CHAPITRE Vi
Correspondance de Toussaint Louverture avec et concernant les Américains
De —
Gonaives le 8 Messidor l'an 3 de la République française une et indivisible. (26 Juin i795)
Toussaint Louverture Commandant en chef du Cordon de l'Ouest à Etienne Laveaux Général «en Chef de l’isle de St Domingue.
Mon Général,
Je profite de l’oëcasion de la Citoyenne Marianne, votre ménagère, pour vous écrire. Je n’ai eu le plaisir de Ja voir qu’aujourd’huy qui est le jour de mon arrivée dans ce quar: tier et j’eus été privé de cette satisfaction si je fus arrivé plus tard.
Je vous donnerai avis que les Brigands et les Espagnols ont attaqué et repoussé le poste de Hinche. Voilà comme cela s’est passé. Le commandant du poste avait envoyé un déttachement pour faire patrouille, Dans le même instant les Brigands et les Espagnols ont attaqué, Ils étaient au nom: bre de cinq cent. Le Commandant du poste de Hinche se sentant trop faible, et son déttachement n'étant pas rentré, a replié, pour ne pas faire sacrifier son monde et les Bri: gands ont brulé le poste. Dessaline, Commandant de St-Mi-
chel, ayant été instruit de cela, y a envoyé de suite un détta. chement de cent homme de renfort; et pour prouver à ses fâches que ce n’était point par la crainte qu’ils nous avaient inspiré que nous avions repliez, il a fait marcher de suitte contre eux. Nous les avons vigoureusement repoussés et poursuivis jusque dans leur camp que nous avons pris et brulé. Nous avons tué plusieurs et fait deux mulatres Espagnols prisonniers et nous n’avons perdu qu'un homme dans cette affaire. Ayant appris cela par une lettre de Dessaline, je me suis rendu à Hinche et j'y ai établi les postes que j’y ai jugé nécessaire,
J’ai reçu vos deux lettres. L’une du 2 Messidor et l’autre du 5 du même mois. Je ne saurai que vous remercier de tout ce que votre bonté a dicté d’agréable pour moi. Je rempliraï avec zel et attention les sages conseils que vous me donnez. Je vous y repondrai une autre fois plus au long. Mais excusez-moi, je vous prie, c’est que je suis occupé à faire rassembler les cultivateurs, les conducteurs et les gérants pour les exorter à i’amour du travail, qui est inséparable de la Liberté.
Il est arrivé ily a quelques jours dans cette rade, un batteau amériquain ayant un peu de poudre à feu. Mais il veut la vendre deux gourdes et demie la livre. C'est fort cher. Maisle grand besoin que j'en ai, fait que je la prendrai: Je vous prie de me dire votre avis sur cela,
Mon épouse est malade. Je vous désire une parfaite santé et vous prie de me croire avec des sentiments sincères
d'estime et d’attachement.
Salut.
Toussaint Louverture.
Gonanves le 10 Messidor l'an 3 de la République française une et indivisible. ( 28 Juin.1795).
Toussaint Louvertüure Commandant en Chef du Cordon de l'Ouest à Etienne Laveaux Général en Chef de St Domingue.
Mon Général,
Etant beaucoup occupé et n'ayant point plusieurs pièces que je voudrai vous envoyer qui sont à la Marmelade, concer. nant la réponse que j’ai à faire à vos deux lettres, l’une du 2 et l’autre du 5 de ce mois.
Mon épouse étant malade, je pars pour la Marmelade. Etant là, je vous répondrai plus au long et bien circonstanciée, tel que je vous l’ai dit dans la lettre que je vous ai écrit par la citoyenne Marianne.
