‹ Histoire des relations internationales de Toussaint Louverture, avec des documents inéditsChapitre 7 sur 29 · CHAPITRE 1V LIBERTE. | EGALITE · texte numérisé non relu

CHAPITRE 1V LIBERTE. | EGALITE

République Française

Le ame 7e 7e

Procès - Verbal

de la prise de possession de la partie Espagnole de Suiñt: Domingue cédée par le Roi d'Espagne, à la République F'ran-: caise, par le traité de Bale, en vertu de l’Arrété de l'Agent du Gouvernèment Français, à Saint Domingue, en date du ? Floréal, an 8 de la République française. (27 Avril 1800)

TOUSSAINT—LOUVERTURE

Général en Chef de l'Armée de Saint-Domingue

Conformément à l’Arrêté de l’Agent particulier du Gouvernement français à Saint-Domingue, en dâte du 7 Kloréal, an 8 de la République française, dont copie est ci-jointe. No. ler:

J'expédiai de suite le général Agé, chef de l'état major: général de l’armée de Saint Domingue, à Santo Domingo,

- avec l'ordre et instruction portés au No. 11, pour, de concert avec le général de brigade Chanlatte, commissaire du Gouverneïent français, à ladite partie Espagnole, opérer avec Monsieur le Président, capitaine général et gouverneur espa: gnol, cette prise de possession, avec ordre, paix et tranquillité; pour ÿ parvenir d’une manière certaine et sans trouble,

le général Agé, ne se fit accompagner que de son aide de camp et de son secrétaire, sans troupes, nimême une escorte. Il ne pouvait faire naître de craintes au peuple espagnol: néammoins ce général représentant de la République française, éprouva dès son arrivée à Santo Domingo, des diff. cultés, peu de considération, malgré son caractère, enfin

quelques jours après, ikfut insuité, injurié et chassé ignomi-

nieusement de la ville; ses jours y ont

de Ia République française a donc été insultée en la personne.

représentant. Les Nos. II1, IV & V, prouve.

ront facilement, oint, les représentans du peuple Espagnol'ont: poussé la le, mépris: ils prouveront combien ils se sont rendu repré. .eticoupables,: En ma calité de général en chef de l’armée de Ja République française à Saint Domingue, chargé de l’exécution de l’Arrêté précité, je n’ai puvoir d'un oeil serein, une pareille in-

sulte faite à là République française, et il était de mon:

devoir, pour ne pas être coupable moi même, de réprimer cet outrage et de faire mettre à exécution ledit Arrêté. En conséquence, j’ai exigé que la partie Espagnole de Saint Domingue fut remise au Domaine National, c’est pourquoi, j'écrivis à M. le Président Espagnol, ke 29 Frimaire dernier: la lettre relatée sous le No VI. par laquelle je lui demandai la cession de l’Isle, au nom de la République française. J'étois alors au Cap; je donnai immédiatement l’ordre au général Moyse, commandant en chef la division du Nord, de se mettre en marche avec la quantité de troupes nécessaire pour se rendre à Saint-Yago: Cet ordre est sous le No. VII. J’écrivis en même tems au commandant de cette place, la lettre No. VIII. Le 2 Nivôse dernier, je me mis en marche, du Cap pour le Fort Républicain, à l'effet de faire partir une. autre colonne par la route du Sud, commandée par ur autre: officier général, pour s’achéminer sur Santo Domingo, capi-

tale de cetté partie de l’Isle; mais arrivé àu Port Républicain,

je me decidaià marcher moi même avec cette colonne, pour éviter l’effusion du sang, ramenér par la persuasion le peuple Espagnol, et le pénétrer de la nécessité de se ranger sous la bannière Républicaine, puisque le Roi d'Espagne avoit cédé cette partie de l’Isle à la République française, l’assurer que

les personnes et les propriétés seroient an olae den respectées, malgré l’outrage fait au représentant de, la République française, le général Agé, qui avaitété primitivement

chargé d’ opérer. cette prise de possession; mais plus parti-

culièrement encore pour empêcher l'enlèvement des cultivateurs français de cette isle, qui depuis long-tems: s’y

étoient réfugiés par les circonstances de la guerre, et que

les Espagnols embarquoient continuéllement. J’ ordonnai en.

