Jhid., p
2. Travels in Georgia, Persia, Armenia, ancient - Babylonia, etc., ditring thc years 1818, 1819 and 1820. 2 vol., grand in 8", Londres 18J1?.
un récit infimment plus étendu et empreint d'un tout autre sentiment du rôle d'un auteur de voyages est donné pour ce moment du développement de la société roumaine par le docteur Mac-Micnae!, qui traversa en 1817 la Moldavie pour se rendre en Russie. De fait ses pages, citées déjà par Wilkinson, sont, par les places et les personnages qu'elles présentent dans la clarté crue de l'observation directe, le meilleur commentaire et parfois un commentaire critique du livre d'exposition historique et satyrique dû à ce dernier i.
Le voyageur vient par la Bessarabie, cette Moldavie orientale, entre le Pruth et le Dniester, que la Russie venait de s'annexer par la paix de Bucarest, cinq ans auparavant. Il trouve le chariot de poste qui le cahote en quatre jours de Novi- Dubosary (Dubâsari en roumain) à Chisinàu- Kichéniev, capitale de cette nouvelle province du Tzar, petite bourgade aux magazins bas couverts de bardeaux, qui débitaient tout ce qui pouvait être demandé par les clients paysans des environs aux bouges de changeurs juifs. Pour la première fois le médecin anglais put voir les équipages viennois des boïars, ayant des Arnaufes pour laquais, la valetaille esclave des Tziganes innombrables, le paysan indigène, de belle race solide. Les premiers Phanariotes lui apparurent à la frontière,
1. Journey from Moscow to Constantinjple in the vears 1817, 1818, Londres 1819.
dans la personne des officiers du passage et du ^secrétaire des pagsporls", friands de pourboires «qu'ils ajoutaient, comme sur tous les points de la Turquie, aux droits pervus pour l'État. Après trois nouvelles heures de chemin, Mac-Michael se trouvait à Jassy, où il descendit dans la maison du Arice-consul d'Angleterre.
Ce qui l'intéresse d'abord c'est le boïar avec ses vêtements de coupure orientale et l'immense „islic", 33onnet rond couvert de peau fine de mouton, qui le coiffe, — dans des proportions qui correspon- <ient à celles de son rang. 11 expose journellement «on importance dans les calèches que le voyigeur Irouvi être usées et mesquines. Le jeu de cartes, introduit par les officiers des armées d'occupation, ■sé\\t; des aventuriers étrangers fraternisent'autour «de la table de pharaon avec l'aristocratie moldave ■qu'ils dépouillent. D'autres étrangers font le commerce, donnent des leçons de langue — des Français,— exercent la prefession de médetin —, deux Allemands de Hannovre. Un Grec de Candie, bien connu par ailleurs, Emmanuel Bernard, a établi une typographie aux beaux caractères, qui ne lui rapporte pas, de sorte qu'il désirait s'en retourner dans son île.
Le prince, Scariate Callimachi, reçut le médecin anglais à la suite de la grande cérémonie au cours de laquelle il avait créé de nouveaux dignitaires de -son État, leur donnant de sa propre main, avec le bêtement d'honneur, — le caftan, — le bâton, insigne
de chaque charge. La salle du trône était ornée d'une fresque portant les emblèmes des districts du pays entier, tel qu'il était avant 1812; l'arc €t les flèches étaient fixés près de la chaise du Voévode. Des discours en grec furent échangés -entre lui et ses officiers nouvellement investis, car à cette époque la langue du Phanar commençait à gagner un caractère officiel qu'elle disputait à la langue du pays et du peuple, — phénomène de conquête culturale que la révolution seule put empêcher dans sa marche. Une brève conversation •en français avec Callimachi ne changea pas la mauvaise opinion de notie médecin en ce qui concerne tout ce qui se trouvait en Moldavie; il juge indiscrètes certaines des demandes, de caractère politique, posées par le potentat phanariote.
Par Bârlad, Tecuciu et Focsani le voyageur se dirige vers la principauté voisine. Fo:çani, sise à cheval sur la ligne de frontière même, entre les deux pays de même race et de même langue, avait un staroste anglais, dans la personne d'un Grec natif de Zante; c'était un fermier qui avait son exploitation agricole dans le voisinage, employant quatre cents paysans dont il déplorait, à raison ou à tort, l'indolence ; il élevait des volailles et vendait du vin, les vignobles voisins étaint célèbres.
Le premier abri en Valachie fut une tannicre enfumée, du côté de Buzâu, une demeure souterraine tellement primitive qu'elle ne pouvait pas même être comparée avec les autres que Mac-Michael
avait rencontrées en Sicile, en Grèce, en Egypte et en Nubie. L'état du paysan, soumis à des „ispravnics", fonctionnaires qui ont payé pour avoir leur charge et qui doivent se refaire sur le compte de leurs administrés, est décrit dans des termes impressionnants ; les supplices auxquels sont soumis les contribuables qui ne peuvent pas fournir leur quote-part de l'impôt : fustigation, fumigation et autres «raffinements de barbarie", sont vraiement pris sur le vif; c'était au moins le „système" financier valaque, d'après une recette que les agents grecs et leurs disciples roumains avaient emprunté aux zaptiés turcs, qui, ceux-là, opéraient au moins in anima vili, sur des chrétiens qu'ils méprisaient.