Je vous envoy copie d’une pétition que m'ont présenté les Citoyens Sanon Defontaine et Simon Duvrir, ainsi que copie d’une procuration à eux envoyer par le Citoyen Morel et sa soeur habitant de ce quartier, actuellement à Philadelphie, et copie du certificat de résidence du citoyen Morel, qui est d’un ben républicain et que j’ai toujours connu pour tel, Dans la première affaire, avant le siège, je l’avais envoyé à St Marc. Mais n’en ayant pu sortir pour nous rejoindre, fut déporté pour la Nouvelle Angleterre, Il m'a aussi écrit. Comme le citoyen Sanon Desfontaine et Simon Duvrir, sont des meilleurs républicains de ce quartier. Je les aurai bien mis en possession, mais vous étant mon chef supérieur, je n’ai pas voulu le faire sans vous en donner avis, ne voulant agir que par vos conseils.
Je vous prie, mon Général, de vouloir bien m'envoyer pour Louis Sansay jeune.
1.— un passeport pour France par la voie de la Nouvelle Angleterre par congé pour cause de maladie:
2.— un certificat de bonne conduitte, de n’avoir jamais abandonné la République, d’avoir rempli son devoir en
vrai et bon républicain en qualité d’officier de [la garde nationale et sert encore;
8.— une lettre de recommandation auprès du Consul français à New-York.
Je vous envoy aussi copie du certificat de bonne eonduite aue je luï ai donné pour lui valoir. J’ose espérer cela de votre bonté et vous prie de m'envoyer cela de suite ainsi que vos intentions pour meitre en possession les citoyens Sanon Desfontaine et Simon Duvier, Si le citoyen Sansay n’eut pas été malade, il ce serait rendu auprès de vous pour ces demandes que je fais pour lui. II me charge de vous prier de croire qu’il vous est avec estime et considération.
Vous recevrez aussi inclus copie d’une lettre du consul français à New-York à l’adregse du Commandant en chef, pour la République aux Gonaives qui nous envoy avec recommandation pour les armateurs un batiment qui nous à apportez envion sept milliers de poudre. Mais elle est bien chère comme je l’ai déjà marqué. Néanmoins je ferai tout ce qui dépendra de moi pour l'acheter, en ayant trop besoin pour mon cordon où j’en consomme beaucoup, étant toujours attaqué ou obligé d’attaquer.
Nous avons eu un combat très vif dans le canton de St- Marc et le défaut de munitions a fait que les ennemis nous ont fait beaucoup de mal et pris plusieurs de nos frères.
Au moment d'achever ma lettre, je viens de recovoir une lettre des Grands Cahots, lisière du Mirebalais, qui me marque qu’ils ont essuyé un combat qui a été opignatre pendant quatre heures, et que les ennemis ne se sont pas retiré bien loing et menacent de revenir avec plus de force. J’ai de suitte envoyé un renfort et de la munition. J'espère que nous les repousserons. Je vous en donnerai connaissance sitôt que j’en saurai le résultat.
Je vous désire une parfaite santé ainsi que mon état major qui vous assure de leur amitié et respec, et vous prie de me croire avec des sentiments sincères d'estime et
d’attachement, Salut.
Toussaint Louverture.
Gonaïives, Lé 19 Messidor l'an 3, (7 Juillet 1795) de la République Française une et indivisible.
Toussaint Louverture Commandant en chef du Cordon de l'Ouest, à
Etienne Laveaux, Général en Chef de St Domingue
Ïl est arrivé depuis quelques jour le Capitaine Wat, amériquain, avec lequel j’avais pris des arrangement pour m’ap: porter de la poudre.Il m’en a apporté huit mille et qu’elques cent livres, Je ne l’ai pas encore pesée. Mais sitôt qu’elle le sera, je vous en marquerez la quantité au juste.
