PIERRE BAUDOUIN
(Mass. Archives, vol. CXXIX, p. 237). — 7 octobre 1688.
(2) Voir p. 232.
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rencontrons le plus souvent pendant les premières années. Nous savons peu de choses sur André, jusqu'au commencement du dix-huitième siècle ; ce fut probablement pendant cette première période qu'il visita la Hollande , où il se maria. Cependant Benjamin devint l'un des plus solides négociants de Boston. Gabriel Bernon était intéressé avec lui dans la colonisation de New-Oxford, et il le mentionne en tête des personnages les plus considérables dont il invoque le témoignage concernant l’entreprise. Vers 1699, Benjamin se transporta à New-York, où il ne tarda pas à acquérir la réputation d’un des plus importants habitants français de la vile. [l épousa Anne, fille de François Bureau. André apparaît de nouveau à ce moment et prend bientôt rang parmi les citoyens les plus entreprenants et les plus riches. Ses magasins étaient sur Bulter-Square, près de State-Street ; sa résidence à Tremont-Street. Construite en 1711, en briques, peinte en blanc, cette maison avait une apparence imposante. « La porte d’entrée était surmontée d’un balcon semi-circulaire. Le vestibule et les appartements étaient spacieux et élégamment meublés. Les terrasses qui s’élevaient derrière la maison étaient supportées par des murs de granit, et les marches de l'escalier étaient aussi en granit (1). » Le propriétaire de ce palais n'avait pas d’enfants ; à sa mort, en 1737, l'habitation fut occupée par son neveu, Pierre Faneuil, l’aîné des enfants de Benjamin, dont le nom fut conservé par l’histoire nationale , associé au « berceau de la liberté, » Faneuil-Hall.
Le réfugié François Bureau était originaire du Poitou, et appartenait à une famille de savants libraires
(1) Memorial history of Boston, 11, p. 2594
et imprimeurs huguenots, que le gouvernement de Louis XIV persécuta impitoyablement. II dut quitter la France avant la révocation, et quand il parvint à Londres , il apprit que les dragons avaient saccagé sa maison de Niort, maltraité sa vieille mère et sa sœur et détruit sa propriété, transformant en écurie sa librairie et pillant les livres les plus précieux. Il vint à Boston en 1688 avec sa femme Anne, deux filles et deux fils, se joignit ensuite à la colonie d'Oxford, et enfin, lorsque cette colonie fut abandonnée, s'établit à New-York. François, qui signait invariablement « Bureau l'aîné » était le frère de Thomas Bureau, l’un des principaux négociants français de Londres « près de la grande porte » de Savoye dans le Strand (1). » François se joignit d’abord à la colonie d'Oxford, puis, à la dispersion de cet établissement, il se rendit à New-York.
Dans les dix dernières années du dix-septième siècle , les huguenots dont les noms suivent s’établissent à Boston :
Louis Allaire (2), William Barbut (3), Philip Bar-
1) Voir pp. 310-313.
2) Louis Allaire était fils d'Antoine Allaire, de La Rochelle, et neveu d'Alexandre Allaire, l’un des premiers colons de New- Rochelle (N.-Y.). Il accompagna sans doute à Boston Gabriel Bernon, qu'il appelle son cousin (Jean Allaire, frère d'Antoine et hléaudre avait épousé Jeanne Bernon, sœur de Gabriel), Louis gagna d’abord la colonie de Narragansett, puis se fixa à Boston. La maison « Louis Allaire et Cie » était fondée dès 1692, et faisait un grand commerce entre Boston et Salem et les ports du Sud. Louis alla ensuite habiter New-York, où il mourut d’une, maladie de langueur, avant le 30 avril 1731, date à laquelle l'administration de ses biens fut confiée à sa veuve Abijah (Testaments, N.-Y., XI, 127). M. Torterue Bonneau, de La Rochelle, écrit à son cousin Peter Jay, de New-York, le 21 mai 1726: « Ce que vous me dites du pauvre Allaire m'afflige beaucoup. » Je prie le Seigneur qu'il l’ait eur dans un mal aussy facheux » que celuy la » (Papiers de la famille Jay).
