CHAPITRE VII
Correspondance de Toussaint Louverture avec
et concernant les Anglais
ee ne
Gonaives le 9 brumaire l'an Le (31 Octobre 1795). de la République Française, une et indivisible. Foussaint Louverture, Général de Brigade et Commandant
en Chef le Cordon de l'Ouest,
à Etienne Laveaux, Général et Gouverneur de St Domingue Mon Général,
Je vous fais passer un paquet en très mauvais état, qui vous est adressé de Jacmel. J’ai expédié pour St Marc un parlementaire qui à, on ne peut plus, fait sensation en cette ville. Le Commandant anglais ayant fait publier que les
‘femmes qui voudräient partir pour les Gonaïives, n’avaient
qu’à se tenir prêtes pour le lendemain à dix heures, St Marc fut dès lors en grand mouvement, Toutes les femmes voulaient partir. Les hommes y furent opposants, de sorte que cela a occasionné une rumeur qui a décidé le commandan
anglais à ordonner au parlementaire dé partir le soir même de son arrivée. Il n’ÿ a donc eu que les femmes contre le départ desquelles personne ne s’est opposée ou quise sont trouvées assez tôt prêtes pour profiter de la permission du
Commandant, qui sont venues au nombre de seize. L’échanÿe: des prisonniers n’a pas eu lieu. Je vous envoie copie de mes propositions, et copie de la réponse de l’Anglais, Vous Ÿ verrez les raisons qu’il m'allègue. J'attends vos ordres et vos instructions sur la marche que je dois tenir maintenant pour l'échange...
Salut en l’amour de la Patrie.
TOUSSAINT LOUVERTÜRE
“Copie de la lettre du Commissaire Anglais des
prisonniers de guerre dans l'île de St Domingue
à Toussaint Louverture, Général de Brigade Monsieur,
Dans ma qualité de Commissaire des prisonniers de guerre je vous adresse par la goélette L'Endeavour, expédiée en parlementaire, quatorze prisonniers, dont vous trouverez ci-joint la liste.
Il ne s’est trouvé ici au nombre des prisonniers dont vous donnez les noms au Commandant de St Marc,que les nommés Pierre Coquilleau et Marie. Je me proposai de vous les faire passer, mais sur la proposition que je leur en ai faite, ils s’y sont formellement refusés, et vous devez savoir qu’en pa-
reil cas, nos lois ne nous permettent pas d’user de con. trainte.
J'espère que les prisonniers que vous recevrez vous rendront compte de la douceur et des égards avec lesquels ils” ont été traités par moi et que vous en userez de même vis à vis de tous ceux que vous aurez à nous envoyer:
Parmi ceux que vous avez, doit être un enfant nommé Davy, pris il y a environ deux mois gur la goéllette Gascogne et conduit aux Gonaives, C’est un jeune homme de couleur réclamé par son père qui lui est fort attaché, demeurant à la
Ji
Jamaique et nommé J'inlayson. Je vous aurai une obligation particulière de me le renvoyer et soyez persuadé qu’en semblable et tout occasion j'aurai grand plaisir à faire ce qui pourrait vous être agréable.
Monsieur, j'ai l'honneur d’être votre très humble serviteur
(Signé) T. WHITE Maison du Roy au Port-au-Prince, le 7? Novembre 1795 Pour copie conforme à l’original
(Signé) R. GUYBRE, Sécrétaire
Gonaïives, Le 20 Brumaire l'an 4 de la République Française Une et Indivisible (11 Novembre 1795)
Toussaint Louverture, Général de Brigade, ete. à Etienne Laveaux, Général en Chef et Gouverneur de St Domingue
Mon Générai,
J’envoye au Cap chercher le Père Corneille, pour passer ici sa convalescence.
Je profite de cette occasion pour vous donner connaissance de l’arrivée hier d’un parlementaire anglais, venant directement du Port-au-Prince.
Ci-joint copie de la lettre à moi adressée par le Général] Adam Williamson, et copie de celle du Commissaire des prisonniers de guerre,
Je ne pourrai compléter le nombre de prisonniers à luï envoyer, par la raison qu’il y en a quatre au Port-de-Paix qui ont été demandés par vos ordres pour je ne sais quelle affaire. Veuillez, mon Général, ordonner de me les envoyer aussitôt que leur présence ne sera plus jugée nécessaire au Port de Paix, pour que je puisse, par un parlementaire que j'enverrai, m’acquitter envers le Général anglais.