Au moment de terminer ma lettre, j'en reçois trois de vous: une daté du 15 de ce moïs ou vous me marqué qu’un décret du 27 Juin 1793 sur la convocation des assemblées primaires renvoy la-fête qu’on a célébré l’année dernière le 14 Juillet au 23 Messidor. Je vais de suitte le faire publier partout ou besoin sera, une lettre daté du 16 me marque que vous m’envoyé copie d’une lettre de Caze jeune à Morin que j'ai aussi reçu. 1l n’y a rien de plus feau que les deux millier dont il fait mention, qui restaient au Capne Watt. J'ai été moi même à son bord. Il croyait vraiment en avoir plus de : neuf millier. Il me l’a avoué, qu'il voulait me demander de lui permettre de les vendre à Caze jeune. Mais il ne s’en est trouvé que deux barils du surplus des huit milliers ou environ qui ne sont pas encore pesé comme je vous l’ai dit cidessus. La troisième lettre, aussi daté de 16, qui me marque de donner mes ordres pour vous envoyer au Port de Paix les. prisonniers qui ont été conduit ici par le corsaire le Vengeur. C’est ce que je vais exécuter de suitte,
Je vous désire une parfaite santé et voue prie de me croire avec des sentiments sincères d’attachement. Salut.
Toussaint Louverture.
Aux Gonaïves le 22 Messidor l’an 3 de la République Française ( 10 Juillet 1795 )
Toussaint Louverture Commandant en Chef du Cordon de POuest à Et, Lavaux Général en Chef de lisle St Domingue.
Général,
Je vous envoie les huit prisonniers espagnols et le capitaine Englais, qui ont été emmenés icy dans cette rade par je Corsaire le Vengeur de Villatte.
Je vous envoie aussi les trois cÿ devant français, arrêtés par une barque républicaine sur le bateau américain et conduit en cette rade, sortant de Jérémie. Il se trouve avec eux une commédienne qui est enceinte et même incommodée. Si vous en avez besoïn je vous la ferai rendre à Port de Paix et j'attendrai vos ordres.
Je désire que votre santé soit des meilleure.
Salut,
Toussaint Louverture.
Gonaîves le 28 Messidor l'an 8 de la République Française ( 16 Juillet 1795)
Toussaint Louvertüre Commandant en Chef du Cordon de l'Ouest à Etienne Laveaux, Général en Chef des Isles françaises Sous le Vent,
Je vous remet cy inclus les papiers trouvés dans un batiment américain, conduit aux Gonaives par un de nos corsaires. J’y joins aussi le procès verbal du capitaine de Corsaire. Cet américain était parti de l’Arcahave et fesait voile pour le continent. Le nom du navire est la Bethsey de Philadelphia, et celui du capitaine est Caleb Cushling.
Venant du pais ennemi il n’a pu qu’inspirer quelque suspicions. Et en effet après avoir déclaré au Capitaine du Corsaire qu’il n’avait point de passagers il est résulté de la visite faite à son bord, qu’il s’en est trouvé huit hommes et huit femmes de couleur. Parmi les lettres que je vous envoye trouvés dans cet américain, sont plusieurs de Raboteau, ci-devant membre des Assemblées générale et coloniale, Je vous serai obligé de me renvoyer celles là, Tous les papiers vous sont envoyés pour en faire ce que vous croirez convenable, relativement au jugement à intervenir sur la validité ou sur l’invalidité de la prise.
Aux Verrettes le 10 Frimaire l'an 4 ( 1er Décembre 1795)
de la République Française Une et Indivisible.
Toussaint Louverture, Général de Brigade à Etienne Laveaux, Général et Gouverneur de St Domingue.
Js suis à faire fortifier Les Verrettes pour mettre cette paroisse à l’abri des insultes des ennemis.
J’ai depuis votre départ tous les jours les fièvres causé par un grand rume, ce qui m’empêche de vaquer comme je le voudrai aux affaires de mon cordon. Je ne négligerai pourtant rien.
Le 9 le Corsaire Louis Vistrac, est entré aux Gonaives avec une prise d’un bateau vermudier armé de deux canons et chargé de bois de construction. La prise ne s’est rendu
qu'après deux heures de combat. Il y a dix hommes anglais à son bord.
