CHAPITRE II
Correspondance de Toussaint £Louverture avec et concernant les Espagnols
Grande Rivière du Nord, 4 Octobre 1794
Mon Cher ami,
J’ai reçu votre lettre avec plaisir, je ne peux satisfaire à votre demande; nous ne pouvons pas quitter notre camp pour nous transporter tous deux à l'Espagnol. Si cet Espagnol a quelque chose à nous communiquer, il n’avait qu'à se transporter à mon camp; quant à moi je n’ai pas le temps de m’y rendre: je vous souhaite une très parfaite santé, et suis pour la vie, votre ami.
Médecin général.
Bien des choses de la part du Secrétaire, ainsi qu'à M. le Général.
Grande Rivière, ce 15 Octobre 1791.
Mon Cher ami, D'après les demandes que je viens de faire à l’Espagnol, et que j'attends de jour en jour la chose que je demande,
je vous prie d’attendre que nous soÿons plus en état avant
d'aller, à ce que vous me faites l'amitié de m'écrire. Je trop grande envie d’aller, mais je voudrais avoir, dans toutes les habitations, des pinces pour pouvoir faire déoringoler les rochers qui sont à la montagne du haut du Cap, pour les empêcher de nous rapprocher, car je crois qu’ils n’ont pas d’autres moyens, à moins que d’exposer nos gens à la boucherie. Je vous prie de vous assurer avec l'espion que vous aurait envoyé, de le faire bien expiiquer l'endroit où est la poudrière du haut du Cap, pour que nous puissions réussir à emparer la poudrière; mon bon ami, vous pouvez avoir là dessus que si j’ai pris des précautions à cette affaire, vous pouvez en faire part à Bouqueman: quant à Jean François, il peut toujours aller en voiture avec les demoiselles, et il m’a seulement pas fait l'honneur de m'écrire un mot depuis plusieurs jours. Je suis même fort étonné de cela. Si vous avez besoin de tafia, je vous enverré quand vous voudrez, mais tâchez de le ménager; vous sentés bien qu’il ne faut pas leur en donner pour qu’ils soient dérangés. Envoyés-moi plusieurs cabrouets, car j'ai | besoin pour charroyer du bois pour monter les-cases qui | sont à la Tannerie pour loger les gens.
Je vous prie d'assurer de mon très humble respect à Madame votre mère et votre soeur.
J’ai l’honneur d'être parfaitement, très cher ami, votre très humble, très obéissant serviteur.
Plaisance le 10 Aout 1793 l'an 2 de lu Republique.
Citoyen Commandant Je ne vous ai point écrit plus tôt pour vous donner les détails des motifs qui m'ont obligé à faire retraite icy. Je vais, Citoyen, vous donner le plus [de] détail possible. Mardi 6 du courant, étant campé sur l’habon Dubourg à
La Marmelade, nous fumes attaqués par les révoltés que nous repoussament. Dans l’après-midi du même jour, un poste avancé que nous avions sur l’habon Victoria fut aussi attaqué. Je fis marcher à leur secours et l’ennemy fut encore repoussé. Les deux affaires nous ont blessé huit hommes, dont deux sont morts des suites de leurs blessures.
Dans l'affaire du camp Victoria, nos troupes se trouvant très près des révoltés, ceux-ci teur demandèrent une entrevue pour le lendemain, dont ils donnèrent pour motif l’envie qu’ils avaient de se rendre.
Je jugeai à propos d'essayer si cette entrevue réussirait. En conséquence je dépèchai vers eux le nommé Cofi et deux autres qui remirent sur Charles Julbin une lettre que j'écrivis et dans laquelle je leur donnais toutes assurances de protection de la part de la République s'ils se rallieralent à ses drapeaux.
La réponse de Toussaint abréda, chef des révoltés qui vint à la conférence fut qu’ils voulaient un roy, et qu'il ne poserait les armes que lorsqu'il serait reconnu. Mon messager vint m'apporter cette réponse.....…,....….
Salut.
Le Député des Emgirés Français Résidents à St Michel, tous habitants et propriétaires des paroisses des Gonaives d'Ennery, Plaisance, La Marmelade et le Dondon.
A son Excellence Monsieur le Président Gouverneur et Capitaine Général, Représentant immédiat du Roy en cette Colonie.
Sitôt votre arrivée dans notre infortunée pais, Excellence, le Général Biassou conçut le noble projet de prévenir vos vues bienfaisantes: infiniment convaincu de trouver un zélé coopérateur dans son brave camarade et ami le Géné. ral Jean-Francois, pour rétablir l’ordre dans toutes les paroises du Nord, qui s'étaient sagement soumises au Roy, il dressa et communiqua son plan au Commandant particulier de Saint Michel, ainsi qu'au Commandant Général de la frontière. L'idée de ce plan était aussi digne d’un bon serviteur
de Sa Majesté que facile dans son éxécution. Monsieur d’Armona répondit dans le temps, que le moment n'était pas venu pour le rétablissement de l'ordre. La lettre qui contient cette Résolution (qui a tout perdu) est entre les mains de Votre Excellence. Le voici néanmoins ce plan que les plus grands généraux de l’antiquité eussent adopté, quant bien même il eut été présenté par un simple soldat.
Personne n’ignore que les nègres révoltés qui assassinent, pillent etincendient nos possessions au nom de l’exécrable république occupent la presque totalité des montagnes qui ceignent les plaines du Limbé, du Port-Margot, L'Acul, le Morne Rouge, quartier Morin, Limonade et Jacquezé jusqu'aux confins du fort-Dauphin, tandis que ces plaines fourmillent de ces vils ennemis dont la principale horde se tient dans ja ville du Cap.
Le général Biassou voulant tous les chasser dans un même lieu, afin de les forcer à mettre bas les armes, ou les exterminer d’un seul coup, avait proposé de se rendre maître d’abord de toutes les hauteurs du Borgne, Plaisance, la Marmelade, Dondon, et Grand Boucan. Parvenu à son but, Son projet était de prendre les mêmes mesures pour toutes les parties de l’Est, occupées par les troupes de son ami Jean François. Présentir ce Général pour opérer le bien, c'était l’intéresser vivement pour son éxécution. La Colonie avait l’espoir d’un avenir heureux et prochain, parce que la.prise du Cap était la suite infaillible de cette manoeuvre.
C’est donc sous les auspices de ces deux braves généraux que les nouveaux sujets du Roy avaient ouvert leur coeur à l’espérance, Déjà le fidèl Biassou était campé sur l’habitation la Rivière et Géraud cenef-lieu d'Ennery. Il avait fait replier dans ce camp plusieurs postes inutiles que Toussaint Louverture avait établis, soi disant pour protéger les voyageurs, tandis que ses agents qui les occupaient, commettaient chaque jour des vols et des assassinats: de là les plaintes et les murmures de tous les habitants planteurs. Toussaint profite de ces clameurs pour les dénoncer comme suspects, enlève et arme tous les esclaves de leurs habitations. Il annonce à ces misérables
qu’ils sont libres s'ils osent assassiner les Blancs. Il donne des ordres à des chefs pour le rétablissement des postes supprimés qui facilitaient l’exécution de ces [pour ses] vues perfides. Il prêche la désobéissance, l’insurbordination à leur chef. Ilse déclare chef de révolte lui-même. Il adresse un manifeste à son Général. Il finit par tenter un assassinat contre sa personne. Celui-ci échappe à la mort par une faveur particulière du ciel, et son assassin ose encore le dénoncer comme traître, lorsque lui-même se rend coupable
du crime de félonie et de haute trahison au premier chef.
La conduite de Biassou a mérité l’admiration générale. Nous dénonçons son perfide subalterne, comme son assassin, comme traître au Koy, Nous nous joignons au sujet fidèle pour soutenir sa plainte et nous demandons que la téte du coupable tombe.
Il l'est, comme ayant séduit les troupes auxiliaires pour assassiner Jeur chef; il l’est encore comme ayant, contre les promesses sacrées du Roi, promis la liberté générale à tous les esclaves déjà rentrés dans l’ordre et le devoir.
Il l’est pour avoir conçu le projet horrible d’assassine tous les Blancs: il l’est pour avoir commencé à mettre à exécution ce plan horrible en assassinant trois Blancs sur l'habitation Larivière.:(1)
Il l’est, et ceci est un crime d'état au premier chef, en faisant feu sur une patrouille de la Milice Royale, et pour avoir fait pri. sonnier deux hommes de cette patrouille. Il l’est comme ayant tendu un piège perfide pour se rendre maître de la personne du Brigadier don Joaquin de Cabrera. Il l'est enfin, comme syant intercepté la communication des Gonaives à St Michel, et d’avoir exposé les garnisons de ces deux places à souffrir d’une famine infaillible, si on n'y apporte le plus prompt remède.
Voilà les grands intérêts qui ont déterminé notre députation et à joindre nos plaintes à celles du Général Biassou.
(I) Larivière était l’ancien Commissaire du Cap au Canton d’Ennery
Ceux qui ont prêté des vices à ce Général en cachant ses vertus, sont coupables d’infidélité. Nous protestons sous la foi et la loyauté que nous devons à notre prince, qu’il est digne de sa confiance, qu'il s’est toujours montré comme un sujet fidèl, qu’il a mérité l’estime et la reconnaissance des gens de bien.
Nous demandons enfin l’exécution du plan du général Biassou sous la conduite d’un officier de la confiance de Votre Excellence. Nous sommes prêts à le seconder, sujets d’un même Roi, plus intéressés que les anciens au rétablissement de l’ordre. Nous demandons avec insistance qu’on nous restitue nos armes et qu’on nous ordonne de les unir à celles des braves généraux Jean François et Biassou.
Il ne nous faut plus que l’ordre de marcher et nous volons à la victoire.
Fort-Dauphin ce 4e Avril 1794 Laplace Député.
Marmelade le 18 May 1794 de la République F'rançaise.
Toussaint Louverture, Général de l'Armée de l’Ouest
Es
à Etienne Laveaux, Gouverneur Général par intérim.
Le Citoyen Chevalier Comdt de Terre Neuve et Portà Piment m’a remis votre lettre en datte du 5 du courant, et pénétré de la plus vive reconnaissance j'aprécie comme je dois toutes les verittez qu’elle renferme. Il est bien vrai, Général, que j'ai été induit en erreur par les ennemis de la République et du genre humain. Mais quel est l’homme qui peut se flater d'éviter tous les pièges des méchants. A la vérité j’ai tombé dans leurs filets, mais non point sans connaissance de cause.
Vous devez bien vous rappeler qu’avantle désastre du Cap et par les démarches que j'avais fait par devers vous, que
mon but ne tendait qu’à nous unir pour combattre les ennemis de la France, et faire cesser une guerre intestine parmi les Français de cette colonie. Maheureusement et pour touts généralement, les voys de reconciliation par moi proposez furent rejettés. Mon coeur saigna et je répandis des larmes sur le sort infortuné de ma patrie, prévoyant les malheurs qui allaient s’en suivre, Et je ne m'étais point trompé. La fatale expérience a prouvé la réalité de mes prédictions. |
Sur ces entrefaites les Espagnols m'’offrirent leur protection et la liberté pour tous ceux qui combattrait pour la cause des Roys. Et ayant toujours combattu pour avoir cette même liberté, j’adhéray à leur offre, me voyant abandonné par les Français mes Frères. Mais une expérience un peu tardive m’a dessillé les yeux sur ces perfides protecteurs. Et m’étant aperçu de leur supercherie et scélératesse, je vis clairement que leurs veus [pour ‘‘vues’’| tendaient à nous faire entr’égorger pour diminuer notre nombre et pour surcharger le restant des chaînes et les faire retomber à l’ancien esclavage.Non, jamaisils ne parviendront à leur but infâme. Et nous nous vengerons à notre tour de ces êtres méprisables à tous égards. Unissons nous donc à jamais et, oubliant le passé, ne nous occupons désormais qu’à écraser nos ennemis et à nous venger particulièrement de nos perfides voisins,
Il est bien certain que le pavillon National flotte aux Gonaives ainsi que dans toute sa dépendance, et que j'ai chassé les Espagnols et les émigrés de cette partie des Gonaives. Mais j'ai le coeur navré de l’évènement qui a suivi sur quelques malheureux blancs qui ont été victimes dans cette affaire. Je ne suis point comme bien d'autres qui voyent des scènes d'horreur avec sang-froid. J’ai toujours eu l'HUMANITE pour partage-et je gemmis quand je ne puis pas empêcher le mal.