Je ne dois pas vous passer sous silence, mon Général, que lors de l’arrivée du parlementaire en rade, le Commandant Vernet était auprès de moi chez Descahos pour affaires. Une barge du Cap sortant de l’Anse à Veaux, entrant aux Gonaives, insulta le parlementaire anglais, qui m’en porta des plaintes très amères. J’en fus singulièrement fâché: j'ai fait punir le Capitaine de cettebarge et ai témoigné à l'officier anglais la douleur que j'en ressentais, Je lui ai offert toutes les réparations qu’il exigerait de la part du Capitaine de barge. Ce qui l’a satisfait et l’a porté à solliciter qu’il ne fut fait aucun mal au Capitaine de barge. Je l’ai ensuite amené chez Descahos, mon quartier Général, où il a soupé avec moi Il m'a demandé la permission de passer la journée à terre. Je ne m’y suis pas refusé. Il ne partira donc que demain, Pen. dant cet intervalle de tems, je le traiterai très honorablement et je n’oublierai rien pour effacer de son esprit l’injure qui lui a été faite par le Capitaine de barge du Cap.
J'ai aussi à vous rendre compte d’une plainte qui m’a été portée par le Commandant pour le Roi d'Espagne à Banica, relativement à une incursion faite sur les terres encore en possession des Espagnols.
Je vous envoie ci-joint copie de la plainte du Commandant de Banica et copie de ma réponse.
Rien autre chose d’extraordinaire.Je vous envoie quelques truffes. Veuillez bien les agréer de la part de celui qui vou désire la meilleure santé et qui vous embrasse de tout son coeur, Tous mes officiers vous assurent de leurs respects et fidélité.
P. S. Général, notre impatience de vous voir s’accroit tous les jours. Serons-nous longtemps privés de ce plaisir ?
Traité de Paix, daté du Camp de la pointe Bourgeoise, le 31 Août i798, entre Toussaint et Maitland.
L'histoire de la guerre actuelie ne présente aucun événement qui soit plus intéressant pour la cause de l’humanité, comme pour les intérêts permanents de la Grande Bretagne, que Je traité fait par le Général Maitland avec le Général noir Toussaint, à l’oceasion de l’évacuation de Saint Domingue.
Par ce traité, l'indépendance de cette île très importante est, en fait,reconnue et sera garantie contre tous les efforts que les Français pourraient faire maintenant pour la recouvrer.
L’Angleterre n’aura plus à y faire aucune dépense pour les fortifications ou ses armées, mais bénéficiera de la garantie de l’exclusivité de son commerce.
Toussaint est un nègre et dans le jargon de la guerre, il a été appelé ur brigand. Mais on s’accorde pourtant à proclamer qu’il est un nègre né pour venger l’outrage fait à son espèce et prouver que le caractère de l’homme est indépendant de la couleur extérieure.
Les derniers événements de Saint Domingue fixeront bientôt l’attention publique. Ils sont calculés de manière à plaire à tous les partis. C’est un grand point d’arracher cette île formidable des griffes du Directoire, car, si jamais il y reprenait pied, nos possessions des Indes Occidentales seraient incessamment menacées et peut-être plus facilement assaillies: et d’un autre côté c’est un grand point pour la cause de l’humanité qu’un gouvernement noir soit, en fait. constitué et organise dans les Indes occidentales sous le commandement d’un noir, chef ou roi; et que la race noire qui, par le créateur, pour sa honte, a été accoutumée à être dégradée, sera maintenant reconnue comme une soeur et traité avec la plus parfaite égalité. Tous les hommes vertueux se réjouiront à la vue du drapeau des noirs qui flotte maintenant. Chaque loyal Breton se sentira fier de ce que ce pays apporta pour l’heureuse révolution.
Le traité que le Général Maitland a si sagement fait avec M. Toussaint a été ratifié etle Colonel Grant est nommé pour aller à Saint Domingue comme notre Résident et agent dans l’ile avec des pouvoirs très étendus.
N. B. Exrait traduit de la “Gazette de Londres du 12 Décembre 1798.
Convention secrête entre Toussaint Louverture et Maitland d’après Rayford W. Logan ‘",... Je suis incapable de jeter aucune nouvelle lumière sur ces négociations supposées secrètes, mais je suis eapable d’offrir, pour la première fois, la convention secrète signée par Toussaint Louverture avec le Général Maitland. le 31 Août 1798. Il est écrit ainsi dans ma propre traduction,
‘Une Convention secrète a été convenue entre le Colonel Harcourt député adjudant Général des forces de Sa Majesté Britannique; au nom de Son Excellence, l’Honorable Briga. dier Général Maitland, Zommandant en Chef des dites forces, et Monsieur Idlinger, adjudant Général, chef d'état major, major dans l’armée française, au nom du Général Toussaint Louverture Commandant en Chef de la dite armée: Les dites conventions ayant été ratifiées plus tard, d’un côté par Son Excellence, l'Honorable Brigadier Général Maitland et, de l’autre côté, par le Général en Chef Toussaint Louverture.