La municipalité de Terre Neuve a député un de ses membres vers moi. Ils vous attendaient à votre retour, et ils ont été bien fachés d'avoir été privé du plaisir dé vous voir.
Je vous avais écrit lorsque vous étiez au Cap au sujet de cette municipalité. Vous ne m'avez pas répondu, Ils me
prient d’intercéder auprès de vous la réponce. Les cuitiva. teurs de Terre Neuve se plaignent que le Préposé d’administration les trompent. Je vous en ai déjà écrit.
Il est entré aux Gonaives un batteau américain ayant son bord deux cent barils de farine. J’ai donné ordre Villet de traiter avec le Capitaine,
Il est aussi entré deux autres américains mais ils n’ont point de farine.
Marqué moi je vous prie sile battiment de Doune dans lequel nous avons diné lorsque vous étiez aux Gonaives est de bonne prise, ayant appris par voix indirect qu’il n’était pas de bonne prise. Donné mois vos ordres à ce sujet,
Je vous souhaite le bonjour et parfaite santé.
Salut.
Toussaint Louverture.
DS
Gonaîves, le 16 Frimaire l'an Lème de la République Française Une et Indivisible. ( 7 Déc. 1795)
Toussaint Louverture Général de Brigade à Et. Laveaux Général et Gouverneur de St Domingue.
Je m'empresse à vous apprendre l’arrivée en ce port du navire le Sally de Boston, commandée par le capitaine Settr Stora. Ci-joint vous recevrai copie de la facture de sa cargaison.
Comnie il y a quelques salàisons j’ai déjà donné mes ordres à Villet pour en faire l'acquisition, Ce batiment est arrivé à propos, car nous étions ici dans une pénurie extrême des comestible, Il n’en restait pas du tout en magazZin, pas même un seul BI (baril) de boeuf salée ni de morue.
J'ai vous ai prié par ma lettre d'hier de m'envoyer du Cap eu de Port de Paix de la colete ou du ginge pour donner
quelques rechanges aux troupes du Cordon de l’Artibonitte, Comme ces objets sont portées sur la facture vous voudrai bien général les faire achetter ici. Toutefois cependant que vous le jugiez à propos, car je ne veux faire aucun achat pour la victuaille sans être authorisr par Vous, jusqu'à ce que cette administration ait soldée les amériquains de ce qu’elle leur doit, Je vous observerai néanmoins qu’il est très urgent de penser aux troupes de l’Artibonitte, Je vous le repette encore les trois quarts sont sans Chemises ni culotes.
Agréez, je vous prie l'assurance de mon attachement inviolable.
Salut.
Toussaint Louverture.
Bees
Toussaint Louverture Gal de Brigade et Cdant en Chef le Cordon de l’Ouest, à
Etienne Laveaux. Gouverneur Général de St Domingue.
Aux Verrettes, le 10 Pluviose de l’an 4 de la République française Une et Indivisible. (30 Janvier 1796)
.. Vous ne sauriez vous imaginer, Gouverneur Général, la quantité immense de bettes à cornes que les Anglais tirent de l'Espagnol, d’après les rapports de mes vigies. Les Camps Où postes ennemis, n’en manquent pas, Il en est de même, Sans doute, de la ville. I] est malheureux pour nous que nous ne puissions pas intercepter leur convois et que les Espagnols soyent de si mauvaise foi à notre égard pour violer ainsi le traité de paix.
