MASSACHUSETTS
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PAYS DE NARRAGANSETT,
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transaction , on était encore incertain si le terrain cédé faisait partie de Rhode-Island ou du Connecticut. Un différend existait depuis longtemps entre les deux colonies au sujet de leurs frontières. Rhode-Island prétendait que son danir” s'étendait jusqu'à la rivière de Pawcatuck, tandis que le Connecticut maintenait que son territoire atteignait la baie de Narragansett. Dans le terrain disputé entre ces deux lignes était le « pays de Narragansett, » espace de vingt milles de côté environ, bordé au sud par l'Océan. Peu de temps après que la compagnie Atherton eut obtenu la possession de ce territoire , la couronne, par une charte concédée à Rhode-Island (1663), confirma le titre de cet Etat, contre celui du Connecticut, sur la région à l’ouest de la baie jusqu’à la rivière de Pawcatuck , et invita la compagnie d’Atherton à choisir « à laquelle des deux colonies elle désirait se rattacher. » En vertu de ce privilège, la Société se plaça sous le patronage du Connecticut. Deux ans plus tard (1665), des commissaires royaux, envoyés d'Angleterre pour résoudre quelques différends entre les diverses colonies, déclarèrent nulles les prétentions de la compagnie d’Atherton. Cependant le Connecticut insista sur les droits de sa juridiction, tandis que Rhode-Island combattit ces prétentions; et quand la compagnie, appelant de la décision des commissaires, continua à mettre en vente ses terrains en les décrivant comme compris dans les limites du Connecticut, Rhode-Island dénonça ces ventes comme irrégulières et avertit les acheteurs de n’en pas prendre possession. Une nouvelle complication survint dans le conflit au sujet du titre de la couronne elle-même sur le territoire contesté (1686). Plus de quarante années auparavant (1644), les Indiens du Narragansett s'étaient
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soumis, eux et leurs territoires, au roi, demandant sa protection et déclarant qu'ils ne pouvaient reconnaître la suzeraineté « de gens qui étaient evx-mêmes sujets. » La province royale, comme on nomma longtemps le pays de Narragansett, était donc une partie du domaine royal, et le roi seul pouvait y disposer des terres vacantes.
Après de longs démêlés, les deux parties convinrent enfin de s’en rapporter à la décision de la couronne (1686). Malheureusement cette décision n’était pas encore parvenue quand les réfugiés français traitèrent avec la compagnie Atherton pour l'achat de terrains dans le Narragansett. Un an plus tard (juin 1687), Sir Edmund Andros, au nom du roi, examina les droits respectifs des intéressés, et sanctionna de nouveau les droits de Rhode-Island , à l'exclusion de ceux du Connecticut et des prétendus propriétaires.
Dans l'intervalle, le 12 octobre 1686, un accord était intervenu entre le comité des propriétaires de Narragansett et Ezekiel Carré, Pierre Berton et d’autres Français, leurs amis et associés, concernant un établissement sur le lieu appelé plantation de Newberry. Mais, après examen, le point ainsi désigné parut trop éloigné de la mer pour convenir aux colons, et, quelques semaines plus tard, un nouvel arrangement fut fait pour la concession d’ « un terrain convenable. et con- » Sidérable sur le territoire de Rochester, » ou Kingstown. En vertu de ce traité, chaque famille qui désirait une surface de cent acres de terres hautes pouvait l'obtenir avec une part proportionnelle de prairies. Le prix fut fixé à raison de vingt livres par cent acres de terres au comptant, ou vingt-cinq livres payables au bout de trois ans. M. Carré, le pasteur, devait avoir
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gratuitement cent cinquante acres, cent acres étaient mis à part comme communal, et cinquante pour le maftre d'école.
On montre encore dans la ville d'East-Greenwich, à Rhode-Island, la place ainsi désignée pour cet établissement. Là, au lieu connu jusqu’à aujourd’hui sous le nom de « Frenchtown, » sont les traces de fondation d’un certain nombre de petites habitations, et des personnes encore vivantes ont conservé le souvenir de quelques restes d’arbres que l’on disait avoir été plantés par les Français. Les maisons en question n'étaient probablement que des demeures provisoires (1), construites les unes auprès des autres par les colons pour se protéger mutuellement jusqu’à ce qu’ils puissent se fixer sur leurs « home-lots » respectifs de vingt acres chacun, tracés dans les terres adjacentes d’après un plan déjà convenu (2). La construction de ces habitations occupa probablement la fin de l'automne ; les voyant ainsi abrités pour l'hiver, nous pouvons nous arrêter pour
(1) « Environ vingt-cinq maisons, » s’élevèrent, dit Ayrault, « avec quelques caves dans le sol. » Ce dernier genre d’habitation est minutieusement décrit par Cornelis Van Tienhoven, secrétaire de la province de New-Netherland en 1650.
