LIBERTE EGALITÉ REPUBLIQUE FRANÇAISE
À Santo-Domingo, le 20 Nivôse an 9 de la République Française, une et indivisible. (10 janvier 1801)
Antoine Chanlatte,
Général de Brigade et Commissaire du Gouvernement Français à la Partie ci-devant Espagnole de Saint- Domingue,Commandaut en chef l'Expédition contre les ennemis qui envahissent le territoire.
Ï} est ordonné au Commandant Aly, de se mettre de suite en marche avec sa troupe et de se diriger sur Bany, Il fera route sans s’écarter ni s'arrêter, jusqu’à ce qu’il ait opéré sa jonction avec le commandant Baron, sous les ordres duquel il demeurera. Il maintiendra dans sa troupe, une parfaite surbordination et veillera, sur sa responsabilité, à ce que personne ne sorte de son rang, et ne puisse s’écarter sous aucun prétexte.
Signé, À Chanlatte, Pour copie conforme, l’adjudant-général,
A. Dhébécourt.
No XIV.
Santo Domingo, le 7 Janvier 1801.
Ordre de Place donné par Monsieur le Président Don Joachim Garcia.
Extrait d'un Livre d'ordre trouvé sur Le terrein, après l’action entre lestroupes Espagnoles et celles de la République française.
Comme cette place n’offre nulle défense par sa construc. tion, il est indispensable de l’augmenter au dehors: il fau. dra donc la commencer dès que l’ennemi paraîtra sur la rivière Jagua. Tout le bord de cette rivière doit se garnir de la manière suivante : Le bataillon Fixe marchera sur le champ au Fort de Jagua:; le commandant de ce corps prendra le commandement de cette tête de cordon. La ligne de milice d’infanterie suivra, sous les ordres de son commandant Don Joseph Hermands, qui portera les compagnies dans toutes les avenues et passes de rivières, depuis la passe appelée la présidente, jusqu’au chemin Jagua.
Séront réunis à cette ligne, les détachemens de Don Francois Neco, de Don Emetino Villaseca et de Don Gabriel Collard qui feront leur service à l’avancée et qui devront se réunir sous les ordres du commandant de Jagua pour y continuer la défense, dans le cas où ils seraient forcés de rétrogader; se réuniront également 400 hommes de bourgeois pour former la même ligne sous les mêmes ordres.
Sont destinés pour le fort de Jagua, le sous lieutenant d’artillerie, Don Joseph Marenza, avec 24 canonniers, pouvant employer pour le service de l'artillerie, les hommes les plus instruits du bataillon de Fixe que le commandant choisira. Les corps de Caritabre de te Cuba, et la Troupe de la Havane et Porto rico qui s'élève en tout à 629 hommes, resteront dans la Place.
À la demie compagnie des canonniers se réuniront les Catalans que l’on prendra dans les compagnies de milice d'infanterie, qui seront incorporés dans l'artillerie, et divisés en trois brigades de Don Pedro Gatel, Don Cristobal Sarda et Don Bonaventure Oliver, qui sont destinés pour les batteries du Condé, de St-Yago et dela Conception, dès qu’on battra la générale ; à ce son, Cantabre marchera pour occuper ces trois batteries. Il sera distribué dans les bastions sous les ordres de son lieutenant-colonel. Le corps de Cuba occupera, depuis le fort St-Gilles jusqu’à l’Escalpton, sous les ordres de son commandant qui aura aussi les troupes de Ja Havane : toute cette courtine sera sous les ordres de Don Raimond de Salazar.
Les Artilleurs de service dans cette courtine, seront sous les ordres de leur commandant, qui mêlera les canonniers avec ies cantabres, de manière que les forts St Gilles et l’Escalpton soient bien garnis.
Le commandant de Jagua marchera immédiatement et formera son plan de défense: de même que le lieutenant. colonel Don Joseph Hermands qui s’accorderont pour ce sujet ; ces deux corps marcheront au premier avis.
La troupe de Portorico restera en état de marcher, ainsi que son commandant, pour se porter sur le chemin de St Yague, celui de Jagua ou pour toutes autres sorties.
