Nos Documente Brâncoveanu, Bucarest 1901, p. 123, note
^i grande et rare distinction, sur la lisière de la Capitale même du pays; outre le boïar Radu Izvoranu, deux des oncles du prince, le chef de l'armée, Michel Cantacuzène, et son cousin Serban, les accompagnaient. A ce moment, lorsque la cavalerie valaque parut sur la hauteur de Vâcâresti, où devait s'élever plus tard un des plus beaux couvents du pays, il n'y avait rien sur cette place. L'ancien ambassadeur tut conduit en grande pompe à ses logis, le 4 mai.
Dès le soir, le Voévode roumain alla voir tout seul son visiteur sans attendre ses hopimages personnels, car Paget n'avait envoyé pour présenter des remerciements que son frère avec trois personnes de sa suite. Il fut reçu par l'étranger au bas de l'escalier, „avec beaucoup d'honneur et de compliments". Le prince monta à sa droite dans le salon et y resta deux heures entières à converser avec son hôle, qui le conduisit jusque dans la rue, où l'attendait le cheval.
L'audience solennelle eut lieu le lendemain, un samedi, le gendre de Brâncoveauu, Radu, fils du prince llias, qui avait régné en Moldavie, étant allé le prendre avec quatre carrosses princiers, dont celui qui était destiné au diplomate surpassait tous les autres; un détachement d'infanterie ac- ^ compagnait le cortège. Les deux fils aînés de Brâncoveanu conduisirent Paget au haut du grand escalier jusqu'à la loggia où l'attendait le chef du pays.
On passa d'abord par la grande salle du „Di- "van", du Conseil, où, selon ia coutume turque ré- 'Cemment introduite, dans un pays qui avait vécu pendant longtemps dans ses traditions indigènes, correspondant plutôt à celles de l'Occident, étaient rangés les commandants d'une armée qui ne signifiait plus que la s mple garde d'un maître <jui n'avait pas d'armée permanente pour défendre son pays. Dans la salle voisine, de la Spatarie (le Spatar était le xhef des troupes) se trouvaient tous les boïars du pays, rangés après leurs dignités", et, au moment où cet étranger de grande distinction fit son entrée pour y rencontrer le Voévode, les quatre canons de la Cour donnèrent le salut.
Brâ'icoveanu offrit au représentant de l'Angleterre son propre trône, se bornant à s'asseoir sur le rebords d'un lit, à. la mode orientale. La conversation devant une assistance nombreuse se borna, cette fois, naturellement aux compliments d'usage, auxquels ne participa cependant persn:-;ne des assistants. Le repas solennel suivit,.indispensable à la fin d'une audience, à Bucarest et à Jassy aussi bien que dans ia Capitale des Sultans qui servait de modèle pour tous les actes de la vie publique: le côté droit était occupé par l'ambassadeur et sa suite, le côté gauche par les boïars. Selon la coutume du pays, on porta des toasts au milieu du fracas des détonations d'artillerie et du crépitement des fusils de la garde.
Le Prince parla pour l'ambassadeur et l'ambas- ;sadeur pour le prince. „Et, par suite de la grande liesse qu'il y eut, l'hôte et ses boïars s'enivrèrent pour tout de bon", „sans qu'ils y fussent cependant contraints", ;ijoute le rédacteur de la chronique officielle. Paget ne partit pas cependant sans être revêtu tant bien que mal d'un pelisse de zibeline, a'nsi que le prescrivait l'usage à l'égard des visiteurs de son importance de même qu'à l'égard des simpies boïars promus aux fonctions. Puis le cortège se forma de nouveau, et le jeune prince, gendre de Br?ncoveanu, conduisit l'Anglais à son domicile passager, „pour s'y reposer".
Il y eut une nouvelle visite du prince au diplomate anglais, Brâncoveanu p.yant pris le chemin dérobé des riches jardins qui entouraient sa résidence et s'étendaient aussi sur la rive opposée de la Dâmbovita qui traverse Bucarest. 11 y eut regain de comph'ments — le terme se rencontre pour la première fois, avec son air occidental, dans le récit: complément iiri — et de nouvelles discussions politiques. L'audience de congé de Paget eut lieu Je lendemain sans aucune autre pompe que celle que pouvaient déployer ces voyageurs euxmêmes, qui paradèrent pour la dernière fois dans les carrosses de la Cour. Le prince attendait dans son kiosque de plaisance au milieu de la fraîche végétation du printemps. Paget put admirer la beauté de ce mois de mai danubien, tout enbaumé
de la senteur poivrée des lilas et éclairé par un doux soleil caressant. On s'attarda à parler dans cette après-midi lumineuse sur ces clioses d'Orient dont l'Anglais avait une si longue pratique et dans lesquels Brâncoveanu lui-même, qui sut retenir pendant plus de vingt-cinq ans un trône subminé par les intrigues, était depuis longtemps passé maître.
Chishull, l'ancien chapelain de Smyrne, qui accompagnait l'ambassadeur, avait aussi d'autres préoccupations que celles de son chef. Il se rendit auprès du Patriarche de Jérusalem, l'érudit Grec qu'était Chrysanthe Notaras, et il le trouva dans le couvent, de fondation récente, dédié à Saint- Georges, avec ses «larges appartements et magazins pour les marchands, dont la vente peut produire jusqu'à vingt bourses par an"; il y vit cette imprimerie oij un prélat réfugié de Syrie, le Patriarche d'Antioche. qui dédia à Brâncoveanu une brève histoire de son Siège, faisait imprimer les beaux ouvrages en lanarùe arabe qui furent les premiers à servir aux chrét-'ens de Syrie. Parmi les publications grecq'ies de ces mêmes presses le visiteur mentionne l'onvrage, paru peu auparavant de l'hiéromonaque Maxime combattant contre les catholiques, ennemis oarticuh'ers des moines orthodoxes de Jérusalem i. D'ailleurs Paget lui-même accepta de
1. Travels in jurkey and back to Enffland, Londres 1747, p. 80 ; le passage est reproduit dans Beza, loc, eit., p. 281.
transmettre à la Cour de Vienne les doléances — qui furent, du reste, très mal accueillies — du prince de Valachie contre les persécutions qu'endurait de la part des Jésuites magyars et allemands l'ancienne Église orientale des Roumains de Transylvanie rattachée par une longue tradition hiérarchique à cette Valachie ',
Le ministre partit le lendemain, „avec la même pompe qu'à son arrivée, accompagné des mêmes boïars et dans le beau carrosse, avec le gendre de Sa Grandeur". Dans la banlieue de Bucarest, sa suite roumaine prit congé de lui, mais il eut jusqu'aux frontières la garde d'honneur et de sûreté d'un drapeau de soldats valaques. Le chemin suivait le cours de cette même Dâmbovita, dont le visiteur avait pu voir les eaux troubles et limoneuses se traînant entre les hautes berges des jardins du prince. Ci et là s'élevait ces villages aux petites maisons blanchies à la chaux dont le secrétaire florentin du Voévode, Del Chiaro, vante la propreté irréprochable. Des konaks, des relais étaient préparés pour sa réception, et les paysans des environs faisaient de bonne grâce l'office de guides, de. pourvoyeurs et d'auxiliaires)
C'est ce que nous pouvons ajouter sur la base desnombreux récits de voyage qui nous ont été conservés surtout pour le dix-huitième siècle, à l'exposé, don! tout pittoresque est résolument écarté, de l'annaliste