On creusait un trou carré, « en forme de cave, » de six ou sept pieds de profondeur, revêtu, planchéié, avec un toit en bois couvert de gazon. « Les habitants, » dit Van Tienhoven, « peu- » vent habiter dans ces demeures au sec et chaudement avec leurs » familles, pendant deux, trois ou quatre ans. » Les principaux colons de la Nouvelle-Angleterre construisirent d’abord des habitations de ce genre; dans le cours de trois ou quatre ans, ils se construisaient de belles maisons (/nformation relative to taking up land in New-Netherland. — The documentary history of the State of New-York, vol. IV, pe. 31-32). $
(2) Üne copie de la « planche » indiquant les lots déterminés au moment de l'établissement accompagnait une pétition d’Ayrault adressée au gouvernement en 1700 pour obtenir la réparation de quelques griefs personnels. Cette planche est conservée au British State Paper Office, et nous la reproduisons à la page suivante.
considérer quelles étaient les personnes qui formaient cette colonie de réfugiés.
Nous avons déjà parlé de beaucoup d’entre eux dans notre récit du départ de France des populations maritimes. Dix des quarante-huit familles nommées dans le
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plan de la colonie venaient de Saintonge, dix de La Rochelle et des environs ; quelques-unes étaient du Poitou, d’autres de la Normandie et de la Guyenne. Ezéchiel Carré, pasteur de la colonie, était originaire de l’île de Ré ; il avait fait ses études de philosophie et de
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théologie à l'académie fondée par Calvin à Genève. Il avait alors de trente-cinq à quarante ans et avait déjà été pasteur de deux églises en France, celles de Mirambeau en Saintonge et de La Roche-Chalais en Guyenne. L’associé de Carré dans la direction de la troupe de réfugiés était Pierre Berthon de Marigny, — que les Anglais appelaient Peter Berton, — représentant d'uneillustre famille de Châtellerault, en Poitou. Un autre personnage important de la colonie était son médecin, Pierre Ayrault, d'Angers, homme d’un caractère décidé , déjà avancé en âge, qui seul tint bon, comme nous le verrons plus loin, lorsque ses compagnons abandonnèrent l’entreprise. Ayrault était accompagné de sa femme Françoise, de son fils Daniel et de son neveu Nicholas.
Voici la liste des colons français de Narragansett conduits par Carré, Berthon et Ayrault : Jean Julien, Jean Coudret, Elie Rambert, Daniel Lambert, André Arnaud, Daniel Targè, veuve Galay, Abram Tourtellot, Pierre Le Moine, Ezéchiel Bouniot, Pierre Traverrier, Etienne La Vigne, Moïse Le Brun, Jean Beauchamps, Jean David, Jacob Ratier, Jean Galay, Menardeau, Pierre Bretin dit Laronde, Daniel Le Gendre, Daniel Renaud, Daniel Jouet, Milard, Belhair, Jean Lafon, Amian, Ezéchiel Grazilier, Paul Bussereau, Etienne Jamain, Louis Allaire, Théophile Forêtier, Jean Chadène, Josué David senior, Josué David junior, Jacques Magni, Jean Magni, Etienne Robineau, François Légaré, René Grignon, Pierre Tougère, Dechamps, Jean Germon, Paul Collin et Guillaume Barbut.
Aux premiers jours du printemps, les colons commencèrent à défricher leursterresetäconstruireleur église. Ils trouvèrent le pays « complètement sauvage, rempli
» de bois et de pierres, » et aucun travail de culture n’y avait jamais été fait, en sorte que « notre travail et » notre peine furent grands, » dit le docteur Ayrault; « mais nous avions une consolation : nous pouvions » rendre notre culte à Dieu; nous avions la protection » du gouvernement dans nos travaux, et personne ne » pouvait nous troubler ni élever aucune prétention sur » le sol (1). »
Ces efforts laborieux et habiles furent largement récompensés. Vergers, vignes, jardins fleurirent sous ce doux climat de Rhode-Island et dépassèrent toutes les espérances des colons (2). « Les Français trouvèrent » le climat et le sol de Narragansett excellents pour ia » vigne; et quelques personnes qui avaient goûté du » vin récolté dans le pays dirent à lord Bellomont, à » Boston, qu’elles l’avaient trouvé aussi bon que du vin » de Bordeaux. » Les colons projetaient de planter également des mûriers pour élever des vers à soie, dans l'espérance d’être rejoints par un grand nombre de leurs frères du Midi, qui pourraient s'occuper de la fabrique de la soie. On pensait même que plus de cinq cents familles françaises pourraient habiter cette région privilègiée (3).
