Hurmuzaki, XII, p. «44, n. miv
Les prétendants roumains, toujours plus nom-: breux et souvent d'origine assez douteuse, avaient trouvé depuis quelque temps, non seulement le chemin qui menait „au seuil des puissants* de Constantinople, mais aussi le moyen d'obtenir des secours en argent et des protections diplomatiques de la part des Cours d'Occident. Portant dans leurs bagages des généalogies que personne n'était en état de vérifier, prêts à énumérer les souffrances indicibles, les longues persécutions qu'ils avaient dû endurer de la part des Turcs, ils quémandaient quelques ducats pour pouvoir continuer un voyage qui devait nécessairement aboutir à la proclamation de leurs droits uniques et exclusifs, c'est-à-dire à la possibilité pour eux de témoigner leur reconnaissance envers ceux qui auraient eu pitié de leur malheur.
L'Angleterre eut aussi de ces visiteurs bizarres sous cette reine Elisabeth dont le renom avait pénétré en Orient, oii tel Vizir était d'avis qu'elle pourrait bien épouser le Saint-Père, célibataire jusqu'à cette heure. Le premier arrivé est un certain Jean Bogdan, qui se disait fils d'Étienne-le- Jeune et de la fille d'un Vornic moldave, et frère de cet autre Jean qui fut vaincu par les Turcs et déchiré par des chameaux; c'était sans doute un Roumain, qui connaissait les derniers événements dans les principautés, mais il signait en caractères grecs et, ce qui est bien curieux, ces lettres gros-
sièrement alignées forment un autre nom, celui d'Ilias-H^iie.
Après un premier séjour en Angleterre, il traversa l'Italie septentrionale, la Suisse et passa quelque temps à la Cour de Henri IV, dont il attendait son rétablissement sur le trône des ancêtres; on y crut en effet à sa descendance et à sa mauvaise fortune. Laissant son fils en France, Jean Bogdan se rendit de nouveau en Angleterre en 1595, muni de lettres cju roi à l'adresse d'Elisabeth et de l'ambassadeur français, de Beauvoir i ; Henri IV le recommandait, du reste, aussi „au sieur Marian}^. ambassadeur pour la royne d'Angleterre près le Grand Seigneur" 2. Le prétendant moldave était même chevalier de l'Ordre royal, et le titre est mentionné dans deux de ces missives.
Les informations manquent sur cette seconde visite à la Cour de la reine. L'aventurier erra penfdant de longues années à travers l'Europe sans se risquer jusqu'à la Porte, où il aurait trouvé sans cioufe le crue! accueil réservé aux gens sans protcclion et CQjnplètenient dénués d'argent 3.
^07-108: Leîtres
de Xivroy, III,
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, r. 220 et suiv.
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XI, p. xciv»
lancu, dit le Saxon (Sasul), prince de Moldavie^ s'était enfui en Pologne après sa déposition, et le Toi Etienne Bàthory crut devoir venger d'anciennes offenses en faisant décapiter le pauvre réfugié. Sa veuve vécut pendant longtemps en Galicie; elle accompagna plus tard son fils Bogdan à Venise, — où elle maria une de ses filles à Giovanni Zanne, — puis à Constantinople, où elle tâcha d'obtenir pour lui la principauté de Valachie. Le jeune prince s'enfuit avec les restes de l'armée turque vaincue; la faillite de la maison vénitienne des Ludovic! lui fit perdre bientôt son avoir. Il allait être pendu pour avoir comploté la mort de l'ambassadeur polonais Stanislas Golski, quand il trouva des appuis dans l'ambassadeur de France et dans le bailo de Venise. Une occasion d'être nommé en Moldavie fut perdue pour lui par la rupture d'un projet de mariage avec la fille, restée chrétienne, d'un Vénitien renégat, Youssouf-bey Cievatelli.
Le prétendaint crut devoir changer de nom pour changer de fortune. Un Etienne Bogdan, dit le Sourd, avait régné en Valachie de 1592 à 1593; peu de temps après sa destitution, il était mort dans un combat contre la ligue chrétienne du Danube. Notre Bogdan paraît en 1602 sous ce nouvel aspect; l'ambassadeur d'Angleterre, Lello, était son
«et note 7. '■':• ;'p. 199-200, n. rccxKvm; pp. 294-
205, n.-.-.: x' x^ii; pp. 239-242; p. 243, n. c.:<:xxxiii ; p. "709, not.-^ 1.
hôte, son créancier et son protecteur. II croyait pouvoir faire pour cet exilé ce que Barton avait lait pour Aaron et pour MicheP.
Etienne Bogdan, arrivé sur un vaisseau vénitien, présenta à l'ambassadeuT'des lettres de la reine, qu'il prétandait avoir servie sous les armes en Flandre: il espérait pouvoir remplacer Jérémie Movilâ, vassal des Polonais, comme prince de Moldavie 2. La guerre soutenue par les Turcs contre les «usurpateurs", protégés de l'Empereur et du roi de Pologne, en Valachie, paraissait lui être propice.
Le nouveau venu cependant ne réussit pas, n'ayant pas de quoi payer des patrons turcs assez puissants pour lui donner le chapeau princier; et il passa même quelque temps, à côté du concurrent, dans la prison et aux galères. Enfermé au château d'Asie des Dardanelles, il y resta jusqu'en 1606, et s'en échappa en habits de femme. Il se décida alors à demander une seconde fois la protection du roi d'Angleterre.
La généalogie tendencieuse, erronée par endroits, mais en général assez exacte, qu'il présenta à Jacques I-er, nous a été conservée 3. Etienne Bog-
L D'après les Yi\ .ifiens contenus dans le
volume IV, 2-e parue, dos «Documents» Hurmuzaki ; dans nos «Prétendants», ioc. cit., p. 251 et suiv.