6) Voir page 380:
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ger (1), David Basset (2), Peter Basset (3), Peter Baudouin , Jean Beauchamp (4), Gabriel Bernon, Isaac Biscon (s), Louis Boucher (6), Stephen Boutineau (7), Francis Bridon (8), Francis Bureau, Peter Canton (9), Paix Cazneau (10), John Chabot (11), Peter Char-
(1) Philippe Barger, fugitif huguenot, vint, vers 1685, à Casco avec Pierre Baudouin. Il mourut en 1703, laissant une veuve, Margaret, et probablement un fils, Ces qui mourut en 1720 (Savage, Gen. Dict. of the first settlers of N. England).
(2) « David Bassett, » protestant français, eut deux enfants baptisés dans la vieille église du Sud : Mary (13 avril 1684) et David (25 septembre 1687 (Jbid.).
(3) Voir page 283.
(4) Voir page 353. — John Beauchamp, mégissier, acheta la maison qu'occupait le pasteur Daillé « Washington-Street. » Par son testament, il légua 10 livres à l’église française de Boston.
($) Voir p. 253. — [saac Biscon fut admis cômme résident de la colonie le 1°" février 1691.
(6) Louis Boucher fut naturalisé en Angleterre le 20 mars 1686. « M. Louis Boucher, marchant à Boston, » est mentionné dans les comptes de Gabriel Bernon (23 mars 1703 au 15 août 1704).
(7) Voir page 288. — « Stephen Boutineau , marchand huguenot, vint de La Rochelle à Casco, en 1686; il accompagna son ami Baudouin, en 1690, à Boston, et se maria le 22 août 1708 avec Marie, fille de Baudouin. Il eut six fils et quatre filles : Anna, née le 24 avril 1709, Jamesle 27 janvier 1711, John le 1‘ avril 1713, Mary le $ août 171$, Elizabeth le 11 février 1717, Mary, 2° du nom, le 18 janvier 1719, Stephen le 22 mai 1721, Peter le 11 décembre 1722, Thomas, le 11 octobre 1724 et Isaac, le 22 juin 1726 » (Savage, Gen. Dict.).« James Boutineau, de Boston, marchand, » fut chargé , le 6 novembre 1745, de l'administration des biens de son frère Peter, auparavant de Boston, mais en dernier lieu de Saint-Christophe, marchand (Probale office, Suffolk. C°, n° 8365).
8) Voir page 273.
9) Peter Canton fut associé, en 1692-1694, à la fabrique de résine de Gabriel Bernon.
(10) Paix Cazneau ou Cazaniau se fixa à Boston après la ruine de la colonie d'Oxford, Des lettres d'administration sur les biens
‘Adam de Chezeau furent accordées, en 1738, à son beau-frère
saac Casno, sellier à Boston. Des bons furent donnés par Peace Casno, fabricant de feutre, et autres (Probate office, Suffolk C®, n° 7206).
(11) Voir page 385. — Chabot est mentionné, en 1700, au nombre des membres importants de l'église française de Boston qui allaient la quitter. Sans doute, il allait à New-York, où, en1711, John Chabot contribua, pour seize schellings, à la dépense de construction du clocher de l'église de la Trinité.
don (1), Deblois (2), James et Gabriel Depont (3), Broussard Deschamps, (4), Benjamin et André Faneuil, Bastian Gazeau (5), René Grignon, Louis Guionneau (6), Daniel Johonnot (7), James et Anthony Le
(1) Voir page 320. — Cette famille devint nombreuse et infuente. Peter Chardon, riche marchand d’origine huguenote, habitait au coin de la rue qui porte son nom (Memorial history. of Boston, 11, p. xLvin). Le dernier des Chardon, Peter, dont parle John Adams, en 1758, comme de l’un des jeunes gens les plus distingués de Boston, mourut aux Antilles en octobre 1766.
(2) Voir page 283. — Deblois vint d’abord dans la Caroline du Sud, puis remonta vers le Nord (Relation d’un protestant réfugié à Boslon, 1687). Gilbert et Louis Deblois, chaudronniers, cèdent une propriété, à Boston, à Stephen Deblois, en 1754 (Memorial History of Boston, IT, xvin, x).
