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"L'élément huguenot, pour n'être plus représenté à Boston par une société religieuse particulière , continua cependant à fournir à cette ville d'éminentes individualités. Le plus illustre de ces noms huguenots est celui de Faneuil. A la mort d'André, en 1738, sa fortune, « la plus grande de cette ville, » passa à son neveu Pierre, l’aîné des fils de Benjamin, de New-York. Pierre Faneuil était un négociant sagace et énergique , avide de gain et dépensant avec prodigalité. Ses registres de lettres qui ont été conservés nous donnent un portrait vivant de l’homme d’affaires et du bon vivant, veillant avec soin à ses intérêts pécuniaires et n’oubliant pas non plus sa cave ni sa cuisine. Sa « belle voiture, » sur les panneaux de laquelle étaient peintes les armes de sa famille, devait faire l'admiration de la ville. Mais l’extérieur de Pierre ne prévenait pas en sa faveur. De petite taille, hydropique et d’un teint basané, il était en outre boiteux depuis son enfance (1). Le tempérament brûlant qui éclate dans sa correspondance devait trouver à s'épancher dans ses gestes aussi bien que dans sa pa-
tres du Probate Office du comté de Suffolk, Boston (n° 13459). Il prescrit de payer toutes ses dettes, « parmi lesquelles je » compte l’argent dû par mon fils Barthélemy à Thomas Hancok, » Esq., pour les objets qu'il lui a fournis et dont j'étais respon- » sable, et dont j’ai déjà payé la plus grande partie, Je prescris » enfin que ma fortune soit partagée également entre mes chers » enfants Andrew, Margaret, Jane et mon fils Bartholomew, s’il » vit encore, et je désigne mes deux filles Margaret et Jane pour » exécuter mes dernières volontés et testament ci-présents, en foi » de quoi j'y ai apposé ma signature et mon cachet. » « Andrew » Le Mercier, » Un codicille du 3 février 1764 substitue Zechariah Johonnot comme exécuteur testamentaire à sa fille Margaret, dont l'esprit est dérangé.
(1) « Un obèse et replet personnage de teint brun, boiteux de- » puis son enfance, » tel est le portrait peu flatteur tracé par un contemporain de Faneuil (Notes on a copy of Dr Wm Douplass’'s Almanack for 1743, etc., by Samuel Abbott Green, M. D. Réimprimé par la Société historique du Massachusetts. Février 1884).
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role, avec peu de souci pour la dignité de sa personne. C'était d’ailleurs un homme bienfaisant, donnant généreusement aux œuvres de charité (1), tandis que son esprit d'homme public, comme citoyen de Boston, se révéla par un acte qui immortalisa son nom. Peu de temps après être entré en possession de la grande fortune de son oncle, Pierre Faneuil offrit de construire à ses frais un marché public et d’en faire don à la ville. Cette offre généreuse fut acceptée ; « Faneuil-Hall » fut achevée en temps convenable et livrée aux autorités.
Le libéral huguenot n'avait songé, en construisant cet édifice, qu’au bien de ses concitoyens ; mais son utilité s'étendit bien au delà. Le second étage du nouvel édifice formait une salle de réunion qui pouvait contenir mille personnes. Les assemblées de la ville se tenaient habituellement dans cette salle, et ce fut là qu’aux jours fiévreux de la révolution eurent lieu quelques-uns des débats politiques les plus importants; ce fut de là qu’on entendit partir les plus brûlants appels à l'amour du peuple pour la liberté. « Faneuil-Hall » devint célèbre comme berceau de l'indépendance américaine.
Les descendants de Pierre Baudouin (2), pendant
(1) Jeudi, 3 mars 1743. — « Peter Faneuil, Esq., est mort » cette après midi, entre 2 et 3 heures, d’une complication d’hy- » dropisie. Grande perte, à mon avis, pour la ville. Il était âgé » de 42 ans 8 mois, et je crois, d’après ce que j'ai entendu dire, » qu'il a fait plus d’actes charitables qu'aucun homme qui ait ja- » mais vécu dans cette ville, et pour lequel je suis très affligé » (Notes on a copy of D' Wm Douglass’s Almanack for 1743, etc.).
