Harmuviaki, Documente, XI, p. 113 et stiiv
la grande défaite de Pierre-le-GYand, et par Husi, où le Tzar conclut son traité avec le Grand-Vizir vaiiiqueur. Les champs de Jutora, à l'embouchure de la Jijia dans le Pruth, n'avaient pas vu encore le triomphe peu sanglant du chancelier polonais Zamoyski contre les hordes du Khan. A lasi (Jassy), capitale de la province, Newberie mentionne dabord le douanier, un Grec connu par les actes de commerce de la ville de Lembei-g, Nicolas Neuridès, qui prélevait 24 aspres sur les bœufs et vaches (20 pour ceux des marchands polonais) et 5 thalers, 10 aspres pour les tonneaux de vin: puis le château, dont la description concorde avec celle qu'on trouve dans les commentaires de Heidenstein : enceinte de palissades et sur la place, le gibet. Il voit aussi le lac du château, la rivière de Bahluiu et le couvent, récemment bâti, de Socola. La description du costume porté par les femmes ressemble, ici encore, à celui des Bohémiennes, qui avaient aussi attiré l'attention de Fourquevaux par les ^grandes roues" ornées qu'elles mettent sur leurs cheveux. De Jassy. Newberie revient sur la rive du Pruth à Stefânesti. qui reçut plus tard provisoirement une garnison polonaise, pour atteindre Je Dniester à Hotin'.
.1. Purchas àis pilgrimes, 102.>, chap. iv, p. 1430; tvn- «Iqctiou roumaine de M. M. Beza dau.s le journal Roihânul d'Arad, reproduite, avec des corrections et des Jîotes, dans notre revue «Neamul Romànese litcrar», anh^e 1912 niai ; cf. le même, dans VEngUsh ftistorkat ./?tv/ew', XXXII , pp. 278-279.
Henri Austell visita à son tour, vers la fin du ^XVI-e siècle, la principauté, administrée alors par >un prince maladif et débonnaire, heureux de donner l'hospitalité aux étrangers, Pierre dit le Boiteux. ' Il obtint son passeport turc vers le mois de septembre 1586, par l'intervention de l'agent de la reine Elisabeth à Constantinople, William Harebone, qui, après une première résidence, de 1579 à 1581, était revenu, avec des lettres de créance, en 11582; un autre «gentilhomme anglais" devait accompagner Austell, et les lettres de passage du Sultan le nomment „jacomo de iVlanuchio". ,,Les Voévodes de Bogdanie et de Valachie", ainsi que les commandants turcs jusqu'au Danube, devaient accorder aide et protection nuj^ deux Anglais et à leur compagnon de route, qui n'avaient pas cependant la permission d'acheter les chevaux «utiles au service" du Sultan.
Austell seul fit le voyage: il s'embarqua pour Varna et arriva par les bouches du Danube à ïssaktsché (aujourd'hui Isaccea, dans la Dobrogea roumaine), gué habituel pour les armées turques qui se dirigeaient contre des ennemis au Nord du fleuve. Il mentionne dans son récit que ces Moldaves, ces „Bogdaniens" ,sont chrétiens, bien que sujets des TTurcs". Le long de la rivière du Pruth, ■passant par la bourgade de Fâlciiu, Austell pénétra aussi jusqu'à Jassy. Ces brèves notes ne nous renseignent pas sur l'aspect de la ville et de la Cour, qui paraissait en 1585 à Fourquevaux, „ assez
belle", empreinte de ^grandeur" et de «majesté"^, avec ses „trois à quatre cens soldats vestus k l'hongresque, armez de cimeterre au costé et d'une hache à la main", ni sur la personne du bon vieux prince boiteux qui, d'après le témoignage du même écrivain, „assis soubs une fraiscade, et tous ses principaux officiers autour, escoutoit les plainctes, indifferamment, de tous les venants, lesquels, à cent pas de luy, à genoulx, faizoint à haute voix l'un après l'autre leurs doléances*, comme jadis le saint roi de France sous l'arbre légendaire *. Mais le ^gentilhomme anglais* trouva aussi ,tout l'acueil et bonne chère" dont son prédécesseur fait un éloge reconnaissant. „Nous en reçûmes" — de la part du prince et des boïars — „une grande courtoisie". Malgré l'ordre du Sultan, les voyageurs ne payèrent rien jusqu'aux frontières de la Moldavie. Ils suivirent cette route du Pruth jusqu'à ^tefànesti, d'où ils prirent la direction vers Hotin. Un peu en amont de la rivière, Austell put voir les tours blanches de Kamieniec, forteresse du roi de Pologne 2.
Fourquevaux, lui aussi, avait suivi cette nouvelle voie, qui tendait de plus en plus à remplacer
' i. Nos Actes et fragments cités, I, pii. 37-88.
2. The principal navigations, voiages, trajfiques and dis~ coveries of the english nation, etc., by Richard Hakluyt,. <fd. d© 1598, Tol. II, 2-e partie, pp. 196-198 ; «no 8©- (?oflde édition a paru en 1809-11: Hirmuenki, Documente. Xf, pp. 194-195, H. ccciï.
la route de Nich et Belgrade, plus commode cependant pour ceux qui se rendaient en Allemagne, et il parle du «petit chasteau" de Hotin, „ceint de hautes murailles de brique, faict à l'antique et commandé de tous les costez K Harebone lui-mêtqe avait choisi la route de Moldavie, de la Pologne et de la Mer Baltique lorsqu'il revint en Angleterre pour y demander ses lettres de créance en 1581. Il l'employait aussi comme marchand et il envoyait souvent ses facteurs au-delà du Dniester, pour y acheter, sans doute, les fourrures du Nord, si recherchées 2; les princes de Moldavie exportaient»: du reste, par la Pologne et la Mer Baltique, jusqu'en Angleterre, leurs troupeaux de bœufs, et les marchands de Danzig, qui avaient de fréquentes relations avec les deux principautés roumaines étaient des clients des Anglais pour certaines marchandises qui étaient déjà demandées en Valachie aussi bien qu'en Moldavie avant 14503. Lorsque^