Déjà quelque inquiétude sur la propriété de leurs
(1) Manuscrits historiques de Sa Maj. Britan., State Paper Ofice, vol. XIII. Bibliothèque de feu John Carter Brown, Providence, R.-[.).
(2) Cette impression causée par le climat de la région en question est confirmée par les observations faites de nos jours. Il y a des plantes qui ne réussissent dans aucun autre endroit de la Nouvelle-Angleterre et qui croissent en abondance sur la côte occidentale de la baie de Narragansett. « La flore correspond à celle de la Virginie. » ;
(3) Lord Bellomont aux lords du commerce, 28 novembre 1700. (Documents relalive to the colonial history of the State of New-York, tome IV, pp. 787, 788.) Ceux-ci répondirent : « Si le pays de
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terres commençait à se répandre parmi les colons. Ne connaissant qu’imparfaitement la langue anglaise ou même l’ignorant absolument, ils ne comprirent qu'au bout d’un certain temps que le droit des propriétaires de Narragansett était discuté. Même alors, ils ne paraissent pas s'être figuré que Rhode-Isiand eût jamais fait partie des terrains contestés. À Boston, on croyait qu'il s'agissait uniquement d’un conflit entre la compagnie Atherton et la couronne. « C’est une question encore incertaine, » écrivait le réfugié français de cette ville que nous avons déjà cité, « si le pays de Narragansett appartiendra aux » propriétaires actuels, improprementnommés ainsi, ou » au roi. En attendant la décision, on ne fait aucun » paiement pour ces terrains. Il paraît même que s'ils » demeurent à la couronne, il n’y aura rien ou du moins » peu de chose à payer et que la couronne se conten- » tera d’une faible redevance, moyennant laquelle on » pourra vendre ou hypothéquer comme propriétaire » légitime. »
Ce fut dans le courant de l'été que les difficultés prirent un caractère plus grave. Uue grande prairie désignée par les Indiens sous le nom de Kickameeset, près du village, formait une partie i'nportante du territoire concédé aux Francais ; ceux-ci virent à leur grande surprise, un mätin de juillet, des Anglais qui fauchaient cette prairie. Malgré leurs observations ces hommes continuèrent léur travail et emportèrent de force le foin qui
» Narragansett se trouve propre aux mûriers et aux vers à soie, » ce sera très bien; ceux qui pensent à s'occuper de la produc- » tion de la soie là-bas peuvent s'informer de ce qui a été fait en » Caroline où l’on s'en occupe déjà depuis quelques années. » Les Français dont vous parlez jugeront facilement ou trouve- » ront bientôt si ce pays de New-York, ou tout autre lieu de ce côté, est propre à la culture des vignes » (/bid., p. 855).
remplissait plus de quarante chariots. Les intrus étaient des planteurs du voisinage, des villes d’East-Greenwich et de Kingstown. Le pasteur français, M. Carré, se rendit immédiatement à Boston pour se plaindre au gouverneur Andros. Sommés de rendre compte de leur conduite, les Anglais de Greenwich déclarèrent qu’il y avait plus de huit ans que la prairie leur avait été concédée parle gouvernement de Rhode-Island, ce dontils avaient des titres authentiques, tandis que les fermiers de Kingstown prétendaient établir qu'ils avaient possédé et amélioré ce terrain depuis vingt-cinq ans, le tenant du « major Atherton et compagnie. » Les habitants de Kingstown et de Greenwich insistaient les uns et les autres sur le fait que, loin d’être les aggresseurs, ils étaient au contraire les parties léséges par l’arrivée des Français dans leur territoire. Les habitants de Greenwich présentèrent au gouvernement et au conseil une protestation où ils disaient : « Nous ignorons en vertu de » quel ordre ou loi, ou pourquoi ces Français se sont » établis sur notre territoire. Mais nous sommes cer- » tains que c'est à notre grand détriment, et sans » l’aide de Votre Honneur en cette occurrence, nous » serons complètement ruinëés. » Le gouverneur réserva sa décision et ordonna qu’en attendant, le foin coupé sur le territoire contesté serait partagé en deux parts égales dont l’une serait donnée à quelques-uns des plaignants anglais « qui demeurent loin et qui » en ont le plus besoin, » et l’autre aux Français qui, étrangers et nouvellement arrivés, sont sans ressour- » ces et n'ont aucun autre moyen de s’approvisionner (1) (5 août 1687). »
(1) Mass. Archives, CXX VI, 363, 410, 419.