(3) Ils étaient fils de Paul Depont et de Suzanne Bernon. James alla, de Boston, se fixer à Milford (Connecticut), et mourut avant 1703.
(4) Isaac Deschamps, « connu sous le nom de Saviot ou Sceviot Broussard, » était à New-York dès 1674. En 1683, il acheta une pièce de terrain dans cette vile pour Pierre Daillé. Il alla ensuite à Boston, mais il revint, en 1686 ou auparavant, à New- York. Sa femme, dont il paraît avoir pris le nom, était Marie Broussard. Deschamps fut l’un des colons de Narragansett. Son dernier séjour fut New-Rochelle, où Marie Broussard vendit, en 1709, des terres qui avaient appartenu à son mari. Sa fille épousa en premières noces Benjamin d’Harriette, et en secondes noces Anuté Stuckey.
(5) Bastian Gazeau, que Savage croit d’origine huguenote, était à Boston de 1686 à 1690. Plusieurs réfugiés de ce nom venaient du Poitou et de la Saintonge.
(6) Voir p. 237.—« Marchand à Boston, 1706-1707 » (Papiers Bernon).
(7) Daniel Johonnot, « né en France vers 1668, était le chef de l'une des trente familles arrivées à Boston en 1686, en compagnie de son oncle André Sigourney, distillateur de La Rochelle. Ils allèrent à Oxford, et y demeurèrent jusqu'au massacre par les Indiens, le 25 août 1696. Les victimes furent John Johnson et trois enfants. M°* Susan Johnson était fille d'André Sigourney et fut sauvée du massacre, suivant la tradition, par son cousiif Daniel Johonnot, qu'elle épousa devant le Rév. Samuel Willard, à la vieille église du Sud, en 1700. Johonnot était distillateur, et fut suivi dans ses affaires par son fils André et son petit-fils André. Il mourut à Boston en 1748, âgé de quatre-vingts ans. Les enfants de Daniel et de Susan Johonnot furent Zacharie, né le 20 janvier 1701 ; Suzanne, née le 18 avril 1702; Daniel, né le 19 mars 1704, décédé en 1721 ; André, né le 21 juin 1705 ; Ma-
Etablissement à Boston. 449
Blond (1), Francis Légaré (2), Jean Maillet (3), Francis Mariette (4), Bartholomew Mercier (5), John Millet (6), Jacques Montier (7), Thomas Mousset (8), John Neau (9), Anthony Olivier (10), John Pas-
rianne, née le 17 août 1706, et François, né le 30 novembre 1709, décédé le 8 mars 1775 » (Memoranda of the Johonnot family, in the New-England hist.-gen. Register, oct. 1852 et avril 1853).
(1) Voir page 336. — « M. Jacques Le Blond, » 18 décembre 1702; « M. Anthoine Blond, chandellier à Boston, » 6 février 1703 (Papiers Bernon) ; « James Le Blond, 1689, probable- » ment huguenot, dont la femme Ann se joignit, en 1690, à » l’église de Mather » (Savage, Gen. Dict.). Leurs enfants baptisés dans cette église furent : James, le 7 juin 1691 ; Peter, le 6 janvier 1695; Gabriel, le 6 mars 1698; Ann, le 15 décembre 1700; Philippa, le 23 avril 1704; Marian, le 10 mars 1706; et Alexander le 4 septembre 1709 (Ibid.).
(2) Voir p. 359.
(3) Jean Maillet, l’un des habitants d'Oxford, établi dans la suite à Boston. Le testament de Jean Mallet, marchand de Boston, signé le 7 octobre 1734, fut enregistré le 27 janvier 1741.
4) Voir p. 348.
Voir page 241. Bartholomew Mercier fit une pétition le 29 octobre 1084, à New-York, pour demander à être exempté d'impositions, étant venu de Boston dans cette ville. Il obtint la naturalisation pour Catharine et Henry Mercier et pour luimême, le 17 octobre 1685. Sa femme, Catharine Laty, était probablement sœur de Marthe de Lasty, femme de Guillaume Le Conte.
