CHAPITRE V
SiLCSRDOCX ET SOdÉTÉS SECRÈTES RELIGIEUSES. RAPPORTS AVEC LES RELIGIONS SUPÉRIEURES.
hê prêtre est Tenu du loreier. >— Assodationi rtUgieuies secrètet. — Le Ndâ. — Le Metwyi. — Mumbo Djombo. — Mutilations religieoMs; — La eirooneiaion. — Rapports de la morale des Noirs d*Afriqae et de leur religion. — Ignorance de la rémunération future. — Progrès de Tislamisme en Afrique. — Bfissions catholiques. — L'ancienne église catholique du Congo. — > Missions protestantes. — Causes générales des médiocres succès des missions chrétiennes.
De môme qu'on voit l'idole sortir peu à peu du fétiche, de môme le prêtre commence en Afrique à se distinguer du sorcier (1). Dans les pays de la noncivilisation, le sorcier, ou l'homme en rapport personnel avec les esprits, condense en quelque sorte en lui-môme les éléments dont la divergence fera plus tard le prêtre, le prophète, le médecin, le juriste et même le philosophe et Tartiste. C'est dans le personnage du prêtre et dans celui du prophète qu'il garde le plus visiblement son caractère religieux. Le prophète ou l'inspiré se rattache au sorcier primitif
(1) Proléçoménâs, p. 197 etsoiT.
par son individualisme. Est sorcier, en effet, qui veut et prétend l'être ; de même, le prophète ne tire que de sa persuasion individuelle la mission qu'il s'attribue de parler aux autres hommes au nom et en Tautorité du dieu dont il se croit inspiré. Par conséquent il ne saurait avoir la prétention d'être le seul organe légitime de la divinité, son intermédiaire indispensable. Le nègre fétichiste peut théoriquement se passer du sorcier, si ses fétiches lui procurent toute la sécurité, toutes les lumières qu'il peut désirer. Mais, pour bien des causes faciles à deviner, il est rare qu'il ne désire pas d'autres secours que ceux qu'il trouve auprès de ses grisgris. Le sorcier, qui est lui-même une sorte de fétiche, puisqu'il est aussi le réceptacle d'un ou plusieurs esprits, a cette supériorité qu'il répond en langue humaine quand on lui parle et qu'il peut se prêter à une quantité de circonstances qui paraissent indifférentes aux fétiches muets de la case ou du village. Gela posé, le fétiche du village ou l'objet qui sert d'enveloppe à l'esprit protecteur de la tribu réclame un culte spécial, des honneurs et des soins particuliers. Qui semble désigné tout spécialement pour les lui rendre ? C'est le sorcier, c'est-à-dire un sorcier que ses prérogatives en qualité d'organe et de serviteur choisi par les esprits recommandent comme plus apte que tout autre à remplir ces fonctions sacrées. Il suivra naturellement de là que le culte normal des esprits protecteurs et môme des dieux-nature, adorés parce qu'on les regarde aussi comme des esprits, passera exclusivement aux mains des sorciers de profession, qu'ils n'auront
guère d'autre occupation, que toute tentative de les supplanter sera considérée comme un sacrilège, pro^ voquant la colère des êtres mystérieux dont ils sont les ministres en titre, et ainsi la sorcellerie purement individuelle et fantaisiste se change graduellement en sacerdoce. Devenue par là une institution publique permanente, la sorcellerie sacerdotale se régularise, organise un rituel qui devient traditionnel, impose à ceux qui aspirent à Thonneur d'en faire partie des conditions d'initiation, des épreuves, un noviciat, reçoit des privilèges, les défend s'ils sont attaqués, cherche plutôt à les augmenter. C'est Thistoire de toutes les institutions sacerdotales qui sont certainement un progrès sur la sorcellerie capricieuse, fantastique, désordonnée, des âges antérieurs.