Le système de garde de nuit, doit être rétabli, pour que la garnison ne se fatigue pas inutilement pendant le jour.
La garde de l’arsenal devra s'établir avec un capitaine, et
l’on tiendra la porte fermée avec soin le jour et encore plus la nuit.
On établira également des patrouilles nocturnes dans la ville, sous les ordres de Don Antonio Coca.
Les propriétaires d’habitations se rendront chez eux, et seront responsables du bon ordre.Ontirera toute la jeunesse parmi les bourgeois pour renforcer les divers corps dans lesquels on les incorporera armés. Don Jean Ferino aura soin de mettre en état de service tous les employés dans l'Aadministration et Finances royales, et les conduira en cas de besoin, sur les murs, pour y être employés par le commandant.
Les troupes qui vont sur le bord de la rivière de Jagua, porteront leurs tentes et provisions Les marins aux ordres de Silvestre Lopes, s’organiseront sur le champ pour exécuter tout ce que leur ordonnera la Place, par l’organe du commandant Don Jean Férino: son exercice sera le canon et le fusil, comme les Catalans ; leur quartier pour leur rapport journalier, sera l’arsenal. Les autres ordres ne regardent pas celui ci; on les fera connaître par le major de place.
Signé, Joachim Garcia.
Même jour. Demain à l'heure de la revue des bourgeois de la ville les chefs de corps s’y trouveront, pour choisir les jeunes gens qui sont en état d'y être incorporés: les adjudans s’y trouveront pour prendre les noms de ceux choisis, et en dresseront état,
Signé, Joachim Garcia.
Même jour. À compter de demain, à 9 heures du matin, des neuf hommes de Cantabre destinés pour a garde de St Charles, 4 avec le caporal iront le matin, le reste ira à 5 heures du soir avec le sergent et l'officier.
La troupe de milice qui garnit les postes de St Lazare. St- François, Ste Barbe, l’Arazana et St Diègue fournira, pour l’heure de la parade, un soldat et un caporal destinés pour chacune de ces gardes; le sergent ira aux cazernes à 5 heures du soir, pour y prendre les trois hommes restants jusqu'à ce qu’on relève les postes.
La garde de nuit s’entendra avec celle ci-dessus mentionnée, sans compter les gardes des forçats et de l'hôpital qui fera son service ordinaire dans la deuxième brigade; les 3 hommes de milice destinés pour St Charles iront le matin avec le caporal, le sergent ira à 5 heures de l’après-midi, avec l'officier, tambour et les six soldats de Portorico. Comme la marche pour Jagua peut être imprévue et qu’on serait dans le cas d'être forcé à la faire à pied, Messieurs les commandans de compagnies, présenteront demain au major un état des bêtes de charge dont ils auront besoin pour une courte marche, pour les officiers et pour la conduite
des ustensiles de cuisine et autres objets nécessaires à la
revue d’armes et munitions, à laquelle personne ne pourra manquer; on y exposera tous les instruments que chacun doit avoir pour monter et démonter ses armes, afin d’examiner sitout est en bon état. Le bataillon de Santo-Domingo et les milices seront prêtes à marcher demain, pour jeur poste de Jagua,
Dans le même jour et le plus promptement, les milices complèteront leur armement: les commandants de ces deux corps et le capitaine Don Joseph dela Vizid marcheront avant la troupe : le major de la Place prendra dans le magasin, un complément de fusils et piques pour en former un dépôt, dans chaque corps de garde, le consignant à la garde, pour qu’elle en fasse !a remise à ceux qui la relève-
ront tous les jours.
Signé Joachim Garcia
Ordre du 8 Janvier 1801.
M. M. les commandans de Compagnies, feront sur le champ une revue exacte des ärmes: ils rendront compte au
Major de l’état où elles se trouvent, eu faisant inention des pierres à feu qui leur manquent. Entr'autres ordres, pour la Place, on est prévenu, qu’en cas d'alarme, le premier signai sera trois coups de canon suivis qui seront tirés du fort de Ste Barbe, et on battra de suite la générale : alors chacun se rendra à ses cazernes avec leurs sacs à dos qui ne devra contenir qu’un seul rechange avec une paire de souliers : en conséquense, Ceux quise trouveront au quartier, auront soin de serrer le reste de leurs effets, et les placer dans leurs endroits respectifs.
