‹ Histoire des relations internationales de Toussaint Louverture, avec des documents inéditsChapitre 13 sur 29 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les Capitaines Américains qui e e e e Piaf ravitaillaient Toussaint Louverture

Dès 1795 nous avons la preuve des excellentes relations que Toussaint Louverture entretenait avec les Américains Les Américains, capitaines dé voiliers, le ravitaillaient non seulement en nourriture et en vêtement, mais encore en armes et en munitions.li est intéressant de connaître les noms de quelques uns de ces capitaines.

Capitainé Wat, a apporté à Toussaint Louverture ‘‘huit mille et quelques cent livres de poudre.’?

Capitaine Anderson, ruiné pour avoir rendu service à la République, comme-l’écrivait Toussaint Louverture, en exposant son cas.

Capitaine Doune, Capitaine Wait.

Capitaine Douquin. pris par un corsaire anglais qui l'amena au Môle.alors qu’il se rendait des Gonaives à Léogane.

Pendant les campagnes du Sud et de l’Est, les Américains contribuèrent également, par leurs bateaux, à ravitailler les troupes de Toussaint Louverture.

La lettre que Toussaint Louverture adressa à Laveaux, de son Quartier Général de Dekao, le 8 Fructidor an IV, (25 août 1796), nous apporte de nouveaux et précieux renseignements à ce sujet. Toussaint Louverture s’était entendu avec le Capitaine Anderson pour que celui-ci lui apportât la poudre. Cette poudre était cachée dans de la farine. À son arrivée dans le port des Gonaives, le voilier d’Anderson fut

abordé par un corsaire Républicain. Anderson lui montra le marché qu’ilavait passé avec Toussaint Louverture. Malgré cela, la poudre découverte fut confisquée et le bâtiment condamné. Mis au courant, Toussaint Louverture protesta vivement et réclama la destitution du capitaine de port des Gonaives. Car ainsi qu’il l’écrivait : ‘’Le capitaine Américain Anderson est totalement ruiné pour avoir rendu service à la République.’?

Peu de temps après, le 4 Prairial an V.(23 Mai 1797) Toussaint Louverture qui était, avec le grade de Général de Brigade, Lieutenant Adjoint au Gouvernement Général de Saint Domingue, annonçait à Laveaux ses nouveazx et importants succès et sa nomination, par la Commission Civile, de ‘’Général en chef de Saint Domingue.?’?

Dans la Correspondance Officielle et Secrète de Leclerc, que, le premier, j'ai publié dans le second tome de mon ‘‘Histoire Militaire de la Guerre d’Indépendance.’’ en 1928, nous avous plusieurs preuves des sentiments amicaux des Américains envers les Insurgés de Saint Domingue.

Le 6 Mai 1802; Leclerc écrivait au Ministre de la Marine:

‘’La paix ne pouvait arriver plus à propos... Dans ce moment les Américains témoignent hautement leur mécontentement de ce que Saint Domingue nous rentre...”?

Deux jours apres il lui mandaït : ‘‘Les agents du Gouvernement Arméricain étaient avec Toussaint. Les fusils, les canons et-la poudre, fournis avec une nouvelle activité depuis que les préliminaires étaient connus, venaient des Etats- Unis...”

Les Américains après notre Indépendance. nous continuèrent leurs sentiments amicaux. Dessalines, chef de la Nouvelle Nation, tint à manifester ‘‘Sa reconnaissance aux Etats Unis de l’aide fournie par les Américains aux insurgés d’Haiti,”?

Toussaint Louverture inaugure nos Relations Consulaires et Diplomatiques avec les Puissances Anglo-Saxonnes

Les Enseignements de Toussaint Louverture sont de tous genres et de toutes sortes. Ils ont porté sur tous les sujets. Car Toussaint Louverture les a tous abordés, étudiés et réso. lus.Ces Enseignements s'imposent encore à nous aujourd’hui, Pour nous, la vérité d’hier est encore celle d’aujourd'hui et sera toujours celle de Demain. Que ce soit dans le cadre de notre Politique f[ntérieure ou de notre Politique Extérieure, les Enseignements de Toussaint Louverture se sont prouvés

les meilleurs, à cause des résultats favorables qu’ils nous ont déjà procurés.

Au point de vue économique, au point de vue Financier, au point de yue Social, au point de vue Administratif, Judiciaire et Religieux: au double point de vue Militaire et Mari time; au point de vue Commercial et Industriel, au point de vue de nos Relations Extérieures et Diplomatiques, à tous les points de vueenfin, Toussaint Louverture nousa montré la voie. Son Gouvernement de 1798 à 1801 a obtenu, dans toutes les branches de l'Activité Nationale de si tangibles résultats, après de si magnifiques redressements, qu’il a été un exemple et demeure un modèle. Imitons le, Il ne faut pas croire que l’histoire merveilleuse du Phénix, renaïssant de ses cendres, soit une Légende. Cette histoire est une vivante Réalité. Faisons de ses cendres une féconde semence, et notre Phénix renaîtra plus beau, plus fort.