Le Capitaine Douquin, Américain, que v Gonaives (lorsque, mot oublié sans doute) était parti il Y a quelque temps pour Léoganne où ses affaires l'appelaient. Ayant laissé aux Gonaives un commis avec un batiment pour vendre des effets provenant de sa Cargaisonet faire les lecouvrements de ce qui leur est deû. Douquin, dans sa traversée, a été arrêté par les Angiais et conduit au Môle où il est détenu comme un anglais fugitif, ÏIl a écrit par un américain à son commis de lui en- VOÿYer par un canotses lettres de naturalisation, ses malles, son argent et ses effets: de se faire payer de ses débiteurs, de faire agréer son batiment et de l’envoyer à St Marc. II
OUS avez vu auz VOUS y être venu,
dit de pins à son commis qu’il croit qu’on ne tardera pas d'attaquer les Gonaives et que le porteur de la lettre lui rendra mieu compte de ses sentiments. Le Commandant. militaire ayant été instruit de ce détail et que le commis de Douquin se proposait d’embarquer.nuitamment son argent, a de suite fait apposer les scélés par la Municipalité, Le sept de ce mois les scélés ayant été levés, on a trouvé. dans Îles malles 206 portugaizes en or et 118 portugaizes en argent et de plus trois milliers de café dans des sacs. Cet argent,, déposé au trésor, servira à l’administration pour remplir Ses engagements, car elle en avait besoin. Ce même Douquin avait, il y a quelque temps, cotionné un capitaine d'un batiment anglais. qui avait. été fait prisonnier par un corsaire français. Celui-cy s'était sauvé par le canot de Douquin qui, par un acte, avait hipotéqué tous ses biens présent et à venir pour la sureté du cotionnement.
D'après ce,. Gouverneur , Général, veuillez porter votre jugement sur les fonds de Douquin déposés au trésor des Gonaives et veuillez me donner vos instructions.
Salut.
Toussaint Louverture.
Quartier Général De Kao. 8 Fructidor an 1V (25 août 1796) Toussaint Louverture à Laveaux,
Je suis désolé de voir le Capitaine Américain Anderson totalement ruiné pour avoir rendu service à la République.
Le 15 Germinal je fis un marché avec lui pour recevoir de la poudre dont nous avions besoin. et qu’il a apporté à ses risques aux Gonaives. À son entrée un corsaire arriva Sur lui et fitsa déclaration. Anderson remit à Bessière le marché passé avec moi et déchargea sa farine dans laquelle il avait caché la poudre qu’il avait convenu d’apporter. Un officier du Corsaire s’en doutant défonce le baril, sonde ce baril et trouve le baril de poudre. Il écrit au Cap et il est secondé
par des agents qui, par le plus vil des intérêts ont fait condamner ce batiment. Malgré la lettre que j'ai écrite à la Commission en lui faisant voir mon marché. Anderson avoua à l'officier la convention passée entre lui et moi. Mais le plus acharné à poursuivre la condamnation déclara que cela ne me regardait pas. Il me déplait. C’est Viavant, capitaine de port, dont je demande le renvoi. J'écrit à la Commission et je ne lui déguise pas mon mécontentement. Par Lesuire que j'aime bien et qui est votre ami, j’envoie mes demandes d'objets nécessaires à l’armée. À
LIBERTE EGALITE
Au Cap-Francais, le 16 Brumaire, :
An 7e de la République Française, une et indivisible {6 Novembre 1798)
Toussaint Louverture :
énéral en Chef de l’Armée de Saint Domingue.
À Monsieur Adams, Président du Congrès, des Etats- Unis d'Amérique.
Monsieur le Président,
C’est avec la plus grande surprise et la peine la plus sensible que je vois les navires de votre nation abandonner, depuis quelque temps, les ports de Saint Domingue, renon: cer par là, à toute espèce de relations commerciales avec nous et ne plus nous apporter en échange de n5s riches productions, les denrées et comestibles du crû du continent.
Je ne sais point, je re chercherai pas même à pénétrer quels sont les motifs qui ont pu porter les Citoyens des Etats Unis à ce raffroidissement pour les colonies françaises, je me bornerai uniquement à me concilier avec vous sur les moyens propres à à rétablir la navigation et à faire arriver
ASSET
dans nos ports le pavillon Américain. Il est de son intérét. autant que du nôtre, d'étendre son commerce. [Il ne dépendra pas de moi, soyez-en bien Convaincu, d’y contribuer.