Il s'en faut de beaucoup que dans l'ensemble des pays noirs de l'Afrique le sorcier soit devenu un prêtre dans l'acception rigoureuse de ce mot. II y a, dans la plupart des tribus, des sorciers à prétentions purement individuelles. Chacun peut devenir sorcier, si le goût lui en vient, et s'il est capable de se faire accepter comme tel. Cependant il n'est guère non plus de village ou de tribu qui n'ait son ou ses sorciers à poste llxc, reconnus par l'assentiment de la masse environnante et formant déjà un semblant de clergé. Dans les États soumis à un despotisme militaire, comme ceux d'Ashanti et du Dahomey, il y a des sorciers chargés par le souverain du culte des fétiches et des dieux de l'État. En fait, tout chef de tribu noire a son sorcier favori qui est le véritable pontife local. On voit même se dessiner déjà la
distinction, sinon l'hostilité des deux pouvoirs. Chez les Erous, à la Côte des Graines, l'État a deux chefs, l'un militaire, l'autre sacerdotal, nommés tous les deux par le conseil des anciens du peuple. Le grandprôtre Bodio est le protecteur de la nation, c'est-àdire qu'il est le plus influent des serviteurs des fétiches nationaux. U est logé aux frais de la république, sa maison jouit du droit d'asile, c'est à lui que doivent être remis les meilleurs morceaux de tout animal tué dans le lieu où il réside. Mais il est responsable de la prospérité collective, de l'hygiène publique, de l'abondance de la moisson, de celle de la poche, et môme de l'arrivée des navires européens qui apportent l'eau-de-vie, le rhum et le tabac. Si tous ces intérêts sont en souffrance, le peuple des Krous pense que son grand-prêtre ne jouit pas d'une influence assez grande auprès des esprits, il le dépose et nomme un autre Bodio (1).
Ailleurs, les fonctions sacerdotales sont moins spéciales et moins distinctes. Mais les ordalies sufUsent déjà pour assurer au sorcier qui les dirige, dont l'intervention, le savoir technique, le commerce personnel avec les esprits sont indispensables, une dignité et des fonctions tout à fait sacerdotales.
Comme pourtant rien n'est prévu nulle part en Afrique pour protéger l'individu contre l'arbitraire des despotes et des sorciers, comme le Nègre intelligent, incapable de s'élever de lui-même à des croyances supérieures, n'est pas sans éprouver quelques
(1) WilMn, Wôttem Aflrica, 129-130.
défiances à Tendroit de sa religion animiste, il ne faut pas trop s'étonner de l'existence d'associations plus ou moins mystérieuseSi répandues sur la terre africaine, et dont les voyageurs nous ont révélé l'existence, sans pouvoir malheureusement nous renseigner clairement sur leurs doctrines et leurs moyens d'action. Sans aller jusqu'à l'opinion qui voulait y voir le pendant africain des mystères grecs, on doit reconnaître dans ces sociétés secrètes des espèces de franc-maçonneries dans lesquelles la protection solidaire des membres qui les composent s'associe à des essais de religion moins grossière que celle de la masse. En règle ordinaire, dans tous les temps, ce genre d'association suppose des hommes mécontents des croyances vulgaires, qui ne veulent ou ne peuvent les combattre ouvertement. Si leur caractère mystérieiix a partout quelque chose de séduisant pour la curiosité et d'attirant pour le sentiment religieux, toujours si voisin de celui du mystère, il est conforme à tout ce que nous avons vu que le Noir d'Afrique éprouve un vif désir d'entrer dans ces sociétés pour s'initier à leurs secrets. On serait tenté de penser que les tribus errantes de forgerons forment ime association de ce genre avec ses mystères et ses croyances distinctes (1). A quelques indices même on pourrait aussi soupçonner ime tendance plus ou moins monothéiste dans ces associations religieuses. Nous savons que le Noir d'Afrique est, parmi les non-civilisés, celui qui répugne le moins à
(1) Comp. Hartmann, Vœlh^r AMctu^ p« 150.
ridée d'un Dieu unique lorsqu'elle lui est présentée, et cela expliquerait pour une part les progrès remarquables de rislamisme au nord et au centre du continent africain.