conséquence que cette colonne seroit seulement composée d'un bataïllon de la troisième demi brigade commandée, par le chef de bataillon Gauthier, d’un bataillon. de. la quatrième: com-

mandée' par le éhef de bataillon Ferbos,. de la septième demi :

brigade, commandée par le chef de brigade Charles Belair, de la dixièmé demi brigade, commandée par.le chef de brigade Paul Louverture, du bataillon des Gonaives et de celui de la Marmelade, le tout sous les ordres du chef de .brigade Paul Louverture, qui s’achemina sur le champ pour Saint Juan de la Magnana, à l'effet d’y attendre mes: ordres ultérieurs. Je né tardai pas à m’y rendre moi même, et là, je m ’occupai d’envoyér à à M. le Président. Espagnol, le duplicata .de. ma lettré du 29: Frimaire précité, sous l'enveloppe de .ceile du 14 Nivôse dernier, laquelle se troue sous le No. IX.Je me déterminai à attendre à Saint- Juan de la Magnana, la réponse de M. le Président et le résultat des opérations de la colonne du Nord, commandée par le général Moïse. en marche sur Saint Yago, composée de la première demi-brigade, com-

mandée par le chef de brigade Romain, de la cinquième demi,

brigade commandée par le chef de. brigade. “Adrien Zamore, de la neuvième demi- brigade, commandée. par. le. chef de

brigade Maurepas, et de 800 hommes de cavalerie commandés par le chef de brigade Mathieu. N’en recevant, aucune. nouvelle et étant important derne point. retarder mes opéra--

tions, je fis une Proclamation aux Habitants .de la partie

Espagnole sous là date du 14 Nivôse dernier, dont copie est:

ci-jointe sous le No. X; je envoyai de suite à Azua, par mon aide de camp, Coupé, et je donnai l’ordre, en même tems au chef de brigade Belair, de se mettre en marche avec léiseptième demi brigade, pour cette ville, à l'effet de faire mettre cette Proclamation à exécution, dans le cas qu'elle sercit accueillie par les habitans de cette place, sinon

del’ enlever de vive force, en faisant néanmoins respecter les personnes et les propriétés. Le chef de brigade Paul Louverture reçut l' ordre de suivre de très près la septième. avec le bataillon de la troisième demi brigade et la dixième demi brigade, pour se mettre en marche pour la ville de Banysitôt celle d’Azua au pouvoir de la République, dans laquelle il ne devoit pas s'arrêter, les Habitans de :la ville d’Azua. me firent la réponse portée au No. XI; elle ne me satisfit pas: mais l’ approche de la troupe leur fit ouvrir les yeux: quelques uns vinrent au devant d'elle, et remirent les clefs de la ville au commandant Charles Belair qui en prit possession au nom de la République française: ma Prociamation y reçut Ja pleine et entière exécution; les personnes et les propriétaires furent respectées à la satisfaction des Habitans : qui m'en rendirent compte, et il ne m’est parvenu aucune plainte à cet égard ; avant l’arrivée de la troupe à Azua, le commandant pour Je Roi en partit, et fut se réunir à celui de Bany. Le chef de hrigade Paul Louverture, conformement à mes ordres continua sa route, avec précipitation et beaucoup d’ordre, sans s’arrêter, à Azua, et ‘se rendit en très peu de tems vis à vis de Bany; à son approche, les commandans pour le Roi d’Azua et de Bany partirent pour Santo Domingo, alors quelques Habitans vinrent également au devant de la troupe, la conduisirent en ce Bourg, ét il en fut aussi pris possession au nom de la République. française, avec ordre et la plus grande discipline. Le commandant Charles Belair laissa à Azua une garnison suffisante et rejoignit, comme le lui prescrivoient mes ordres, le chef de brigade Paul Louverture, pour que la colonne fut toujours en masse. : ;

Les chefs de brigade Paul Barton et Charles Belair, ont mis dans l exécution de mes ordres, une telle précision; ils ont tellement maintenu les troupes sous leurs ordres,dans l’ordré, la discipliné et la subordination, que je me fais un plaisir! de leur rendre la justice qu ‘ils méritent.

