmi les colons de New-Rochelle nous trouvons également plusieurs émigrés de Guyenne. Jean Magnon (2) venait de Tonneins; Pierre Villeponteux (3) et

et nièce de Gabriel Minvielle. Son fils Pierre épousa Suzanne Lambert, et se joignit à l’église de la Trinité, à New-York, dont il devint sacristain et gardien. Il possédait des terres importantes, tant dans la ville de New-York que dans le reste de la province. Le nom de « Barbarie’s Garden » c'est-à-dire jardin de Barbarie, fut longtemps familier aux habitants de cette ville.

(1) Gabriel Minvielle. de Bordeaux, alla à Amsterdam dès l’année 1669, et était déjà à New-York en 1673. Il fut élu alderman en 167$, et maire en 1684. Il remplissait, en outre, plusieurs charges importantes, était l’un des représentants de la province et resta membre du conseil sous quatre des gouverneurs. Il épousa Judith Van Beeck le $ août 1674, à l’église hollandaise de

ew-York. Sa femme est nommée dans son testament Susanna. Minvielle habitait « dans la grande rue auprès de Balthus Bayard. » Il ne laissa pas d'enfants. Son testament mentionne quatre enfants de son frère décédé Pierre : Isabeau , Jean-Jacques, Jane et David, et les enfants d’une fille de sa sœur, Marie Minvielle, qui avait épousé un certain Brinqueman. Jean-Jacques Minvielle, reçu bourgeois de la ville de New-York le 7 mai 1702, épousa Suzanne Papin le 28 décembre 1702, et eut deux enfants baptisés à l'église française de New-York : Jacques, né le 1°" novembre 1705, et David, né le 16 août 1707.

(2) « Jean Magnon, tailleur d’habits, demeurant cy devant à » Tonneins, en Guyenne, fils de feu Jacques Magnon et Ju- » dith Herbe, » fut marié le 4 février 169$ à l'église française de Bristol , en Angleterre, à Claude, fille d’Elie Badeau. Leur fils Jean fut baptisé dans la même église le 2$ juillet 1697. John Magnon , tailleur, vint à New-York en 1697 ou 1698, et fut fait bourgeois de cette ville le 15 mai 170$. Il eut deux enfants baptisés dans l’église française : Elie, le 23 octobre 1698, et Marie, le 4 février 1700. Il était, en 1704, l’un des « chefs de famille. » En 1707 il s'était transporté à New-Rochelle (N.-Y.), où le nom devint « Mannion. »

(3) Pierre Villeponteux fut naturalisé en Angleterre le

La Révocation. — Provinces du Sud. 38$

Jeanne Rivasson, sa femme, des environs de Bergerac. Abraham Tourtellot (1), natif de Bordeaux, vint en Amérique avec Gabriel Bernon et s'établit à Rhode- Island. Philip Salue, de Bordeaux, avait été élevé pour le pastorat; obligé de s'enfuir de France au moment de la révocation , il vint en Amérique et s’établit d'abord à Edgartown, puis à Harwich, dans le Massachusetts (2). Jean Chabot, l’un des membres de l’église française de Boston, avant 1700, était probablement de Bergerac (3). De Montauban vinrent

s mars 1691. Il acheta les biens de David de Bonnefoy à New- Rochelle. Il eut des discussions en 1701 et 1702 avec les sheriffs du comté de Westchester, et fut, pour une raison quelconque, déposé de sa charge d’ancien dans l'église française de New-Rochelle par le pasteur Boudet, contre lequel il porta plainte au gouverneur. Après cela nous le perdons de vue. Rivasson et Villemonteix , — peut-être une erreur du clergé pour Villeponteix, — sont au nombre des protestants persécutés à Bergerac et dans ses environs.

(1) Abraham Tourtellot arriva à Boston pendant l’automne de 1687 sur le navire Friendship, de Boston. Benjamin Tourtellot, probablement son frère, s'était embarqué avec lui, mais mourut en mer le 25 septembre 1687. Abraham était veuf et avait trois enfants : Jacques-Thomas, Jacques-Moïse et Jean (Acte de naturalisation). Il épousa Marie, fille de Gabriel Bernon (Acte du 1 juin 1699, Actes de Suffolk, Boston, XIX, fol. 170). Il se joignit à la colonie de Narragansett, et,après la dissolution de celle-ci, se transporta à Roxbury, dans le Massachusetts, où naquirent : deux de ses enfants : Gabriel, le 24 septembre 1694, et Esther, le 12 juin 1696. Il alla ensuite avec son beau-père, Gabriel Bernon, à Newport (Rhode-Island), et on dit qu’il partit de là comme capitaine d'un navire avec son fils aîné , et que tous deux se perdirent en mer (Elisha R. Potter, Memoir concerning the French Selllements in the colony of Rhode-Island, pp. 118-121). Les descendants d'Abraham Tourtellot et Marie Bernon sont nombreux. La tradition de la famille que le nom de l'émigrant était Gabriel est erronée.

fl D'après T.-G. Sellew, esq., de New-York.