Toussaint Louverture veut, tout d’abord, sur le Plan In. térieur, comme sur le Plan Extérieur, la Paix. C’est un Bâ. tisseur. Les constructions solides — intellectuelles et matérielles — qui doivent demeurer, ne peuvent s'élever dans les luttes intestines ou étrangères. Elles ne peuvent s'élever que dans la Paix. La paix intérieure ne peut être établie que par l’Ordre. L'Ordre qui amène le Travail et la Prospé. rité. La prospérité de Saint Domingue, c’est la Culture et

l’Industrie Agricole. La Paix Extérieure permettra d’établir des Relations d’Amitié et de Commerce avec les Nations voisines, Elle assurera le Ravitaillement de notre Pays et l’enlèvement de ses Denrées. Il ne sert de rien de produire si nos productions ne penvent être exportées et pourrissent sur place, Et nos produits ne seront exportés que par des

nations maritimes, offrant un débouché large, commode et sûr à nos denrées.

Plus que toutes les autres Nations, alors et aujourd’hui. l’Empire Britannique et la République des Etats Unis, nous offraient et nous offrent ces avantages, Il faut donc entre: tenir, et le plus vite possible, les relations les plus cordiales avec ces deux grandes Puissances Anglo-Saxonnes. Toussaint Louverture le comprend. Il va de l’avant. Il prend des initiatives, Sans crainte, il engage sa responsabilité.

Au mois de Mai 1797, le Directoire, qui lui avait déjà accordé le grade de Général de Division, l’élève à celui de Général en Chef del’Armée de Saint-Domingue.lnvesti de cette nouvelle autorité, ses pouvoirs civils et militaires sont immédiatement accrus. Toussaint Louverture en profite tout de suite, dans l'intérêt de Saint Domingue, que, le premier, il appelle‘"mon Pays’’. Il accepte à Saint Domingue, en 1798, Mr. Mayer, comme Consul des Etats Unis.Le 3 Mai 1799, il accepte Mr. Stevens, avec le titre plus important de Consul Général. Le Général en Chef va toujours de l'avant. En Mars 1800, il accepte un Envoyé de l’Empire Britannique. Ce Premier représentant Diplomatique, Mr. Wigglesworth, aura pour titre officiel : ‘Agent Britannique pour les Affai-

res de Saint Domingue.’’

Ainsi donc, en 1798 et en 1800, Toussaint Louverture inau, gura nos Relations Consulaires et Diplomatiques avec les Etats Unis et avec l'Empire Britannique. Grâce à lui, la Nation Haitienne fut la première Nation Centre et Sud Américaine, avec laquelle les deux grandes Puissances Anglo-Saxonnes nouèrent des Relations consulaires et diplomatiques.

Le 6 Novembre 1798, Toussaint Louverture écrit au Président des Etats Unis. John Adams. Il lui dit sa douleur de

ne plus voir entrer dans les ports de Saint Domingue Îles navires Américains, chargés des richesses manufacturées des Etats Unis, pour les échanger contre les richesses naturelles de Saint Domingue. Il assure le Président John Adams — je cite textuellement — que ‘‘Les Amérieains trouveront dans les ports de la République à Saint Domingue protection et sûreté.” Il va plus loin. Il affirme que — je cite encore textuellement — : ‘‘Le pavillon des Etats Unis y sera respecté comme celui d’une Puissance Amie et Ailliée.’”

Dépassant les limites étroites des Relations d’affaires, Tbussaint Louverture veut établir des relations plus larges et d’autres sortes. Il veut que ces relations d’affaires doublent des relations d'amitié. L’on ne commerce qu'avec des amis. Mais Toussaint Louverture veut davantage, Il a prononcé le mot ‘‘Allié.”’ Le drapeau des Etats Unis sera considéré à Saint Domingue comme celui d’une Nation Amie et Alliée. Il veut l'Alliance avec les Etats Unis. Il prend de nouveau-l'offensive et adresse une seconde lettre au Prési: dent John Adams, La guerre civile désole Saint Uomingue. Elle peut avoir comme effet funeste — entre autre — le ralentissement des relations commerciales entre Saint Domingue et les Etats Unis. Afinde les maintenir pour pouvoir les développer, il faut assurer la Paix. Il faut empêcher les rebelles de se ravitailler par mer. Mais comment Toussaint Louverture pourrait-il le faire puisqu’il n’a pas de flotte suffisante ? Hardiment, l'intérêt de Saint Domingue l’exige, Toussaint Louverture demande au Président John Adams le concours de navires américains. Il lui écrit le 14 Aout 1799 : ‘‘C’est pour mettre un terme à leur piraterie, pendant que je m'occuperai à les réduire par terre par la force des armes, que, confiant dans votre loyauté, dans vos principes de justice, je vous fais la demande de quelques batiments armés en guerre qui puissent remplir l’objet proposé.’?

