ibid., XVII, p
2. Voyage en Turquie et à Constantinople, Paris 1?28,, 2i-i édition 1854; traduction allemande 1828; trftictuc— Mri hollandais^e 1129.
-nir des entretiens de son ami. Mais ce ne fut qu'en 1856 que Gorjan, qui publiait un calendrier, trouva nécessaire, en relation avec le mouvement qui devait amener l'Union des deux pays, de donner en traduction roumaine les passages concernant l'aspect du pays et le caractère des habitants. Comme ces passages sont d'une importance toute particulière, nous chercherons à refaire l'original, qui. malheureusement, peut être considéré comme définitivenient perdu :
^Le territoire dès Principautés roumaines est classique comme une Italie : son intérieur et sa surface sont remplis d'objets antiques romains, qui donnent abondamment tous les matériaux nécessaires même au pinceau historique le plus malhabile ; rien ne manquerait pour prouver, cm toute vérité, que ces régions ont été pleines de la gloire des dominateurs du monde, dont les traces se conservent encore jusqu'aujourd'hui, et se conserveront éternellement, surtout dans la Petite- Valachie, où on ne fait un seul pas sans rencontrer un souvenir, quel qu'il fût, qui ratlirmc.
„Les indigènes .de ces Principautés, qui y ont été colonisés par Trajan et autres des empereiifs ses successeurs, vers le commencement du U-e siècle de l'ère chrétienne, et sont mélangés avec les aborigènes daces, prouvent aujoyrd'iiui ancore une <jrjgme dace indiscutable, entre beaucoup d|autrçs traits, par le costume et l'extérieur des figures de Daces sculptées sur la Colonne de Trajan a Rome,
par leur habilité comme cavaliers, surtout sans selles, par leur sang-îroid devant toute menace, par leur dextérité à se construire tous seuls des habitations, des moulins, des chariots, après les avoir tout simplement vus chez un autre, à se fabriquer eux-mêmes leurs vêtements. De même par les habitations souterraines qu'ils affectionnent et leur nourriture favorite: lait caillé, choux aigres et vinaigre, par leur coutume de voyager en portant les ustensiles qui leur servent pour se préparer aussitôt et à chaque moment une nourriture fraîche, ce qu'on ne voit pas chez un autre peuple. Ensuite par leur courage incomparable de dompter sur-le-champ les chevaux les plus récalcitrants et n'importe quel animal, par leur hospitalité très humaine envers toute nation, par leur caractère et leurs chansons fort héroïques, par leur qualité naturelle de pouvoir traverser sans aucune crainte dans les ténèbres les plus profondes les forêts les plus impénétrables et sans habitants, les montagnes les plus dangereuses, les déserts les plus profonds et obscurs, au milieu desquels ils dorment commt dans leur propre maison, avec la plus grande impassibilité. Et enfin par une quantité de dictons et de termes qui ne se retrouvent dans ancune des langues des peuples plus connus qui y ont frayé au cours des siècles et qu'on distingue leur appartenir en propre. Mais, par leur penchant et leur merveilleux génie pour les beaux-arts: musique, surtout sous la forme de la tragédie, danse, élo-
quence, poésie, peinture, sculpture et architecture,,, par ieiir grandiose manière de porter les arnies. et leur maniement rapide comme l'éclair, par faculté de leur esprit pour comprendre, apprendre^ et imiter n'importe quoi, prouvant la facilité la plus, incomparable, par la sincérité de leur âme, par le nom de Roumains qu'ils se donnent et par celui de Pays-Roumain que porte leur territoire et, enfin, par la quantité de noms latins et italiens dans, leur langage populaire, qu'ils conservent et emploient comme leur étant maternels, absolument de la même façon que le peuple romain dix-sept et dixhuit siècles avant notre époque; partout cela, disje, et je finis là-dessus, et par d'autres caractères nombreux, ils représentent aujourd'hui aussi une indiscutable origine italienne ou romaine...
„Donc ces deux espèces de peuples braves, s'étant familiarisées réciproquement au cours des temps,, forme:it et représentent vraiement une natioM daco-roumaine, qui compte dans sa totalité plus de J 0000.000 d'âmes, ayant deux droits, grands et sacrés comme Dieu lui-même, sur ces pays : l'un, qui est celui de l'ancienne hérédité de plus de quarante siècles, et l'autre, celui de la colonisation et de la préservation des droits nationaux daces et romains pendant dix-sept siècles, jusqu'aujourd'hui, par les armes et par l'esprit politique.
