‹ Histoire des réfugiés huguenots en Amérique [microforme]Chapitre 3 sur 79 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Le lecteur trouvera dans cet ouvrage l’histoire de l'établissement des réfugiés protestants français dans le nouveau monde , en particulier dans les provinces maritimes qui font aujourd’hui partie des Etats-Unis. Cet élablissement se fit principalement après la révocation de l’édit de Nantes. Cependant, avant celle époque , d’importantes émigrations avaient déjà eu lieu en Acadie ou Nouvelle- Ecosse, au Canada, dans les Antilles françaises , el, par la voie de la Hollande, dans les possessions hollandaises des nouveaux Pays-Bas, aujourd’hui New-York. À une époque plus reculée, des tentatives avaient été faites sans succès par Coligny pour élablir un lieu de refuge pour les réformés et fonder une colonie française d'abord au Brésil, puis en Floride.

Cet ouvrage traile d’abord de ces premières tentatives, puis retrace les événements qui amenèrent l’émigration plus importante des dernières années du dix-seplième siècle. L'histoire des huguenots avant leur exode de France a déjà élé trailée (1); mais le résumé de cette histoire est nécessaire pour introduire et éclairer notre sujet. Le nombre des familles dont j'ai pu découvrir avec certitude l'origine et les particularités de leur fuite de France forment une part importante de celles qui sont connues pour s'être réfugiées en

(1) Parmi les ouvrages consacrés à ce sujet, le plus récent, l'Histoire des premiers temps des huguenots en France, par mon frère, M. le professeur Henry M. Baird, est déjà avantageusement conuu. Deux volumes sur Les huguenots et Henri IV vont bientôt suivre cette publication, et seront, je l'espère, com-

plétés par d'autres, embrassant la période de luttes et d'épreuves jusqu'à l'édit de tolérance.

XVI Préface.

Amérique, et le récit de leurs vicissitudes peut donner une idée exacte des destinées des autres familles.

De l'élablissement des huguenots en Amérique au moment de la révocation, le présent volume ne contient que la partie relative à la Nouvelle-Angleterre. Je me propose de trailer, dans un autre ouvrage, de l'établissement des réfugiés dans les Etats du centre et du midi : New-York, New-Jersey, Pensylvanie, Delaware, Maryland, Virginie et Caroline du Sud.

L'histoire des réfugiés huguenots en Amérique n'avait point encore été écrite jusqu'ici. Cette lacune n’élait pas due au peu d’intérêt du sujet ou à l'ignorance de son étendue. On a souvent rendu hommage à la mémoire des exilés pour la foi et à l'influence que cet élément a exercée dans la formation du caractère et de l'esprit de la population américaine. Aucune tradition n’est plus respectée parmi nous ni plus religieusement conservée que celle des souffrances ct des épreuves des réfugiés français ; aucun nom n’est plus honoré que le leur, et c'est une gloire que de prouver qu’on est de la race des martyrs. Cependant, il n'y avait pas encore eu de tentative sérieuse pour mettre en lumière tous les faits connus. Personne n'avait essayé d'utiliser la riche mine de documents qui existent sur ce sujet. On ne connaissait jusqu'ici que quelques articles de journaux et de revues, quelques passages des ouvrages généraux, et quelques LHHmEUIes monographies pour des élablissements partiels.

Mon attention fut appelée sur cette lacune, il y a plus de trente ans, lorsque M. Charles Weiss, en préparant son importante Histoire des réfugiés protestants de France depuis la révocation de l'édit de Nantes jusqu'à nos jours, pria mon père, le Réy. Robert Baird, docteur en théologie , de lui fournir des matériaux sur l’histoire des colonies des huguenots aux Elals-Unis. Peu de documents purent alors être réunis pour ajouter à la courte, mais intéressante esquisse que mon père en avait déjà tracée dans son livre , La religion en Amérique , esquisse qui servit à M. Weiss à la rédaction des chapitres consacrés aux réfugiés américains.

