‹ Histoire des réfugiés huguenots en Amérique [microforme]Chapitre 36 sur 79 · A LA · texte numérisé non relu

A LA

(1) Voir l’Appendice.

(2) David était frère d’Elie de Bonrepos, l’un des émigrants de Saint-Christophe (voir p. 187). Je pense qu’il avait été pasteur de l’église protestante de Saint-Christophe, mentionnée en 1680 (voir p. 165). Ses relations avec New-Rochelle, où un nombre considérable de ces réfugiés s'étaient établis, favorise cette opinion, Le réfugié de Boston, dont nous avons cité plusieurs fois la Relation, l'indique comme pasteur de l’église française de cette ville, au moment où il écrivait, dans l'été de 1687-8.(« M. de Bon-

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huguenotes de New-Rochelle, Staten-Island et New- Paltz, dans la province de New-York. L'arrivée de ces réfugiés contribua à fortifier la petite église, et David, secondé par son excellente femme Blanche, mit un terme aux divisions créés par Van den Bosch. Mais la population de l’église était une population flottante. « Ils ne sont pas ici plus de vingt familles françaises, » écrivait un réfugié dans l’hiver de 1687, « et leur nom- » bre diminue chaque jour, car ils pénètrent dans l'in- » térieur du pays pour cultiver les terres et s’y établir » définitivement. Cependant, nous en attendons de » nouveaux au printemps. » De Bonrepos lui-même se fixa, au mois d'octobre suivant, à New-Rochelle, et l'église demeura sans pasteur pendant huit ans. Cependant, Ezéchiel Carré, pasteur de la colonie française de Narragansett, et Daniel Bondet, pasteur de New-Oxford, prêchaient souvent devant la congrègation de Boston, et la chaire fut aussi plus d’une fois occupée par le Révérend Nehemiah Walter, successeur d’Eliot dans le pastorat de la première église de Roxbury, homme très versé dans la langue française.

En 1606, Pierre Daillé vint de New-York au Massachusetts. Depuis son arrivée en Amérique, il avait été ministre de l’église française de cette grande cité. Son pastorat à Boston se prolongea jusqu'à sa mort, qui arriva dix-neuf ans plus tard, et cette période fut celle de repos frère à nostre ministre »). Un an plus tôt, le 20 septem-

bre 1686, Domine Selyns, ministre de l’église réformée hollandaise de New-York, écrivit au consistoire d'Amsterdam que « le

REV. 'voure instruit et console les réfugiés français à Boston, » Le nom, dans la copie de la correspondance, est indéchiffrable. Le « pieux Pasteur Huguenot, » qui arriva peu de semaines

plus tard avec « 15 familles françoises qui avaient quitté la France pour cause de Religion, » était sans doute Daniel Bondet, pasteur de la colonie d'Oxford. (Bondet ou plutôt Boudet. Voir note au commencement du chapitre suivant, — Trad.)

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la plus grande prospérité de l’église. Les relations de Daillé avec le ministre de Boston furent toujours des plus affectueuses, comme nous l'avons vu, et quand il se fixa dans cette ville, il y fut reçu avec les témoignages de la plus haute considération. Il devait en partie cette estime au nom glorieux qu’il portait, celui du fameux ministre de Charenton, Jean Daillé, un des érudits et des théologiens les plus marquants de son siècle. Nous ne savons pas exactement quelle était la parenté de Pierre avec son grand homonyme. On suppose qu'il appartenait à une branche de la famille de Jean Daillé, famille établie à Châtellerault, en Poitou. Mais notre pasteur huguenot avait d’autres titres à l'estime des fidèles. Avant de s'établir en Amérique , il avait été professeur à la grande académie de Saumur, la plus célèbre des quatre académies protestantes de France. Saumur fut pendant quatre-vingts ans « un flambeau qui illumina toute l'Europe. » Les cours de cette académie étaient très complets. Elle comptait deux professeurs de théologie , deux de philosophie, un d’hébreu , un de grec, et un doyen surveillant tout l’ensemble des études. On ignore quelle est la chaire que Daillé occupait; mais Saumur était réputée pour le soin qu’elle prenait de n’admettre dans le corps de ses professeurs que des hommes d’une capacité reconnue , et le fait seul que Daillé y fut admis atteste sa réputation de professeur. Comme la plupart des érudits de son temps, il écrivait le latin avec élégance. Ses lettres, dont plusieurs nous ont ête conservées, attestent sa courtoisie, sa modération, et sa rare intelligence, qualités qui font de lui un des plus beaux types du caractère huguenot (1). Mais

(1) Voir l’appendice.

