‹ Histoire des relations anglo-roumainesChapitre 36 sur 74 · P. 40, note · texte numérisé non relu

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jourd'hui, sur le haut portail cle laquelle on lit encore, entre les insignes des Voévodes, drapeaux^ glaives et canons, cette noble devise: „ c'est ici la porte de la justice" ; quant au palais de Bucarest, il venait de brûler en 1813, et les Voévodes habitaient dans des maisons particulières. On a gardé les anciens pavés de bois, sous lesquels grouillent les immondices. Chaque boïar a son carrosse à la mode occidentale, de provenance viennoise, et il ne consentirait pas à faire à pied la moindre course; on voit rarement à cheval, plutôt dans les cortèges, les membres de cette aristocratie, dont les indigènes descendaient cependant d'une classe guerrière. Il n'y a pas encore de fiacres pour l'étranger; il faudra attendre la ptochaine occupation russe pour avoij" les drochkas et les birje, à la moscovite, qui ont gardé jusqu'aujourd'hui leur caractère. Un Allemand vient d'ouvrir un hôtel à Bucarest ; à Jassy on doit se contenter encore des khans, pareils à ceux de Turquie, avec la grande cour intérieure pour les chevaux et les voitures et tout autour, sous les arcades de bois des corridors, les chambrettes pour les voyageurs eux-mêmes, avec leurs divans recouverts d'étoffes indigènes ou de percale rouge aux fleurs noires,

. Wilkinson a entrevu seulement l'importance de l'art roumain représenté par ces centaines de petites- églises et les nombreux couvents, comme il ne se rend pas compte de la valeur de la civilisation roumaine dont ces bâtisses représentent la

fine fleur. Il donne cependant le premier une description enthousiaste du couvent, plus tard célèbre, d'Arges: „Tout l'extérieur est entièrement en marbre sculpté, en quelque sorte dans le style du clocher de l'église de Saint Etienne à Vienne, mais beaucoup plus élégant. L'ensemble produit un effet très frappant; et, comme l'édifice a gardé parfaitement sa beauté originale, c'est certainement un monument dont les Valaques peuvent se vanter dans n'importe quelle partie de l'Europe'".

Le Grec, maître par la grâce du Turc et par la tolérance de la noblesse roumaine, son associée, de ces pays qu'il exploite, est décrit de main de maître: „Aussitôt que la possibilité de prendre part à l'administration publique fut connue par les Grecs, ceux parmi eux qui étaient familiers avec la langue turque et les langues européennes, abandonnant toutes les autres carrières, se constituèrent en une classe distincte, qui s'arrogea le titre de noblesse et le droit exclusif d'être appelée au service de l'État 2". Envers les boïars in-

1. „The whole of the exterior work is entirely of carved marble, something in the style of the steepl» ot St. Stephen's church at Vienna, but far more élégant. The whole produces a very striking effect; and, as it has perfectîy preserved its original beauty, it is certai«ly a monument that the Wallachians may boait of in any part of Europe" ; p. 18.

2. ,No eooner was the possibility of sharing in the public administration manifested to the Greeks, than su«h as were versed in the turkish and european

digènes, le consul anglais est cependant injuste ; s'il les avait fréquentés plus qu'il ne l'a fait, il aurait reconnu que leur connaissance du grec classique n'était pas superficielle — Grégoire Brâncoveanu écrivait dans le plus pur style ancien, et il avait des notions de philosophie — et qu'ils ne notion pas seulement par la pratique — de nombreuses traductions, excellentes, le prouvent — le français, que leur avaient inculqué dès l'enfance des émigrés qui ne manquaient souvent ni d'intelligence, ni de bonne volonté. Et, lorsqu'il parle des maîtres de langue roumaine qui fonctionnent dans les écoles publiques récemment établies ^ il'ne se doute pas, n'ayant guère connu, l'esprit du pays où il résidait, que parmi eux se trouvait ce Georges Lazâr, continuateur du grand courant national de Transylvanie, qui avait déjà introduit à Bucarest les idées régénératrices dans lesquelles se trouvait en germe tout l'avenir de la nation. En ce qui concerne enfin les traits moraux de cette aristocratie pompeuse, aimant les dehors, déshabituée du travail à la campagne, très mêlée sans doute et dans laquelle les parvenus apportaient leurs vices, les nombreuses fondations ecclésiastiques et

languages, abandoning ail other poursuits, formed themselves into a distinct class, which assumedthe title of nobility and the exclusive right ot being called to the service of the State" ; p. 98. 1. Ibid., p. 130. Ibid., p. 131.

les hôpitaux admirables, on verts à tous les malades et les infirmes, montrent bien que r„argent n'était par leur seul stimulant".

Toutes ces assertions ne sont pas plus vraies que celle que les Roumains, qui avaient traduit dès 14C0 la Bible dans leur langage, — qui n'est pas „un mélange corrompu de termes étrangers", maisbien une délicate formation linguistique à base latine, — ne connaissaient jusqu'au XVlII-e siècle les Écritures Saintes que „de nom" {„by réputation"). Le critique allemand Ne ugeboren avait donc raison, une vingtaine d'années plus tard, lorsqui'il taxait de misanthrope ne trouvant rien à son goût celui qui déniait même aux dames roumaines, bien que gracieuses, vives et sveltes, la vraie beauté.

S'il décrit les cérémonies de Noël de la Nouvelle Année, de l'anniversaire du prince, de Pâques, avec le baise-maîn de Leurs Altesses, c'est qu'il s'est trouvé lui-même à ces occasions, parmi le nombreux public aux longues barbes et à la tête rasée. Il prit part peut-être aux Divans des boïars qui assistent le prince au tribunal de ses jugements et contrôlent sa gestion financière ; il a défendu lui-même les droits de ses Céphaloniens devant les instances judiciaires de Jassy et de Bucarest; il a vu les nouveaux fonctionnaires défiler dans la voiture d'apparat delà Cour ou chevaucher sur un cheval de leur maître, entre les tschochodars ou laquais qui forment leur suite. La partie financière

est rédigée d'après les registres mêmes de la Vestiarie, du Trésor princier.

La description du pays, qu'il a traversé mainte fois dans la légère voiture de poste, sur la paille, est plutôt brève. En dehors de l'admiration pour les beaux sites i, elle concerne surtout les profits qu'on pourrait en retirer avec un meilleur gouvernement, à côté de l'exposition des revenus actuels des princes et de la production générale. Quelques pages sont consacrées à la ville de Galatz, qui était arrivée à être une place de commerce très importante, dont les négociants réussissairentà faire passer à l'étranger les articles même dont l'exportation était défendue parce que la Porte s'en attribuait le monopole: „le nombre des habibitants qui y sont fixés ne dépasse pas 7.000, mais le grand afflux de population occasionné chaque année par les transactions lui donne l'atr d'être très peuplée, et il y a tout le va-et-vient d'une place de grand commerce". Les épices, les citrons et les oranges, les vins du Sud sont dirigés de Galatz et des deux capitales, qui forment aussi des entrepôts toujours chargés, sur la Bucovine et la Galicie non moins que sur la Transylvanie, le Banat et le Serbie 2,

Déjà des vaisseaux apportent sur le Danube des marchandises allemandes, du coton, des verreries.

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