(2) Pierre Baudouin (décédé en septembre 1706) et sa femme Elizabeth (décédée le 18 août 1720) laissèrent deux fils, James et John, et deux filles, Elizabeth et Mary. James (décédé le 8 septembre 1747, âgé de 71 ans) se maria trois fois. De sa première femme, Sarah Campbell (mariée le 18 juillet 1706, décédée le 21 décembre 1713), il eut six enfants, dont quatre moururent jeunes. Sa fille Mary, née le 27 juin 1708, épousa Balthazar Bayard le 12 février 1729 et mourut en juillet 1780. Son fils
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plusieurs générations , se montrèrent dignes de la renommée de leur ancêtre. James, fils de Pierre, s'éleva au premier rang parmi les négociants de Boston. Pendant plusieurs années, il fut membre du conseil de la colonie et laissa la plus grande fortune qu’on eût jamais connue dans la province. Son fils, connu sous le nom du gouverneur James Bowdoin, se distingua comme patriote et comme homme d’Etat. Entré dans la vie publique à l’âge de vingt-sept ans, il prit une part éminente à l’opposition faite aux empiétements de la couronne pendant la période qui précéda la révolution. Peu de temps avant la rupture avec l’Angleterre , il était président du conseil de gouvernement. L'assemblée constituante de 1779 le choisit comme président et, à la fin de la guerre, il fut nommé lieutenant-gouverneur de la république du Massachusetts et succéda ensuite à John Hancock comme gouverneur. « Dans cette haute charge,
William , né le 14 juin 1713, décédé le 24 février 1773, épousa Phœbe Murdock. De sa seconde femme, Hannah Portage (inariée le 1$ septembre 1714, décédée le 23 août 1736), James eut quatre enfants : Samuel, mort jeune; Elizabeth, née le 25 avril 1717, décédée le 20 octobre 1771, mariée à James Pitts; Judith, née le $ mars 1719, mariée à Thomas Flucker, et James (gouverneur du Massachusetts), né le 7 août 1726, décédé le s novembre 1790, marié à Elizabeth, fille de John Erving , décédée le $ mai 1803. Le gouverneur James Baudoin eut deux enfants. Son fils James, né le 22 septembre 1752, épousa Sarah, fille de William Bowdoin, et mourut le 11 octobre 1811, sans ostérité. Sa fille Elizabeth (décédée le 25 octobre 1809) épousa Yabt Temple, premier consul général britannique aux États- Unis, et eut deux fils : Sir Grenville et James, et deux filles : Elizabeth, mariée à Thomas L. Winthrop, lieutenant-gouverneur du Massachusetts, et Augusta. L’hon. Robert Charles Winthrop est le plus jeune des quatorze enfants de Thomas L. Winthrop et d’Elizabeth Temple. Le deuxième fils de Pierre Baudoin, John, s'établit en Virginie et mourut avant 1717, laissant des enfants. La fille de Pierre, Elizabeth, épousa Robins, et sa fille Mary épousa Stephen Boutineau le 22 août 1708 (New England Historical and genealogical Register, tome X, pp. 76-79).