Inquiet de ne point recevoir des nouvelles du général Moyse, et pour être plus à portée de la colonne commandée par le chef de brigade Paul Louverture, je me rendis de Saint Juan de la Magnana à Azua, où rendu, je me détérmi-

nai à envoyer à flanc étrier, auprès du général Moyse, mon aide de camp Coupé, en le faisant passer par nos derrières, c'est à dire par Saint Juan, Bannique et Laxavon. Immédiatement après l'avoir expédié, jeme rendis à Bany pour y. préparer mes dispositions. ultérieures, sur la marche dela colonne de droite. Je laissai à Azua l’adjudant général d'Hé.bécourt, qui, le lendemain de mon départ, me fit passer une lettre du général Moise, dâtée de Laxavon, le 18 Nivôse par laquelle il me disoit: Le motif de mon retard, est celui que "met à me rejoindre la neuvième demi brigade; néanmoins ‘" je me suis mis en marche avecles premières et cinquième ‘" demi brigades, et les 800 hommes de cavalerie; j'ai fait ‘. passer au commandant de Saint Yago, la lettre que vous ‘* Jui écriviez et votre paquet pour M. le Président Espagnol ‘avec prière de l’acheminer sans retard. J° écrivis également ‘‘ à ce commandant de me remettre la place de Saint Yago, ‘" au nom de la Républ ique française. S'il ne répond pas " favorablement à mon invitation, je l’enlèverai de vive ‘* force, malgré le peu de troupes sous mes ordres. Soyez. ‘* bien persuadé, citoyen général, que vos ordres seront ‘’ ponctuellement exécutés,et que, selon vos ordres, je m'oc- ‘* cuperai de faire respecter les personnes et les propriétés, ‘* Ja ville feroit-elle résistance”?

Cette lettre venue à propos me tranquillisa: alôrs je donriai l'ordre au thef de brigade Paul Louverture, de se mettre en marche avec la colonné sous ses ordres, pour se rendre de Bany à moitié chemin de Santo: Domingo, ce au’il exécuta sur le champ. Sa colonne n’eut pas plutôt traversé la Rivière du Nisao, qu’il eut connoissance qu’une armée Espagnole, commandée par le général de brigade Chanlatte, ou était aussi présent le général de brigade Kerversau, : étoit; formée en bataillon carré dans la savanne grande, à peu de distance de cette Rivière; et où:il devait passer. La colonne: n’en continua pas moins sa route; mais la tête d’icelle fut: de suite attaquée par plusieurs embuscades Espagnoles qui furent bientôt levées et poursuivies jusqu’au corps de l’armée ennemie. Le chemin qui conduisoit à cette savanne, étoit tel. Jement étroit qu'il ne pouvait passer qu’un ou deux hommes de front. Le feu fut violent de part et d'autre; le rapport qui

m'a êté fait de cette affaire par le chef de brigade Paul L'ouverture, est sous le No XI. Deux lettres du général Chanlatte trouvées après l’action, sont sous le No XIIL, et l’extrait “du livie d'ordre journalier dont fait mention le rapport ci déspus du chef de brigade Paul Louverture,est sous le No XIV.

Le général Chanlatte placé en partie par moi commissaire du Gouvernement français à Santo Domingo, devoit-il agir comme il a fait? Devoit-il devenir l'instrument des Espagnols contre les intérets de la Ré publ ique?. Devoit-il provoquer le commandement de l’armée, Espagnole pour combattre ses frères? Il n'a pas rougi de demander au Président Espagnol 200.000 gourdes,, pour. soutenir, la guerre? Il n’a pas rougi, . quoique se disant le meilleur. républicain du monde, de marcher contre les drapeaux de la République: ila porté la témérité jusqu’à ordonner de faire feu dessus. Comment le général Chanlatte, n’auroit il pas été, ébranlé d’une pareille conduite; il n’a fallu que quelques coups de fusil ripostés, pour faire chanceller son courage qu’il avoit tant vanté.