Salut en la Patrie
Toussaint LOUVERTURE
Quartier Général de Plaisance, le 15 Juin 1794, l'an 4 dela République Française
Toussaint Louverture, Général d'Armées au Citoyen Lavau, Général par intérim Citoyen Général |
J’ay l'honneur de vous éerire la présente pour répondre à la votre, Les grandes occupations que j'ai m'ont empêché d'y avoir répondu de suitte, Je saisy le moment qui me permet d'avoir ce plaisir.
Dans l'instant on vient m’annoncer qu’on avait attaqué mon armée campée auprès du pont de l'Ester. On m'a écrit de monter à la Marmelade pour donner mes ordres et envoyer du renfort à l'Ester, pour empêcher l'ennemi de ne pas pénétrer aux Gonaives. Deux jours après que François (1) s’est réuny avec tous les émigrés et ses troupes de la partie de l'Est, et en très grand nombre et ay (pour ‘'est”’} venu à la Tanery, leur faisant entendre qu'il était pour la même cause que moy, et a saisy le Commandant Benoit et a obligé ses troupes de se rendre à lui. El vienne au Dondon de concert avec les Espagnols prendre le bourg du Dondon et on a porté deux animaux de charge aportant de l’argent qu’ils ont fait distribuer à la troupe pour mieux les engager et même il a envoyé du monde incendier tout le Haut du Trou et pillé mon épouse. Etant dans mon fort je vois venir mettre le feu chez Peyre et jusque chez Boulau auprès de la Marmelade. Alors j'ai fait sortir un détachement qui les a poursuivy jusqu’au Dondon et prendre toutes leurs provisions de bouche et une caisse de munitions.
Le surlendemain Biassou m'a attaqué mon camp à la Crête Salle et entré à d’Ennery par une trahison. J'ai fait sortir ma compagnie, j’ai été le repousser jusqu’à l’entrée de St Michel et brûlé la garde espagnole...
Salut en la Patrie Toussaint LOUVERTURE
(1) I] s’agit de Jean François.
Réponse de Toussaint Louverture Général de Brigade de la République Française,
à la plainte du Commandant pour le Roy d’Espagne, à Banica
Gonaives, 19 Brumaire an 4 {10 Novembre 1795)
J'ai reeu votre lettre, Monsieur le Commissairé, que Je Commandant de St Michel m'a fait passer laquelle me fait part d'une incursion faite le 5 du mois de novembre (vieux style) sur les terres du Roi votre maître. Je vous proteste que depuis la publication de la Proclamation du citoyen La. veaux, Général et Gouverneur de St Domingue, au sujet de la paix, amitié et bonne intelligence entre la République française et le Roi d’Espagne, j’ai donné des ordres pour la rentrée dans nos places frontières des troupes que j'ai l'honneur de commander ce qui a été ponctuellement éxécuté.
Je pense que les dévastations et les pillages dont vous me parlez ont été bien certainement exercés par des troupes errantes de la Grande Rivière et autres quartiers voisins qui faisaient partie de l’armée de Jean-Francois
Je tâchérai de mon côté par tous les moyens qui sont en mon pouvoir de les ramener sous le gouvernement et pré- Venir de nouvelles incursions de leur part qui peuvent aussi bien s'effectuer sur le territoire de la République, comme sur celui encore en la possession du Roi d'Espagne. Je désirerai que vous vous entendiez avec le commandant de St Michel, auquel je donnerai des ordres à cet effet, en attendant votre évacuation de l'île, Cette mesure mettra, pendant cet intervalle, les sujets du Roi votre maître, à l’abri des insultes et molestations auxquelles se. portent ordinairement des troupes vagabondes, dans leurs marches inconsidérées,
Recevez, je vous en prie, Monsieur le Commandant, l’assurance de mon zèle à ne rien omettre de ce qui peut
rämenér et entretenir la paix, l’amitié et la bonne intelligence qui lient nos deux No Salut Toussaint LOUVERTURE Pour copie conforme Gonaives le 20 Brumaire l’an 4 etc.
Viard Sre.
An quatrième de la République Française Une et Indivisible et le 21 de Frimaire (12 Décembre 1795)
Quartier Général de St-Michel.
Déclaration de plusieurs personnes sortant de Banica, faite à nous Toussaint Louverture, Gén
éral de Brigade et Commandant du Cordon de l'Ouest en présence de notre Secrétaire. Sçavoir Le citoyen Galbat nous a déclaré que le Commandant de
Fi La avait fait la demande ainsy qu'aux autres fran-
ais dans de dépendance s'ils voulaient s’embarquer pour suivre les troupes espagnols, il a répondu que non, pour lors il lui a demandé s’il ot aller à L’ascahores ou au Mirehalais. Il fui a repondu que non et qu’il ne voulait aller que daus sa patrie. Pour lors on l’a désarmé de suite, puisqu'il choisissait de rentrer dans le sein de la République Française. I] ajoute que les armes qu'il avait était des armes française, qu’il avait porté avec lui lors de son entrée en Espagne.
Le citoyen Bracassar nous a fait même déclaration. La citoyenne Julienne Daux nous a déclaré que les Anglais avais fait un camp sur l'habitation l’hoste d’environ
cent cinquante hommes tant de troupe anglaise que d’habitants du quartier du Mirebalais et tous blancs, qu'ils faisaient des levées sur toutes les habitations à proportion de leurs force pour former des troupes pour leur service,
De plus qu'ils se disposaient de former un camp à la Vi. vie Espagnole de l’ascahobas, Le citoyen Goye nous a déclaré pareillement que plusieurs soldats des troupes de ligne Es spagnols désertaient pour se rendre à Mirebalais pour servir les Anglais,
Il dit qu'il peut en avoir déserté une quarantaine environ.
Certifié sincère et véritable les déclarations mentionnées cey dessus,
) Le Preste Sre
S (S) Toussaint Louverture
Gonanves le 26 frimaire L'an Lème de la Rép. franse Une et Indble (17 Déc. 1795)
Toussaint Louverture, général de brigade et commandant en Chef le Cordon de l'Ouest
Fo
ca
Et, Laveaux, Général et Gouverneur à St Domingue
Je vous envoie ci-joint quelques lettres écrittes du Mirebalais à divers citoyens campéer au Cordon del! ’Artibonite, je vous prie d’en prendre lecture et de me les renvoyer après,
Il parait d’après leur teneur qu ‘il existe encore des vrais français dans cette partie, et qu’il leur tarde de bien de se. touer le joug des Anglais, Les chefs du Mirebalais ne Cessent pas d'envoyer des émissaires à Jn Francois et aux ha-
bitants espagnols pour les attirer dans leur parti. Il est mafheureux que nous ne puissions pas interrompre leur correspondance, et cela ne peut être qu'autant que nous aurons des garnisons à Banïque et à Las Cahobas . ...,..
Je vous désire une parfaite santé et je vous embrasse de tout mon Coeur.
Salut (S) Toussaint Louverture P, S. Je ne puis vous celer, Général, que je crains bien que les Espagnols nous jouent quelques coups de dessous,
étant instisués comme ils le sont par les anglais et les Emigrés.
Quartier Général de l’Artibonite le 29 de frimaire l'an Le de la République Française Une et Indivisible.
(20 Déc. 1795)
Toussaint L'Ouverture Général de Brigade et Commandant en Chef du Cordon de l'Ouest
Etienne Laveaux Général en Chef et Gouverneur de St Domingue.
Mon Général,
Je suis présentement au Cordon de l’Artibonite ou des affaires m'ont appelés. Je devais vous aller voir au Cap comme vous m'y engagiez par votre dernière lettre. Mais je ne puis dans ce moment me rendre à vos désirs, ma présence étant nécessaire ici, tant pour les intérêts de la République que par mon devoir.
Je vous envoie coppie de la lettre de Dessalines, par la. quelle vous vairez que je vous avais bien instruits sur lin:
telligence qui règne entre les Espagnols et les Mirebalaisiens g q ainsy que de leur conduite à notre égard.
Je vois que vous agissez avec trop de franchise et de loyauté avec les Espagnols, et que vous ne vous écartés pas du Traité de paix. Mais je vois aussi avec bien de la douleur que les Anglais vont prendre possession du territoire espagnol et que si cela s'exécute comme le plan en est tiré, nous nous trouverons cerné de tout coté, comme dans un parc.
Je vous préviens aussi que les habitants Espagnols ne veu. lent point entendre parler de la liberté générale et tiennent encore à l’ancien régime de ce côté. En conséquence ils préfèrent les Anglais par qu’ils teur promettent monts et merveilles. Ils sont bien dans le cas de leur livrer le pays, malwré le traité de paix fait entre eux etla République Française.Je connais assez la politique espagnole pour pouvoir les juger de cette manière. D'ailleurs j'ai vu et entendu assés de choses, pour me le prouver,ne serait-ce que leur conduite. C'est assez à ce que je crois, pour les juger de cette sorte.
Je vois que c'est pour ne point manquer au traité de paix entre le roi d'Espagne et la République fse que vous vous modéré sur tout ce qui se passe. Moi aussi, ce n’est que par respect aux lois et à vos ordres que je n’aï pas agi comme je l'aurais désiré. Car si j’eus été le maitre de faire à ma volonté, j'aurais intercepté les communications qui existent depuis longtemps avec les Anglais et par ce moyen aurais évités tout ce qui s'exécute aujourd’huy, et ce serait même un moyen pour nous faire respecter par eux. Et rappelés vous que si les Anglais mettent une fois le pied sur le territoire espagnol qu’ils nous feront beaucow'p de tort.
Je ñe puis vous en dire davantage à cet égard, sinon que tous mes officiers voyent comme moi.Ïls m'ont même présenté une pétition à ce sujet mais l’ayant laissé aux Gonaives, je ne.puis vous en donner connaissance.
Je laisse tout à votre option et j’attendrai toujours vos ordres avant d’agir, bien ou mal. |
Je veus prie de bien examiner ma lettre et de m'y faire an
mot de réponse $. V. P.
Je vous désire la santé la plus parfaite.
Salut.
IS] Toussaint Louverture,
HATier Général de l'Artibonite, le 12 Pnote er Le de la République fse Une et Indivisible, (23 Déc. 1795)
Toussaint Louverture, Général de Brigade et Commandant du Cordon de l'Ouest
à Étienne Lave , Général en Chef et Gouvernet de a. le St-Domingue
Général,
J'ai reçu avis, le 80 du passé, que j'avais eu un de mes postes avancés de pris par les Royalistes à la frontière du Mirebalais. Ils l’ont incendié de suite ayant été repoussé vivement par un renfort qui a été au secours de ce poste et s’en sont retourné de suitte. Cette attaque n'a été occasionné que par un de nos espions qui a été arreté par eux
Un de mes postes à la Petite Montagne a essuyé un combat de la part des Royalistes qui a duré deux heures et demy où nous avons perdu sept hommes et treize blaissés. Mais par la faveur d’un renfort qui a’été au feu, nous avons repoussé ; ennemy qui était prêt à monter à l'assaut. L paroisse des Verettes m'a donné beaucoup d'occupations.Les ennemis ue tenté d’y venir et en ontune grande envie, attendu qu’il n’y a aucune barrière et que l’on peut entrer de tous cotté dans ce bourg. J'aurais bien besoin d’ ÿ passe quelque jours pour faire finir DFORS tement les Étiiestions at les intérêts de la République m’v engage.
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J’ai seulement pour toute barrière ma troupe.
Je viens d'apprendre par trois jeunes gens sortant dè l’Arcahaye et un sortant des prisons de la Jamaique que Là Pointe est absolument dessidé à nous donner des étrennes, que l'on prépare tout en conséquence et que l’on forme quantité de troupe noire.
Le jeune homme sortant dela Jamaique m'a confirmé que l'insurrection est bien effective dans cette Isle et qüe Williamson est relevé du Port-au-Prince.
J’ai recu votre lettre en datte du 28 frimaire, par laquelle vous me dittes premiërement d'entretenir une correspondance avec les Mirebalaisiens. Je ne cesse d’y envoyer des espions. Aussitôt qu’il y aura quelque chose de nouveau, soyés persuadé que je vous en ferai part le plus prompte: ment possible.