3) « Chabot , famille influente de Languedoc qui embrassa les » doctrines de la Réforme aussitôt qu'elles s’introduisirent dans » cette province » (France een Bernard Chabot, de Bergerac, épousa Anne Ouradour, à l'église française de Londres, le 16 mai 1690.

Antoine Trabue (1) l’un des colons français de James- River, en Virginie, François Benech (2), Isaac Garrison (3) et David Minvielle (4), neveu de Gabriel.

(1) Antoine Trabue mourut à Manakintown, en Virginie, en janvier 1724, à l’âge de cinquante-six ou cinquante-sept ans. Il y a encore à Montauban une famille de ce nom.

Daniel Trabue, petit-fils du réfugié (né le 31 mars 1760, mort en 1840), a laissé un « mémorandum » de l’histoire de sa famille, dont nous extrayons le passage suivant : « Mon grand-père, An- » thony Trabue, s'enfuit de France l’an de notre Seigneur 1687, au moment de la sanglante persécution des catholiques romains contre les dissidents. La loi contre les dissidents était très sévère à cette époque. Quiconque était connu pour tel, ou même seulement suspect, voyait, s'il ne voulait pas prêter serment comme le voulait le prêtre, ses biens confisqués, et souffrait la mort la plus honteuse et la plus cruelle. Et le pis de tout, c'est qu'on ne voulait pas que personne sortit du royaume. Des gardes et des troupes étaient partout postés pour arrêter tous ceux qui voudraient s'échapper. A tous les endroits où l’on pouvait supposer que ces gens passeraient, il y avait des gardes permanentes et des compagnies d’inquisiteurs, et des patrouilles » parcourant toutes les routes et tous les autres endroits, don- » nant la chasse à ces hérétiques, comme on les appelait; et pour » un qui réussit alors à s'échapper, il y en eut peut-être des cen- » taines qui furent torturés et tués. »

« Lorsque l’édit eut été signé, bien des personnes pensaient » qu'il ne serait pas mis immédiatement à exécution; mais les » prêtres, les moines et les inquisiteurs avaient hâte de mettre la » main sur les biens des proscrits, et ne perdirent pas un moment.

» J'ai entendu dire que mon grand-père, Anthony Trabue, avait » des biens, et était décidé à les abandonner s’il pouvait effectuer » son évasion. [Il était alors très jeune; lui et un autre jeune » homme prirent un chariot qu'ils chargèrent de vin et qu'ils »

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allèrent vendre à la garde la plus éloignée, et, lorsque la nuit

vint, ils laissèrent leurs chevaux et leur chariot, et, s’échap- » pant, ils réussirent à gagner un navire anglais sur lequel ils » S'embarquèrent pue l'Angleterre, laissant leurs biens, leur » patrie, leur famille et tout le reste pour l’amour de Jésus, qui » était mort pour eux » (En anglais dans l'original ; communiqué au Richmond-Standard, 10 mai 1870, par R. A. Brock, esq., secrétaire de la Société historique de Virginie).

(2) François Benech, membre de l’église française de New- York, en 1698. Antoine Benech, fugitif de Montauban (Arch. nat., TT, no 445).

(3) Isaac Garrison, fils d'Isaac Garrison et de Catharine de Romagnac. Sa femme s'appelait Jeanne. Naturalisé à New-York en 170$ (Livres d'actes, Albany (N.-Y.), X, 151).

(4) David Minvielle, fils de Peter Minvielle, et de... Paul sa

La Révocaltion. — Provinces du Sud. 387

Thomas Lanier, de Bordeaux, chassé par la persécution, vint en Virginie quelques années avant la révocation (1). La famille Aydelott (2), du Delaware, est également originaire de Guyenne.

Plusieurs des pasteurs qui accompagnèrent ou suivirent les réfugiés en Amérique étaient de la même province ou de la province voisine, le comté de Foix. William Gilet, l'aïeul de la famille Gillette d'Amérique, venait, croit-on, de Bergerac, « d’où il fut banni parce » qu'il continuait à prêcher l'Evangile ; ses biens furent » confisqués et sa vie exposée à des dangers con- » stants. » Il s'établit à Milford, dans le Connecticut (3). Louis Latané alla en Virginie en 1701, et resta

femme, né à Montauban, fut naturalisé à New-York en 170$ (Livres d'actes, u. s.). Il arriva en Amérique après la mort de son oncle Gabriel (voir plus haut), et épousa Suzanne Boudinot. Six enfants de David et Suzanne Minvielle furent baptisés à l’église française, 1711-1721.