(1) La religion aux Etats-Unis d'Amérique, par le Ré». Robert Baird, Glas-

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Préface. XVII

Le présent ouvrage est le fruit d'investigations laborieuses dans ce pays, en France el en Angleterre, depuis dix ou douze ans. La plupart des matériaux sont inédits. Les manuscrits conservés par les descendants des réfugiés, les mémoires, requêtes et autres documents contenus dans les dépôts publics, les registres des premières églises françaises d'Amérique, les registres des églises françaises d'Angleterre conservés à Londres au « Registrer general, » les rapports de la Société pour la propagation de l'Evangile dans les pays étrangers, les documents du « British State Paper Office » el les archives nationales de France nous ont fourni les plus précieux de nos renseignements. Parmi les imprimés qui nous ont sermi, les plus importants sont après le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français, qui forme maintenant 34 volumes, La Fraïce protestante des frères Haag, dont M. Henri Bordier publie en ce moment une seconde édition complètement refondue , les histoires du protestantisme français dans les diverses provinces et les principales villes de France, et les séries de volumes imprimés sous les auspices du gouvernement des Elals-Unis, comprenant les documenlis relalifs à l’histoire coloniale des différentes provinces.

J'ai cru devoir tenir peu de comple des traditions , quelque intéressantes qu’elles parussent, à moins qu’elles ne fussent confirmées par des preuves écrites ou par des faits authentiques. C’est une remarque de Gœthe, vérifiée par l'expérience du baron.de Bunsen , que la tradition cesse au bout de trois générations : dès la quatrième elle se transforme en légende , à moins d’être confirmée par un document historique (Mémoires du baron de Bunsen, II, p. 305). Cependant j'ai trouvé assez souvent, et parfois d’une façon inespérée, que les traditions perpéluées dans nos familles huguenotes pendant six ou sept générations concordaient dans leurs grandes lignes avec les documents historiques.

gow et Edimbourg, 1844, tome 11, chap. XII. Caractère religieux des premiers colons. — Huguenots français, nouvelle édition, publiée en 1657, par MM. Harper frères, New-York.

XVIII Préface.

Dans le cours de mes recherches, j'ai été aidé par le généreux concours de laborieux érudits, auxquels je me plais à donner ici un lémoignage public de reconnaissance. Ceux auxquels je dois le plus sont M. Henri Bordier, de Paris, l'éminent auteur de la seconde édition de la France protestante, indispensable à tous ceux qui éludieront les annales des huguenots ; M. Jules Bonnet, le savant secrélaire du Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français; M. W.-N. du Rieu, directeur de l'Université et des bibliothèques wallonnes, à Leyde. Je dois aussi de vifs remerciements à M. Louis-M. Meschinet de Richemond , archiviste de la Charente-Inférieure, à La Rochelle; à M. J. Vaucher, de Genève ; à M. Philippe Plan, conservateur de la bibliothèque publique de Genève, qui m'ont fourni de précieuses indications.

Pendant un séjour à Londres, dans l’automne de 1879, j'ai eu à me louer de la parfaite courloisie des savants préposés à la garde des grandes collections que j'ai élé appelé à consuller. Je dois une expression particulière de ma reconnaissance à M. Walford D. Selby du « Public Record Office ; » à M. John Shoveller, du « General Register Office, Somerset house ; » à M. S.-W. Kershaw , bibliothécaire du « Lambeth Palace Library. » Depuis ce voyage, j'ai reçu un précieux concours de ces messieurs, comme aussi des directeurs de l'hôpital protestant français de Londres. M. Arthur Giraud-Browning et M. Henry Wagner, membre de l’Académie des beaux-arts, n'ont reculé devant aucune peine pour me procurer lous les renseignements nécessaires à mes investigations.

En Amérique, je dois également des remerciements à l'inappréciable collaboration des conservateurs des divers dépôls publics. Je dois mentionner particulièrement le D" George H. Moore, direcleur de la bibliothèque Lenox ; M. Frédérick Saunders, bibliothécaire de la bibliothèque Astor; M. B. Fernow, d'Albany ; D* Edward Strong , de Boston, qui m'ont élé du plus grand secours dans mes recherches aux archives des Etats de New-York et de Massachusetts. J'exprime aussi ma sincère gralitude aux pasleurs et anciens de l’église françuise protestante épiscopale du « Saint-Esprit » et des églises réformées hollandaises de New-

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