Secondement, vous me dites que d’après le Traité fait avec les Espagnols nous ne pouvons pas agir contre eux. Je n’en doute pas. Mais il me fait bien mal au coeur de ne pouvoir empêcher le mal qu'il nous font.
J’ai encore appris qu'ils avaient fait passer des bettes à cornes aux Anglais et même jesais qu’il en est encore un parti pret à y passer.
Je conviens de toutce que vous me dittes à l'égard de l’économie que vous m’avés recommandé pour les munitions Mais auparavant le Traité fait avec les Espagnols vous ne doutés pas que le Cordon du Dondon était attaqué tous les jours et que ce n’est que depuis cette époque que nous n’en consommons plus de ce cotté.
Je l’ai été aussi continuellement du cotté des Anglais et le suis éncore tous les jours.
Malgré les ordres très exprès que j’ai donné pour ne point user de munitions, il est impossible de les suivre de point en point, par ce que lorsque nos patrouiles se rencontrent, il y a toujours quelques coups de feu. Tout cela usent les munitions de même que toutes les fois qu’ils nous attaquent Je ne fais aucune sortie Contre eux, mais je me tiens tou:
jours dans la plus rigoureuse deffence., Je ne suis point eñcore démuni tout à fait de munitions.Mais la prudence m'oblige à vous en demander pour ne pas me trouver au dépourvu car il serait bien dur pour moi, général, de vous en demander à l'instant où je n’en aurais plus pour soutenir un combat. Ce serait pour lors que vous me traiteriés d’inconséquent et effectivement s’en serait une bien grande pour moi si j'attendais jusqu’à ce moment. D'ailleurs vous savés que lorsque j’ai fait l’acquisition des munitions, il ne m’en restait point du tout et que depuis cette époque nous avons essuyé plusieurs combats. Vous n'avez pas besoin de me recommander l’économie. Je puis bien vous assurer qu’il n’y a aucun coup de fusil tiré mal} à propos. Je «suis bien sévère à ce sujet et pouvés être tranquille de ce cotté.
A l'instant où j'allais terminer ma lettre, mor courrier du Mirebalais vient de me rapporter que les Anglais engageaient quantité de soldats espagnols. d’ai reçu divers lettres qui m'annonce la même chose.
J'aurais bien désiré
enir vous voir, Mais les grandes occupations dans ce quartier ce plais
Ÿ tier me priveront de ce
Tous les officiers de mon armée vous assure de leurs respects et vous désire la santé la plus parfaite ainsy que moi.
Salut.
(Sj Toussaint Louvertüre.
P.S. Après ma lettre finis, je viens de recevoir votre lettre en datte du ler Nivose et l’ait lu avee toute l’attention quel mérite. [Il est vray,général,que je vous ai dit que je eraignais que vous agissiez avec trop de franchise avec les Espagnols, parce que la connaissant de même que votre loyauté, je craignais qu'elle vous fit oublier d'examiner leur conduite. Mais au contraire je vois par votre dernière que ce n’est que par prudence. Je suis bien de votre avis aussi, et soyez bien persuadé que je suivrés de point en point vor ordres à cet égard.
Quand aux ostilités envers eux et connaissant vos intentions, soyés tranquille, de mon côté je ne dépasserez pas d’une ligne les bornes qui me sont tracé par vous. D'ailleurs de mon coté je n’aime pas à rendre le mal pour le mal.
Petite Rivière de 16 Ventôse l'an 4e de la Répque fse Une et Indivisible. (6. Mars 1796)
Toussaint Louverture Général de Brigade et Commandant en fjhef le Cordon de l'Ouest
Etienne Laveaux, Général en Chef et Gouverneur de St Domingue,
Mon Général,
Tout ce que je vous avais marqué dans une lettreil y a deux ou trois mois au sujet des Espagnols, n’était que trop fondé, C’est parceque j’ai appris à les bien connaitre que je vous ai écrit ce dont ils étaient capables.et ils n’ont pas voulu me faire mentir, Sans avoir égard au Traité qu’ils ont fait avec la Rép(ubliqu)e fran(çai)se, ils ont donné passage aux Anglais nos ennemis. Ils leur ont fourni des munitions, des bêtes et autres choses. Enfin ils les ont facilités autant qu’il leur avait été possible, pour communiquer avec les troupes de Jean-François, et ils ont si bien fait, qu’elles sont toutes gagnées,
L’Anglais a envoyé des troupes à la Grande Rivière, de l'argent, des munitions. Et tous les républicains qui se sont malheureusement trouvés dans ces parages ont été égorgés. L'ennemy a communication avecla Grande Rivière et les autres quartiers révoltés. Par où passe-t-il ? Par chez les Espagnols. Lorsque l’on a tué Titus, il n’était pas encore bien décidément anglais. Mais Gagnet a profité de sa mort pour détourner tous nos frères de se ranger sous les drapeaux de la République. Je suis bien instruit de tout cela.
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Je sais très bien que les Espagnols ont établi un camp en un endroit nommé Cerca. C’est l’entrepôt et le passage des Anglais pour fournir à Gagnet des munitions et communiquer avec lui. Si quand je vous l’ai demandé, vous aviez pu me permettre de prendre possession de Banique et surtout de Las Cahobas, les ennemys n'auraient pas eu le passage si spacieux, et les Espagnols n'auraient pas pu leur donner toutes les facilités qu’ils leur ont donnés. Maïs actuellement le mal est fait, Il est question de parer aux malheurs qui peuvent en résulter,
Recevez l’assurance réitérée de ma soumission et de mon attachement inviolable.
Salut en la Patrie.
Toussaint Louverture.
Lettre de Toussaint (Extrait).
Port-Républicain, 23 Pluviôse an 7 (11 février 1799)
....En dépit des calomniateurs, je prouverai au monde que, fidèle à mes serments, je n’ai jamais mérité l’opprobre dont ils ont voulu me couvrir, J'ai servi | Espagne alors que le royalisme en France enchaînait la liberté et qu’il persécutait ceux qui s’en déclaraient les défenseurs. Mais quand la France m’a tendu les bras, qu’elle m'a admis au nombre de ses enfants, j’ai passé sous les drapeaux de la République et je n’ai pas cessé de combattre pour elle. Et comment aurais-je pactisé avee l’Angleterre, lorsque je n’ai cessé de faire une guerre à mort à ses stipendiés à Saint-Domingue? La politique dans les armées autorise la ruse: et pour lavoir employée envers un commandant de Georges III, avec succès, peut-on conclure que j'ai été le partisan de l’Angleterre? Au contraire, ce devait être une preuve de plus de mon dé-
youement à la liberté et de mon désir d'augmenter ses tonquêtes, Il n’en reste plus à faire aujourd’hui sur le sol de Saint-Domingue.
L'armée de Saint-Domingue n’a pius de lauriers à eueillir.…...
Le Moniteur Universel, 19 germinal an 7 (8 avril 1799)
Extrait de la Lettre de Toussaint Louverture général en Chef de l’ Armée de Saint Domingue
Cap Français, 2} germinai, an VII (13 avril 1799)
Au citoyen ministre de la marine et des colonies.
Les noirs luttèrent longtemps coûtre les efforts combinés des blancs et des hommes de couleur réunis; mais, pressés de toutes parts, déchus de leurs espérances, ils acceptèrent les offres du Roi d’Espagne qui, ayant alors déclaré la guerre à la France, fit offrir la liberté aux noirs français de Saïnt- Domingue qui prendraient parti dans ses armées. Certes, le silence de la France qui n'était point alors république, sur la réclamation de ses droits naturels que lui faisait depuis long:temps la portion la plus intéressante, la plus grande, ja plus utile du peuple de Saint Domingue, alors qu'elle s’était prononcée en faveur des hommes de couleur, devait bien en effet éteindre toute lueur d'espérance dans le coeur des noirs esclaves, et les forcer malgré eux à se jeter dans les bras d'une puissance protectrice qui leur offrait le seul bien pour lequel ils combattaient.
Plus malheureux que coupables, ils tournèrent donc leurs armes contre leur patrie, qui ne tarda pas à devenir la victime des manoeuvres perfides et scélérates des agens de la France au nom desquels les horreurs nées de la guerre civile et de l’anarchie se commettaient,
Tels furent les crimes de ces noirs quileur ont valu jusqu’à ce jour les qualifications injurieuces de brigands, d'insurgés, de révoltés sous les ordres de Jean-Franeois. J'étais alors un des chefs de ces troupes auxiliaires et je puis dire, sans crainte d’en être démenti, que je ne dus mon élevation dans ces circonstances qu’à la confiance que j'avais inspirée à mes frères par des vertus dont je m’honore encore aujourd’hui.
Cependant les Espagnols profitant des divisions intestines auxquelles la partie française de Saint Domingue était en proie, aidés du eourage qui donnait à ces mêmes noirs l’espérance d’une prochaine liberté, s’emparèrent de presque tout le nord et d’une grande partie de l'Ouest. Le Cap.resserré de toutes parts par eux et assiégé par terre et par mer,éprouvait toutes les horreurs de.la famine la plus cruelle. L'amour de ma patrie, plus puissant que tous les autres motifs qui m'avaient armé contre elle, m'attendrit sur le sort de mes malheureux frères et me porta à permettre qu'une partie de ja plaine sous la domination espagnole y versât des vivres.
La République, qui venait d'être nroclamée à Saint Domingue, n’était reconnue dans toute cette étendue de pays qu’au Cap et au Port-de-Paix, et les coupables excès de ses agens n'étatent pas propres à lui gagner des coeurs. Mais ayant laissé par leur départ pour la France les rênes du Gouvernement entre les mains du Général Laveaux, celui-ci ne tarda pas à la faire chérir par une administration sage et paternelle. Ce fut quelque temps après cette époque qu'ayant reçu l’ordre d’attaquer le Cap, et, convaineu par la connaissance que j'avais de l’état de détresse où cette ville était réduite, de son impuissance à résister au torrent qui devait l’enfoncer, je passai, avee les noirs sous mes ordres. sous les drapeaux de la République. Alors, à la faveur de la confiance que j’avais eu le bonheur d’obtenir des habitants Ges différents quartiers qui étaient passés sous la domination espagnole, je les réunis à la Képublique..…. dans le temps que ie Général Laveaux prenait le Jean- Rabel sur les Angiais, le Borgne sur les Espagnols, je chassai ces derniers de tous lesquartiers dont ils s’étaient emparés dans le nord, et pris sur eux mêmes les quartiers
CO
de Saint Raphael, Saint Michel, Hinzhe, et autres lieux jusqu'à Banica, formant ainsi, avec leurs propres défenses, un cordon qui garantit le Nord de toute insulte de leur part.
Rassuré sur le Nord, je passai dans l'Ouest. Les Espagnols et les Anglais, auxquels la trahison l'avait livré, en furent totalement chassés, autant parla force des armes que par les ruses de la politique. L’Espagnol battu, chassé de tous les points qu’il occupait dans la partie française, se retira chez lui, et l'Anglais, ne pouvant plus tenir la plaine, fut se couvrir des fortifications qu'il avait fait construire à grand frais à Saint Marc, après avoir perdu le poste important de la Petite Rivière que je lui pris d'assaut. C’est alors que je formai sur la rivière de l'Artibonite ce eordon qui rendit inutile, dans la suite, toutes les tentatives de l'ennemi et qui, par conséquent, couvrit le Nord et cette partie de l'Ouest jusqu’au moment où j'ai forcé l'Anglais de se etirer.
Voilà, en peu, de mots, Citoyen Ministre, le précis de ma conduite, militaire depuis le commencement de la révolution jusqu'à l’arrivée de la Commission de l’an IV [1796] époque qui vit rouvrirles communications de la France avec la plus belle coionie…..
Salut, considération et respect.
Toussaint Louverture.
Æ CHAPITRE ÎII Exposition
De l’'Evènement du Fort-Liberté, des Causes qui l'ont produit, et Analyse des Piêces y relatives.