(1) Skelch of the life of J. F. D. Lanier, New-York, 1871. 6 « D'après la tradition de la famille, tous les Aydelott sont » d'origine huguenote. Ils s'établirent dans ce qui forme mainte- » nant l'Etat du Delaware, à Indian-River, dans le comté de » Sussex. Ils sont encore nombreux à cet endroit, mais ils s’éten- » dirent, il y a bien des années, au sud et à l’ouest, dans le Ma- » ryland, la Virginie, l'Ohio, l'Indiana, l'Illinois et le Kentucky » (Lettre de feu le Rev. B. P. Aydelott, D.D., à Cincinnati). Une famille du même nom se réfugia en Angleterre après la révocation. « Isaac Aydelot, de Mauvoisin en Haute Guiesnes, » épousa Martha Bonnefous, le 30 octobre 1688 , dans la chapelle française de Savoie, à Londres.

(3) Gilet était un nom de Bergerac. « Jacques Gilet, de Ber- » geraq, ministre, » fut marié à Jeanne Mestre, le 11 octobre 1701, dans l’église française de Crispin-Street, à Londres. « Elie Gillet, de Bergerac, » habitant en Irlande, recevait, en 1705, des secours du Royal Bounty. En Amérique, la famille se distingua par le grand nombre de ministres qu’elle fournit aux différentes congrégations. William, mentionné plus haut, fut marié le 14 novembre 1722, à Milford (Connecticut), avec Elisabeth, fille de Thomas Welsh. Il commença de bonne heure à exercer la médecine, et, après s'être suffisamment assimilé la langue, recommença aussi ses travaux comme ministre. Il vécut jusqu'à quatre-vingt-douze ans. [l se distinguait par son zèle et son dévouement, et aussi par

368 Histoire des réfugiés huguenols en Amérique.

pendant plus de trente ans ministre de South-Farnham dans cette province (1). Jean Cairon, natif de Figeac en Guyenne, s'enfuit en Suisse au moment de la révocation, et vint en Amérique après avoir passé quelques années dans le pays de Vaud. En 1714, il était pasteur de la colonie française de Manakintown (2).

Jacques Laborie , de Cardaillac, étudia la théologie d’abord à l’académie de Genève, puis à Zurich, où il fut consacré. Il arriva en Angleterre « au moment du » couronnement du roi Guillaume, » et se rendit dix ans après dans le Massachusetts (3). Sa femme était Jeanne

son excentricité. Elisha, son fils, ministre dévoué, né à Milford le 17 août 1733, passa la plus grande partie de sa vie à Long-Island. Il mourut près de Patchogue, en 1820 (W" B. Sprague, D.D. ; Annals of the American Pulpil, tome VI, p. 719).

(1) « Petrus Lataneus Neracensis » fut immatriculé à l'académie de Genève, le 22 novembre 160$. Isaac Latané, pasteur de diverses églises de l’Agénais, demanda l'autorisation de quitter la France lors de la révocation. La réponse fut : « Comme c’est un » homme fort considéré et de beaucoup d'esprit, il vaut mieux le » laisser en CiÈte que de permettre son expatriation » (Bull., III, 499). Il s'échappa pourtant, et alla en Hollande. Daniel Latané passa en Angleterre.

Louis Latané, le réfugié d'Amérique, prit les ordres dans l'Eglise anglicane pendant qu'il était en Angleterre, et vint, en 1701, en Virginie. Il devint le ministre de South-Farnham, dans le comté d’Essex, et occupa cet emploi jusqu’à sa mort, en 1732. C'était un homme d’une vie sans tache et dévoué à son ministère

W. H. Foote, op. cit., pp. 572-574). Plusieurs descendants de ouis Latané habitent encore dans le comté d’Essex.

(2) « Jean Cairon, né à Figeac, ci-devant ministre de Cajarc, » dans la Haute Guyenne, » était au nombre des pasteurs français qui s'étaient réfugiés, en 1688, à Zurich. En 1714, il était ministre de la colonie française de James-River, en Virginie. Il était alors veuf, et avait trois fils (Liste generalle de tous les François Protestants Réfugiés, Etablys dans la Paroisse du Roy Guillaume, Comté d’'Henrico).

(3) « Jacobus Laborie Cardailhacensis apud Cadurcos, » compléta ses études de théologie à l'académie de Genève, le 12 mars 1688 (Livre du recteur). 11 fut consacré à Zurich, le 30 octobre 1688, et alla en Angleterre, où il obtint une licence de l’évèque de Londres pour enseigner la grammaire et le catéchisme dans la paroisse de Stepney. Il officia dans plusieurs des églises fran-

La Révocation. — Provinces du Sud. 389

de Ressiguier. Alexandre de Ressiguier, peut-être un parent, natif du petit village de Trescléoux en Dauphinèé, émigra à peu près au même moment que Laborie. Son nom figure en 1696 sur la liste des principaux fabricants de soieries employés par la « Compagnie royale des lustrez » à Londres. Son fils Alexander s’établit à Norwalk, dans le Connecticut (1).