:Ne recevant pas de réponse de M. le Président, j'expédiai sur ces entrefaites auprès du Cabilde, ou magistrat du peuple de Santo-Domingo, le chef de brigade Nicolas Gonzales, Espagnol de nation, maäis au service de la République depuis long tems, à l'effet de leur manifester mes dernières intentions, sur le défit ou j'étais de prendre possession de la partie Espagnole au nom de ia Répubiique française, conformément à l’Arrêté du 7 Floréal, et pour me rapporter la réponse de M. le Président; en conséquence, j’ordonnai au chef de brigade Paul Louverture, d’arrêter la marche de la colonne, jusqu’à la réponse de Cabilde, par conséquent jusqu’au retour de mon envoyé,le citoyen Nicolas Gonzales, ar- ‘riva positivement auprès d'elle au moment même où elle étuit aux'prises avec l’ennémi.L’affairé finie,cette colonne rétrograda pour venir se Camper üh peu en arrière, et Cet envoyé continua sa route et arriva avec sécurité à sa destination. Le Cabilde me répondit par le retour de cet envoyé, la lettre dont copie ci-jointe sous le NoXV; mais pendant son absénce, ‘il me parvint la réponse de M. le Président dont copie est ci-jointe sous le No XVI. Je lui répondis la lettre sous le No XVII, que je lui renvoyai par un exprès,par le chemin des

habitations Comba, etc. etc où était campée la colonne commandée par le chef de brigade Paul Louverture, lequel conduisoit également à Santo Domingo. Le citoyen Nicolas Gonzales étoit accompagné detrois Députés. dont deux

, Mm’étoient envoyés par le Cabilde, et le troisième par M.

Joachim Colas, chef de bataillon au régiment de Cantabre, par M. le Président: j'avais ordonné ce jour là, vu le retard

: du citoyen Nicolas Gonzales, au chef de brigade Paul Lou-

verture, de faire marcher la colonne sous ses ordres jusqu'à la Rivière de Jayna, où il devoit la diviser en deux parties: l'une étoit destinée à aler attendre sur le chemin de Saint- Yago, en passant par le haut de’ la Rivière, la jonction de la colonne commandée par le général Moïse, pour delà se rendre sous son commandement au Bourg de Saint Charles, près de la ville de Santo Domingo: l’autre étoit destinée à aller se camper près de l’émbouchure de la dite Rivière de Jayna. C’est dans ce moment qu'arriva la Députation susmentionnée, et après un entretien sur l’objet de la mission, qui. répondait : à mes désirs, je me hâtai d’ envoyer l’ordre au général Moise et au chef de brigade Paul Louverture, de ne plus avancer, ‘et de rester en place jusqu’à de nouveaux ordres. La Députation m’annonçai le départ des généraux Chanlatte et Kerversau qu'ils effectuèrent. après leur. prompte retraite, qu’ils s’étoient embarqués précipitamment avec plusieurs français, ne voulant plus risquer d’être battus. Le général Chanlatte, pour couronner son entreprise, emportât avec lui tous les effets précieux du Gouvernement qui avoient été apportés de France, à Santo. Domingo, par la frégate l’Africaine. Instruit que l'on embarquoiït à Santo Domingo, beaucoup de cultivateurs. français, de ceux qui, depuis long-tems, étoient dans la partie Espagnole, qu’il importoit d’ empêcher de partir, et voulant profiter sans retard des bonnes dispositions où se trouvoit le Cabilde,je renvoyai la Députation à Santo Domigo, en li ‘invitant de se pénétrer de‘ma sincérité, de ma franchise et de. ma loyauté, que les personnes et les propriétés seraient respectées, j’envoyai avec elle l’adjudant général d'Hébécourt, que j'avais mandé à cet effet auprès de moi, accompagné du chef de brigade Nicolas Gonsales, avec mes instructions

-bour traiter dans le plus court espace, de tems possible, de la prise de possession de l’Isle, notamment de la vilie de Santo-Domingo, avec M. le Président Espagnol.