Art. [, Le Général Maitland s'engage solennellement qu’aucune troupe Anglaise d'aucune sorte, n’attaquera sous aucun prétexte l'Île de Saint Domingue perdant toute la durée de la guerre présente. (Dans la marge opposée cette clause est écrite en Anglais! ‘‘Cet Article s’applique simplement au Général Toussaint lui-même, et à sa partie de l’île.”’)
Art. 2. Le Général Toussaint Louverture promet dela manière la plus solennelle et la plus positive qu'aucune troupe
coloniale, de quelque nature qu’elle soit, n'attaquera l’île de la Jamaïque d’aucune façon pendant toute la durée de la présente guerre.
Art. 3 Le Général Maitland promet que son gouvernement ne se mêlera dans’aucun cas dans ce qui concerne les arrangements intérieurs et politics de l'Ile de Saint Domingue pendant toute la durée de la présente guerre.(En marge cette clause est écrite en Anglais : ‘Cet article s'applique simplement au Général Toussaint lui-même et à sa partié de l'Ile.”’)
Art. 4 Le Général Toussaint Louverture promet de la manière la plus solennelle et la plus positive qu'il ne prendra aucune part dans les arrangements intérieurs et politics et dans le gouvernement de l’Ile de la Jamaïque pendant toute la durée de la présente guerre.
Art. 5. Le Général Maitland, en conséquence des articles ci-dessus, engagera son gouvernement de permettre d’arriver dans les ports de Saint Domingue qui seront déterminés plus tard, la quantité de provisions qui seront déterminés plus tard, sans risques pour les croiseurs de Sa Majesté ou de corsaires : et le prix de ces provisions sera payé en produits coloniaux qui auront le privilège de quitter lesdits ports, aussi sans risques de la part des croiseurs Anglais.
Cette convention restera en vigueur dans toute sa force jusqu’à ce qu'une déclaration contraire soit faite par l'une des parties, dont avis sera donné dans ce cas,un mois avant, la stipulation ci-dessus sera détruite par cette déclaration.
Signé au Camp du Point Bourgoone à une lieue du Môle, le 31 Août 1798, ou 15 fructidor, 6e année de là République Française.
Signé Idlinger Signé Gen. Harcourt Adjudant Général D. À. G, Ratifié Ratifié
Signé Toussaint Louverture Sioné T. Maitland
Br. genl. comt en chef.
Cette traduction est basée sur la copie que. Maitland envoya à Dundas le 81 Août 1798. Elle diffère seulement dans quelques matières de peu d’importance dans la ponctuation et l'orthographe de ia copie que le Roi envoya à Pickering dans sa lettre du 7 Décembre 1798. L'usage du mot ‘‘conventions’’ dans la première ligne doit faire supposer qu’il y. a eu d’autres accords. Mais ces mots ‘‘Cette convention”. dans le paragraphe après l’article 5 indiquerait que la forme du pluriel a été prise pour indiquer des articles individuels. Le Roi ue semble pas s'être méfié d'aucune convention additionnelle, L’article le plus important qui met en lumière la discussion qui avait eu lieu sur l’offre de royauté à Toussaint, est celui dans lequel Maiïtland laissa Toussaint absolument libre d'établir la forme de gouvernement qu’il désirait.
— J'ai tenu à reproduire ces pages de Rayford W. Logan donnant le traité de la Pointe Bourgeoise Signé ie 81 août 1798 entre Idlinger représentant Toussaint Louverture et Harcourt représentant Maitland. Convention que Logan appelle ‘‘Secrète.’’ Je donne plus loin les réelles et Seules Conventions Secrètes qui furent Signées entre Maitland et Toussaint à l Arcahaie le 13 Juin 1799. Seules ces Conven: tions, que j'ai copiées aux Archives du ministère de la guerre à Paris, nous donnent les engagements précis et Secrets conclus entre les deux généraux Toussaint Louverture et Maitland. C'est indiquer l’extrème importance de cette Convention de l’Arcahaie du 13 juin 1799, qui Seule mérite le nom de ‘‘Convention Secrète.’”