— —- ms
Depuis quelques temps la malveillance, les ennemis de la tranquillité publique, ceux de la République,ces hommes, in: quiets et turbulans, qui ne vivent que de désordre, qui ne respirent qu’anarchie, cherchaient à inspirer de la méfiance et des craintes à leurs concitoyens, à semer des divisions parmi la troupe, à la calomnier, ainsi que ses chefs les plus attachés à leurs devoirs, à la Métropole, à Ja Constitution et aux Lois. Déjà le citoyen Forest, commissaire du directoire près l’administration municipale de Jacquezy, avait dénoncé, au citoyen Agent, le général de brigade Moyse, comme faisant des rassembiemens et voulant allumer la guerre civile;déjà celui ci avait été mandé pour rendre compte de sa cenduite, et la fausseté des inculpations dirigées contre lui avait été reconnue; déjà le 5e régiment était désigné pour avoir des intentions hostiles, pour vouloir égorger les blanes et les mulâtres: déjà l’on se disait que c’était l'indépendance, que le général Moyse, à la tête de ce corps d’armée, cherchait à exécuter ce projet: déjà, long-temps avant, l'on avait répandu que l’égorgement avait eu lieu: déjà les propos les plus séditieux et les plus allarmans s'étaient accrédités:lorsque des êtres, aussi profonds en per-
fidie qu’en scélératesse, profitèrent de l'absence du général
Moyse pour exécuter leurs projets sinistres, parvenir à faire éclater la conspiration qu’ils ourdissaient de longue main.
et amener les funestes journées des 23, 24 et 25 Vendémiaire qui auraient infaillilblement amenés un nouveau 20 Juin et incendiés la Colonie, si je ne fusse arrivé à temps pour y porter un remède salutaire et prompt.
Je vais ci après analyser les pièces qui me sont parvenues et en faire le rapprochement,
Je commencerai par le rapport du citoyen Dalban, commandant de la place, en date du 23 Vendémiaire dernier.
Dans le premier paragraphe, il dit que.‘‘sur les huit heures ‘* du soir, le citoyen Plaignard, adjudant de la place, lui ‘* fit le rapport que plusieurs officiers du 5e régiment ‘* s'étaient rendus en armes chez le citoyen Adrien, leur ‘* chef de brigade, etc’?
Je ne vois rien dans cette démarche qui puisse allarmer les citoyens: je crois au contraire qu'il était du devoir de ces officiers, d’après les propos tenus antérieurement et ceux que l’on avait répardu dans la journée, d’aller trouver leur commandant pour l’instruire de ce quise passait, prendre ses ordres, chercher à repousser la calomnie, s'entendre avec lui pour coopérer à la tranquillité publique et pour calmer l'inquiétude, les craintes et la méfiance que l’on paraissait avoir contre leur corps. Et nesait-on pas bien d’ailleurs que lorsque les officiers vont en députation ou en corps chez Jeur chef, que c’est en grande tenu, et par conséquent en armes ?
Voyez au surplus ce que disent les citoyens du Fort Liberté, le citoyen Manigat. le général Moyse et le chef de brigade Adrien et vous verrez facilement que ces officiers n’avaient pour but que de calmer et de rassurer les esprits: que d’ailleurs, lorsqu'ils y ont été, l’alarme était déjà dans la ville, les citoyens étaient déjà rassemblés chez le commandant de la place, les troupes sous les armes et la municipalité rassemblée, tandis que les soldats du 5e régiment étaient paisibles dans leurs casernes, et la plus grande patir couchée.
Dans le second, il dit que ‘‘la citoyenne Jeanette est venue dire à la citoyenne Angélique, sa ménagère, que le
fe
‘* citoyen Cui lui avait dit que les blancs allaient être égor- ‘* œés cette nuit par le 5e régiment, etc,’
Dans le troisième, que ‘‘le c#oyen Mergle, habitant du ‘* canton, lui fit le même rapport, le tenant du citoyen Cui, qu’il fit venir, et qu’il le lui répéta chez lui, en le lui donnant pour certain, etc.’?
Dans le quatrième ‘‘qu’il envoya chercher le chef de bri gade Adrien, qui ne voulut pas se rendre à son invitation, etc.’”?
Dans le cinquième ‘‘qu’il avait chez lui un très grand nombre de citoyens qui étaient venzs lui faire part de leurs inquiétudes sur les bruits dont on venait de les instruire; que trois soldats de ce régiment avaient été arrêtés armés ailant à leur quartier, parcequ’un citoyen leur avait dit que leur yen se mettait sous les armes, etc.’?
Dans le si xième, que ‘‘sur ces entrefaits, le commissaire
* du directoire près l'administration municipale s’est rendu chez lui avec lee ent municipal et son adjoint, et qu’ils lui ont donné la réquisition suivante.” Fu le septième, ‘‘qu'en conséquence de cette réquisition ‘ il a donné ordre au bataillon du Fort-Liberté,' à celui du a Se régiment, aux canoniers du premier régiment d’artil- ‘* Jerie et à la garde nationale, d’avoir à se rendre sur la ‘* place d’armes, proche de la maison qu’il habite, etc.”
Il me semble que, sile citoyen Dalban, la municipalité et le commissaire du directoire eussent eu bonne envie de maintenir la tranquilité publique, ils auraient d’abord cherché à désabuser leurs concitoyens sur de semblables bruits, aussi absurdes que faux, qu'ils auraient remonté à ieur source, et puisqu'ils étaient réunis, que l’autorité civile opérait avec les chefs militaires, que la loi les y autorisait,qu'ils auraient dû faire arrêter le citoyen Cui, qui est en fuite aujourd’hui, et lui aurait fait subir un interrogatoire pour savoir de qui il tenait des propos aussi alarmans.Ensuite le citoyen Alban et la municipalité, avec le commissaire du Directoire, au. raient dû se rendre aux casernes du 5e régiment, et s’assurer, par eux-mêmes, s’il etait vrai qu’il fut sous les armes, et dans le cas où il s’y serait trouvé, dans le cas où il aurait
manifesté des intentions hostiles, lui parler le langage de la loi, de la douceur et de la fraternité, lui faire sentir, par la perse ion, qu’il se déshonorerait à jamais, s'il était l’auteur qu’une seule goutte de sang fut répandue, Cela ce me semble aurait mieux valu que de s’en rapporter aux dires de deux femmes et d’un autre citoyen auxquels le citoyen Cui avait dit, et que de faire rassembler les troupes pour se battre contre d'autres troupes: que de les animer, de les induire en ‘erreur et de faire distribuer des munitions aux unes et non aux autres, mais l’on voulait une conspiration, il fallait lui donner des marques de vraisemblance, pour en rejeter tout l’odieux sur le général Moyse et le 5e régiment qu’on voulait perdre.
Dans tous les rapports, dans toutes les pièces, vous verrez qu'il n’est absolument question du citoyen Cui quia dit à Jeannette, qui a répété à Angélique, de Cui encore qui a dit à Mergle, qui a répété, et de Cui enfin qui a affirmé au ed nt de Ja place. C’est sans doute ce même Cui, soupçonné avec juste raison, puisqu'il est en fuite, d’être ie complice des Raffin et des Grandet, qui a dit aux trois soldats arrêtés, que leur régiment était sous les armes, tandis qu’il était paisible dans ses casernes
Il est bien constant que, s'il y eut eu d’autres personnes qui eussent dit, affirmé, ou même entendu dire par d’autres que par Cui, l'on n'aurait pas manqué de recevoir leurs dé-
clarations, ou tout au moins de les citer dans les rapports.
Quant à ce qui concerne le chef de brigade Adrien, que le commandant de la place prétend avoir envcyé chercher et qui ne voulut pas se rendre, ce fait est démerti par le rapport du citoyen Manigat, par celui du chef de brigade Adrien, et les citoyens du Fort-Liberté n'en parlent pas dans leur lettre. {l parait constant au contraire, par ces deux premiers, qu’il était aux casernes, que son régiment y était très-tranquille, et en grande partie couché, et que s’il s’est mis sous les armes, ce n’a été que fort long-temps après les autres troupes.
Dans la huitième, il dit que ‘‘le citoyen Charles Zamore,
capitaine de grenadier, fut appelé narle commissaire du
LE
GO
Directoire d’avoir à venir lui parler, mais qu’il en fut empêché par le citoyen Jean-Louis Charlat, officier au même régiment, que ces deux officiers accompagnèrent leur refus de paroles injurieuses lui observant avec menaces, pourquoi il avait fait assembler la troupe sur la place, que convaincus qu’il n’y avait rien à gagner avec lui, ils intercédèrent auprès de la municipalité pour faire -rentrer la troupe dans la caserne; qu’il fut en conséquence requis par elle, et qu’il obéit, mais que voyant le 5e régiment sous les armes, il demanda que ce corps soit requis de rentrer dans les casernes: ce qui fut, dit-il exécuté, non sans quelques difficultés; qu'il fit faire des patrouilles, avec ordre d’arrêter les personnes qui se trouveraient dans les rues; que vers minuit, le chef de brigade Adrien s’est rendu chez lui, avec plusiuurs officiers, auprès de la municipalité, et qu’il fut injurié, que ces officiers lui demandèrent de placer cent hommes de leur régiment au fort de la ville; qu’il leur fit un refus aussi obstiné et aussi opiniâtre que les instantes demandes qu'ils lui fesaient, qu'il crut sa vie en danger, etc, et qu’il n’a dû son salut qu’à une lance allumée: que poursuivi par lesdits officiers il s'était retiré auprès de la troupe, que les officiers du oe régiment s’emparèrent d'une pièce de quatre, qu'il s’empressa d'écrire au général Agent, qu’il sollicita des secours du commandant de Laxavon, qui lui arrivèrent, que le reste de la nuit se passa sur la défensive, que s'étant opéré un mouvement du côté du 5e régiment, il ordonna à la troupe de se tenir sur ses gardes, et enfin ‘ qu’il écrivit au général Moyse.’
Je demanderai d’abord, pourquoi le commissaire du directoire appelle un capitaine de grenadiers de préférence au chef de brigade et aux chefs de hataillons, les seuls qui pouvaient recevoir des ordres, et les donner ensuite à la troupe dont ils sont les principaux chefs. Ensuite j'observerai qu'au cun rapport, autre que celui du citoyen Dalban, ne fait mention que lecommissaire du directoire ait fait appeler ce capitaine, non plus que des injures, menaces et propos dont il parle, mais seulement de beaucoup de chaleur de part et d’autre. L’on voit au contraire le commandant de la place
très-obstiné et très opiniâtre, et le 5e réciment intercéder pour faite rentrer la troupe. C’est après cela que le commandant Dalban dit n'avoir pu faire rentrer ce corps sans quelques difficultés. 1] parait que ce commandant se contredit un peu dans ce dernier dire, car il est bien certain que celui qui intercède donne toujours le premier l’exemple,d'ailleurs, il est assez prouvé par tous les rapports, même par ceux du citoyen Dalban, que c’est constamment le 5e régiment qui a été le dernier à sortir et le premier, à rentrer et si vous consulté celui du citoyen Adrien, vous y verrez entr’autre que pour reconnaitre le délégué de l’Agence,oniui donna ordre de faire sortir son régiment, et qu'immédiatement après l'on fit jouer, contre ce corps, les instrumens de la mort.
Le chef de brigade Adrien convient dans son rapport avoir demandé au commandant de la place l’autorisation de placer cent hommes de son régiment au Fort-Liberté, mais qu’il le lui refusa d’une manière très brusque, en accompaguant son refus de propos déshonorans pour le be régiment, Le commandant Dalban justifie assez le dire du citoyen Adrien, puisqu'il avoue lui avoir fait un refus obstiné et opiniatre. Delà l'on peut conclure que, s’il y a eu de Ja chaleur de part et d'autre, elle a été provoquée par le citoyen Dalban.
Ce commandant ne nie pas non plus de s’être emparé d'une pièce de canon, mais il vous dit que le lendemain il l'a remit à sa place, car qu’en aurait il fait? il n’avait pas de munitions, d’ailleurs ii ne s’en serait pas servi contre ses frères, ainsi que tout vous le prouve. C'est de quoi le citoyen Dalban a bien soin de ne pas parler.