Le lendemain du départ de la Députation est arrivé à Bany, mon aide-de-camp Coupé que j'avais envoyé auprès du géné. ral Moïse, il m’annonça que ce général avait pris possession de la ville de Saint-Yago, et me remit sa lettre que je joins ici sous le No XVIII : Liberté, Egalité : Saint-Yague, le 25 Nivôse, an 9 de la République Française, Moyse, général de Brigade, Commandant en Chef la Division du Nord de l’armée en marche, au citoyen Toussaint Louverture, Général en Chef de l’ Armée de Saint Domingue; de là, le général Moise marcha rapidement et d’une manière incompréhensible, sur la Végua, qu’il somma de se rendre, en y envoyant ma Proclamation. Ce bourg se rendit également au pouvoir de la République, ainsi que celui du Cotuy, La célérité et l’exactitude qu’à mis mon aide-de-camp Coupé dans l’exécution -de mes ordres, sont. au dessus de tous éloges. Je lui rends la justice qu'il mérite. La colonne du Nord aux ordres du général Moise, a marché par tout avec une telle promptitude, que si je n’eusse pas donné l’ordre qu'elle s’arrêta, elle serait arrivée comme un éclair au bourg de Saint Charles, près la ville de Santo Domingo, avant même que les Habi. tans eussent eu le tems de s’en douter, il n’est point possible de voir une infanterie marcher avec cette vitesse, mauvais chemins, roches, boues, rivières,mornes et privations,rien ne l'arrêta dans cette expédition: tous les chevaux de la cavalerie ne purent y tenir, les trois quarts moururent. Les deux colonnes enfin se distinguèrent à l'envi,quoique bien éloignées l'une de l’autre,et je ne puis que rendre hommage à la vérité, elles se sont acquises infiniment d'honneur, je mé plais à rendre leur conduite publique.

Pour être plus à portée de l’armée.et recevoir plus promptement des nouvelles de Santo Domingo et de la colonne commandée par le général Moise, je me rendis sur l’habita. tion l'Iagua, près la Rivière du Nisao : là, il arriva un aidede-camp du général Moise, qu'il m'expédiait, à l’effetde me rendre compte de ses opérations.Ci joint copie de son rapport et de la lettre y relative, sous les No XIX et XX. (Liberté,

Egalité. Colonne du Nord. Le général de brigade Moyse, Commandant la colonne du Nord de l’armée en marche, destinée à prendre possession de la ci-devant Partie Espagnole de Saint Domingue,au nom de ia République Française, rend au Général en chef de l’Armée de Saint Domingue, le compte suivant de ses opérations militaires, !e 19 Nivôse, an 9.

—Lettre du Génera! Moyse.....au Citoyen Toussaint Louverture, Général en Chef ....)

L’adjudant-général d’'Hébécourt, après avoir présenté mes intentions par écrit, article par article, à M. le Président Espagnol, conformément aux instructions que je lui avais données: après avoir reçu les réponses de M. le Président auxdits articles en marge d’iceux, après avoir salué de ma part les autorités civiles et militaires de la ville de Santo- Domingo, les avoir assuré de ma franchise et de ma loyauté, que les personnes et les propriétés seraient respectées, que ma proclamation du 14 Nivôse aurait à cet égard, irrévocablement son entière exécution: après avoir enfin pris les mesures convenables pour que la prise de possession de l'Isle partie Espagnole, notamment de la ville de Santo-Domingo, s'opère le plus promptement possible au nom de la République française, il se rendit auprès de moi pour me rendre compte de sa mission. Je pris connaissance des articles proposés et des réponses de M. le Président: je ratifiai et approuvai le tout, avec les réserves nécessaires, et la prise de possessiou fut définitivement arrêtée pour les 5 et6 du courant; ci-joint copie des Conditions sous le No XXI,

(Conditions pour la Reddition de la ville de Santo- Domingo...) Je renvoyai de nouveau à Santo-Domingo, l’adjudant général d'Hébécourt avec de nouvelles instructions, à l'effet de disposer cette prise de possession pour les 5 et 6, jours convenus. Je donnai sur le champ ccennaïissance au général Moise, de la réussite de notre entreprise: que la prise de possession était définitivement arrêté pour les 5 et 6 du courant, et lui ordonnai en conséquence de renvoyer de suite toute la troupe sous ses ordres, pour ne point affamer le pays où elle se trouvait, vu d’ailleurs la rareté des vivres

dans un pays sans culture, et de se rendre auprès de moi, le 6 au matin à onze heures, avec son escorte seulement, dans les environs du fort Saint Gérome, distance de la ville de Santo-Domingo, de trois quarts de lieues, ce qu’il exécuta ponctuellement.