(6) Jean Millet habitait Oxford et était « Ancien » de l'église française de cette ville. s
(7) Voir p. 328. Jacques Montier habitait Boston en 1696 et et 1703 (Pap. Bernon).
(8) Thomas Mousset (Boston) eut de sa femme Catherine un fils, Pierre, né le 18 octobre 1687. Il était propriétaire à Roxbury en 1698 et avait habité Braintree (Savage). Mousset était un des « Anciens » de l’église française de Boston en 1606.
9) Mentionné en 1703 dans les papiers Bernon.
10) « M. Anthoyne Olivier , chandellier, de Boston, 1704, $ (Pap. Bernon). « Olivier, en Angleterre » est nommé au nombre des religionnaires fugitifs de Niort. John et Peter Olivier furent naturalisés en Angleterre le 12 novembre 1681. « Antoine Olivier le Huguenot » (probablement de la seconde génération) eut de sa femme Mary quinze enfants, entre 1712 et 1731. Susanna épousa André Johonnot. Il n’est pas possible de suivre exactement cette famille , le nom d'Oliver se trouvant très fréquemment sur nos registres ; mais elle était représentée en 1850 par George Stuart RE “a » (W.H. Whitmôrd, dans Mem. Hisi, of Boston,
» Pe 554).
4so Histoire des réfugiés huguenots en Amérique.
tré (1), John Rawlings (2), Stephen Robineau (3), Joseph Roy, Abraham Sauvage (4), Pierre Signac (s), André Sigourney (6), Jean Tartarien (7) et Abraham Tourtellot (8).
Parmi ces noms, il en est un qui mérite une mention spéciale. Nous avons plus de détails sur la vie de Gabriel
(1) John Pastré fut naturalisé en Angleterre le 10 octobre 1688. En 1689, il était négociant à Boston et l’un des membres influents de l’église française. Margaret Pastree , veuve , fut nommée , le 11 décembre 1745, administratrice de la propriété de d'a rer George Pastree, vitrier, de Boston (Probale office, Suffolk Co, n° 8396).
(2) us Moody écrit de Porstmouth, le 20 mars 1683-4, à Increase Mather : « Si M. John Rawlings apporte ceci lui- » même et que vous ayez le loisir de converser avec lui, vous ne » tarderez pas à lui reconnaître de la piété et du sérieux. Il a été » l’un des principaux anciens de l’église française de Southamp- » ton. Il est souvent avec nous, et il pourra vous apprendre avec » plus de détails comment vont les affaires ici. Il est digne de » confiance » (Collections of the Massachusells historical Society, vol. VIII, IV® série, p. 363). Rawlings devint l’un des anciens de l’église française de Boston (1696).
3) Stephen Robineau, probablement natif du Poitou, où le nom fut porté par plusieurs religionnaires fugitifs, fut naturalisé en Angleterre, le 15 avril 1687, avec sa femme Judith et leur fille Mary. Judith Paré, épouse de Stephen Robineau, était sœur de Suzanne Paré, femme d’Elie Neau (Test. de Mary (Paré) Gra-
illier, Surrogate’s office N.-Y,, VIT, 465). Mary, fille de Stephen décédé, et de Judith Robineau, épousa le 9 mai 1703, à l’église française de New-York, Daniel Ayrault. Pour les descendants de ce dernier, voir le Mémoire d’Elisha R. Pctter concernant les établissements français de la colonie de Rhode-Island (pp. 105-109). L'assertion contenue dans ce mémoire que Mary était la petitefille d’'Elias Neau et de Suzanne sa femme est inexacte.
4) Voir p. 345.
s) « M. Peter Signac, marchand, de Boston, » est mentionné dans les papiers Bernon (1702-1705), ainsi que « Coysgame (?) et Signac et Compagnie. » Ann Signac, célibataire, reçut, le 20 mars 1732, avec d’autres, l'administration des biens de son
ère, Peter Signac, FPAR ARIANE de Boston, en dernier lieu de
erre-Neuve, marchand, décédé (Probate office, Suffolk C”, n° 6398).