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» sa sagesse, sa fermeté , sa modération, firent le plus » grand honneur à son caractère, écrasèrent dans son » principe et sans une seule exécution une insurrection » contre le gouvernement, causée par une taxation » imprudente et chérie en secret par tous les citoyens » malfaisants ou mécontents. Cette mesure, qui sauva » l'Etat et peut-être l'Union, lui mérita une statue (1). »
Le gouverneur Bowdoin mourut le 6 novembre 1790, à l’âge de soixante-quatre ans. « Pendant plus de » trente ans il fut comme un professeur de religion et » fit l’ornement de sa profession. Il abonda toute sa » vie dans tous les devoirs prescrits par l'Evangile, tant » ceux de la piété que de la charité, et quitta ce monde » en recommandant à sa famille la religion qu’il avait » professée. Son nom sera conservé à la postérité » comme une odeur de doux encens (2). »
« Bowdoin College, » dans le Maine, qui faisait alors partie du Massachusetts, reçut ce nom en l'honneur du gouverneur James Bowdoin. Son fils unique, James, un homme cultivé et de goûts littéraires, s’occupa comme lui activement des affaires publiques. Il fut nommé en 180$, par le gouvernement des Etats-Unis, ministre plénipotentiaire auprès de la cour de Madrid. Il répandit ses libéralités sur le collège qui portait le nom de sa famille. Il mourut sans postérité, et « avec lui le nom » de Bowdoin disparut dans sa ligne masculine des an- » nales de la Nouvelle-Angleterre (3). »
Jean-Paul Mascarene, dont nous avons déjà parlé,
(1) Travels in New-England and New-York, vol. I, p. 523, by President Timothey Dwight.
2) Ibid.
3) The Life and Services of James Bowdoin. An Address delivered before the Maine historical Society, at Bowdoin College, s september 1849, by Robert C. Winthrop, p. 82.
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vint à Boston peu après sa nomination à un commandement militaire dans la Nouvelle-Ecosse. II épousa en 1714 Elisabeth Perry (1). Il habitait dans « School- Street, » tout près de l’église française. Ce fut là que demeura sa famille pendant tout le temps de son service militaire et, lorsqu'en 1749 il résigna sa charge de lieutenant-gouverneur et de commandant en chef de la Nouvelle-Ecosse, il revint à Boston pour finir ses jours au milieu des siens et entretint d'excellentes relations avec les personnages les plus distingués de la ville. Il mourut à Boston le 1$ janvier 1760 à l’âge de soixante et quinze ans, laissant un fils, John, et deux filles (2). Son petit-fils, le dernier du nom, vécut et mourut à . Dorchester (Massachusetts).
L'histoire des huguenots de Boston est particulièrement satisfaisante. Si le Massachusetts mérita le repro-
(1) Leur mariage fut célébré à Boston le 21 avril 1714. Ils eurent quatre enfants : Elizabeth, née en 1717 ; Joanna, née en 1720 ; John, le 11 avril 1722, et Margaret en 1726. John épousa le 9 août 1750 Margaret Holyoke et mourut en 1778, laissant un fils, le dernier du nom. Elizabeth épousa en 1741 Thomas Perkins, et mourut le 30 juin 174$ en donnant le jour à un fils, Thomas. Joanna épousa le 3 mars 1744 James Perkins, et eut deux fils, Thomas et James, et une fille, Joanna. Thomas, fils de Joanna Mascarene et de James Perkins, épousa en premières noces miss Speo qui laissa une fille Eliza, et, en secondes noces, Anna Powell, dont il eut trois enfants : Miriam, qui épousa F.-C. Loring ; Anna, qui épousa Rogers, et Powell, James, fils de Joanna Mascarene et de James Perkins, mourut sans postérité. Joanna, fille de Joanna Mascarene et de James Perkins, épousa William Hubbard et eut plusieurs enfants, parmi lesquels Samuel Hubbard, né le 1°* juin 1788, qui épousa Mary-Ann Coit et mourut le 24 décembre 1847. Il était juge-adjoint de la cour suprême du Massachusetts. Margaret, la plus jeune fille de John Paul Mascarene, épousa, en 1750, Foster Hutchinson, décédé en 1799, réfugié en Nouvelle-Ecosse, laissant un fils, Foster, mort en 1815 et une fille, Abigaïl, née en 1776, morte en juillet 1843 (New-England historical and genealogical Register, tomé X, PP: 143: 147, 148).
(2) La fille aïnée, Elisabeth, mourut avant son père.