Messieurs les commandans de compagnies auront soin qu’il ne manque personne, ils feront faire des recherches par leurs subalternes dans les tems nécessaires des malades qui demeurent chez eux; bien entendu qu'ils doivent se pénétrer, qu'il est des petites incommodités qui n’empêchent point de se rendre aux cazernes, pour remplir sun devoir. En général chacun en ce qui le concerne, aura soin de se conformer aux ordres du roi; ayant soin que chacun ait son arme prête à faire feu, avec deux pierres à feu de réserve, outre celle de leur fusil qui devra être bien assujettie, et qu'ils aient un complément de cartouches dans leurs cazernes. Au premier coup de canon, les musiciens et le tambour-maJor se rendront au quartier, où ils attendront les ordres qui seront donnés pour battre la caisse; lorsque les compagnies auront eté passée en revue, les capitainesles formeront sur trois rangs, chacun devant sa chambre, où elles attendront des ordres nouveaux. L’officier qui se trouvera alors de garde aux cazernes, aura soin de réunir à sa garde, le piquet de réserve, afin d'avertir tout le monde de s’habiiler sans confusion, et se préparer comme il est dit. Il ne permettra à personne de sortir de cazernes.
Dans le cas que l’allarme soit tirée pendant la nuit et que le commandant du corps ne l'ait point entendu, l'officier de garde le fera avertir par un soldat de confiance: la garde devra se mettre de suite sous les armes : on renouvellera tous les ordres afin qu’on puisse s’en rappeler.
Depuis ce soir jusqu’à nouvel ordre, à huit heures qui est celle de la retraite, tous les sergents, caporaux, tambours et
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s'arranger cette-nuit, le sergent Artoly prendra à la pointe du jour, dans le magasin, soixante fusils, en marquant dans son cahier les compagnies à qui ils appartiennent: il les fera mettre en état de service pour les livrer aux bourgeois engagés; les compagnies leur fourniront des gibernes et des ceinturons.
Après remise des armes, il sera formé une liste des hommes de chaque compagnie, et il sera rendu compte de ceux qui doivent rester en ville, à l’adjudant-major, qui d’après les ordres de M. le capitaine-général, restera en ville pour avoir
soin des archives du bataillon.
Puisque je dois me mettreen marche le premier, le capitaine Don Pedro Savinon marchera à la tête de la troupe avec Don Manuel Savinon que j’ai nommé mon adjudant, et il sortira le plus tôt possible afin qu’il arrive avant la nuit.
Les animaux de charge ont été demandés à deux heures précises, et en nombre suffisant pour Messieurs les officiers et cadets et dans le cas que le nombre nécessaire ne soit pas prêt ils seront distribués par ancienneté, et les autres auront la peine de marcher à pied en plaçant leurs provisions et bagages sur les cabrouets.
Les musiciens enrégimentés sont prévenus qu’ils doivent jouer jusqu’au dehors de la porte de Condé: ils laisseront dans ce corps de garde la grosse caisse.
Messieurs les commandans des Compagnies feront faire avec le reste de l’argent, du vêtement, des provisions, pour bien traiter la troupe le lendemain, malgré qu’on trouvera la bas suffisamment des vivres pour le compte du Roi.
Les bourgeois jouiront de la même paye que les soldats, et pour ce motif, on les comptera pour acheter les provisious et vivres pour après demain, et les commandans de compagnies s’adresseront à moi, avec un bon de dix gourdes, pour commencer dès demain à leur compter leur paye.
Je suis si glorieux d’avoir été destiné avec mon bataillon. pour une occasion daus laquelle nous pouvons tous nous pro-
mettre un sort glorieux, et continuer à donner des preuves de bravoure comme par le passé,
Le chef commandant le bataillon de St Domingue, dit Fixe,
Signé, Francisco Nunez.