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le plus grand éloge qu'on puisse faire de Daillé, c'est de dire qu’il fut un chrétien d’une piété à toute épreuve et d’une foi profonde. « Il est plein de feu, de piété et » de science, » écrivait Selyns, de New-York. « Banni » pour fait de religion, il défend la cause de Jésus- » Christ avec un zèle infatigable. » Les églises dont il fut ministre étaient principalement composées d’hommes et de femmes éprouvés par la plus rude persécution , et ces martyrs étaient fiers d’avoir à leur tête un pasteur qui avait traversé les mêmes épreuves.

A Boston, les Anglais eux-mêmes venaient quelquefois entendre le prédicateur huguenot; mais malgré toute l’estime qu'ils avaient pour lui, les puritains les plus stricts goûtaient peu un culte liturgique et l’observation des fêtes de Noël et de Pâques. Samuel Sewall, cet homme admirable, se crut obligé de protester courtoisement, comme nous l’apprend son journal, contre une de ces pratiques : « Aujourd’hui j'ai parlé à » M. Newman sur ce qu’il s'était joint à l’église fran- » çaise le 25 décembre en raison de ce que c'était le » jour®de Noël (Christmas), comme ils l’appellent abu- » sivement (1).» Mais ces petites dissidences n’altéraient en rien la cordiale considération dont les puritains faisaient preuve envers les exilés. « J'espère , » disait Cotton Mather, « que les églises anglaises ne manque- » ront pas de témoigner leur respect pour tous ceux » qui ont enduré de cruelles choses pour leur fidélité » au Fils de Dieu (2). »

(1) Diary of Samuel Sewall, I, 491.

(2) Préface au sermon de M. Carré, « Le charitable Samarilain, »

Aux funérailles de la femme de Cotton Mather, le 11 novembre 1713, « M. Dallie » fut choisi pour être l’un des « porteurs » (Diary of Samuel Sewall, IL, 407).

Les huguenots n'inspiraient pas seulement aux pasteurs de Boston une chrétienne sympathie à cause de

Il est curieux de remarquer qu'un pasteur de Boston publia, dès 1689, un récit des souffrances des protestants de France à l’époque de la révocation. Cette publication précéda de plusieurs années le grand ouvrage d’Elie Benoit (Histoire de l’Edit de Nantes, Delft, 1693-1695), dont le dernier volume renferme ün récit circonstancié de ces souffrances. Cotton Mather recueillit évidemment ces renseignements auprès des pasteurs réfugiés, particulièrement de Daillé et de Carré, et de ses correspondants en Europe, qui étaient au nombre de cinquante au moins. Son récit concorde avec celui de Benoit et apporte ainsi une nouvelle preuve de l'exactitude de ce dernier ouvrage, que confirment également les récits contemporains publiés dans ces dernières années. Voici un extrait qui se rapporte au départ des réfugiés pour le Massachusetts :

« Après d'innombrables vexations et outrages dans l’année 1680, » les pauvres Prolestants de France furent exclus de toutes les » charges et de tous les emplois , de sorte qu’à la fin celui mème » de sage-femme fut interdit à leurs femmes. Les nouveaux con- » vertis étaient déchargés du payement de leurs dettes , et les » confesseurs résolus ne pouvaient vendre leurs biens pour faciliter » leur délivrance de la tempête qui avait éclaté sur leurs têtes, » mais étaient obligés de payer, en outre, toutes les contributions » de leurs voisins aposlats. Les parents étaient obligés de payer » les frais d’une éducation papiste pour leurs enfants, qu’ils au- » raient préféré de voir périr dans les fleuves d'Egypte. Quand » enfin le projet sembla mûr, le Despole Français employa une » armée de Dragons pour réduire par la force les milliers de pro- » testants qui avaient résisté à toutes les séductions. Les chefs » de ces nouveaux apôtres firent assembler les habitants de plu- » sieurs villes pour leur signifier que la volonté du Roi était qu'ils” » devinssent Catholiques Romains, et le pauvre peuple répondant » humblement qu'ils donneraient volontiers pour le service du Roi » leurs biens et leurs vies, mais que leurs consciences ne relevaient » que de Dieu seul, les Dragons s'emparaient des villes et étaient partout logés dans les maisons des protestants, comme les sauterelles qui dévorent tout ce qu’elles trouvent. Quand ces monstres avaient dévoré tous les biens des pauvres habitants, ils s’en prenaient à leurs personnes... leur faisant endurer dix mille cruautés que des démons seuls pouvaient inventer. Si aucune torture ne pouvait décider les protestants à renoncer à la vérité de N.S. Jésus-Christ, ils étaient précipités dans d'épouvantables cachots, où ils étaient enfermés jusqu'à la mort, Si quelqu'un d’entre eux était découvert dans une tentative d'évasion, il était traité avec une cruauté plus intolérable encore , si possible, et jamais ‘les bêtes féroces ne furent traquées avec plus d’acharnement que ces pauvres agneaux n€

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