(6) ir pp. 232, 233, 270. Une généalogie de la famille Sigourney a été publiée, en 1857, à Boston, par Henry H. W, Sigourney.
7) Voir p. 295.
8) Voir p. 385.
Etablissement à Boston. 451
Bernon que sur celle d’aucun autre réfugié français du Massachusetts. Il a beaucoup écrit et il conservait précieusement sa correspondance et ses papiers de famille. A la révocation, il était un des principaux négociants de La Rochelle. Laissant ses affaires aux soins de son beau-frère , il s'enfuit à Amsterdam en mai ou juin 1686. Une feuille de balance dressée avec grand soin juste avant son départ indique que son avoir se montait à la somme, considérable pour l’époque, de 51,762 livres. Mais il put à peine réaliser et remettre à ses banquiers d'Amsterdam le dixième de cette somme. De Hollande , il se rendit en février 1787 à Londres et, dans l'été de 1688, il vint au Massachusetts.
Pendant son séjour en Angleterre, Bernon s’associa avec un autre réfugié français, Isaac-Bertrand du Tuffeau, pour fonder une colonie sur le territoire d'Oxford, dans le comté de Worcester, à so milles de Boston. Cette entreprise, malheureuse à tous les points de vue, absorba la plus grande partie de ses ressources, mais ne diminua pas son énergie.
Peu après son arrivée dans la Nouvelle-Angleterre , nous le voyons occupé dans une fabrique de résine et autres fournitures de navires pour l'exportation dans la Grande-Bretagne. Ses succès dans ce genre d’affaires furent tels qu’ils attirèrent l’attention d’un agent du gouvernement, que Lord Portland avait envoyé pour s’assurer des avantages présentés par les colonies américaines pour les fournitures de la marine. Sur le conseil de cet agent, Bernon traversa de nouveau l'Océan en 1693 pour communiquer au gouvernement ses projets et les résultats de ses expériences, et afin d'obtenir une patente pour la fabrication de ses fournitures. Il fut bien accueilli à Londres par Lord Portland et Lord
Carmarthen, président du conseil du roi, et, malgré l’opposition puissante que lui fit Sir Henry Ashurst, depuis agent de l'Angleterre dans le Massachusetts , il réussit à passer un contrat avec le gouvernement pour un certain nombre d’années comme fournisseur attitré de la marine.
Bernon retourna encore à Londres pour le même objet en décembre 1696, et revint à Boston, le printemps suivant, en compagnie du gouverneur Bellomont, auquel il avait été chaleureusement recommandé par le comte de Galway et d’autres personnages de distinction. Lord Bellomont entra dans ses vues pour créer des débouchés à l’industrie coloniale, et engagea même le conseil royal à nommer Bernon surintendant de la manufacture des approvisionnements pour les navires. Ce projet reçut d’abord un accueil favorable et fut soumis à plusieurs reprises à l'attention des lords du conseil de commerce; mais le gouvernement, semble-t-il, ne voulut pas, même dans une matière qui intéressait tant l'intérêt public, se départir de sa politique habituelle, qui était de décourager toutes les industries coloniales.
L'indomptable énergie de Bernon se créa de nouvelles ressources. Nous le trouvons, dès 1692, associé avec les Faneuil et Louis Allaire dans le commerce avec la Pensylvanie et la Virginie, exportant des marchandises en Angleterre et aux Antilles, avec d’autres négociants de Boston, et associé à Charles de la Tour dans le commerce des pelleteries avec la Nouvelle- Ecosse. Il était intéressé aussi dans une manufacture de clous, dans la fabrication du sel (1), dans la construc-
(1) « Le lieutenant-gouverneur et une vingtaine des principaux
Etablissement à Boston. 453
tion et l'achat de navires (1). Toute son activité ne se concentrait même pas dans les arts de la paix. En avril 1690, il passe un contrat avec un autre réfugié, Jean Barré, s’engageant à lui fournir « un mousquet de » la valeur de trois livres, un pistolet de vingt shillings, » une boîte de cartouches de trois shillings, une hache » de deux shillings » et tous les autres objets nécessaires, en outre de trois livres d'espèces, « pour le voyage » qu’il projette sur le bon navire le Porkepine, com- » mandé par Cyprien Southack , allant maintenant à la » mer pour une expédition de guerre. »
Le capitaine Southack était un marin de Boston qui se fit depuis remarquer par ses succès dans la répression de la piraterie. Le navire le Porcupine appartenait à la flotte qui allait appareiller de Boston, sous le commandement de Sir William Phips, et « l'expédition de guerre » en question était une campagne pour s’emparer de Port-Royal, ou Annapolis, dans la Nouvelle- Ecosse, campagne que le Massachusetts entreprit, au printemps de 1690, pour commencer la conquête du Canada. |
Le succès de l'expédition contre Annapolis encou-
» négociants de Boston employèrent un Français à la saunaison, » et To fit quelques cents boisseaux de sel » (Earl of Bellomont aux lords du conseil de commerce, 28 novembre 1700).