„Le Daco-Rouniain est un mélanjo^e, une concentration de la bravoure la plus merveilleuse, du plus haut <-' '"l'-f^ îi- l'humanité la plus rare et de l'hos-
piftaiité et de l'affabilité la plus évangélique. Mal- ^^gré le nombre réduit de leurs soldats et de leurs -chef politiques, les Daco-Roumains ont toujours éié l'avant- poste le plus invincible de l'Eiirope entière, l'empêchant de se ruiner par les innombrables invasions des tribus asiatiques en torrents, qui pouvaiient seulement par ces régions, comme 'par une porte, s'étendre plus facilement, avec leur dévastation, sur toute la surface du continent: toute la fureur, toute la férocité barbare s'y apaisaient ; elles y trouvaient opposition et s'y éteignaient comme une balle enflammée tombée dan's l'Océan. Et, quant à la civilisation des Roumains, je ne dirai rieu : elle n'arriverait que trop facilement au plus haut niveau...
„Sous le bras daco-romain, ces Principautés ont été et sont encore l'asile des malheureux et de ceux qui sont opprimés par le fardeau et la cruauté d'un joug barbare et fanatique. Mais, ô malheur, tous ceux-ci, auxquels l'humanité des indigènes permit de fraterniser avec eux, d'arriver aux plus grandes richesses, aux plus hauts degrés des dignités et de la noblesse, de cultiver leur langue et leur nationalité dans toute son extension, jouissant librement de tous les privilèges des indigènes, tous ceux-ci, qui y ont échappé au feu, au sabre et à l'esclavage, devinrent, et deviennent sans cesse, sans le moindre remords, les ennemis et les traîtres les plus implacables de leurs bienfaiteurs...
„Je vous donne ma parole d'honneur que, dans
im
bref, . les Puissances occidjent^les élèveront ces -Principautés à un rang beaucoup plus important» beaucoup plus durable qu'aujomrd'hui... La païjç et la tranquillité de l'Europe entière, voici ce que signifient les Principautés consolidées sur des privilèges nationaux J."
Jusqu'à ce moment il n'y avait eu presque pas de relations intellectuelles entre les pays roumains , et l'Angleterre. Cependant les poètes d'une littérature moderne naissante avaient connu à Jassy et à Bucarest, par des traductions françaises, certains des poètes anglais de leur époque. Constantin Conacbi traduisit ainsi VEssai sur l'homme de Pope, et les Nuits d'Young trouvèrent des lecteurs pas* sionnés pour leur mélancolie ^philosophique". L,orsque le mouvement romantique conquit les âmes de la nouvelle génération roumaine, Jean Eliad, le second créateur de l'enseignement public en roumain, le créateur de la presse périodique en Valachie, le codrficateur de la langue et l'esprit le plus vivace de son temps, s'arrêta avec admiration devant leS grands gestes révoltés de Byron, dont il présenta quelques pièces à ses lecteurs. Mais ce travail de
1. Calendrier Cazanh de Gorjan, année 1856 ; repro- <iuit dans la RevisCa Istoricà, 1, p. 136 et suiT,— Certaine» 'ie ces idées aussi dans les mémoires de Boi*-lQ- CoB3t«, Hurmuzaki, XVII.
traduction indirecte s'arrêta là. Pour avoir en anglais des pages de littérature roumaine, il fallut attendre que le plus grand parmi les poètes moldaves de ce moment, Basile Alecsandri, mît à la mode les chants populaires plus ou moins corrigés et arrangés à sa manière, pour que Stanley donnât à Londres, après 1850, une Anthologie roumaine, „moldo-valaque", d'une illustration splendide.
Déjà commençaient cependant, par l'ouverture des Principautés au commerce mondial, en 1829 (paix d'Andrinople), par la création des ports de Galatz— moldave — et de Brâila — valaque — , par l'introduction de la navigation à vapeur sur le Danube— une compagnie autrichienne en eut le monopole— , les relations économiques de l'Angleterre, qui demandait des blés, du suif ' et autres matières premières, avec les Principautés, où on pouvait envoyer des mousselines, du fil, des couteaux, de la quincaillerie. Au commencement de l'ère ^ordonnée" du Règlement Organique on comptait déjà annuellement 300 bâtiments ioniens sous pavillon britannique sur le Danube inférieur ?, et en 1834 on venait de nommer un avocat anglais de Constantinople, Gesoz ou Jessi, comme viceconsul à Galatz3,— l'agent de Jassy ayant mainte-