Si les intentions du congrès ou les vôtres étaient de changer quelque chose aux dispositions qui auraient pu être pri ses à cet égard et que j'ignore: s’il s’agit de faire respecter la neutralité et de maintenir la bonne Armonie qui a toujours existé entre la République française et les Etats-Unis d'Amérique:; s’il s’agit de faire exécuter les traités entre lee deux Républiques, vous pourrés être assuré, Monsieur, que les Américains trouveront dans les ports de la République à Saint-Domingue protection et sûreté; que le pavillon des Etats-Unis y sera respecté comme celui d’une puissance Amie et Alliée de la France: que les ordres seront donnés pour qu'il le soit par nos corsaires en croisière: que je faci- Hterai, par tous les moyens qui sont en mon pouvoir, leur prompt retour dans leur patrie et qu’ils seront exactement payés des cargaisons qu’ils nous apporteront.
Si la promesse que je vous fais, Monsieur, de protéger les Bâtiments, de votre nation, qui se rendront dans les ports de la Répablique française en cette colonie, peut les décider à y venir encore, je me féliciterai d’y avoir contribué et d’avoir rétabli entre le Continent et la Colonie de Saint- Domingue ces relations qui, pour l'intérêt des deux Républiques, n’auraient jamais dû être suspendues un seul instant.
Recevoir l'assurance de ma parfaite considération,
Toussaint Louverture
Pickering, Secrétaire d'Etat des Etats-Unis,
au Général en Chef Toussaint-Louverture.
(Traduction) : 4 Mars 1799.
Monsieur,
Je suis chargé par le Président des Etats-Unis de vous accuser réception de la lettre que vous lui avez adressée à la
date du 6 Novembre dernier, dont l'objet est de renouveller la Convention Commerciale entre les Etats-Unis et la colonie de Saint-Domingue. Les nombreux prétextes dont se servent le Gouvernement Francais et ses agents aux colonies pour s'emparer et détruire les vaisseaux et ce qui appartient aux citoyens des Etats-Unis, en violation de ja loi des Nations et des traités: et le refus répété de ce gouvernement de donner des ordres afin de rémédier à cet état de choses, ou même d'écouter nos sincères et amicales propositions, de négocier sur ces points qui divisent les deux Nations, forcent les Etats-Unis à chercher et à adopter des mesures de sauvegarde et de défense.
De cela provient l'acte du Congrès ‘‘de suspendre le commerce entre les Etats-Unis et la France et ses dépendances’? et le renouvellement de cette loi à la dernière session du Congrès.
Mais dans la dernière loi (dont ei joint copie) vous verrez qu’il est prévu que les relations commerciales seront reprises avec la France ou une île ou place appartenant à la République si le Président le trouve conforme et favorable aux intérêts des Etats-Unis, Et comme les dépradations exercées sur notre commerce par les bâtiments de guerre Français ont obligé le Congrès à prohiber et restreindre nos relations commerciales avec les possessions françaises, il en résulte que pour obtenir que ces prohibitions et restrictions soient abolies, il faut qu’un terme soit mis à ces dépradations. C’est la seule condition, franche et loyale que le Président trouvera favorable et conforme aux intérêts des Etats-Unis et qui bermettra de reprendre les relations commerciales entre eux et toute possession française. À cette condition le Président sera heureux de permettre la reprise du commerce entre les Etats-Unis et Saint Domingue, un commerce mutuellement si avantageux pour nos concitoyens et le peuple de cette ile.
La bonne disposition manifestée dans votre lettre à fait ressentir au Président le désir d’être à même de réaliser les besoins de Saint Domingue. Pendant qu’il s'occupe des intérêts des Etats-Unis, la loi du Congrès qui est maintenant
ajoutée lui donne ce pouvoir dans les termes sus-mentionnés: £t dans la ferme conviction que le Gouvernement de cette ile l’aidera à reprendre ses relations commerciales avec les Etats-Unis il a nommé un Consul Général pour le représenter, La personne nommée est le Docteur Edouard Stevens de Philadelphie. Ce gentilhomme possède la confiance . du Président et ses instructions afin que vous preniez les me. sures plus haut indiquées, qui $seulés permetront au Président d’abolir lés restrictions qui existent —elles seront abolies le plus vite possible,
Je suis, Monsieur, avec coereuen votre obéissant ser-
viteur.