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Les huguenots paraissent avoir joui quelque temps sans encombre de leur territoire, et, pendant un ou deux ans, ils furent laissés en tranquille possession. La compagnie d’Atherton avait réussi (10 avril 1688) à obtenir de la couronne un certain nombre de terrains dans la province royale, au lieu de toute la contrée de Narragansett, sur laquelle ses prétentions avaient été repoussées ; et dans l’une de ces concessions était compris le terrain qu’elle avait vendu aux réfugiés français (1). Cette confirmation de leurs titres empêcha dès lors leurs voisins anglais de les troubler, et il est probable aussi qu'après avoir fait plus ample connaissance avec ces étrangers doux et inoffensifs, ils renoncèrent à les inquièter. Déjà le docteur français, M. Ayrault, était bien accueilli dans les maisons anglaises, dans lesquelles, avec l’aide de Dieu, il fut l’instrument de grandes délivrances, et le pieux pasteur Carré sut gagner le respect de tous les gens sérieux des différentes confessions.
Souvent Carré était appelé loin de son troupeau de Narragansett pour prêcher l'Evangile à l'église française de Boston, alors privée de pasteur. C’est à cette circonstance qu'est due la publication du seul sermon qui puisse nous donner une idée de la prédication à cette époque des huguenots réfugiés (2).
(1) History of the State of Rhode-Island and Providence Plantations , by Samuel Greene Arnold, tome I, p. $o7. — Historical Mss. from British State Paper Office, vol. XTIT.
(2) « Le Bon Samaritain, sermon sur saint Luc, X, 30-35, pro- » noncé à l’église française de Boston, par Ezéchiel Carré, an- » cien pasteur de La Rochechalais, en France, et maintenant » ministre de la colonie française de Narrhagansett. Trad. en an- » glais par N. Walter, Boston. Imprimé par Samuel Green, 1689. » Le seul exemplaire de ce petit volume dont nous ayons connaissance est à la bibliothèque du Congrès, à Washington (D. C.).
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L'introduction fait connaître que ce sermon fut publié sur les instances de ceux qui l'avaient entendu, et notamment de « M. John Pastre, négociant français, ré- » fugié à Boston, » qui fit les frais de l'impression (1). Le Rév. Nehemiah Walter traduisit le sermon en anglais, et le docteur Cotton Mather écrivit la préface. Le but de cette publication est indiqué par la dédicace et la préface. Ce fut pour combattre des impressions peu favorables aux réfugiés, qui s'étaient répandues dans quelques endroits parmi les Anglais du Massachusetts aussi bien que de Rhode-Island. La guerre était alors déclarée entre l'Angleterre et la France. Les incursions d'Indiens et de Français du Canada avaient commencé. Une flotte française était annoncée. On soupçonnait fortement les jésuites d’avoir des espions secrets à Boston et dans d’autres villes de la Nouvelle-Angleterre (2). La présence d’un aussi grand nombre de Français, bien qu'ils fussent protestants et réfugiés, inquiétait les esprits et y répandait la méfiance.
Ces sentiments de défiance atteignirent même plus tard un tel degré qu'ils furent partagés par la cour gé-
(1) L'introduction expose ainsi l'objet de la prédication de ce sermon. « L'auteur ayant dû remplir une part de son ministère à » l'église française de Boston, jusqu'à ce qu'il eût plu à Dieu de » lui procurer un pasteur, il fut très surpris de remarquer que » bien des dimanches cette église, contrairement à son habitude, » négligeait extrêmement les aumônes pour les pauvres, que » notre discipline recommande à la fin de chaque culte. C'est » ce qui lui fit prendre la résolution de traiter ce sujet; ce qu'il » a fait dans ce sermon. »
(2) « Je me rappelle que M. Dellius, le ministre d’Albany, me » dit que le comte de Frontenac lui avoua qu'il recevait une » grande partie de ses lettres et de ses intelligences de France » par la voie de Boston, tout le temps de la dernière guerre » (Lord Bellomont aux lords du Conseil de commerce, 21 septembre téahe Documents relative to the col. History of the State of NY. IV, 379).