(1) Il est probable que Bernon, de même que d'autres réfugiés, recevait plus ou moins régulièrement des remises de ses correspondants de La Rochelle, Longtemps après la révocation, les prétendus nouveaux convertis restés en France et demeurés au fond du cœur fidèles à la foi évangélique, « lorsqu'ils réglaient leurs ‘intérêts de famille pour aider à l'établissement de ceux de leurs enfants réfugiés hors de France, adressaient à des correspondants sûrs une certaine somme d'argent , et au moment de partager la succession paternelle, les enfants de la religion réformée restés en France réservaient les terres et complétaient en argent la part qui revenait à leurs parents réfugiés » (L'Eglise sous la Croix, par M. L.-M. de Richemond, p. 4).
454 Histoire des réfugiés huguenols en Amérique.
ragea des tentatives contre Québec. Les huguenots arrivés à Boston suivaient avec un grand intérêt ces divers mouvements. La correspondance de Benjamin Faneuil en fait foi (22 mai 1690) : « Notre flotte que nous auions » envoyé dicy pour prandre Port-Royal a envoyé une » ketche qui est arrivée aujourdhuy aveq la nouvelle de » la preize de la place à compossission. Ils ont pris six » ketche et brigantins chargez devin o de vie et sel » avecq le gouverneur et 70 soldats et ont desmoly le » fort. Ils ont pris aussy 24 piece de très baux cannon » et 30 barils de poudre. Nous les attendons à toutte » heure. Notre flotte étoit composée de six batimans, » dont il y en a ung de 40 piece de cannon. On va la » ranforcer encore de quelques navires de force et on » envoye douze cents hommes et des Indiens pour » prandre Canada, ce que jespere quy reussira (1). » Le Massachusetts perdit beaucoup au départ de Gabriel Bernon. Il n’y avait guère une seule branche du commerce colonial dont l'industrieux négociant français ne se fût occupé. Il abandonna Boston en 1697, après un séjour de neuf ans, et s'établit pour le reste de sa longue vie à Rhode-[sland. De nombreux négociants huguenots quittaient la ville vers le même moment. Une lettre des anciens de l’église française de Boston, en juin 1700, nous apprend le départ de Bernon, Tourtellot, Basset, Mariette et autres, et le prochain dépla-
(1) (Mass. Archives, French Collection, tome IV, p. 13). La lettre est adressée à « Mr Thomas Bureau, french merchant » Liuing near y° Savoy great gatte in the Strand in London. P' » Capt Sampson. INR Dfe] Gfrace]. » La lettre fut sans doute interceptée, puisqu'elle entra dans les archives du gouvernement français ; mais le correspondant de Faneuil put bientôt apprendre par d’autres voies l'échec honteux de l'expédition, qui fut repoussée de Québec par Frontenac, et revint à Boston désemparée par la tempête et complètement démoralisée.
Etablissement à Boston. 455
cement de Bernard, Grignon, Bureau, Barbut et Chabot.