Plus que la vie intime de cette aristocratie, l'étranger a connu la vie sociale, surtout celle de Bucarest, avec ses promenades lentes et fastueuses au lac de Herestrâu — six ou sept cents carosses —, ses bals masqués, son „ch)!' noble", ses spectacles d'opéra allemand et de . -omédies traduites en valaque" ', avec ses tables ae jeu, ses fêtes de famille et enfin avec l'orchestre des Tziganes et les nouvelles danses européenes remplaçant la hora ancienne qui continue à être chérie dans les villages. Et cependant il parle du poète Vâcârescu, qui, ayant une maison de campagne à Bâneasa, près de la promenade publique, ouvrait largement
son jardin au public et dépensait de ses deniers: pour satisfaire ses hôtes, peut-être inconnus, auxquels lui et sa femme faisaient les honneurs de leur modeste demeure. S'il y avait dans une partie de ces familles des ménages contractés à 'la légère, une vie frivole et tout extérieure, des divorces fréquents, il y en avait d'autres qui conservaient les anciennes traditions dans toute leur pureté patriarcale. On n'a qu'à fouiller parmi leS' lettres privées et parmi les testaments de l'époque. C'est un moyen d'information supérieur aux racontars par lesquels souvent la partie la plus corrompue d'une société cherche à réduire l'autre à son propre niveau.
„I1 n'y a peut-être pas de peuple plus opprimépar un pouvoir despotique et plus lourdement accablé d'im.pôts et de taxes que la classe paysanne de la Valachie et de la Moldavie; et il n'y ena pas peut-être une autre qui consentirait à souffrir la moitié de ce fardeau avec la même patience et résignation apparentes i", tels sont les termes par lesquels Wilkinson ouvre le chapitre consacré à la population rurale des Principautés.
1. „There does not perhaps exist a people labouring under a greater degree of oppression from the effect of despotic power, and more heavily burthened with impositions and taxes than the peasantry of Walachia and Moldavia ; norany who would bear half their wefght with the same patience and seamiog résignation" ; p. 155.
'C'est la pure vérité, mais, si l'écrivain interprète >cet état d'esprit, témoignant d'une douceur admirable, comme une preuve de „stupeur et d'apa- Ihie", il se trompe encore, car, un an après la publication de cet ouvrage, le fils de paysan Théodore Vladimirescu levait le drapeau de la révolte contre tous ces abus et, comme son ancien ■camarade dans la lutte contre les Turcs en 1807- 1812, Carageorges, chef de la révolution serbe, il proclamait hautement le droit du peuple d'être seul maître de ses destinées.
Les détails consacrés à l'humble vie de ces paysans, contents de peu dans leurs chaumières, d'une simple beauté, sont, du reste, authentiques, comme tout ce qui est, dans cet ouvrage, pure description. C'est, dit-il en passant, „une belle Tace", portant encore le costume classique de ses •ancêtres, tels qu'on les voit sur la Colonne de Trajan. Si le long des routes fréquentées par des maîtres insolents et par des étrangers prétentieux •on ne voit que le désert, les belles vallées fleuries pendant la belle saison sont remplies de villages où vit, dans l'opulence d'une riche nature, un habitant content, qui ne lui demande qu'un faible tribut. Pour les cent cinquante mille Bohémiens esclaves il y a un paragraphe spécial '.
Quant aux étrangers, ils ont entre leurs mains les banques — les changeurs ou zarafs — , ils sont
i. P. 168 et suiv.
les artisans des nouvelles modes, les professeurs, les médecins et les pharmaciens; il faut ajouter les hôteliers et restaurateurs d'immigration plus récente, sans compter les fermiers transylvains ou hongrois des boïars, que le prince de Moldavie tâcha vainement d'expulser en 1815 1. A la tête de ce monde international se trouvaient les consuls: Wilkinsoii raconte la manière dont ils furent établis, dans le dernier quart du XVlII-e siècle, mais il renonce à juger leur activité, qui était très souvent celle de gens poursuivant leurs propres intérêts ou vengeant leurs rancunes personnelles. Nous savons par ailleurs que le gouvernement leur servait à Bucarest un „taïn" journalier de quatre ocas de viande, de huit pains, outre le bois de chauffage et le foin.
Et l'avenir de ces beaux pays et de cette race qui n'est pas moins douée, quels que fussent les défauts de ses gouvernants et les vices de ses exploiteurs Wilkinson ne croit nullement à la possibilité d'une vie nationale roumaine : n'ayant jamais rien lu de la nouvelle littérature, n'ayant jamais écouté un représentant de l'esprit nouveau, il en trouve l'idée absurde et la réalisation impossible. Il aurait fallu décider de leur sort au congrès de Vienne, en y faisant venir les plénipotentiaires de la Turquie pour leur prouver que la possession des Principautés par le Sultan est aussi