Cicéron l’avait déjà déclaré: ‘‘Le droit est l’Utilité du Peuple.”’ ‘‘L'utilité du Peuple’’ de Saint Domingue exigeait le rapide rétablissement de la Paix. Dans la conduite de l’Etat, les moyens se jugent au résultat, car le Salut du Peu. ple est la suprême Loi... Les circonstances extrêmes

veulent des mesures extrêmes. ‘‘'L’utilité du Peuple”? de Saint Domingue avait donné à Toussaint Louverture ‘le Droit’? d'agir comme il le fit. Il pouvait jurer qu'en agis: sant ainsi il avait sauvé Saint Domingue. Il le sauva.

Pour la première fois dans le monde. l’on vit naviguant de concert, afin de maintenir l’ordre et rétablir la Paix, des navires dont les pavillons, claquant au vent, étaient le pavillon des Etats Unis et le pavillon de Toussaint Louverture

Depuis 1798, les Drapeaux des deux plus anciennes “Républiques’’ du Nouveau Monde ont toujours flotté, côte à côte, pour le maintien de l'Ordre et le rétablissement dela Paix.

Emouvants hommages rendus par les américains à Toussaint Louverture.

Les Haiïtiens ne devront jamais oublier les jugements qu'ont portés sur Toussaint Louverture, sur sa farouche résistance à Bonaparte, et sur l’oeuvre immortelle qu’il a établie, deux Américains de valeur,

Dans le Premier tome de mon ‘‘Histoire Militaire de la Guerre de l’Indépendance,’” paru en 1995, j’ai reproduit de nombreux passages de l’émouvante conférence prononcée en 1861 à New-York et à Boston par le grand orateur américain Wendell Philips. Qu’il me soit permis d’en rapporter quelques lignes :

‘Il n’y a jamais eu qu’une seule révolte d’esclave couronnée de succès, et elle a eu lieu à Santo-Domingo .... Il n’y a jamais eu qu’une seule race qui, affaiblie, sans secours , .. aît brisé ses fers, les aît transformés en épées et aît conquis sa liberté sur les champs de bataïlle, une seule : La Race Noiïre de Saint-Domingue . .. Haïti, sortant des ruines de la dépendance coloniale, est devenue un Etat civilisé: il est le septième sur le catalogue du commerce avec notre pays, et il n’estinférieur, par l’éducation et la moralité de ses habitants, à aucune des îles de l'Océan indien d'Occident. Le commerce étranger prête aussi volontiers confiance à ses tribunaux qu’aux nôtres... ‘" Toussaint Louverture la fit ce qu’elle est : . : I a fondé

un État si solidement, que-le Monde entier n’a pu le détruire ... Plongeant sa plume dans les rayons du soleil, la muse de l’Histoire écrira sous le clair ciel bleu, au-dessus d’eux tous, le nom du soldat, de l’homme d'Etat, du martyr Toussaint Louverture.

Dans ce uouvel ouvrage, encore consacré à Toussaint Lou: verture. et dans lequel sont exposées ses ‘‘Relations Inter: nationales,”” qu’il mé soit également permis de rappeler les lignes enthousiastes et véridiques d’Henry Adams, saluant la victorieuse résistance de Toussaint Louverture à Napoléon et expliquant qu’elle fut son importance sur l’avenir des Etats-Unis d'Amérique. Dans sa documentée ‘‘Histoire des Etats-Unis durant l'admiuistration de Thomas Jefferson," Henry Adams éerit :

‘” Deux continents considéraient, les bras croisés, de plus en plus intéressés au résultat, les projets que Bonaparte avait mûris, et qui commencaient à montrer leur véritable caractère. Le Président Jefferson n’était pas renseigné sur ces plans. Le gouvernement angiais l'était davantage, et Godoy en était plus au courant que personne. Cependant, aucun d'eux ne connaissait la vérité entière : à savoir que tous trois dépendaient du courage de Toussaint, Si lui et ses noirs succombaient facilement, les frontières de l’Empire Française s'étendraient jusqu'à la Louisiane, en passant au-delà du Mississipi; tandis que si Saint-Domingue résistait, les forces de Napoléon recüleraient en Amérique et les Etats-Unis de l’Amérique du Nord seraient en même temps plus libres de poursuivre en paix le développement de leur démocratie. ’’

Rarement, je crois, pareil hommage de Reconnaissance a été rendu par un citoyen d'une Nation à une autre Nation. Et ce qui nous rend cet hommage encore plus précieux c’est qu’il a été rendu par un Citoyen de la plus grande, de la plus riche, de la plus puissante Nation des Amériques, à l’une des Nations les plus petites.

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