Pour copie conforme, L’Adjudant-Général
A. Dhébecourt.
Le 14 Janvier 1801.
Le Cabilde de Santo-Domingo, Au Général en Chef de l'Armée de Saint-Domingue. Très Excellent Seigneur,
Ce Cabilde a eu l'honneur et la satisfaction de recevoir la lettre de Votre Excellence qui accompagnaïit une copie de la Proclamation adressée aux Habitans d’Azua et de Bany, qui nous à été remise par le chef de brigade Nicolas Gonzales.
Le Cabilde ne peut dire autre chose en réponse à cette lettre, d’après ses principes de subordination et l'ordre hiérarchi. que établi par nos lois, sinon qu’il est prêt à obéir à tout ce que pourra ordonner le gouverneur et Capitaine-Général, à l’égard de la remise; il est le chef à qui le Roi d’Espagne a confié la conservation, le Gouvernement et la défense de cette partie; c’est lui qui tient du même souverain, les ordres relatifs à la remise qui doit se faire à la République française, et c'est lui enfin l'unique représentant du Roi d'Espa-
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Excellence qui agisse de la sorte; notre sang se versera toutes les fois que, par son effusion, il pourra résulter quelqu'honneur à noîre Gouvernement. Il ne se versera pas pour causer scandale, une horreur, ni pour baigner un territoire de la République où règnent des meilleurs sentimens que ceux de l’humanité.
Votre Excellence me donne des éloges dans ses lettres: votre Excellence y a des considérations pour ses voisins; comment devons nous concilier cela avec l’idée de vengeance ? Votre Excellence a renvoyé les prétendues insultes à la souveraineté de la République française, et j’ai renvoyé les miens à mon Monarque, étant ainsi d’accord par cette sage mesure, comment nous arrangerons nous à présent d’une nouveauté aättentatoire des meilleures mesures ou satisfactions que nous sommes sur le point d'espérer de qui nous commande à votre Excellence et à moi, et dans ie tems que j'attends avec soumission un résultat quelconque, ou une inculpation ?
Monsieur Agé n’a reçu aucune insulte,comme votre Excellence la reconnu dernièrement, et m’en a remercié dans ses lettres; ceci me persuade que je ne suis pas dans l'erreur, et les personnes les plus étrangères et impartiales qui connaissent notre cas me le confirment, d’où il résulte qu’où il n’y à pas d’injures, il n’est pas besoin de satisfaction: et s’il en fallait, ce serait l’affaire de nos Gouvernements.
Que votre Excellence revienne sur elle-même, Seigneur général; qu’elle éloigne de soi tous les conseillers qui la conduisent si mal, Car les mouvemens propres de votre Excel lence, sont tout différents, et dérivent de sa Religion; que votre Excellence n'afflige plus ces peuples qui respirent la simplicité et l’innocence. La France le sait, et j’assure votre Excellence que c’est le seul: moyen de les conserver. et de se les attacher, et qu’il n’en reste aucun autre à votre Excellence pour conserver son opinion intacte, depuis tant de tems qu’elle combat pour mériter les éloges de sa patrie
Autrement je vous fais mille et une protestation, dans la conviction que c’est un territoire et un vasselage de la République française, que vous menacez sans lui en donner
avis, et dont ia conservation et la tranquillité me sont con-
fées, jusqu’à la détermination suprême de les délivrer, ainsi que j’en ai les ordres.
Dieu garde votre Excellence un grand nombre d'années: très Excellent Seigneur,
Signé Don Joachim Garcia.
Pour copie conforme.
L’Adjudant-Général.
D’Hébécourt.
No XVII.
LIBERTE EGALITE
D’Azua le 23 Nivôse an 9 (18 Janvier 1801)
De la République Française, une et indivisible, Toussaint Louverture, général en chef de l'armée de Saint Pomingue.
À Monsieur le Président, Don Joachim Garcia,
Gouverneur et Capitaine-Général de da ci-devant partie Espagnole.