Le 4 du courant, je donnai ordre au Commandant Paul Louverture, de s’avancer avec la troupe sous ses ordres près de la Rivière Jayna, pour la passer, le 5 à huit heures du matin: cet ordre fut mis à exécution, le commandant Paul Louverture vint me prendre sur l’habitation Oyarzabal mon quartier-général, sur laquelle je m'étais rendu, et nous allâmes ensemble au bora de la Rivière où les troupes étaient. J’ordonnai de suite à un bataillon de la septième demi-brigade, de passer de l’autre côté, l’adjudant-géneral d’'Hébécourt, le chef de brigade Nicolas Gonzalès, accompagnés de M. Joachim Colas, qui s’y étaient rendus de Santo- Domingo m’y attendaient ainsi que la troupe: je pris immé. diatement possession des forts de Jagua, qui défendent l'embouchure de la rivière de ce nom. Le pavillon national y fut sur le champ arboré, assuré d’une salve d’artillerie de vingt deux coups de canon; le restant de la colonne passa la rivière, et resta dans les environs desdits Forts jusqu’au lendemain matin, je m'en retournai passer la nuit à mon quartier-général, et l’adjudant-général, le chef de brigade Nicolas Gonzalès et M. Joachim Colas retournèrent en ville, le premier pour achever ses dispositions commencées pour effectuer la prise de possession.

Le lendemain, 6 du courant, à la pointe du jour, le commandant Paul Louverture se mit en marche avec la colonne sous ses ordres, après avoir préalablement laissé un bataillon aux forts de l'embouchure, pour se rendre près de la ville, à l’heure convenue.

L'adjudant-général vint au-devant de ce commandant, et la colonne fit halte à deux portées de canon du fort Saint Gérome. Le Commandant Paul Louverture et l’adjudantgénéral, en détachèrent la troupe nécessaire et allèrent prendre possession de ce fort, ce qui s'exécuta par une salve de vingt et un coup de canon, qui annoncèrent que le pavillon de Sa Majesté Catholique était amené, et vingt deux

autres coups, que, celui de la République flottoit. Le Commandant Paul Louverture ordonna de suite au restant de la colonne de se mettre en marche, et l’adjudant la conduisit entre le fort Saint Gérome et la ville de Santo- Domingo, sous une allée d’arbres qui borde la Savanne du Gouvernement: là rendue, la colonne fit halte, et l’adjudant général y forma les détachements qui lui étaient nécessaires pour-prendre possession des forts, postes et batteries de la ville. Cet arrangement fini, le commandant Paul Louverture donna:l’ordre au restant de la Colonne, qu’il mit sous Île commandement du- Chef de brigade Charles Belair, de ne point bouger de place sans ordre: avec l'adjudant général et les détachemens disposés, ils se rendirent à la porte de Condé où ils trouvèrent trois officiers de S. M. C. que M. le Président y avait envoyé pour conduire les détachemens dans les postes qu’ils devaient occuper; ils prirent possession de cette porte et des batteries qui en dépendaient; ils se rendirent ensuite au fort Saint-Gilles où ils en firent autant, ainsi de suite successivement jusqu’au dernier, toujours dans le plus grand ordre et dans le plus grand silence; le dernier fut la vigie située aux casernes où flottaient le pavillon du Roi d'Espagne, et où il existait un fort. Le pavillon du Roi d'Espagne fut amené au vingt et unième coup de canon et celui de la République hissé et assuré par vingtdeux coups de canons: dans ce moment le Commandant Paul Louverture envoya l'ordre au chef de brigade Charles Belair d’entrer en ville, avec le restant de la colonne et de venir semettre en bataille sur la place d’armes, ce que ce commandant exécuta à la minute au son dù tambour, en silence et dans l’ordre le plus parfait.