L'église française de Boston existait déjà en 1685. Nous trouvons même quelques indices d’une origine plus reculée, et il est probable qu'elle fut fondée, comme plusieurs de ses sœurs, par l'excellent Pierre Daillé, peu après son arrivée en Amérique en 1682 ou 1683 (1). Mais nous n’en entendons parler qu’à une époque postérieure dans une correspondance entre Daillé, déjà à New-York, et le Rév. Increase Mather, ministre de l’église du nord à Boston et président de « Harvard College » (2). Cette correspondance montre l’affabilité avec laquelle les pasteurs de Boston accueillirent les réfugiés français. L'autorité n'était pas moins bienveillante. Le 24 novembre 1687, le conseil accorda à l’église française l'autorisation de se réunir dans l'école latine de Boston comme elle le désirait (3). L'école était située « School-Street, » entre Tremont et Cornhill, aujourd’hui « Washington-Street. » Le maître d'école était alors le célèbre Ezéchiel Cheever. L’autorisation fut renouvelée aussi souvent que ce fut nécessaire, et les protestants français n’eurent pas d'autre lieu de culte durant vingt-neuf à trente ans. En 1704, la congrégation demanda à adresser un appel aux personnes
(1) Nous ignorons la date précise de l’arrivée de Daillé en Amérique. On croit qu'il fut appelé par le consistoire de l'église réformée hollandaise dé New-York pour présne en français dans cette ville (Manual of the reformed Church in America', par E. T. Corwin, D. D., p. 229. Mais il paraîtrait, d’après une lettre adressée par le Rév. Christopher Bridge, de Boston, à la Société pour la propagation de l'Évangile à l'étranger (15 octobre 14061. que Daillé avait été envoyé par l’évèque de Londres. Voir plus loin, p. 468.
(2) Voir l’appendice.
(3) Mass. ; Sin Council Records. 1686 et 1687, p. 155.
456 Histoire des réfugiés huguenols en Amérique.
bien disposées pour la construction d'une église (1). Ils exposèrent au conseil que le roi Guillaume leur avait octroyé 83 livres pour cette fin et qu'ils avaient acheté pour cet usage un terrain dans la ruelle de l’école. La demande fut accueillie, mais les magistrats de Boston refusèrent d'autoriser la construction du petit « temple » en bois que les pétitionnaires se proposaient d'élever, renouvelant cependant « l'offre d’une entière liberté de » réunion dans la nouvelle maison d'école, » qui était suffisante pour contenir un nombre de personnes supérieur à celui qui composait la congrégation. On dut donc ajourner le projet, et ce ne fut qu’en 1716, après la mort de Daillé, qu’une maison de prières fut bâtie sur le terrain acheté dix ans auparavant (2).
(1) Mass. Archives, tome LXXXI, p. 472 (Minules du conseil 12 janvier 1704).
(2) Les huguenots de Boston furent très sensibles à la cordiale sympathie qui leur fut témoignée par les magistrats et par le peuple. André Lemercier, successeur de Daillé comme pasteur de l'église française, se fit l'organe de la reconnaissance des fidèles dans les termes suivants : « Quand nous considérons la cruelle Persécution des Eglises de Dieu dans notre terre natale, la destruction de ses sanctuaires, sa verge restant si Jongtemps appesantie sur nous, nous ne pouvons ne pas répéter les lamentations du prophète Jérémie sur la ruine de Jérusalem et du Temple : « Oh! que ma tête n'est-elle de l'eau et mes yeux » une fontaine de larmes ! Je pleurerais jour et nuit les blessés à » mort de la fille de mon peuple. » Mais quand de ce spectacle nous tournons les yeux vers les compassions de Dieu, quand nous considérons comment il lui a plu de nous donner un asile et, après un flot de misères précédées par un flot de péchés, comment il nous a accueillis sur la rive étrangère, comment il nous a donné les moyens de le servir suivant les aspirations de nos consciences, comment il nous a envoyé la divine colombe portant le rameau d'olivier, le Saint-Esprit, le Consolateur, nous devons le louer, nous devons le bénir, nous devons nous réjouir en Lui, C’est ce ae m'a fait choisir, pour le texte du premier sermon que je prèche