Monsieur le Président,
J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre lettre du 6 janvier, responsive à la mienne du 14 Nivôse, ou 4 janvier : Comment se fait-il, Monsieur le Président, que cette lettre du 6, ne me soit parvenue qu’hier soir 12 janvier, et après que j’ai eu pris possession de la ville d’Azua, et que les habitants m’ont recu tant pour leur tranquillité, que par la certitude où ïls étaient, que leurs propriétés
seraient respectées : ils n’ont point été trompés dans leur attenté.
J'avais lieu de croire, Monsieur le Président, que vous ne me répondiez pas ; ne recevant pas de réponse à tem, j'ai envoyé des députés auprès du Cabitde de Santo-Dominge, et pour, par la même occasion,vous demander votre réponse, qui ne m'est parvenue qu'hier après leur départ.
En vous écrivant ma lettre du Ier Thermidor, que vous me rappelez, quoiqu'honnête et selon votre caractère, Monsieur le Président, je vous ai fait sentir que Je n'étais pas content que vous ayez laissé insulter un Officier Général, envoyé près de vous par la République Française : c’est de ce dont je vous ai toujours entretenu, toutes les fois que j'a eu l’avantage de vous écrire.
Mes lettres, Monsieur le Président, comme les troupes de la République sous mes ordres, né respirent nullement la vengeance, ni ne sont pas menaçantes; je ne me présente pas non-plus comme un ennemi déclaré : mais ce que vous pouvez entrevoir de positif, c'est que mon intention est de prendre possession, ‘au nom de la République française, du territoire qui lui est cédé par Sa Majesté Ca:tholique, que l’on a obstinément refusé au Général Agé, l'envoyé de la République, à cet égard : voilà ma seule vengeance, et je n’ainullement intention de troubler en rien la tranquillité des habitans. L’arrêté de l’Agent, du 27 Prairial, qui rapporte celui du 7 Floréal, n’est, Monsieur le Président, eonnu que de vous et de l’Agent; il ne peut avoir son exécution, puisqu'il n’a pas été lu et publié dans la partie française, et qu’il ne m'a pas été signifié officiellement; celui du 7 Floréal qui x eu dans le tems, la publicité qu'il exigeait, demeure donc dans toutes sa force; je ne suis instruit de celui du 27 Plairial, que depuis mon arrivée à Azzua; les habitans m’en donnèrent connaissance.
Je vous ai mandé, Monsieur le Président, que quand je serais au Cap, je vous demanderaïs justice de l’insulte faite au Général Agé, envoyé seul pour prendre possession de la partie Espagnole, de laquelle il à été ignominieusement chassé ; eh bien, moi, je viens avec un peu de force pour
l'effectuer, conformément à l'arrêté du 7 Floréal : et pour re pas éprouver le même sort que ce général. Je vous le réitère, Monsieur le Président, je ne suis pas à la tête d’une troupe menaçante, ni comme ennemi déclaré; mais je viens, en ma qualité d'Officier-Général de la République, chargé de l'exécution de l’arrêté du 7, prendre possession d’un pays qui appaïtient à la République, et avec l’intention bien prononcée de faire respecter les personnes et les propriétés.
Je ne viens pas pour verser le sang des habitans de la <i-devant partie Espagnole; mes lettres et. mes adresses que je deur ai fait passer, ‘en sont les surs garants: mais comme je vous l'ai dit plus haut, je viens prendre possession du territoire de la République, que vous me refusez. Vos préparatifs de défense d'après les menaces faites au ‘Général Agé, son prompt départ de Santo Domingo, parce que ses jours étaient en danger, prouvent que vous même vous vouliez arroser de sang. cette terre qui n’est plus à votre monarque. J’ai, dans le tems, et conformément à l’arrêté, donné des ordres et instructions, pour paisiblement prendre possession; en tems et lieu, j’en donnerai connaissance, et je prouverai par les vôtres, que c’est vous qui avez voulu faire couler le sang du paisible habitant, et de celui du soldat de la République, qui vient prendre possession de ce qui est à son gouvernement. Les élcges que je vous ai donnés dans mes lettres, Monsieur le Président, c'est parce que j'étais certain que vous vous prêteriez à cette remise, malgré les insultes précédemment faites an Général Agé, Vos connaissances, votre caractère, comme représentant le roid’Es pagne, allié de la république française, ne pouvaient me laisser douter une minute des mesures conciliatrices qui vous animeralent, pour éviter l’effusion du sang des habitans que je suis bien déterminé de ménager autant qu'il sera en mon pouvoir: et s’il coule, vous en deviendrez seul responsable.
