‹ Histoire des relations internationales de Toussaint Louverture, avec des documents inéditsChapitre 5 sur 29 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Toussaint Louverture et les Espagnols

Parmi les causes de l’immense influence dont Toussaint Louverture jouissait à Saint Domingue, j’ai indiqué sa parfaite connaissance des ‘‘habitants de Saint-Domingue dans leur diversité.” Toussaint Louverture connaissait bien les Espagnols — les chefs, les officiers, les soldats — pour avoirs longtemps combattu et vécu avec eux. Et avec eux, les nobles Emigrés. Isaac Louverture le mandait au Roi Louis XVIII dans une lettre qu’il lui écrivait le 31 janvier 1817 et que j’ai reproduite dans mon ‘‘Histoire de la Famille et de la Descendance de Toussaint Louverture.”? ‘Il (Toussaint Louverture) servit en 1792 et 1793 dans les armées d’un prince de votre auguste maison. Il fut nommé par le roi Charles IV au grade de Maréchal de camp, puis à celui de lieutenant général, Il reçut du marquis d’Hermonas, au nom de Sa Majesté Catholique, une épée et une décoration militaire. L’image d’un Bourbon, Sire, a brillé sur la poitrine de Toussaint Louverture; et lorsqu’à la persuasion de M. de Lavaux il se réunit aux Français, il parut comme un astre bienfaisant sur l’horizon orageux de Saint-Domingue. Il protégea les ministres de la religion catholique . ... Il sauva la vie au brave Marquis d’Espinville sur le champ de bataille de Mirebalais. M. le Comte d’Embrugeac.... quand ses ennemis persécutèrent en lui la connaissance et les talents, ce fut auprès de Toussaint Louverture qu'il chercha un asile et son salut.”

Parmi les causes de l’immense influence dont Toussaint Louverture jouissait à Saint-Domingue, j’ai indiqué sa parfaite connaissance des ‘‘habitants de Saint-Domingue dans leur diversité.”’ Il connaissait aussi bien les étrangers et

| | ceux qui étaient alors les ennemis, c'est à dire les Espagnols et les Anglais,

Une très intéressante lettre à Lavaux va nous permettre d’en juger. Toussaint Louverture jui écrivait de la Petite Rivière le 6 Mars 1796 (16 Ventôse an IV): ‘‘Tout ce que je vous avais marqué dans une lettre il y a deux ou trois mois au sujet des Espagnols, n’était que trop fondé. C’est parce que j’ai appris à les bien connaître que je vous ai écrit ce dont ils étaient capables, et ils n’ont pas voulu me faire mentir. Sans avoir égard au traité qu'ils ont fait avec la République Française, ils ont donné passage aux anglais nos ennemis. Ils leur ont fourni des munitions, des bêtes et hoses, Enfin ils les ont facilités autant qu’il leur avait été possible, pour communiquer avec les troupes de J S

Jean-François, et iis ont si bien fait, qu'elles sont toutes ?

Toussaint Louverture connaissait mieux les habitants et les étrangers que Lavaux. Le Commandant Gagnet est en rébellion dans les hauteurs de la Grande Rivière du Nord. Les Anglais lui font parvenir de l’argent et des munitions. Les Anglais occupent Port-au-Prince. la Croix des Bouquets, le Mirebalais. Ils y ont organisé des troupes noires, sous le nom de ‘‘chasseurs.’’ ‘‘Les Espagnols ont établi un camp en un endroit appelé Cerca,’”’ apprend Toussaint Louverture à Lavaux, toujours le 6 Mars 1796. I] ajoute: ‘‘C’est l’entrepôt et le passage des anglais pour fournir à Gagnet des munitions et communiquer avec lui. Si quand je vous l'ai demandé, vous aviez pu me permettre de prendre possession de Banique et surtout de Las Cahobas, les ennemys n’auraient pas eu le passage si spacieux . . .’’

Mais Toussaint Louverture faisait la plus grande différence entre les Espagnols — Fonctionnaires, Soldats, Colons — et les Habitants qui étaient nés dans l’Ile. Ilaimaitces derniers, les considérait comme des Frères, des Compatriotes appartenant à la même Ile. Nous avons une preuve manifeste de l'amitié qu’il leur portait, de ses sentiments affectueux à leur égard, dans les instructions qu’il passait à ses généraux lors de la prise de possession de l’Audience Espagnole, en

exécution du Traité de Bâle. Instructions qui furent fidèlement respectées. C’est dans un esprit d'amitié et de justice que Toussaint Louverture exécuta ce traité. Il avait expressément recommandé à ses généraux et à ses troupes de ne voir dans les Habitants de la Partie Orientale de l’Ile, que des frères qu’il s'agissait de ramener sous les mêmes lois, des frères envers lesquels il fallait se montrer persuasifs, des frères dont il fallait respecter les usages et les croyances.

Le Général Moyse apprenait ainsi à Toussaint Louverture son entrée à Santiago de los Caballeros : ‘*... Les Espagnols m'ont envoyé de Saint Vague, .. deux habitants..,chargés de m’annoncer qu'il y avait un Padre etun Alcade qui m’attendaient à la rivière d'Yaque ... J’ai de suite envoyé le général Pajot, chargé de prendre des arrangements pour la reddition de la Place .... En entrant dans la ville, j’ai donné les ordres les plus précis pour que les personnes et les propriétés soient respectées : ., la nuit se passait tranquillement . ., Le lendemain (13 Janvier 1801) j’ai vu avec plaisir tous les habitants de la ville, vaquer avec confiance à leurs travaux domestiques, comme de coutume..Ce même jour, j'ai invité le HAE du culte Sages à dire une messe pour la troupe.’

Rien ne donne une plus juste idée de l’affection et de l'estime que Toussaint Louverture nourrissait pour Îes laborieux et vaillants habitants de l’ Audience que ses déclarations contenues dans sa Proclamation du 12 Février 1801: ‘C'est un bon père qui parle à ses enfants, qui leur indique la route du bonheur pour eux et leur famille, qui désire les voir heureux. Je n'ai jamais pensé que la liberté fut la licence, que des hommes devenus libres pussent se livrer impunément à la paresse, au désordre . .. L'état de nullité dans lequel j'ai trouvé la culture et le commerce dans la partie espagnole (état qui n’était, dû qu’à l’incurie de l’administration et à son système colonial, hostile à tout progrès), mon extrême désir .. .de la rendre florissante me font un devoir d’exciter l’émulation des anciens habitants par des encouragements qui doivent, en même temps, y attirer de nouveaux colons... ‘Toussaint Louverture décrit

en termes admiratifs qui n’ont jamais été dépassés’? les départemens de l’Engano et de Samana. . . . la superbe plaine de

Samana, sur laquelle ia Providence paraît avoir répandu toutes ses faveurs.

À lire ses appels émouvants, nous sentons qu’il dit vrai, ce chef, qui s'appelle l’ami, le Père de ses administrés, qui se déclare ‘‘constamment disposé à les aider et à les seconder de tout son pouvoir.” Et nous le croyons lorsqu'il conclut que nul n’a ‘‘une volonté plus ferme de rendre son pays

heureux.

por QQ

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