Une des sociétés secrètes les plus connues est celle du Ndâ dans le bassin méridional du Congo. Elle nous a été décrite par le missionnaire Wilson, qui tenait ses renseignements d'un initié. Elle a pour chef un esprit de ce nom qui demeure dans la profondeur des forêts et qui n'apparaît sous forme humaine que dans certaines occasions, à la mort d'un associé, à la naissance de jumeaux (chose toujours grave pour la mère dans les pays non-civilisés (1), ou quand un nouveau chef est installé. On n'entend sa voix que la nuit. Il entre dans le village tout couvert de feuilles de plantain et accompagné d'une troupe d'hommes qui dansent au son d'une flûte sur un air plaintif. Les femmes et les enfants se cachent ; car, s'ils s'avisaient d'épier le Ndâ, il leur en coûterait la vie. Souvent le Ndâ prélève en passant des contributions en nature qu'on n'ose lui refuser. Il semble que le but de l'institution est de protéger ses membres et d'exercer une terreur salutaire sur les femmes, les enfants, les esclaves. Les hommes libres seuls peuvent en faire partie (2).
Chez les Shekani et les Bakelés, peuplades de la région du Gabon, il existe une société secrète qui a pour lien le culte d'un grand esprit nommé Mwetyi,
(1) On croit généralement que ce double enfantement est dû & Tinfidélité de la femme ou bien à l'œuvre d'un esprit incube.
(2) Wilson, West. Aflica, page 396 et suit.
lequel habite ordinairement les entrailles de la terre. Il vient à époques fixes en visiter la surface, ou, par exception, lorsqu'il arrive quelque chose d'extraordinaire. On lui prépare dans les villages une grande maison plate où il s'enferme, où nul autre que les initiés ne peuvent le voir, et du fond de laquelle il rend des oracles. Ses réponses, qui ne sont guère que des hurlements de béte fauve, doivent être interprétées par ses afildés. Là aussi les femmes et les enfants tremblent à l'idée de sa présence. La plupart des hommes font partie de Tassociation. A l'dge de puberté, les jeunes garçons font leur noviciat, pendant lequel on les éprouve par de rudes traitements; après quoi, ils font un vœu qui consiste dans l'engagement de s'abstenir toute leur vie d'un certain genre de nourriture ou de boisson. En l'absence de renseignements précis et en nous guidant uniquement par l'analogie, on aurait lieu de penser que, là comme dans bien d'autres pays non-civilisés, le récipiendaire doit avoir vu en rôve l'animal ou le végétal qui sert de résidence favorite à l'esprit voulant bien lui servir de protecteur. On sait que ce vœu doit être précédé d'un jeûne rigoureux, ce qui est aussi le cas partout où ce genre de croyances est en vigueur. Du reste, Mwetyi passe pour le dieu grand-justicier. Quand les tribus voisines forment une alliance, on invoque Mwetyi comme garant du traité et vengeur des violations dont il pourrait être l'objet. Il faut remarquer ici que les dieux souterrains sont souvent dans le polythéisme les dieux du serment inviolable. Le Styx, Orcus, Hadès, partagent dans la mythologie
classique cette spécialité, fondée probablement sur l'impression de sévérité sombre, de gravité immuable, de fixité inébranlable, que font les profondeurs, les excavations naturelles, les grottes s'enfonçant sous les montagnes, etc. Les Pongos appellent quelquefois des Shekani pour qu'ils viennent assurer chez eux l'exécution de leurs lois au nom de leur dieuMwetyi (1).
On parle aussi d'une association secrète de femmes, le Njeinbej dans laquelle on entre de dix à douze ans, r&ge de nubilité de la négresse. L'initiation dure des semaines et parait assez rigoureuse. Les initiées, colorées de rouge et de blanc, se rendent en flle régulière la nuit dans un bois où elles accomplissent des cérémonies dans le plus profond mystère, au son d'une espèce de tambour en forme de croissant. Ce dernier détail semblerait indiquer un culte lunaire. Un feu doit toujours brûler pendant qu'on le célèbre, ce qui permet de supposer qu'il s'agit de rites de purification. Du reste, on sait très peu de choses sur le sens et la tendance religieuse de cette société féminine. Elle inspire aux hommes une certaine frayeur (2).