L'Agent fut prévenu aussitôt de ce qui se passait; mais par qui? par le citoyen Grandet, commandant de Monte- Christi et de Laxavon, que l’on envoya au Cap, pour se concerter sur la conspiration que l’on machinait et prendre des ordres secrets et verbaux. Si l’on considère d’un côté comment et par quel hasard le citoyen Grandet se trouvait au Fort-Liberté au lieu d’être à son poste à Laxavon, si l’on considère que, depuis peu de temps, 1l avait abandonné Monte-Christi pour se fixer à Laxavon et se rapprocher du Fort-Liberté, si l’on considère que c’est lui, en conséquence
des ordres qu’il avait reçu, qui fait arriver les troupes, et sur tout des troupes espagnoles, qu’elles étaient sous ses ordres et qu'il les faisait mouvoir, si l’on jette d’un autre côté un 4e d'oeil sur la lettre de Manigat, da ans laquelle il dit à l'Agent, en réponse à une de ses lettres: ‘‘peut être ‘* qu'en donnant tout de suite au citoyen Grandet le commandement de Moyse, on trouverait un spécieux prétexte à inculpation, ainsi pour ne pas être DRE nous l’employerons sans lui donner hostensiblément le commande. ment.” Si l’on fait enfin le rapprochement de la conduite du citoyen Grandet et sur tout du citoyen Raffin, il sera facile de voir quels étaient Jes vrais conspirateurs, et que bien certainement ce n’ctait ni le général Moyse, ni le 5e
régiment.
Se citoyen Dalban est encore le seul qui parle d’un mou-
ement du côté du 5e régiment, il est au contraire démontré par tous les rapports, qu'il rentra le premier dans les casernes. Le chef de brigade Adrien dit, que c’est à neuf heures du matin, {e jour du 24.
Le général Moyse a affirmé n’avoir point recu de lettre du citoyen Dalban, non plus que de la municipalité, mais qu’il il fut seulement prévenu de ce qui se passait'au Fort-Liberté par le chef de brigade Adrien.
Dans le neuvième, il dit que ‘‘le chef de bataillon Lafricain soHicita vers les neuf heures du matin le renvoi de la troupe, mais qu’il ne jugea pas à propos d'accédér à sa demande, etc.’
Vous voyez encore ici, et c’est le citoyen Dalban qui parle que c’est un chef du 5e régiment qui donne le bon exemple et que le commandant de la place est toujours en opposition lorsqu'il s’agit de faire rentrer la troupe, et de contribuer par conséquent à la tranquillité publique,
Dans le dixième, il dit que ‘‘après divers pourpalers avec les citoyens Lafricain et Adrien, il reçut de ce dernier une lettre.” On la trouvera à la suite de ce paragraphe.
Il est facile de voir encore par cette lettre a que les intentions des chefs et du 5e cu en général étaient bonnes, et qu’ils n’avaient en vue que le bon ordre et la tranquillité,
que leurs plaintes, sur le rassemblement des troupes et la distribution des cartouches, étaient fondées, et qu’ils avaient de grandes raisons pour demander qu'elles intentions on avait contre leur corps,
Dans le onzième, il dit ‘‘qu'il fit réponse par écrit, ainsi *‘ que la municipalité, qu’ils ne commettraient aucun acte
: d’hostilité, à moins qu'ils n’y soient contraints par leurs
premières attaques, que dans ce moment le 5e régiment ‘ rentra dans ses quartiers, et qu'il Caserna le bataillon du
Fort-Liberté et la garde nationale dans une maison sur la ‘ place’?
Je regrette de n’avoir pas cette lettre pour la comparer avec celle du citoyen Adrien, qui dit ‘‘qu’elle lui fut enlevée ‘* chez lui, lorsqu'on pilla ses effets le lendemain 25, mais
‘ qu’elle contenait en substance qu'il ne pouvait pas lui donner des munitions, attendu qu’il n’était pas le premier these
Cette réponse est évasive, puisque le chef de brigade Adrien ne demande pas de munitions dans sa lettre. Il n’est question nulle part de celle que lui écrivit la municipalité.
L'on voit encore dans ce paragraphe, et de l’aveu du citoyen Dalban, que c’est le5e régiment qui rentre le premier dans ses casernes, et que le commandant de la place, au lieu de faire rentrer les autres troupes dans les 1 urs et les cito-
yens dans leurs domiciles respectifs. il les caserne ne une maison attenante à la sienne, et à côté des canons toujours braqués.
Dans le douzième et dernier, ‘‘il fai loge de la conduite des troupes et de la garde nu que l’on avait induit
en erreur sur le compte du général Moyse et du 5e régiment
Je passe au rapport du citoyen Dalosan des 24 et 25.
Dans le premier paragraphe, il dit que ‘‘la commune était toujours plongée dans les plus vives inquiétudes, lorsqu’à six heures du soir le chef de brigade Grandet arriva, portant des paquets du général Hédouville, adressés au citoyen Manigat, qui en donna communication; que cent hommes du 5e régiment avaient pris possession du fort
principal de la ville, que la troupe se tient toute la nuit sous les armes, qu’il arriva du renfort, et que lorsque le jour parut, la troupe se retira des deux côtés.”
Le citoyen Dalban n’est pas d'accord, sur l'arrivée du Citoen Grandet, avec le citoyen Manigat: car ce dernier dit que “+ “le paquet de l'Agent lui fut remis de l'après- midi. Les habitans du Fort Liberté le font arriver à dix heures du ‘* soir, cependant le citoyen Manigat écrit le 24 au citoyen ‘ Adrien: ce qui fait présumer que le citoy en Manigat a raison, et que le citoyen Grandet est arrivé plus à bonne heure.
Rien ne prouve, autre que le rapport du citoyen Dalban, que les cent hommes du 5e régiment aient prit possession du Fort Liberté D'ailleurs, ils l’auraient fait, qu’on ne peut pas leur en imputer un crime, puisque c'était pour pourvoir à la tranquillité publique et à la conservation de leurs personnes que l’on n'avait cessé de menacer, depuis le moment de Ja prise d'armes ordonnée par Dajban, sur le réquisitoire de la municipalité.
Le citoyen Dalban dit la vérité, lorsqu'il annonce l’arrivée des troupes et la rentrée de celles qui étaient sous les armes dans leurs quartiers, mais c’est toujours le 5e régiment qui sollicite, et en donne le premier l‘exemple, tandis que les autres sont toujours casernés sur la place, près des canons
Dans le second il dit, toujours en jetant” de la défaveur sur le 5e régiment et sur le général Moyse, et en leur attribuant tous les torts que ‘‘le général Moyse arriva au Fort- ‘* Liberté au même moment que des dragons de Maribaroux ‘’ en demandait l’entrée, que le commandant Grandet, à la ‘* tête d’une patrouille, lui annonça que le 5e régiment allait "" être désarmé, à quoi il répondit que cela ne serait pas, et ‘" qu’il eria aux armes, que sur le champ les deux partis se ‘* rangèrent en bataille ’’ildit ensuite après des pourparlers, que ‘‘le déiégué de l'Agence écrivit au général Moyse pour
lui donner connaissance des pouvoirs dont il était revêtu, ‘" et lui demander une entrevue, que ce général donna ordre ‘" au citoyen Grandet de se retirer avec sa troupe, ou qu’il ‘‘ allait marcher sur lui, quele délégué de l'Agence se
., transporta à l’autel de la patrie, où il fit donner lecture de ses pouvoirs, que c’est après cela, que ce délégué donna ordre au citoyen Adrien, chef de brigade. d'avoir à faire mettre bas les armes au 5e régiment, que c’est après l’y avoir interpélé trois fois, et après son refus, qu’il donna ordre au citoyen Keïé Larivière de se placer à la tête de la gendarmerie, et aux canonniers de se tenir prêts, que c'est alors que le 5e régiment commença le feu, mais qu'il fut mis en fuite, que le général Moyse se sauva à cheval.”?
Si l’on lit attentivement ce long paragraphe, il sera facile de voir de quelles passions, de quelle haine sont animés, principalement les citoyens Raffin et Dalban, qui font mouvoir un juge de paix qui n’est que leur instrument, il sera facile de voir comment et pourquoi ces pouvoirs lui ont été donnés, il sera facile de voir que c’est parce qu’il était noir, qu’il avait l’estime et la confiance de ses concitoyens, que l’on connaissait son insuffisance, qu’il se laisserait guider, et qu’ii ferait tout ce qu’on lui dirait; si l'on s'arrête un instant sur la manière dont ce commandant rend la mort du citoyen Zamore, capitaine de grenadiers et la fuite précipitée du général Moyse. alorsil sera facile, en rapprochant le tout, de voir quel était le but des conjurés et d’où ils tenaient leurs pouvoirs.
Mais comparons un peu ies principaux articles de ce paragraphe avec les autres rapports,
Il n’y a que le citoyen ÿHDalban qui dise que le général] Moyse cria aux armes.
Les habitans du Fort-Liberté, dans leur lettre, disent que ce général, en arrivant sur la place, appela le commandant de la place, et lui dit de faire battre l’assemblée,
Le citoyen Manigat dit qu’il l’a fit battre lui-même.
Ceux du général Moyse et du chef de brigade Adrien n’en parlent pas, c’est donc une autre calomnie du citoyen Dalban dirigée contre le général Moyse.
Effectivement, à cette assemblée, les troupes, que le citoyen Dalban appelle les deux partis, se mirent sous les armes,
mais le citoyen Adrien dit ‘‘que son régiment nes y est mis a" il en fut requis par le citoyen Das et lors-
que lorsqu'i ‘* que le délégué ee. faire AUS ses pouvoirs.” L’on remarquera ici que le général Moyse s'était retiré, et qu’il n’était plus As place, qu’il est par conséquent très probable que le 5e ri ment eût posé les armes, et qu'il aît été rappelé à les prendre pour reconnaître le délégué,
Il est vrai que le délégué écrivit au général Moyse, pour lui donner connaissance de ces pouvoirs. La lecture de cette lettre, écrite de la main du. citoyen Raffin, suffira pour connaître combien étaient fraternels les ordres et invitations
que faisaient et donnaient les conjurés.
Le citoyen Dalban est encore le seul qui fasse donner des ordres par ce Dr au citoyen Grandet, pour faire retirer la troupe, ou qu’il allait marcher contre lui, vous verrez qu’il l'invite au contraire à faire retirer les troupes, et qu’il
épond sur sa tête de la tranquillité publique. Au surplus, es citoyens du Fort-Liberté et le citoyen Manigat n’en parent pas, et ce fait se trozve même démenti par ce qui s’est passé sur la place pendant le peu de temps que ce général y a resté.
L'arrivée du délégué à l’autel de la patrie, la reconnais. sance de ses pouvoirs, les trois sommations faites pour faire poser les armes au 5e régiment, sont reconnus dans tous les rapports, mais ils différencient sur la manière dont les ordres ont été donnés lorsque le feu a commencé, et il n’y a encore que le citoyen Dalban qui accuse le 5e régiment d’avoir été l’agresseur.
Les habitans du Fort-Liberté disent, entr’autre chose, dans le leur, que “c’est à cette manière de précipiter les
choses, et au signa! d'allumer la lance, que l’on doit ce ‘* malheureux évènement, ’’
Le citoyen Manigat dit, dans le sien, que, .‘‘pressé parle citoyen Raffin, il fit donner l’ordre aux canonniers de se tenir prêts, qu’alors la gendarmerie fit un mouvement
par la gauche pour se porter sur le 5e régiment, et que ” c'est alors que l’action a commencé de part et d’autre.
Le général Moyse dit, dans le sien, que ‘‘lorsqu’il était à achever sa lettre pour le citoyen Manigat, il fut surpris, quelques minutes après, d'entendre le bruit de la mousqueterie et de l'artillerie, etc’?
Le citoyen Adrien, chef de brigade, dit, dans le sien, que ‘ c’est après les sommations à Jui faites et ses réponses, que le citoyen Manigat ordonna de faire feu sur sa troupe: qu’à ce signal, la mousqueterie de toutes les troupes, aux ordres de Grandet, fit un feu. roulant, que les canons tirent et portent la désolation et la mort dans son corps, que plus de cent hommes périssent, et qu'il y a un grand nombre de blessés”?
Dans son dernier paragraphe, le citoyen Dalban dit qu’après la déroute des rebelles, il fit faire des patrouilies pour maintenir la tranquillité, et pour que l'on chercha de toutes parts les officiers de ce régiment ; que plusieurs lui furent amenés, et entr’autre le chef de brigade Adrien et le chef de bataillon Lafricain,qu’ils furent sur le champ incarcérés.”?