ans cette maison de prières, construite peu après mon arrivée ici, ces paroles du prophète Esdras (chap. VI, verset 1) : « Et les » enfants d'Israël, les Sacrificateurs, les Lévites et le reste de » ceux qui étaient retournés de la captivité, célébrèrent avec » joie la dédicace de cette maison de Dieu. »
Etablissement à Boston. 457
Les sentiments de bienveillance des ministres et des autorités civiles de Boston envers la petite communauté de huguenots furent mis à l'épreuve par la conduite du premier pasteur, Laurentius Van den Bosch ou Laurent du Bois. Ce réfugié, Français de naissance ou de parenté française, avait séjourné en Hollande et avait donné à son nom une forme hollandaise, à l'exemple d’autres fugitifs. Etabli ensuite en Angleterre, il se rallia à l'église anglicane et vint en Amérique avec une licence de l’évêque de Londres. A Boston, il s’attira le mécontentement général par son indifférence des lois civiles aussi bien qu'ecclésiastiques, et par sa manière d’être
« N'oublions jamais, je vous en supplie au nom du Seigneur, comme smbesadeur de Christ, comme messager de paix et de bonnes nouvelles, n'oublions jamais ses faveurs inestimables, imméritées, combien nous avons heureusement échappé à la Persécution, et avons trouvé l'hospitalité au milieu du peuple de ce pays; comment, lorsque nous étions étrangers, ils nous ont reçus ; comment ils ont contribué à l'acquisition de cette maison de prières : comment de pieux et vénérables ministres se sont joints à nous, dans nos jours de jeûne, pour implorer avec nous la compee et la paix de Dieu pour les fidèles de France ; comment ‘honorable cour générale nous a gracieusement admis par l'acte de naturalisation des étrangers protestants, et par sa réponse favorable à notre requête à participer aux privilèges si précieux dont jouissent les habitants eux-mêmes, comme Anglais; comment Dieu a réalisé pour nous la promesse de Jésus-Christ au 198 chapitre de saint Matthieu : « Quiconque aura quitté des mai- » sons, ou des frères, ou des sœurs, ou père ou mère, ou femme » où enfants, ou des champs, à cause de mon nom, en recevra » cent fois autant et héritera la vie éternelle. » Pour obtenir la seconde et la plus importante de ces promesses, vous devez faire un saint usage de l’accomplissement de la première, et consacrer vos biens à la gloire de son nom, au soulagement des peuvres, au service de son Eglise.
» Soyons reconnaissants et prêts à rendre service à ceux qui nous ont reçu avec tant de bonté.
» Prenons garde de ne pas les offenser par une mauvaise conduite ou par une vie déréglée ; mais, au contraire, ne leur donnons que de saints exemples, afin qu'ils ne se repentent jamais de leur bienveillance envers nous. » (A Treatise against Detraclon. Dedication.)
458 Histoire des réfugiés huguenots en A mérique.
hautaine et opiniâtre lorsqu'on l’en reprenait. Il fit si bien en même temps qu'il mit le désordre dans sa petite congrégation. Daillé, anxieux, écrivit à Mather en leur faveur le 2 mai 1686. « Je vous prie, très honoré mon- » sieur, que les difficultés soulevées par M. Vandenbosk » ne diminuent pas votre sympathie pour les Français » qui sont maintenant dans votre cité et pour ceux qui » pourraient y venir. La faute d’une seule personne ne » doit pas être imputée aux autres, ni leur causer du » tort. J'espère donc que vous continuerez, comme par » le passé, à donner des preuves de votre charité à ces » fidèles réfugiés, qui ont traversé les plus cruelles » persécutions. Je ne doute pas non plus que vous ne » les aidiez pour la restauration de l’église française de » Boston. Joffre en cette affaire mon propre secours » pour redresser les affaires qui ont été mal conduites. » Que l'avenir vous apporte, ainsi qu’à vos savants col- » lègues, une joie méritée, au lieu d’une tristesse im- » méritée. Nous sommes frères, et l'affection fraternelle doit être chérie entre nous (1). » |
Van den Bosch quitta Boston peu de temps après, laissant la place à un homme d’un esprit tout à fait différent. Les protestants français qui vinrent de l’île Saint- Christophe au Massachusetts en juin ou juillet 1686 furent accompagnés ou suivis de près par leur ministre David de Bonrepos (2), depuis pasteur des colonies