RES PRE DE
Introduction. 11
expédition. A leur tête était Philippe de Corguilleray, ieur du Pont, vieux voisin et ami de Coligny, qui vait quitté ses biens à Châtillon-sur-Loing, pour jouir Genève de la liberté de conscience. Ce fut à la deande de l'amiral, secondée par celle de Calvin, que ce énérable personnage {1) consentit à prendre la direcion de l'entreprise (2).
Le groupe des volontaires s'organisa à Genève, avec un joyeux entrain (2 septembre 1556) (3). [ls traversèrent les montagnes du Jura, la Franche-Comté et la Bourgogne, et vinrent visiter l'amiral à Châtillon-sur- Loing. Coligny les reçut gracieusement dans son château, l’un des plus beaux de France, les encouragea dans leur entreprise, leur développa les motifs qui devaient fortifier leur confiance en Dieu et leur promit les secours des forces navales placées sous son com- Imandement. De Châtillon, ils allèrent à Paris où ils passèrent un mois. Richer et Chartier furent heureux d'y trouver une église florissante organisée conformément à la Parole de Dieu. Un an à peine cependant les séparait de la fondation de ce petit troupeau de Paris, la première Eglise réformée de France, et les pasteurs affermirent la foi de leurs frères par les glorieuses perspectives de l'avancement du royaume de Dieu chez les païens. A Paris, nos voyageurs furent rejoints par quelques gentilshommes qui avaient entendu
(1) « Jà vieil et caduc » (De Léry).
(2) Les détails de l'expédition du Brésil sont donnés par de Léry, qui en faisait lui-même partie, et par Lescarbot qui semble avoir eu des renseignements particuliers. La relation du sieur de Léry se trouve dans son Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil, autrement dite Amérique, etc. Genève, 1580, p. 382. In-8.
(3) Lettre de Gallasius à Calvin, alors à Francfort, du 16 septembre 1556. .
parler de l'expédition. Ils arrivèrent à Honfleur, où devait se faire l'embarquement. En attendant l'arrivée des trois navires promis par le roi, les émigrants se viren ten butte à la haine populaire, qui, même en temps de paix, aggravait la situation des protestants de France. Surpris dans leur maison, au moment où ils célébraient de nuit la sainte Cène du Seigneur, ils furent assaillis par la populace fanatique et, dans la bagarre, l’un des réformés, le capitaine Saint-Denis, fut tué. Ce fut le vingt novembre 1556 qu'ils prirent la mer et se lancèrent « au milieu de l’immense et impêtueux Océan. »
Le commandement de l'expédition avait été confié au neveu du sieur de Villegagnon, le sieur Bois-le-Compte. La Petite Roberge, qu'il montait, portait quatre-vingts personnes. Jean de Léry et ses compagnons embarqué: rent avec le capitaine de Sainte-Marie, et un troisième navire, la Rosée, avait six jeunes garçons partis pour apprendre la langue du pays, et cinq Jeunes filles sous la conduite d’une dame.
La traversée dura près de quatre mois. Elle fut déshonorée par plusieurs actes de piraterie commis par Bois-le-Compte sur des navires espagnols et portugais. Ce fut en vain que les émigrants montrèrent au commandant la déloyauté d’une conduite qu’il cherchait à justifier par les coutumes maritimes du temps (1). Enfin un mercredi, le 10 mars, les passagers abordèrent à l’île Coligny dans la baie de Rio-de-Janeiro. « La première chose que nous fimes, » dit Jean de Léry, « fut
(1) Rappelons que Coligny avait protesté énergiquement contre la piraterie , et s'était efforcé de la réprimer lui-même, dans toutes les mers, pour assurer la liberté du commerce (Gaspard de Coligny, amiral de France , par le comte Jules Delaborde. Paris, 1882, t. III, p. 363).
de D PE ét NE nt de,
de nous réunir pour rendre grâces à Dieu. » Villegaenon reçut chaleureusement les nouveaux arrivants. Après les premières salutations échangées, le sieur du Pont exposa les motifs qui avaient porté les émigrants à entreprendre ce périlleux voyage. C'était pour fonder dans le pays une Eglise réformée d’après la Parole de . Dieu. Villegagnon répondit que c'était le plus vif désir “ de son cœur et qu'il voyait avec bonheur commencer “ cette entreprise, qu’il désirait voir leur Eglise se mettre ! à la tête de toutes les églises évangéliques, et que dès lors, le vice serait réprimè, l'immodestie des habillements serait punie et qu’enfin tout ce qui pouvait em- : pêcher le culte de Dieu d’être célébré dans toute sa | pureté serait supprimé dans sa colonie. Alors, joignant les mains et levant les yeux au ciel, il remercia Dieu de lui avoir accordé la bénédiction qu'il lui avait si ar- “ demment demandée ; et, se tournant vers les Génevois, Lil leur parla comme à ses enfants et leur promit son + concours pour hâter le succès de leurs pieux desseins et celui de leurs successeurs dans l'œuvre missionnaire. « Car je veux préparer ici un refuge pour les pauvres | persécutés de France et d'Espagne et d’ailleurs qui, » sans craindre le roi, l’empereur ou tout autre maître, } » désirent servir Dieu en toute pureté et suivant sa » volonté (1557). »
L'entrevue terminée, Villegagnon conduisit les émigrants dans la maison située au centre de Pile, qui ser- | vait à la fois de chapelle et de réfectoire. Alors ils en- | tonnèrent le Ve psaume, d’après la version de Clément |: Marot.
Aux paroles que je veux dire, Plaise toi l'oreille prester :
14 Introduction.
Et à cognoistre t'arrester, Pour quoy mon cœur pense et souspire, ouverain Sire.