Pendant que la prise de ‘possession s’opérait ce qui ne fut terminé qu’à deux heures de relevée, le Général Moyse se rendit auprès de moi au Fort Saint Gérome; et-déjà nous nous acheminions pour la ville lorsque le Commandant Paul Louverture et l’adjudant-général D’Hébécourt, vinrent audevant de nous, me rendre compte que l'opération était absolument terminée, qu’iln’y avait plus qu’à effectuer mon entrée en ville pour couronner l’oeuvre; nous continuâmes la route, et chemin faisant, deux membres du Cabilde

et M. Joachim Colas nous rencontrèrent, ils étaient envoyés par le Cabilde et Monsieur le Président réunis à la Maison Commune pour nous recevoir: nous entrâmes en ville précédés du Premier Régiment de Dragons Colonial, et au bruit du canon: rendus sur la Place d’Armes, je mis pied à terre, accompagné du général Moyse et de l’Etat-Major de l’Armée; nous nous rendîmes à la Maison Commune où le Cabilde et Monsieur le Président nous reçurent: après les premiers complimens d'usage, nous fumes introduits dans la salle des Séances et chacun pris place. Monsieur le Président m’adressa la parole et m'’invita, conformément aux usages de son gouvernement, de prêter le serment de fidélité sur la Sainte Trinité, que je gouvernerais avec sagesse la place et la portion de l'Isle de laquelle je venais de prendre possession: je m’y suis refusé en lui observant qu’il n'aurait pû exiger ce serment que d'un gouverneur espagnol qui aurait été envoyé par son gouvernement pour le relever: que la circonstance était toute différente, en ce que j'allais gouverner cette Partie au nom de la République Française, que les conditions passées entre lui et moi, au nom de nos gouvernemens réciproques suffisaient; mais que s’il avait quelques observations à me faire, quelques demandes enfin, je le prierais de me les faire verbalement ou par écrit, que je me ferais toujours un devoir de lui répondre selon ce qu’elles seraient plus ou moins justes; Monsieur le Président insista par plusieurs reprises: je ne me rendis pas,et:je lui observais que par son opiniâtreté, la prise de possession de la Partie de l'île ne s’était pas effectuée au moment où elle avait été ordonnée, comme le prescrivait le traité de Bâle: que loin d’y adhérer, il avait souffert que l’envoyé de la République fut molesté, insulté etignominieusement chassé:que n’ayant au contraire eu l’issue que par une circonstance extraordinaire et même imprévue, je n'étais nullement tenu aux articles qu’il réclamait, néanmoins j’assurai le Cabilde que ma Proclamation du 14 Nivôse aurait son entière exécution envers le peuple, il n’insista plus: je représentai à M. le Président que mon but était rempli, puisque, conformément à l’arrêté de l’agent du Gouvernement français, j'avais pris possession de la Partie espagnole au nom de Ia République française, l'exécution d’icelui m’ayant été confiée que j’ou-

bliais les injures et les insultes faites à la République francaise dans la personne du général Agé son représentant, auprès de sa personne, chargé dans le tems de prendre possession de ladite partie espagnole, que je l’invitais de son côté à mettre tout dans J’oubli le plus parfait, et que mes efforts envers le peuple espagnol devenu français, lui prouverait mon attachement inviolable, que mes veilles et mes soins n'auraient d'autre but que de le rendre heureux et content. Monsieur le Président me fit mille protestations du plus vif intérêt et me présenta les clefs de la ville, que j'acceptai au nom de la République Française. J'ordonnai de suite à l’adjudant-général Dhébécourt d’aller faire entrer les troupes dans l’Eglise cathédrale, à l'effet d'y rendre nos actions de graces à Dieu. Sur le compte qu’il vint me rendre, que mes ordres étaient exécutés, je me rendis à l'Eglise avec Monsieur le Président,le Cabilde,le Général Moyse et l’Etat- Major de l’Armée. Le Te Deum y fut chanté en actions de graces, et nous remerciâmes l’Auteur de toutes choses d'avoir efficacement couronné du plus grand succès notre entreprise prescrite par les lois de la République française.

Les troupes filèrent aux Casernes, que je fus immédiate. ment visiter en sortant de l'Eglise; le lendemain matin, avec le général Moyse, nous fûmes visiter des Forts, Postes et Batteries de la ville, nous y fument accompagnés par l’adjudant-général Débécourt qui les connaissait, je trouvai le tout dans le meilleur ordre, quant à la propreté, mais il y manquait beaucoup de bouches à feu qui en avaient été enlevées.

Fait et clos au Quartier-général de Santo-Domingo, le 7 Pluviôse an 9 de la République Française, une et indivisible. (Répondant au 27 Janvier 1801)

Le Général en Chef,

Copie des pièces relatées dans le procès-verbal de la prise de possession de la partie espagnole de Saint-Domingue

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