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che de lord Bellomont de n°’ « avoir pas encouragé les » protestants français, » ce reproche doit se rapporter à la classe agricole, plutôt qu'à la classe commerciale des émigrants. Car si on ne chercha guère à donner libéralement des concessions de terrains à ceux qui désiraient s'établir dans l’intérieur du pays, il est certain que les commerçants qui se fixèrent dans les villes du littoral furent, dès le principe, très bien accueillis.
Les huguenots étaient arrivés au Massachusetts dans un moment critique pour les affaires de la colonie. Entre la France et ses sauvages du Canada d’une part, l'Angleterre et ses lois oppressives pour la navigation d'autre part, la situation du peuple était difficile et malheureuse. Les taxes pesaient lourdement sur les colons, et les réfugiés français n'étaient pas toujours exemptés de ce fardeau. Cependant le plus grand danger pour ceux qui s'étaient établis dans l'intérieur vint, comme nous le verrons dans le chapitre suivant, non de l’Angleterre, mais des sauvages indiens, excités par les prêtres canadiens. Un meilleur sort était réservé à ceux qui se fixèrent en ville, car Boston offrait de grandes ressources aux caractères entreprenants. Le réfugié rochelais appartenait généralement à des maisons qui, depuis plusieurs générations, avaient fait des affaires sur une grande échelle; l'expérience commerciale et la largeur de vues qu'il apportait dans la petite ville du Massachusetts lui tenaient lieu de capital, qui, du reste, ne lui faisait pas toujours défaut. Le vif esprit du Françus aiguisa la finesse du Yankee. La persévérance du huguenot, affermie par une longue série de persécutions , renforça l'énergie de l'habitant de la Nouvelle- Angleterre, résolu et plein de confiance en lui-même.
Le calviniste français trouva un frère dans le puritain. La généreuse et chaleureuse hospitalité accordée par l'église épiscopale d'Angleterre aux pasteurs et aux fidèles des églises réformées persécutées de France fut égalée par le bienveillant accueil du clergé congrégationaliste de Boston. « Ils réclament une place » dans nos meilleures affections, » disait Mather. Les familles réfugiées de La Rochelle étaient faites pour briller dans la vie sociale et les alliances qui ne tardèrent pas à se former prouvent qu'ils entrèrent dans l'élite de la colonie. En somme, les huguenots fixés à Boston durent voir leurs plus hautes espérances se réaliser, et la ville répondit à la haute estime qu'ils en avaient conçue en venant s’y fixer. S'ils reçurent du bien , ils en firent aussi, et il est difficile d'apprécier à sa juste valeur l'effet de cette émigration sur la colonie.
Il serait plus facile de faire cette appréciation sur les colonies plus importantes qui s’établirent à New-York, dans la Virginie et dans la Caroline du Sud, ou sur l’ensemble de l’émigration française protestante. Mais il est certain que le petit corps de réfugiés établis à Boston déploya des qualités précieuses surtout à ce moment. Ils apportèrent une élasticité et une gaieté qui durent être contagieuses même au milieu de l’austérité générale. Ils apportèrent l'amour du beau, qui se manifestait par la culture des fleurs. Ils apportèrent des convictions religieuses qui n'étaient pas moins fermes pour être accompagnées d’une certaine modération et de largeur pour les choses qui n'étaient pas considérées comme d’une importance essentielle. Ils apportèrent enfin un amour pour la liberté qu’ils savaient unir à l'esprit de tolérance acquis à l’école de l'épreuve. Boston gagna incontestablement à s'assimiler une population qui possédait
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d'aussi précieuses qualités. Et ces noms d'outre-mer, qui se sont altérés en franchissant l'océan, mais qui brillent dans son histoire, ces noms des Bowdoin, des Faneuil, des Revère, rappellent, dans le refuge des huguenots sur cette côte, un épisode touchant et d'une grande importance quant à son influence sur la vie sociale et publique aussi bien que sur le caractère national des citoyens de la Nouvelle-Angleterre.