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nérale du Massachusetts qui, en octobre 1692, prit la résolution suivante :
« Considérant que, parmi les nombreux français gentilshommes et autres qui se sont fixés au milieu de nous et qui prétendent être protestants, il y en a qui sont papistes et ennemis de Leurs Majestés et du bien de la province, il est humblement proposé à Son Excellence le gouverneur et au conseil s’il n’est pas nécessaire qu'une enquête soit faite sur la condition des Français établis parmi nous, qu’un serment de fidélité à nos souverains, le roi Guillaume et la reine Marie , leur soit imposé, et que ceux qui refuseraient de prêter ce serment soient traités comme ennemis de Leurs Majestés; qu'on envoie incontinent un homme prudent, avec une escorte suffisante, dans chacune des plantations de cette province, pour y faire une enquête sur l’état de leurs affaires et pour rechercher la poudre, le plomb, les pelleteries, etc., et que si l’on trouve quelques Français ou Indiens qui ne rendent pas d'eux-mêmes un compte satisfaisant, ils soient saisis et conduits à Boston pour être procédé contre eux suivant ce que l'affaire requerra (1). » A Rhode-Island , les mêmes soupçons s'élevèrent
contre les réfugiés. Ils souffrirent cruellement de l’ignorance et de la défiance de leurs voisins, qui, arbitrairement, prirent sur eux d'effectuer la recherche des armes que l’on avait proposée comme mesure légale.
Les Anglais les plus intelligents et les plus calmes
se joignirent aux Français pour présenter leurs réclamations aux autorités de Boston au sujet de ces violences imméritées. Le gouvernement provisoire du Massachu-
(1) Mass. Archives, XI, 66.
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setts (3 mai 1689), apprenant du « major Richard Smith et de M. Corey [Carré], ministre de la plantation française » récemment établie dans le pays de Narragansett à » Rochester, près de l'habitation du major Smith, que » les habitants de Greenwich insultent et projettent de » violenter les Français de ladite plantation, en leur en- » levant leurs armes, brisant leurs clôtures et détruisant » leurs prairies, ce qui semble une grande extrava- » gance, » les engagea à s'abstenir de tout procédé de ce genre, « s'ils avaient souci de leur propre paix, » ajoutant qu'une pareille conduite mécontenterait au plus haut point la couronne d'Angleterre, les réfugiés français étant reconnus pour de bons protestants et très estimés. Si quelque différend avait surgi entre eux, ils devaient le soumettre à une décision légale (1).
Le 3 mars suivant (1690), le gouvernement de Rhode- Island ordonna aux colons français de se présenter devant John Greene, à Warwick, et de prêter serment de fidélité à la couronne de la Grande-Bretagne , après quoi ils devaient vivre à l’abri de toute inquiétude tant qu'ils demeureraient en paix (2). Les réfugiés ne firent pas de difficultés de se soumettre à ces mesures de précaution; mais ils furent douloureusement impressionnés à la seule pensée que leur profond attachement à une foi religieuse pour laquelle ils avaient tant souffert avait pu être mis en doute. Le pasteur Carré saisit donc joyeusement l'occasion que ses amis de Boston lui procurèrent pour parler en faveur des colons de Narragansett.
« Notre petite colonie , » écrit-il dans sa dédicace à
LA
1) Mass. Archives, XI, 4 UE) History of the State ft Rhode-Island , by S. G. Arnold, I, $19. — (Historical mss., ubi supra).
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John Pastré, « vous aura une vive obligation, car vous
la justifierez par là en quelque sorte des calomnies qui rendaient suspect notre établissement dans ce nouveau monde; car on peut aisément comprendre que des personnes qui conservent une telle doctrine, à cause de laquelle ils ont bravé tant de périls et de misères, ne peuvent raisonnablement pas passer pour papistes, et que c'est un manque de compassion et de charité que de les en accuser. Je crois que c’est le motif le plus sérieux et le plus important qui vous engagera à publier ce sermon. »
Mais le bon vouloir de quelques amis ne pouvait
sauver l'établissement français. Dans l'été de 1691, la colonie fut dispersée et toutes les familles qui la composaient, sauf deux ou trois, se retirèrent à Frenchtown. L'histoire de cette catastrophe nous est retracéc par le docteur Ayrault, dans son style étrange et pittoresque :
La protection*de notre liberté et de notre propriété sous ledit gouvernement ne dura pas deux ans, avant que nous ne fussions inquiétés par la populace, qui abattait nos clôtures et dévastait nos terres, nous en- : levant ainsi tout profit; et nous avions consacré à l'amélioration de ces terres le peu que nous avions sauvé de France. La ruine nous menaçait. Les menaces d’une foule de vauriens jetaient nos femmes et nos enfants dans de perpètuelles alarmes. Ce que nous espérions récolter sur nos terres pour notre subsistance était détruit par des gens qui venaient jour et nuit ouvrir nos clôtures. Il nous semblait si dur d'entendre les cris de nos femmes et de nos enfants, déplorant leur cruel sort, et de nous voir nous-mêmes ruinés, nous qui avions fui devant la persécution et étions venus sous la gracieuse indulgence
ÉLE LE YEES =