Si l’on veut connaitre la manière dont ces prisonniers ont été traités, il faut consulter le rapport du chef de brigade Adrien, alors l’on sera convaincu de l’humanité du citoyen Dalban et de ses complices, alors l’on verra que ces officiers ont été jetés dans les cachots, traités comme les derniers des hommes, et ensuite liés et œarrottés pour être conduits au Cap, à bord des frégates, où ils ont été en proie aux plus mauvais traiteméns,
Le rapport des 26 et 27 du citoyen Dalban, ne contenant pas de faits bien intéressans, je n’en parlerai pas. Je passerai de suite à celui des citoyens du Fort-Liberté,;
Comme le citoyen Dalban, ‘'ils ne citent que le citoyen Cui, qui a dit ét répandu le bruit dans la ville, que le 5e régiment voulait égorger les blancs et les mulâtres. Ils se rapprochent dans beaucoup de circonstances du rapport du commandant de la place; dans d’autres, et sur-tout sur les principaux points, sur les injures et les menaces, ils ne sont pas d’accord avec lui, non plus qu’avec celui du citoyen Manigat: car les uns et les autres, je veux dire
‘* les habitans du Fort-Liherté et le citoyen Manigat ‘‘ laissent échapper quelques faits. Ces deux derniers sont ‘* ecpendant assez d'accord, ainsi qu’avec le général Moyse ‘* et le chef de brigade Adrien.’?
Ce qui est à remarquer, sur-tout dans-leur lettre, c'est ce
passage du troisième paragraphe, dans lequel ils disent : ‘* sur les dix heures du soir, le commandant Grandet arriva au Cap et remit au citoyen Manigat, juge de paix de cette commune, un arrêté de l’Agent du Directoire à Saint Domingue, qui le nommait son délégué, chargé des pouvoirs civils et militaires. Les vertus de ce citoyen nous étant connues, nous espérions fortement qu’il nous ramènerait à la tranquillité, mais, malheureusement, nous le voyons environné du citoyen Raffin, commissaire du directoire près l'administration municipale, homme qui depuis longtemps a perdu notre confiance, et nous commençâmes à craindre la malheureuse explosion qui a eu lieu le lendemain.’ Il est bien évident, sans doute, que le citoyen Manigat n’a rien fait que ce que lui inspirait le citoyen Raffin, que toutes les lettres, proclamations, arrêtés et autres écrits signés du citoyen Manigat sont l’ouvrage du citoyen Raffin, que s’il a donné des ordres, ce n’a été que d’après les instances et les sollicitations de celui-ci. Si l’on veut encore mieux s’en convaincre, on le verra dans le rapport du citoyen Manigat.
si
Il est bien évident aussi, et ceux qui connaissent le citoyen Raffin n’en douteront pas qu’il avait perdu la confiance de ses concitoyens; car il a la réputation bien acquise d'être et de n'avoir de relations intimes dans la Colonie et sur-tout au Cap, qu’avec ce qu’il y a de plusintrigant, de plus immoral, de plus abject, de plus caméléon, et de plus machiavélique. Sa conduite d’ailleurs dans les malheureux évènements du Fort-Liberté, en est une preuve non équivoque. Que l’on consulte au surplus les rapports du général Moyse et du chef de brigade Adrien: ils parlent à son égard, dans le sens des habitans du Fort-Liberté.
Un autre passage du même paragraphe qui n’est pas moins à remarquer, et qui vient à l’appui de ce que je viens de dire du citoyen Raffin et du citoyen Manigat, est celui-ci:
‘‘Le général Moyse en ayant fini la lecture’”’ (ils parlent de la lettre du citoyen Manigat à ce général) ‘dit qu’il va ‘* y répondre, monte effectivement dans son appartement, ‘* nous apprenons qu'il dit à son secrétaire de marquer au citoyen Manigat,que perscnne ne désire plus que lui de voir la tranquillité régner: qu’il va chercher les moyens à met. tre l’ordre, descend ensuite de chez lui,monte à cheval et se rend chez le citoyen Gravelot. Le citoyen Raffin, d’après cette démarche du général Moyse, excite vivement le citoyen Manigat, en lui disant que le moment presse à faire connaitre publiquement les pouvoirs qui lui sont délégués par l'Agence, et ordonner de suite le désarmement du 5e régiment. Tout ceci se fit et se passa en l’absence du général Moyse, qui, 3’i! eût été averti à temps, aurait immanquablement remédié aux maux qui succédèrent; car cette manière de précipiter les choses,et que lecitoyen Manigat fit involontairement, ne suivant que les impulsions du citoyen Raffin, occasionna le malheureux évènement, puisqu'il est vrai que ce n’est qu'au signal d'allumer la ** lance, que le feu de la mousqueterie commença.”
Je ne dirai rien sur ce passage; j'y ai suffisamment répondu plus haut: il démontre d'ailleurs assez évidemment que le citoyen Raffin était la cheville ouvrière de ce complot pour n’avoir pas besoin de plus ample explication.
Je passerai de suite à la correspondance du citoyen Manigat, faite ou dictée entièrement par le citoyen Raffin, que je ferai paraître seul; car le citoyen Manigat n’y a d'autre part que par sa signature qu’il apposait, sans connaître, ia plupart du temps, le contenu &e ce qu'on lui faisait signer, ainsi qu’on le verra; je ne m’attacherai cependant qu’aux principales lettres.
La première, du 24 Vendémiaire, est adressée au chef de brigade Adrien, ‘‘il lui donne en substance connaissance des ‘* pouvoirs dont il est revêtu; et lui donne ordre, sous sa ‘* responsabilité personnelle, de faire rentrer indistinctement ‘* tous les militaires du 5e régiment, et d’y mettre une dou- ‘* ble garde pour les consigner.’?
Si l’on remarque d'abord que le citoyen Dalban ne fait arriver, du Cap, le citoyen Grandet, qu'à six heures du soir,
que les habitans du Fort Liberté disent qu'il arrive à dix heures du soir, que le citoyen Manigat affirme que ses pouvoirs lui ont été remis dans l'après-midi; si l’on remarque surtout que c’est après que le 5e régiment eût intercédé pour faire rentrer les troupes; que c’est après qu’ilen eût donné le premier l’exemple, que l’on écrit cette lettre, ilsera facile de voir une nouvelle machination de la part du citoyen Raffin, afin de montrer le 5e régiment toujours comme insoumis, ne reconnaissant aucune aütorité,) et afin de faire croire à la multitude qu'il existait réellement une conspiration de sa pari; elle est dans le sens de celle écrite au général Moyse, dont j'aurai l’occasion de parler.
Par la deuxième, du 25 Vendémiaire, Raffin, avec la signature de Manigat, écrit à l'Agent ‘‘votre autorité est mécon- ‘ nue, la force est repoussée par la force, et la guerre civile est dans cette commune, etc.’?
Voilà l’ouvrage du citoyen Raffin, c'est la guerre civile qu'il allume par ses instigations et ses insinuations liberticides, maïs il avait, conjointement avec Grandet, l’on ne peut en douter, des instructions secrètes, car s’ils n'eussent pas eu avec eux des hommes puissants, s’ils n’eussent pas été soutenus de l’autorité première, auraient-ils osé tenter un pareil projet et le mettre ensuite à exécution? Cette lettre est transerite sur le registre de la main du citoyen Raffin; il n’y a pas de doute que l’original ne soit aussi de lui, et peut être même la signature, car s’il faut s’en rapporter à celles qui sont en mon pouvoir,on jugera facilement que le citoyen Raffin a souvent contrefait la signature du citoyen Manigat.
Par la troisième, du 25 Vendémiaire, il fait part à l'Agent qu'après l'affaire, il a rendu compte à ses concitoyens de sa conduite, et qu’ils’est empressé de prendre un arrêté ‘’ pour destituer Moyse, il lui en envoie copie, ainsi que de ‘* sa proclamation. ”’
sé
Ces deux pièces ont également été faites par Raffin, J’en joins ici un exemplaire de chaque.
Ce jour là l'intention des conjurés était, de premier abord, de nommer Grandet général de brigade, en place de Moyse.
Je puis affirmer que c'est le citoyen Manigat qui s’y est opposé.
Par la quatrième, du 26, il annonce à l’Agent ‘'qu’iln’a ‘* pu s'occuper dela transcription de diverses pièces; que ‘ lorsqu'il aura du temps, il le consacrera à l'inventaire ‘ des papiers de Moyse, où il espère trouver des pièces qui ‘* feront découvrir d’autres conspirateurs; il demande des ‘# forces, rend compte de divers objets et annonce l'envoi ‘* des femmes de Moyse.’?
Il est bien certain que,si Raffin n'eût pas trouvé de pièces contre le général Moyse, il aurait fort bien su en fabriquer, peut être les avait-il déjà toutes prêtes; car l’on sait de quoi il est capable, et personne n’ignrore qu’il aurait très-bien figuré, et dans un comité révolutionnaire et à Clichi tout à la fois, il est de ces hommes qui sont de tous les partis, qui les flagornent tous, et qui les décrient tous ensuite. D'ail. leurs puisqu'il a contrefait la signature de Manigat, il aurait bien pu en contrefaire d’autres.
Par celle du 26 Vendémiaire, ‘’il annonce à l’Agent un envoi de pièces, et se répand en invectives les plus grossières contre les officiers du 5e régiment, et particulièrement contre quelques-uns qu’il désigne comme des monstres: il le prie ensuite de ne pas leur envoyer le conciliateur qu'il leur annonce,attendu qu’ils sont les vainqueurs, et que leurs ennemis sont en fuite, il annonce encore l'envoi des femmes de Moyse, mais sous un acquit-à-caution, il dit. entr’autres qu’il a fait porter au gouvernement soixante portugaises, que le quartier maître du 5e régiment avait en caisse.’?
ES
Cet argent a été distribué à la troupe pour prix de son dévouement aux conjurés, et pour avoir fait couler le sang de leurs frères innocens. J'en ai les reçus par-devers moi.
Cette lettre est intéressante à lire en entier, On y verra le citoyen Raffin entièrement à découvert, intrigant, se débattant de toute manière pour obtenir la confiance et continuer à mener cette affaire à sa fin. Quant à ce qu’il dit des officiers du 5e régiment, ce qu'il avance est absolument faux, j’en ai des preuves certaines, cer s'il en était autre-
fñént, vous pouvez être bien convaincu que je ne laisseraiïs pas de semblables crimes impunis. L’on voit par-tout que c’est Fa passion, la haine et la vengeance qui le domine, et qu'il est bien digne d’être l’instrument de tant de scélératesses.’’
Par celle du 27, il marque à l’Agent que ‘‘pour instruire ‘" le peuple, il a fait publier et afficher par-tout sa procla- ‘" mation et son arrêté, afin de faire connaitre la vérité, que ‘" Moyse empêche de luire, il en demande l'impression pour ‘" faire pénétrer cette vérité avec plus de rapidité et empê- ** cher Moyse de dire qu'ils avaient voulu le tuer avec son * régiment, il parle de prisonniers faits et des bons trai- ‘‘ temens qu’ils ont éprouvés, il dit ensuite que presque ‘* toutes les habitations ont été pillées par le 5e régiment, ‘" et continue à se répandre en injures contre ce corps .”’
C'est sans doute pour étendre la guerre civile au loin que Raffin fait publier et afficher partout sa proclamation et son arrêté, et qu’il en demande l'impression; car, pénétrant comme il l'est, connaissant à fond le pays et ses habitans, il devait bien s’imaginer que les cultivateurs toujours inquiets sur leur liberté, ne verraient pas avec plaisir l'égorgement de leurs frères et les poursuites que l’on faisait contre le général Moyse, qu’ils estiment et qu’ils aiment,
Sil’on veutse convaincre de la manière dont ont été traités les prisonniers du 5e régiment, que les conjurés ont fait, je renverrai encore au rapport du chef de brigade Adrien, et je vous inviterai à faire le rapprochement des injures que distribue par-tout le citoyen Raffin à ce corps, alors vous ne douterez pas, qu’ils n'aient été maltraités de la manière la plus outrageante.
Quant au pillage dont parle le citoyen Raffin, je puis attester qu'il s’écarte de la vérité et que rien n’a été distrait. Les officiers et soldats de ce corps pensaient plutôt à chercher leur salut dans la fuite que de s’amuser à voler leurs concitoyens.