Du petit comté de Foix, à l'extrémité sud du royaume, vint l’un des pasteurs huguenots les plus dévouës d'Amérique. Pierre Peiret était le petit-fils et l'homonyme d’un officier protestant qui s'était distingué par sa bravoure au siège du Mas-d’Azil. Il épousa Marguerite de Grenier la Tour, des Verriers de Gabre. « Chassé de France

çaises de Londres pendant neuf ou dix ans, et vint en Amérique en 1698. Après avoir exercé quelque temps le ministère dans la colonie française de New-Oxford, en Massachusetts, et avoir travaillé comme missionnaire parmi les sauvages des environs, il s'en alla à New-York, où il se chargea pendant deux ans, du 15 octobre 1704 au 25 août 1706, de la direction de l’église française de cette ville comme successeur de Peiret. Après quoi il commença à exercer la médecine et la chirurgie, et s'installa, en 1716, comme médecin, dans le comté de Fairfield, dans le Connecticut, prêtant occasionnellement assistance aux missions de l'église d'Angleterre. 11 épousa en secondes noces Abigail Blacklach, le 29 août 1716, et mourut en 1731, ou peut-être avant, laissant deux fils, James et John, qui embrassèrent tous deux la médecine.

(1) « Alexander Resseguie et sa femme, réfugiés huguenots, » eurent deux fils. L’aîné fut élevé avec l'intention de le renvoyer » en France pour réclamer les biens de la famille, dont les titres » avaient été conservés par Alexander ; mais, au moment où il » allait quitter New-York, il fut atteint de la petite vérole et » mourut. Le second fils, Alexander, acheta des terres dans la » ville de Norwalk (Connecticut), en 1709, et épousa, la même » année, Sara, fille de Peter Bontecou, de New-York. La famille » fut longtemps florissante à Norwalk et dans les villes voisines; » mais elle n'est plus représentée dans cette région que par » M. Abijah Ressiguie et sa fille, de Ridgefield. M. Ressiguie, » âgé de quatre-vingt-douze ans, est gardien de l’église épisco- » pale, et jouit de la plus haute estime. Beaucoup de personnes de ce nom se trouvent encore dans l'Etat de New-York » (Communiqué par John E. Morris, esq., d'Hartford, en Connecticut).

390 Histoire des réfugiés huguenots en A mérique.

« pour cause de religion, » Peiret « prêcha la parole » de Dieu pendant dix-sept ans, » dans l’église française de New-York, et mourut le 1*" septembre 1704 (1).

Les comptes du comité de Londres chargé de la distribution d'une somme de douze mille livres sterling, accordée par la reine à de pauvres réfugiés français, mentionnent parmi les cas extraordinaires relevés dans l'année 170$, celui de « Marguerite Peyret, du Béarn, » veuve d’un ministre décédé à New-York, où elle est » maintenant avec deux enfants : douze livres (2). »

. (1) Les restes de cet excellent ministre reposent dans le cimetière de la Trinité; à"New-York. Sa tombe porte l'inscription franco-latine suivante :

« Ci-git le révérent Mr Pierre Peirete, M. d. St Ev. qui, chassé de France pour la reli-

ion, a prèché la parole de

ieu dans l'Eglise Françoise de cette ville, pendant environ 17 ans, avec l'approbation générale, et qui, après avoir vescu comme il avoit prèché jusques à l'âge de Go ans, il remit avec une proffonde humilité son esrit entre des mains de Dieu, e 1 septembre 1704. »

Hic jacet reverd, Dom. Petrus Perrielerus V. D. M. qui, ex Gallia religionis causa expulsus, verbum Det in hujus civilalis ecclesia Gallicana per annos 17 cum generale approbat one prædicarit quique cum vitam prædicationibus suis conformem duxeret usque ad 6o ælatis suæ annum tandem in manus Domini spiritum humiliter deposuit 1 mens.

Sept. ann. Dom. 1704.

(2) Un autre réfugié du Béarn, Jean La Tourette, « natif d'Osse en Béarn, » se joignit à la colonie française de New-York. Il épousa, le 16 juillet 1693, Marie Mercereau, dont il eut trois enfants, Marie, Jean et David, baptisés à l'église française. Pierre Latourette, peut-être frère de Jean, épousa Marie Mercereau. David épousa Catherine, fille de Jacques Poillon. David et Pierre étaient, en 1735, membres de la congrégation française de Staten-Island.

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