Timothy PICKERING Secrétaire d'Etat des Etats Unis d'Amérique
A Toussaint Louverture, Général en Chef des Armées de Saint Domingue
HOLLINGSWORTH, négociant américain au Général TOUSSAINT-LOUVERTURE.
ne 11 Mars 1799
Cher Citoyen,
J'ai recu avec plaisir la lettre qu’il vous à plu de me faire {’honneur de m'écrire par le citoyen Shallray, qui est ici en ce moment. J’ai fait tout ce qui esten mon pouvoir pour réaliser vos désirs et je pense que le citoyen Bunel pourrale confirmer, que de tous témps j'étais prêts à les remplir complètement. Son assiduité dans les affaires qui coñcernent la mission dont il chargé, rend presqu'inutile mon assistance et j'espère que ses efforts se términeront par le plein succès de vos désirs, si bien én accord avec l’espoir de tous mes chers concitoyens. Il ne convient pas à un particulier de se mêler à la politique: je m'en abstiendrai donc, nor seulement
parceque notre gouvernement a nommé quelqu'un spécialement chargéde parleret d’agir en son nom en toute cir-. constance, mais parce que je n’étends pas mes vues au delà de nos intérêts commerciaux, que je considère comme étant, liés aux vôtres à tous les. points de vue, et autant que le. permettent les lois de notre pays. Aussitôt que les relations entre votre pays et Îe notre seront reprises nous commence rons nos opérations sous la raison sociale ‘‘John Hollings-. worth&Co’’Le mémorandum quiest en possession du citoyen Shalleray sera rempli, autant que nous le pourrons et aussi vite que possible: il partira sur le. bateau qui portera les marchandises. En attendant, je prends la liberté de vous adresser au citoyen Bunel,et après que vous l'aurez entendu, vous n’aurez qu’à me donner vos ordres.
‘ Je terminerai en vous faisant observer, citoyen Général, qu'il estinutile d'employer beaucoup de. mots pour vous assurer qué je place en vous la . plus entière confiance, et j’ai encore le plaisir d'ajouter que cette confiance est généralement partagée par toutes les personnes que. je connais. L'assurance que j’en ai est un motif puissant de consolation pour moi, qui ai appelé par tous mes efforts la négociation en cours et dont la fin sera — j'ose m’en flatter — à l’avantage des deux nations, sans porter préjudice à qui que ce soit. | | | ; ‘ En vous souhaitant succès, santé et bonheur, je suis, cher Citoyen, votre très respectueux.
JOHN HOLLINGSWORTH
LIBERTE EGALITE Au Port-de-Paix. le 27 Thermidor
an 7e de la République française, une et indivisible. (14 Août 1799)
Toussaint Louverture
Général én Chef de l’Armée de Saint Domingue,
A Monsieur John Adams,
Président des Etats-Unis de l’ Amérique.
Monsieur le Président,
Monsieur Edward Stevens m’a communiqué la lettre que vous lui avez écrite relativement aux mesures que vous avez prises par votre Proclamation, je n’ai pu voir sans plaisir votre attention à les mesures sur les convenances et les localités d'un Pays que vous ne prévoyiez pour devoir être sirtôt exposé aux fureurs de la guerre civile.