Par celle du 28 Vendémiaire. il prie l’Agent ‘‘de mettre
‘* un terme au pénible sentiment qu’il manifeste pour eux et ‘* que leur position est telle qu’ils n'ont plus besoin de trou-
pes, il parle ensuite d’un convoi d'argent, des rassem- ‘‘ blemens que fait Moyse et de comestibles reçus.’’ il dit entr’autre, dans le quatrième paragraphe que j'ai, déjà cité et que je rapporterai encore ici, que ‘‘peut être en donnant ‘* de suite au citoyen Grandet le commandement de Moyse:; ‘" on trouverait un specieux prétexte à inculpation, ainsi. ‘* pour ne pas être calomnié. nous l’emploierons sans lui donner ostensiblement le commandement’?
Ceci est en réponse à un paragraphe d'une lettre de de l’Agent. du 27 Vendémiaire, dans laquelle il dit: ‘" Je vous autorise à confier au citoyen Grandet le comman- ‘* dement qu'avait Moyse, si vous ne croyez pas plus pru- ‘* dent de l’employer sans lui donner ostensiblement le com- ‘ mandement.”?
Le convoi d'argent dont il parle était de cent et quelques mille gourdes, venant de Santo-Domingo, et destinés pour
les besoins de la Colonie: elles proviennent d’une prise dont apvoel a été interjeté au tribunal de cassation. L’on a fait retrograder le convoi, et la Colonie est sans moyens.
Par les deux paragraphes que je viens de citer, l’on voit clairement que le citoyen Grandet était un des premiers instrumens de la conjuration; aussi quitta-t-il son poste à Laxavon pour venir au Fort-Liberté, où il se trouve par ha. sard, et d’oû il fut envoyé au Cap pour recevoir, il n’en faut pas douter, des instructions verbales et particulières, et la promesse, pour récompense de ses exploits, d’être fait générai de brigade à la place de Moyse.
Par celle du 30 Vendémiaire, écrite à l’Agent, ‘‘il accuse ‘* Ja réception de cent portugaises, dont il ne prescrit pas ‘* l’emploi, mais il assure que l’usage qu'il en fera remplira ‘! ses voeux, etc.’?
‘Il parle ensuite de deux compagnies du 5e régiment, qu'il ‘* permet au citoyen Charles Simon de garder par devers lui ‘* puis d'une lettre écrite par moi à la municipalité, et d’un ‘“ libelle du genéral Moyse. Après quoi il demande un bà- ‘* timent de l’Etat, une paire de pistolets et un sabre pour ‘‘ Jui et chaque membre de l’administration municipale, etc.’’
J'ignore jusqu'à présent qu'elle a été l'emploi de $es cent portugaises: mais il est évident qu’elles étaient destinées à récompenser ceux qui s'étaient les mieux montrés, et qui avaient le plus participé à l'assassinat du 5e régiment. Et dans quel moment trouve-t-on cetle somme et l’a fait-on distribuer ? Dans un moment ou l'Agent lui-même ne cesse de prêcher misère, de répéter que les caisses de la République sont vides, et qu’il n’a pas un sou, dans un moment où la troupe, depuis huit mois, n’est pas payée, même de ses modiques à comptes; dans un moment où les défenseurs de la patrie sont sans souliers, sans vêtemens, et dénués des objets de première nécessité; dans un moment enfin ou les vivres sont à la veille de manquer dans les magasins de la République et qu'on va être réduit aux vivres du pays. C’est dans ce moment dis-je, que l’Agent trouve cent portugaises pour récompenser tant de forfaits.
Je me tairai sur le restant de cette lettre, et je la laisserai apprécier à sa juste valeur.
Par celle du ler Brumaire, adressée à l’Agent, le citoyen Raffin, car c’est toujours lui qui parle, dit que ‘‘la Colonie ‘" doit son salut, peut-être, à l’occasion du 25; mais qu’il ne ‘* doute pas que ce soit l’effet des sages mesures qu’il a pris ‘* et du choix qu'il a fait du citoyen Grandet: il a fait ensuite ‘* J’éloge de ce dernier, de la municipalité, et sur-tout le ‘* sien, qu’il ne sait assez apprécier et rendre recomman- ‘* dable.”?
En lisant toutes les lettres,tous les écrits du citoyen Raffin auxquels je ne saurais assez le répéter, le citoyen Manigat n’a eu d’autre part que par quelques signatures, vous diriez qu'il n’y a pas de meilleur républicain que lui, car il ne cesse de parler de la loi, d’amour de la patrie, de république, de liberté et d'égalité, de bonheur du peuple, de tranquillité publique, et c’est avec ces mots sublimes, qu’il profane à chaque instant, qu'il arme les citoyens les uns contre les autres, et qu’il parvient à la destruction d’un régiment qui n’a cessé de bien mériter de la patrie; c'est avec ses expressions chéries qu’il allume la guerre civile, qu’il veut l’étendre dans toute la Colonie, qu’il fait jouer l’artillerie et la mousqueterie, et qu’il donne la mort à plus de cent
braves qui cnt aidé à purger cette Colonie des ennemis de la liberté.
C'est avec ces mêmes mots que les décemwvirs voulaient parvenir à leur but; c’est avec ces mêmes mots qu'ils faisaient couler le sang des français, et qu’ils étaient parvenus à forger de nouveaux fers à la France; c’estavec ces mêmes mots que les Clichiens déchiraient chaque jour quelques feuillets de l’acte constitutionnel: c'est avec ces mêmes mots qu’ils tentaient au renversement de l'édifice de la liberté; c'est avec ces mêmes mots qu’ils nous auraient ramené l'ancien régime et ses privilèges, et qu’ils nous auraient redonné l’esciavage, si par les sages mesures vous avez prises au 18 Fructidor, vous n’eussiez déjoué leurs complots liberticides, et si la masse du corps législatif n’eût fait prompte justice de ces Conspirateurs.
Si vous le suivez dans tous ses écrits, vous le verrez sans cesse se répandre en injures, plus grossières, plus fausses, plus absurdes les unes que les autres, contre le général Moyseet le 5e régiment: vous le verrez les accuser alternativement de vols, d'assassinats et de meurtres, tandis que c'est ce général et ce régiment qui ont détruit la Vendée de la Colonie, que des malveillans, des ennemis de la République et de la liberté générale, comme Raffin, avaient organisé dans la partie de la Grande-Rivière, tandis que c’est eux qui ont conservé le Dondon et tout ce canton à la République; tandis que c’est eux qui ont fait fleurir l'agriculture à Maribaroux et dans toute l’étandue du voisinage: tandis que c'est eux qui ont maintenu dans tous ces quartiers, aïnsi qu'au Fort-Liberté, la tranquillité qui y a régné jusqu’à ce malheureux évènement; tandis enfin qu'ils ont contribué pour beaucoup, d'abord à chasser les espagnols et ensuite les anglais de cette Colonie: vous le verrez encore faire des interrogatoires, recevoir des dénonciations, les envoyer à l'Agent, et intriguer de toutes manières pour induire ses concitoyens en erreur, leur faire dire le faux et le vrai, suivant l’exigence des cas et suivant qu’il était plus ou moins nécessaire pour parvenir à son but destructeur: mais tousces interrogatoires,. toutes ces dénonciations, qui ne signifient pas grands choses par eux-mêmes,sont démentis aujourd’hui
par ceux qui les ont faits, comme y ayant été forcés par le Citoyen Raffin.
‘Il accuse ensuite le générai Moyse de faire des rassemblemens, et de le menacer, ainsi que d'autres, de sa colère.’
Pour vous convaincre de la fausseté de ce qu'il ose avancer, il suffira que vous sachiez que le général Moyse avait une foulure aux pieds, qu'il ne pouvait marcher, et qu’il était obligé de tenir le lit; il vous suffira de savoir que les cultivateurs ont été le trouver, de leur propre mouvement. à la Grande-Rivière, pour l'assurer de leur estime et de leur amitié; il vous suffira de savoir que, malgré les vexations et les humiliations sans nombre qu’il a éprouvé, ainsi que le 5e régiment, que rentré au Fort-Liberté, ni lui, ni personne n’a exercé la moindre vengeance, et que les personnes et les propriétés y ont été respectées comme par-tout ailleurs. Je Jui en avais d’ailleurs donné l’ordre formel et précis, en le rendant personnellement responsable de tout ce qui pourrait arriver de contraireau bon ordre, Il vous suffira enfin de savoir que la tranquillité règne dans toute la Colonie, et que le général Moyse, les officiers et les soldats du 5e régiment continuent à donner, par leur conduite sage, soutenue et réglée des preuves non équivoques de leur amour pour le maintien du bon ordre et de leur attachement à la Métro: pole.
Voyons maintenant ce que dit le citoyen Manigat, délégué de l'Agence, dans sa lettre, en forme de rapport, du 3 Brumaire, qu'il m‘écrit.
Dans son premier paragraphe ‘‘il avoue ingénument que c'est le citoyen Raffin qui a tout fait, et qu’il n’a que signé, même sans connaitre, fort souvent. le contenu de ce qu'avait écrit ou dicté ce commissaire. et que les ordres qui paraissent émaner de lui Manigat,lui étaient constamment soufflés par Raffin.’’
À cet égard, il est d’accord avec les rapports des citoyens du Fort-Liberté, du général Moyse et du chef de brigade Adrien. Il est d’ailleurs bien prouvé qu'il n’était que le sous instrument de cette machination liberticide.
Dans le. deuxième ‘‘il parle de ce qu’il a entendu dire par ‘* Ja voie publique.”” Il est à cet égard assez d'accord avec les autres rapports. quand aux faits principaux.
Dans le troisième ‘‘ il annonce les pouvoirs que l’Agent lui ‘ a fait passer par le citoyen Grandet, et il avoue le refus ” qu’il fit d’abord de les accepter, ne se sentant ni la force, ‘" ni la capacité de remplir les fonctions dont on voulait le ‘" revêtir; que ce ne fut qu'aux instances réitérées et aux ‘" vives sollicitations de la municipalité, et sur-tout du cito- ‘" yen Raffin, qui lui dit qu’il ferait tout, et qu'il n'aurait qu'à ‘" signer, qu’il se décida à accepter cet emploi pénible.’
Dans le quatrième “il dit qu’en conséquence de ces pou- ‘* voirs et de la mission qu'il venait d'accepter, il s’est réunis ‘" à la municipalité pour coopérer avec elle à ramener la ‘* tranquilité. ?’
Je pense bien que s’il n’eût dépendu que du citoyen Manigat, 1l aurait calmé les esprits et ramené le bon ordre: mais il avait autour de lui Raffin, Grandet et Dalban qui ne lui don” paient pas le temps de la réflexion, qui lui faisaient entasser contre son gré, crimes sur crimes, et qui voulaient, par tous les moyens possibles, allumer la guerre civile pour avoir un prétexte de nous calomnier encore et de nous en attribuer tout l'odieux.
Dans le cinquième, il parle de l’entrée du général Moyse au Fort Liberté, et il dit que ‘‘rendu sur la place, il fit battre ‘* l'assemblée, que le citoyen Raffin voulut l'empêcher d'aller ‘‘ au devant de ce général, qu'il y fut cependant, et qu’ilsse donnèrent la main d'une amitié réciproque, qu’il l'invita à se rendre auprès de la municipalité: et qu’il lui répondit, nous allons voir tout à l'heure: que le citoyen Raffin le voyant aller du côté du fort, lui écrivit pour l'engager à venir près de lui; qu'’aussitôt après, le citoyen Raffin le pressa, le sollicita de se rendre à l’autel de Ja patrie pour s’y faire reconnaître, en lui disant que le moment pressait pour faire désarmer le 5e régiment: que s’y étant rendu, il fut aussitôt reconnu; qu’alors et toujours aux sollicitations et instances réitérées du citoyen Raffin, que pressé et instigué par lui, de toutes manières, il appela le chef de
brigade Adrien, et lui fit trois sommations différentes pour qu'il ait à faire poser les armes à son régiment; que ce chef de brigade n'ayant pas obéi, et que se laissant malheureusement guider toujours par le citoyen Raffin, il ordonna aux canonniers de se tenir prêts, et que la gendarmerie, sans ordre de sa part, fit un mouvement pour se porter sur le 5e régiment, que c’est alors que l’action commença de part et d'autre, que les canons ont commencé à tirer, et que le 5e régiment a été mis eu fuite, etc.’?