Quand j’ai envoyé à Santo-Domingo,le Général Agé, d’où il a été chassé, vous auriez pu me mander, Monsieur le Président, que vous ne pouviez faire la remise dela partie Espa. gnole, sans de nouveaux ordres de votre gouvernement et de ia Republique, et ce, sans insulter à son envoyé, je n'aurais
tien eu à répliquer, j'aurais attendu comme vous leur décision ultérieure que j'aurais suivie telle qu’elle aurait pu être: mais le peuple de cette partie s’est soulevé par instigation, a menacé les jours du Général Agé, qui n’étaient point en sureté; réfléchissons un peu sur cette conduite infâme: ai-je pu agir autrement, que de me présenter en faibles forces, pour prendre possession, et réparer, par là, l'insulte faite à cet officier général: vous résisterez, Monsieur le Président,et je serais battu,que je n’aurais pas de reproches à recevoir de mon gouvernement qui-ne pourra qu'approuver ma conduite: vous.avez malhonnêtement refusé la mise en possession au Général Agé: il est de mon devoir de la demander une seconde fois avec des forces; remettez cette partie à la République; les personnes et les propriétés seront efficacement respectées, ou repoussez immédiatement cette force, qui se retirera, si elle est battue.
Vous confondez, Monsieur le Président, le contenu de mes lettres, en me disant que je vous ai remercié de votre conduite envers le Général Agé: j’ai pu le faire dans quelques cas qui le méritaient: c’est toujours la conduite que doit tenir un officier Général, quand-bien même il aurait été insulté: cela n'empêche pas qu’il doit être outré de celles fai. tes à son Gouvernement, dans la personne de son envoyé; nos gouvernemens prononceront à cet égard; mais cela n'empêche pas de prendre possession de cette partie, puisque je suis chargé de l’exécuter: j'y parviendrai, ou je serai battu: votre opiniâtreté à la refuser aura fait le mal. Je désire sans doute ménager le peuple: ma conduite à cet égard n’est point équivoque. Si la tranquillité est troublée, vous l’aurez voulu, en vous opposant à la remise d’un territoire qui n’est plus le votre: si au contraire la République le possède, elle deviendra responsable de Ia tranquillité du peuple: je respecte, je respecterai et ferai respecter les propriétés individuelles, mais je demande instamment ce qui appartient à ia République.
Les mille et une protestations que vous faites deviennent nulles: je n’ai d’autres intentions que de prendre purement et simplement possession, au nom de la République française et je vous assure mille et une fois, que vous répondrez de
tous les évènemens qui surviendraïient d'un refus opiniâtre de votre part.
Je suis avec une haute considération, Monsieur le Président, votre serviteur.
Signé : Toussaint LOUVERTURE Pour copie conforme
L’Adjudant-Générai À. D'HEBECOURT
LIBERTÉ EGALITE
Saint Yague, le 25 Nivose, an 9, de la République Francaise
Le 15 Janvier 1801.
No XVIII.
Moyse. général de brigade, commandant en chef
la Division du Nord de l’Armée en marche.
Au Citoyen TOUSSAINT LOUVERTURE, Général en
Chef de l'Armée de Saint-Domingue,
Citoyen Général en Chef,
Je reçois à l'instant vos dépêches que m'a remis votre aide-de-camp Coupé, et je profite de son retour, pour vous annoncer que la République française est en possession de Saint-Vague, et que conformément à vos ordres, je poursuivrai ma route jusqu’à Santo-Domingo: rien ne m’arrêtera
je ne fais qu’obéir aux ordres qui me sont prescrits par mon chef.