Rigaud, qui commandait sous mes ordres le Département du Sud de Saint Domingue, pour satisfaire son orgueil et son ambition, vient de lever l’Etendard de la Révolte contre son chef légitime, contre l’Autorité nationale. Secouant partout ies Brandons de la Discorde, il a allumé la guerre civile dans son propre pays. Il a commencé ses hostilités par la surprise des Grand et Petit: Goave, et l'assassinat des Blancs qu’il y trouva fut le prélude de ses forfaits. Cette conduite criminelle et attroce força l’Agent du Gouvernement à le déclarer rebelle, à le mettre hors la loi, et à requérir la force pour le punir de ses attentats. Je dirigeai en conséquence la force armée de St Domingue sur le Département du Sud. Mais le machiävélisme de ce rebelle qui se préparait depuis long. temps à l'exécution de son Projet infâme, avait fait germer dans Île nord et dans l'ouest ses principes de destruction; et alors qu'à la tête de l'armée sous mes ordres, je reprenais le Grand Goave et me disposais à poursuivre les Rebelles jusqu'aux extrémités du Sud, les hommes de cou-
leur dans tous les quartiers du nord et de l’ouest, organisant partout la révolte, complotèrent contre la sûreté publique, chacun dans leurs quartiers respectifs, Le Môle fut le premier à déclarer sa révoite, J’accourus aussitôt pour larracher aux Rebelles: et mon passage à Saint Marc et aux Gonaîves y détournale même malheur. Un jour plus tard ces deux endroits succombaient sous les efforts des conspirateurs. Forcé par ces incidents de ralentir ma marche sur le Môle, je ne pus y arriver assez tôt pour empêcher la propagation de cette insurrection qui devait être générale. Elle gagne le Jean Rabel et la Dépendance de Port-de-Paix, dont la ville cernée de toute part ne laisse plus à son commandant que la résolution de s’ensevelir sous ses ruines plutôt que de trahir ses devoirs en se rendant à des Brigands Instruit du danger de cette ville, je courus la dégager. En effet, mon arrivée intimida les rebelles qui se replièrent à Jean Rabel où couverts de leurs fortifications, ils attendent les troupes que je fais venir pour les réduire.
De tous les moyens coercitifs que je peux emploÿer pour comprimer la criminelle audace du Rebelle Rigaud et des Sectateurs de sa révolte, je ne puis faire usage que de ceux que m'offre la nature du Pays. Mais il en est de bien puissamment répressifs qui me manquent, ce sont ceux qu'offre la mer, Sans marine, les forbans du Sud qui infestent nos Côtes pillent et assassinent impunément français et étrangers qu'ils rencontrent etse portent à des excès qui outragent le ciel et la terre,
Ils renforcent avec leurs Barges les places rebelles du nord sans que je puisse y mettre obstacle, par le défaut de bâtiments propres à donner la chasse à ces forbans. C’est pour mettre un terme à leur piraterie, pendant que je m'occuperai à les réduire par terre par la force des armes, que, confiant dans votre loyauté, dans vos principes de justice, je vous fais la demande de quelques bâtiments armés en guerre qui puissent remplir l’objet proposé. En acquiescant à ma demande, vous aurez la gloire d’avoir concouru et fait concourir votre nation à l'extinction d’une rébellion odieuse aux yeux de tous les gouvernements de la terre,
C’est peu que par votre Proclamation vous ayez défendu Pentrée des bâtiments de votre nation dans les ports de Saint- Domingue autres que le Cap et le Port Républicain; cette mesure 8e trouvera sans effet si vous n’obligez à son exécution par une force coercible quelconque. Ainsi en adhérant à la demande que je vous fais de quelques bâtiments de guerre, vous réprimez une rébellion qu’il est de l’intérêt de tous les Gouvernements d’étouffer, et vous faites exécuter les propres volontés du Gouvernement dent vous êtes l’organe.
C’est dans l’espoir de vous voir adhérer à ma demande que je vous renouvelle l'assurance de mon estime et de ma vénération particulière ainsi que de tous les autres sentiments que vous m'avez inspirés, et avec lesquels j'ai l’honneur d'être respectueusement,
Monsieur le Président, votre très humble et très obéissant serviteur.
Toussaint Louverture.