Mais le Nègre ne serait pas ce qu'il est si sa légèreté d'esprit n'avait pas trouvé moyen de faire dégénérer en véritable mascarade les rites solennels de ces associations religieuses. Tel est le cas, par exemple, de celle qu'on appelle le Kouhkmj qu'on ne
(1) WUson, W4st. Afr., 391-392.
ce) Ibid. p. 393.
prend pas au sérieux. Un homme couvert de plantain sort monté sur des échasses et entouré d'une bande qui chante, qui frappe dans ses mains en cadence, mais qui ne paraît pas viser à autre chose qu'à faire peur aux enfants (1).
Il en est de même du Mumbo Djombo de la Guinée du Nord, espèce de Croquemitaine, qui sort comme le Ndâ du fond des bois et qui se charge spécialement du châtiment des femmes querelleuses ou infidèles. Armé d'un bâton, il parcourt les villages et châtie rudement les coupables qui lui sont désignées. Les femmes en ont peur, et pour cause; mais les hommes n'y voient qu'un prétexte à des farces grossières (2).
En revanche, dans les associations plus sérieuses et de tendances plus rigides, il arrive parfois que certains associés tombent en proie à des accès de rage fanatique et, sous cette influence, ils tuent arbitrairement ceux qu'ils s'imaginent mériter la mort. Gela rappelle les Thuggs de Tlnde.
On parle encore d'une société qui se serait formée depuis le seizième siècle chez les Kimbundas (sudest de l'Afrique), et dont les Portugais appelaient les membres des Empacasseirosj parce que chaque initié devait sacrifier un buffle, empacasso. Cette société, qui paraît avoir pris une grande extension, mais dont la situation actuelle est inconnue, joignait, semblet-il, une tendance monothéiste au culte exclusif du soleil (3).
[W Ibid. 398.
(2) Ibid. 76.
(3)Comp. Hartmanu, Vœlker Africcu^ 263-260.
Par tout ce qui précède, on a pu déjà voir en quoi consiste le culte proprement dit que les Noirs d'Afrique rendent à leurs divinités. Les danses, les chants, les offrandes de toute espèce, des prières qui ne sont guère autre chose que des demandes relatives au bien-être, à la protection, et, si l'on est en guerre, à la victoire, le sacrifice surtout, tels en sont les éléments constants, comme ils le sont d'ailleurs sur la terre entière dans les religions inférieures. Nous avons vu à quel degré de fréquence et d'horreur le sacrifice humain était encore de nos jours poussé sur la terre africaine. Tout porte à croire qu'il a plutôt diminué qu'augmenté avec le temps, et c'est ici le lieu de parler des succédanés ou des équivalents qui en ont pris en partie la place.
L'idée première du sacrifice humain, c'est que le plus sûr moyen d'obtenir les bonnes grâces d'un dieu consiste à lui fournir de la chair humaine comme aliment, des hommes pour le servir et des femmes qui soient ses concubines. Cela posé, il n'est pas un adorateur de la divinité ainsi conçue qui ne soit amené à se dire que, pour lui prouver ses sentiments de soumission ou d'adoration, pour être certain de lui avoir ofi^ert tout ce qu'il peut donner, il devrait s'immoler lui-même. Mais ici une autre exigence très impérieuse de la nature humaine, l'amour de la vie, reprend ses droits et les fait valoir énergiquement. Pour apaiser le difi'érend, on imagine le sacrifice d'une partie de la personne vivante, sacrifice peut-être douloureux, mais qui n'empêchera pas la vie de persister et qui ne détruira
aucun organe essentiel. Telle est la raison commune de toutes ces mutilations à tendance religieuse que nous verrons en usage dans la plupart des pays noncivilisés, incisions sanglantes, ablation du lobe de Toreille, d'une ou plusieurs dents, du prépuce, d'une phalange de doigt, et, pour finir par la plus grotesque et par la plus poétique de ces offrandes corporelles, le don de sa salive ou de sa sueur et la consécration de sa chevelure ou d'une simple boucle de cheveux. La partie représente ici le tout. Le fragment sacrifié de la personne vivante est plus que le simple symbole, il est l'arrhe, la garantie, la réalisation commencée du don de la personne entière. Lors même que les idées religieuses, en s'élevant, auront donné au sacrifice humain un sens moins puéril, d'une sensualité moiiis épaisse, ces succédanés ou ces ablations compensatrices resteront en vigueur, puisqu'elles signifieront toujours le don de la personne entière, sa consécration totale à la divinité.