J’ai eu des obstacles à surmonter avant d’arriver à Saint- Vague; mais ils ont été inutiles, et je suis entré dans cette
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ville le 22 courant, à 8 heures du soir. Je vous envoye cijoint l’inventaire des munitions, bouches à feu et autres ustenciles de guerre, trouvés en cette ville.
Le 20 Nivôse, arrivé à Guyabine, j’ai appris que les Espa. gnols se disposaient à se battre; j’ai de suite écrit au commandant de Saint-Yague, en lui envoyant votre proclamation, que j'allais prendre possession de cette ville et autres de la partie ci-devant Espagnole, au nom de la République française: je vous envoye copie de cette lettre, sous ce pli.
Je me mis de suite en marche, les Espagnols avaient placé des embuscades dans les deux passes de la rivière Guyabine:; arrivé, elles nous ont vigoureusement attaqué, et ont fait beaucoup de résistance pour nous empêcher de passer cette rivière; mais elle n’a servi à rien; nos troupes, avec leur courage ordinaire, ont passé la rivière sans s’arrêter: les embuscades furent immédiatement levées; je n’ai eu que trois blessés; dont un officier et un tambour de tués.
Le 21, les Espagnols s'étant remis en force dans la savane de Aminan, pour me disputer l’entrée du bourg de ce nom, avec une pièce de canon du calibre de deux, firent feux sur notre avant-garde, qui riposta de suite, et marcha sar l’enhemi avec précipitation: les Espagnols au nombre de 12 à 1500, tant infanterie que cavalerie, firent une résistance opi niâtre: mais serrés de près et leur chef tué, l’infanterie prit ja fuite la première, et abandonna la pièce chargée: la déroute fut complette: ils ont eu beaucoup de monde tué: j'ai eu 15 hommes de blessé, dont deux officiers.
Les Espagnols ayant été complètement battus, ils m'ont énvoyé de Saint-Yague, le 22, deux habitans, avec la réponsé à ma lettre du 20, au commandant de cette ville: ces ha: bitans étaient chargés de m’annoncer qu'il y avait un Padre et un Alcade, qui m’attendaient à la rivière d’Yaque, distante de deux lieues de la ville.
J'ai de suite envoyé le général Pajeot, chargé de prendre des arrangements pour la reddition de la place, Je le fis accompagner par cent cinquante hommes de cavalerie et je me suis de suite acheminé vers la ville, où je suis arrivé à 8 feures du soir.
Je vous adresse sous ce pli, copie des lettres que j’ai écrites au commandant de Saint Vague, et copie des réponses qu’il m’a faites.
En entrant dans la ville, j’ai donné les ordres les plus précis, pour que les personnes et les propriétaires soient respectées: j’ai couché sur la place d'armes, où était campé là ome demi brigade, afin de tout voir par moi même, maintenir l’ordre. La 1re demi-brigade prit possession des forts et des autres postes de la ville; la nuit se passat tranquillement, il n’y eut pas un coup de fusil de tiré.
Le lendemain, j’ai vu avec plaisir tous les habhitans de la ville, vaquer avec confiance à leurs travaux domestiques, comme de coutume.
Ce même jour. j'ai invité le ministre du culte catholique, à dire une messe pour la troupe, à l'effet de remercier le Seigneur d’avoir favorisé notre entreprise.
La ville de Saint-Vague, étant considérable, j'y laisseraïi une bonne garnison, et je me mettrai immédiatement en route pour la Végue.
Vous recevrez aussi, sous ce pli, copie de ma circulaire aux habitans de Porto Plate, la Vegue et Cotuy: pour qu’ils ayent à imiter l’exemple de ceux de Saint-Yague.
J'ai nommé provisoirement, le général de brigade, Pajeot, commandant l’arrondissement de Saint Yague: il le conservera jusqu’à votre décision ultérieure. Salut et respect,
Signé, MOYSE
Pour copie conforme. L’Adjudant Général A. D'HEBECOURT
LIBERTE | EGALITE No XIX :