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Introduction. 2$
jamais entendues : toutefois, » dit-il, « votre harangue m'a fait remémorer ce que nous avons ouy réciter beaucoup de fois à nos grans pères : à savoir que, dès longtemps et dès le nombre de tant de lunes, que nous n’en avons peu retenir le compte, un mair, c'està-dire Français, ou estranger, vestu et barbu, comme aucuns de vous autres, vint en ce pays ici, lequel, pour les penser ranger à l’obéissance de vostre Dieu, leur tint le mesme langage que vous nous avez maintenant tenu ; mais, comme nous avons aussi entendu, de père en fils, ils ne le voulurent pas croire, et, partant, il en vint un autre qui, en signe de malédiction, leur bailla l’espée, de quoi depuis nous nous sommes tousjours tuëz l’un l’autre, tellement qu’en estans entrez si avant en possession, si maintenant, laissans nostre coustume , nous désistions, toutes les nations qui nous sont voisines se moqueroyent de nous.
» Nous repliquasmes à cela, avec grande véhémence, que tant s’en falloit, qu’ils se deussent soucier de la gaudisserie des autres, qu’au contraire s'ils vouloient, comme nous, adorer et servir le seul et vrai Dieu du Ciel et de la terre, que nous leur annoncions, si leurs ennemis pour ceste occasion les venoyent puis après attaquer, ils les surmonteroyent et vaincroyent tous. Somme, par l’efficace que Dieu donna lors à nos paroles, nos Tououpinambaoults furent tellement esmeus que non seulement plusieurs promirent de d'ores en avant vivre comme nous les avions enseignès, mesmes qu'ils ne mangeroyent plus la chair humaine de leurs ennemis, mais aussi après ce colloque (lequel comme j'ai dit dura fort longtemps) eux se mettant à genoux avec nous, l’un de nostre compagnie en rendant grâces à Dieu, fit la prière à haute
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» voix au milieu de ce peuple, laquelle, en après, leur » fut exposée par le truchement. Cela fait, ils nous » firent coucher à leur mode dans des lits de cotton » pendus en l'air; mais avant que nous fussions endor- » mis, nous les ouysmes chanter tous ensemble, que » pour se venger de leurs ennemis il en falloit plus » prendre et plus manger qu'ils n'avoyent jamais fait » auparavant. Voilà l'inconstance de ce pauvre peuple, » bel exemple de la nature corrompue de l'homme. Tou- » tesfois, j'ai opinion, si Villegagnon ne se fust révolté de » la religion réformée, et que nous fussions demeurés » plus longtemps en ce pays-là, qu'on en eust attiré et » gaigné quelques-uns à Jésus-Christ. Car, comme les » Anglois disent, en l’histoire des Virginiens, que » quand ils se mettoient à genoux pour prier Dieu, » aussi faisoient-ils eux, et que leur voyans remuer les » lèvres, ils les remuoient semblablement, ainsi avons » nous veu faire à nos Brésiliens qui n’estant point fa- » rouches en cest endroit, comme je le disois encore » ci après, seroyent aisez à ranger au christianisme. » (JEAN DE LÉRY).
On connaît peu de recits de traversées plus épouvantables que celles de Du Pont et de ses compagnons à leur retour du Brésil. La relation en a été donnée avec détails par deux des victimes, le pasteur Richer et Jean de Léry. Le navire sur lequel ils avaient pris passage se trouva être une barque délabrée et faisant eau de toute part, avant même d’avoir perdu la côte de vue, cinq d’entre eux perdant courage demandèrent à être renvoyés à terre. On les descendit donc dans un canot avec lequel ils atteignirent, sains et saufs, le rivage; mais ce fut pour trouver, de la part de Villegagnon, un sort plus cruel encore que celui de leurs frères. Les au-
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