Parmi ces mutilations corporelles, la plus répandue chez les Noirs d'Afrique est la circoncision. Il pouvait y avoir des raisons physiologiques pour que cette incision fût, plus généralement que partout ailleurs, préférée en Afrique à tout autre retranchement de la chair humaine. Mais il faut décidément abandonner les explications des rites antiques empruntées à des considérations d'hygiène et de salubrité générales. C'était, ce fut toujours le moindre souci des populations restées au plus près de l'état primitif. C'est dans leurs idées religieuses qu'il faut
chercher la raison de ces mutilations bizarres (1). On a dit que la circoncision était usitée en Egypte et que de là elle sera passée aux populiations africaines. Mais la question est précisément de savoir si la circoncision égyptienne n'est pas un legs de la religion africaine autochtone, accepté et conservé par la race supérieure, d'origine asiatique, à laquelle est due en réalité la civilisation égyptienne. Bien qu'il n'y ait que de rares traits communs entre la religion mythologique, si imposante et si riche, de l'ancienne Egypte et la pauvre religion des Noirs d'Afrique, on ne peut contester qu'on retrouve dans la première d'assez nombreux symboles, des coutumes et des rites dont la parenté avec leurs analogues dansTAfrique noire est aussi étroite qu'indiscutable. Il nous paraît plus conforme à une saine appréciation des choses de les considérer comme indigènes plutôt que comme une importation du dehors qui se serait ensuite répandue sur toute l'immense péninsule. La circoncision, chez le Noir, comme chez le Sémite, comme en Israël, remplace le sacrifice de soi-même, c'est la consécration du circoncis à la divinité, unique ou multiple. Dans quelques parties de l'Afrique une opération du môme genre est pratiquée sur les filles.
(1) C'est plus tard, quand on a oublie le sens primitif d'un rite et qu'il faut le défendre contre ceux qui en combattent robserration, que, si du moins le rite peut s y prôter, on invoque des raisons hygiéniques. Il en est de même des prescriptions relatives à la nouz^ riture. C'est seulement quand le carême a été contesté qu'on a découvert qu'il pouvait être excellent pour la santé. Une pareille raison est diamétralement opposée aux motifs de son institution.
C'est à un même ordre d'idées qu'il faut cattacher la coutume en vigueur chez plusieurs peuples noirs de l'Afrique orientale de se faire arracher les deux incisives médianes de la mâchoire inférieure (1).
C'est sans preuves suffisantes à l'appui qu'on a voulu ranger dans la même classe de sacrifices les tatouages observés dans plusieurs tribus nègres. Cependant le tatouage, qui a pu provenir du simple désir de s'orner et de se distinguer, peut aussi avoir sa signification religieuse, et il l'a sans nul doute en Polynésie. S'il faut le rattacher en Afrique à quelque idée religieuse, c'est au désir de porter une marque consacrant la personne tatouée aux dieux ou aux esprits de sa tribu, la désignant comme leur appartenant. Le tatouage africain est en effet un signe de tribu. Il est un symbole de consécration, non pas un sacrifice effectuant cette consécration.
Quant aux déformations des lèvres étirées d'une façon monstrueuse par des disques ou des anneaux de bois implantés dans leur chair, que l'on a observées chez les Manganias et les Lubas de la côte orientale, si cette hideuse coutume a un sens religieux, ce ne peut être que dans Tintention de placer des amulettes en avant des ouvertures par où de mauvais esprits pourraient s'introduire dans le corps.