Toutes les réflexions que je pourrais faire sur ce paragraphe, ne vaudraient pas ce que dit, avec autant de vérité que d'ingénuité, le citoyen Manigat, ainsi je n'en ferai aucune, je les laisserai entièrement à votre jugement, en vous priant de vous rappeler constamment que le citoyen Manigat, dont chacun fait l'éloge, n'était qu’un instrument très-Passif et en sous ordre de cette coalition.
Dans le sixième, il dit que ‘‘ le général Moyse était absent
pendant cette scène tragique, et qu’on ne peut pas la lui attribuer.??
Il est bien constant qu'on ne peut, sous aucun rapport, J’attribuer à ce général, puisqu'il est bien vrai qu'il était absent du Fort-Liberté, depuis le 21 Vendémiaire, puisqu'il est bien vrai qu’il n’y est rentré que le 25 au matin, jour de l’action, puisqu'il est bien vrai qu’il y avait peu de temps qu'il était en ville, lorsqu'elle commenca, et qu’il était dans ce moment chez le citoyen Gravelot, commandant de l’artillerie, puisqu'il est bien vrai, enfin, que le 5e régiment était déjà en fuite à sept heures du matin.
Dans le restant de son rapport, il dit ‘‘ ce qu’il a fait pour maintenir la tranquillité, après ce malheureux évènement et pour conserver la propriété du général Moyse : il parle de sa proclamation et de son arrêté, auxquels il avait d’abord refusé sa signature, et que s’il l’a donnée, ce n’a été qu'aux nouvelles instigations du citoyen Raffin, qui ne cessait de le tourmenter pour cela, en lui disant que c'était conforme à la loi: il témoigne par-tout son regret d'avoir condescendu aussi aveuglément au citoyen Raffin, et finit par protester et déclarer nuls tous écrits signés
‘* par lui, relativement à cette malheureuse affaire, et ‘* surtout un de douze pages qu’on luia fait signer, le 4 ‘" Brumaire, comme en ignorant absolument le contenu.’?
Passons au rapport du général Moyse.
Dans ses quatre premiers paragraphes, il dit en substance que ‘‘le 21 Vendémiaire. il quitta le Fort-Liberté pour aller ‘" faire sa tournée ordinaire dans son arrondissement: que ‘* lorsqu'il partit, il laissa cette ville dans la plus parfaite ‘* tranquilité, et que rien encore ne lui faisait présumer ‘" qu’elle serait altérée pendant son absence, que lui et le 5e ‘* régiment serait en proie à la diffamation, et que l'on cher.
‘ cherait, par ce que le machiavélisme a de plus perfide, à ‘* parvenir à leur perte totale.’ Il rend ensuite compte, d'après les différens rapports qui lui ont été faits, de ce qui s’est passé pendant son absence, et il est dans son narré d'accord avec les autres rapports, excepté avec ceux du citoyen Dalban, qui n’y sont pas tout à fait conforme, et qui différencient sur plusieurs points principaux.
Vient ensuite le cinquième paragraphe, dans lequel il dit qu'instruit par le chef de brigade Adrien de ce qui se passait, il hâta son retour au Fort-Liberté, et qu'il y arriva le 25 de grand matin, accompagné de deux guides; que ce fut le citoyen Grandet qui lui ouvrit les portes,et qui lui dit que le 5e régiment allait être désarmé; que s’il était venu avec des forces, il lui aurait refusé l'entrée; qu’enfin la joie était peinte sur sa physionomie.”
Ce n’est donc pas le citoyen Dalban, ainsi qu’il le dit dans son rapport, qui a prévenu le général Moyse de ce qui se passait, mais bien le citoyen Adrien.Ce général dit n’avoir point reçu de lettre du dit citoyen Dalban. Sur le reste de ce paragraphe, les autres rapports sont d’accord avec le général Moyse, à l’exception que Dalban a soin de ne pas rapporter les deux dernières phrases de ce général, qui sont l’exacte vérité, et qu’il a soin, par contre-coup, de le faire crier aux armes; ce qui est démenti par tout le monde. D'ailleurs il n’y a pas que lui qui le dit et son assertion, comme l’un des conjurés, ne prévaudra bien certainement pas sur le dire d’une infinité de citoyens recommandables.
Dans le sixième, il dit ‘’ qu’il se hâta de se rendre sur la ‘* place, dans l’espoir que sa présence ramènerait l’ordre, ‘* mais qu’il fut étonné d'y voir un grand nombre de troupes ‘* et sur-tout une nombreuses cavalerie espagnole, aux or- ‘" dres de Grandet, ransée en bataille près des canors bra- ‘* qués sur le 5e régiment.’’
Dans le septième, il dit ‘‘ qu’il appela le commandant de la ‘* place, qui refusa de lui obéir; il fait part ensuite d’une ‘* courte explication avec le citoyen Grandet, de ce que sa ‘* voix étouffée, et qu'il entend dire, autour de lui, nous le ** tenons: il finit enfin ce paragraphe par rendre justice au ‘" citoyen Manigat, et annoncer la lettre de ce dernier, que ** l’on trouvera dans ce rapport.”?
Le citoyen Daiban se garde bien, dans son rapport, de parler de ces troupes espagnoles que le citoyen Grandet avait fait venir, ainsi que des canons braqués sur le 5e régiment: il a sans doute des raisons puissantes,
Le citoyen Dalban dit ‘‘ qu’appelé par le général Moyse, il ‘‘s’avança, et qu'ils se donnèrent réciproquement la main.’ Ceci est démenti par ce généralet par le chef de brigade Adrien; et les habitans du Fort-Liberté disent uniquement qu’il le fit appeler, et qu’il lui donna ordre de faire battre l’assemblée, sans dire qu’il obéit ni qu’il s’y refusa. Ce qui ferait paraître encore que le citoyen Dalban s'écarte de ia vérité,c'est ce passage de la lettre du citoyen Manigat, dans laquelle il dit, en parlant du général Moyse : ‘‘ lorsqu'il fut ‘* rendu sur la place, il fit battre l’assemblée, et malgré le ‘* citoyen Raffin, je fus au-devant de lui, et nous nous don- ‘" nâmes la main d’une amitié réciproque. ?’
Le citoyen Dalban etle citoyen Manigat parlent de la lettre écrite par Raffin, comme d’une invitation, d’une prière faite au général Moyse de se rendre auprès d’eux pour coopérer à la tranquilité publique: ilsuffit de la lire, pour se convaincre combien cette prière était douce et fraternelle, et combien ceux qui en étaient les auteurs, étaient animés du désir de rétablir la paix. On la trouvera transcrite dans le rapport du général Moyse.
Dans son huitième paragraphe, ce général dit ‘‘qu’il fit réponse ‘‘ au citoyen Manigat, et donne textuellement copie de sa lettre’?
Si l’on compare ces deux lettres, l'on verra dans la première un ton impérieux et despotique, des ordres sevères et absolus qui ne convenaient nullement à la circonstance, et qui font voir que ce n’était pasla paix que les conjurés voulaient, mais bien la guerre. Par contre coup, dans celle du général Moyse, l’on y voit son respect pour l'autorité, son désir de Concourir au rétablissement de l'ordre et de communiquer avec le délégué: on le voit témoigner combien il est faché du désordre qui règne, demander l'éloignement des troupes, et répondre sur sa tête que la tranquillité sera de suite rétablie: mais ce n’était pas ce que voulaient les ouvriers de cette conspiration, leurs ordres n’étaient pas tels, il leur fallait du sang, la guerre civile et toutes ses horreurs, il leur fallait des victimes, et l’on voulait, comme le dit fort bien le général Moyse dans son rapport, faire un essai sur sa personne et sur le 5e régiment, afin de voir comme le peuple le prendrait, et mettre à exécution le grand plan d’homicide et de destruction.
Dans son neuvième, il dit ‘‘ qu’achevant cette réponse, il ‘ entendit le bruit de la mousqueterie et de l’artillerie; que
plus de cent hommes périssent; qu’il y eut un grand nom- ‘* bre de blessés, et que le reste ne trouva son salut que ‘* dans la fuite; que lui-même, dans la crainté de devenir ia ‘* proie et la victime des conjurés, il fut forcé de sortir de ‘* Ja ville aux cris de Le voilà, arrêtez-le, tuez-le.”’?
Il est bien certain que, si le général Moyse avait pu conférer seul avec le citoyen Manigat, que, si ce dernier n’eût pas été entouré du citoyen Raffin et autres, que, si l’on se fut bien pénétré des sentimens de ce général et des services qu'il avait rendu à la patrie, il n’y aurait certainement point eu de sang répandu, et que tout serait rentré dans l’ordre, mais je répète, l’on voulait des troubles et du sang pour avoir un sujet de calomnier encore la classe des citoyens noirs.
Dans le restant de son rapport, il dit que ‘‘c’est le 5e ré- ‘ giment qui a été assailli par les canons et la mousqueterie
‘‘ d’une troupe trois fois plus nombreuse : il se plaint de Ia ‘* précipitation que l’on a mis à exécuter un plan qui neten- "" dait qu’à l’assassiuer, lorsqu’iln’y avait qu’une demi-heure ‘* qu’il était entré en ville, lorsqu'il n'avait encore vu ni Dal- ‘* ban, ni la municipalité, ni le citoyen Manigat, lorsque per- ‘* sonne enfin n’avait cherché à se concerter avec lui sur les mesures à prendre pour ramener la tranquilité; mais qu’au ‘* contraire, on l’avsit fuit en employé tous les moyens de ‘* séduction pour éloigner de lui le citoyen Manigat, en abu- ‘* sant de sa bonhommie, il fait ensuite quelques réflexions ‘" sur cet événement, se plaint particulièrement de l’Agent, ‘" et ensuite de Raffia, de Dalban, de Grandet et de Caseaux, ‘* qu’il accuse d’être les instrumens du premier, il rappelle ‘* une dénonciation faite contre lui à l’Agent et ce qui en a résulté, etc.’’
Le rapport du chef de brigade Adrien se rapporte en presque totalité, et sur-tout sur les principaux faits, avec ceux des habitants du Fort-Liberté, du citoyen Manigat et du général Moyse. Il n’y a que le citoyen Dalban qui rapporte quelques faits controuvés, dont je fait le rapprochement en analysant les siens. L’on pourra d’ailleurs les comparer les uns avec les autres, et l’on verra que si quelques uns de ces premiers ont oublié quelques faits, quelques circonstances, elles sont rapportées par les autres.
Une lettre du citoyen Leloup, officier d'administration, chargé du service à Monte-Christ, adressée du Fort- Liberté à l’agent Hedouville commence par ces phrases:
‘“J’ail’honneur de vous prévenir qu’en exécution des ordres que je sollicitais à mon départ pour Monte-Christ, relatifs aux affaires du Fort-Liberté, auquel lieu je devais passer avant de me rendre à Monte-Christ, j'ai fait part au citoyen Manigat, votre délégué, et au citoyen Dalban, des confidences que vous m'aviez chargé de leur faire, qui était votre dessein de partir pour Franee, et l’invitation que vous leur faisiez de même de s'y rendre par la voie de Santo- Domingo, etc”
D’après cela, le général Hédouville ne prétendra pas en France, comme il l'a osé dire ici avant son départ. que
c'était moi qui le faisait embarquer. Je déclare qui je n’y avais jamais pensé, et que jamais imposture ne fut plus grande. D'ailleurs tout le monde sait assez .qu’il méditait "son départ depuis plus d’un mois, et que s’il gardait les . trois Frégates en rade, c’est qu'il avait quelques desseins : cachés que l’on ne connaissait pas. De cette lettre l’on peut conclure aussi que beaucpup de confidences, sur cette ‘ affaire, ont été faites à d’autres, sur-tout au citoyen Grandet, qui est venu au Cap, et à Raffin, qui a fait mouvoir la : machine. L’on peut en induire encore, puisqu'elle est datée du 2 Brüumaire, que le citoyen Leloup est parti du Cap le . Ier, et que la confidence a dû lui être faite le 29 ou 30 Vendémiaire au plus tard, ainsi depuis plusieurs jours.et bien avant mon arrivée dans ses quartiers, le général Hédouville méditait sa fuite
Pour copie conforme,
Signé TOUSSAINT-LOUVERTURE
Au Cap, chez P. Roux, imprimeur de la République,