Nous n'avons pas grand'chose à dire de la morale religieuse des Noirs d'Afrique, par la raison qu'elle est à peu près nulle. On peut s'assurer particulièrement chez eux de l'exactitude historique de ce qui
(1) Hartmann, Vœlker Africas, p. 178.
est énoncé dans les Prolégomènes (1) à propos de l'indépendance originelle de la morale et de la religion. Le fait est qu'il faut chercher longtemps dans les croyances religieuses des Noirs, avant d'y trouver quoi que ce soit qui ressemble à un principe de morale ou qui puisse servir de base ou de sanction à la vie morale. Ce n'est pas à dire que le Noir africain soit dépourvu de toute moralité. Au contraire, nous pourrions signaler plus d'un trait de son caractère, plus d'un fait attesté par les voyageurs, nous le montrant capable de compassion, de générosité, d'aCfection dévouée, allant jusqu'au sacrifice complet de soi-même. Mais il est trop certain que ces vertus ne trouvent que. très peu ou même ne trouvent point d'appui dans sa religion. Les deux domaines se côtoient, mais ne se pénétrent pas. La raison en est simple, et il faut absolument renoncer aux théories dues au tour d'esprit que des religions supérieures, toutes saturées de moralité, impriment à leurs adhérents, comme si le sentiment du péché, de l'insuffisance et de l'impuissance morales était à la source du sentiment religieux. C'est aux étages supérieurs de leur développement mutuel que la religion et la morale se rejoignent pour s'unir dans une féconde harmonie. Pour que la morale pousse à la religion et la religion à la morale, il faut que l'objet de la religion, le Dieu adoré, soit ou puisse être conçu comme le principe substantiel du bien. Le sentiment du devoir et de son caractère impératif doit pouvoir se confondre avec
(1) p. 280 et SUIT.
le sentiment qu'il est purement et simplement identique à la réalisation de la volonté souveraine, et que, de par cette volonté, l'ordre moral, l'acte moral, ont la prétention légitime de primer tout le reste du monde et de la vie. Or, ce sont là des conditions incompatibles avec ces premières formes de la religion que nous appelons le naturisme et l'animisme. La nature visible n'est pas morale. Personnifiée dans ses phénomènes grands ou petits, dramatisée par l'imagination des âges d'ignorance, elle ne montre jamais à l'homme que des êtres absolument égoïstes, mus uniquement par le désir de parvenir à leurs fins personnelles. Tout ce que l'homme peut faire, c'est de se concilier leurs bonnes grâces par les moyens qui lui réussissent auprès de ses semblables, personnels et égoïstes comme lui, c'est-à-dire par des offrandes qui les apaisent et les rendent favorables à leurs humbles adorateurs. Quant aux esprits détachés de la nature, dont le culte constitue l'animisme, projections des esprits humains qui les adorent et qui se les figurent tout semblables à eux-mêmes, ces esprits capricieux, fantasques, susceptibles et taquins, n'offrent pas la moindre prise au sentiment moral pour qu'il puisse s'attacher à leur caractère et puiser quelque force dans l'union religieuse avec eux. L'étude approfondie de la religion des non-civilisés justifie entièrement ces aperçus empruntés à l'ouvrage de M. Tylor sur la Civilisation primitive (1) : « Dans les » cinlisations inférieures, la morale et la religion
» n'ont aucun rapport, ou n'ont tout au plus que des » rapports rudimentaires... L'animisme sauvage est » presque entièrement dépourvu de cet élément moral » que l'homme civilisé moderne considère comme » Tessence même de toute religion pratique... Les » lois morales des races sauvages reposent sur un » terrain propre ; elles sont engendrées par les tradi- » tiens, par l'opinion publique, et elles sont compa- » rativement indépendantes des croyances et des » cérémonies animistes qui existent auprès d'elles. »
La religion s'appuie avant tout sur le besoin qu'éprouve l'homme de réaliser une synthèse harmonique entre sa destinée et les contradictions que le monde lui oppose. Ce n'est qu'à un niveau déjà élevé du développement humain qu'il reconnaît, dans son état défectueux au point de vue moral, la plus douloureuse, la plus tragique des contradictions entre ses aspirations, la destinée pour laquelle il se sentait fait, et la réalité en lui comme en dehors de lui. C'est à partir de ce moment qu'il cherche une religion rédemptrice, en état de combler l'abîme creusé dans sa conscience entre ce qu'il est et ce qu'il voudrait être. Il ne peut en être encore question aux étapes antérieures où l'homme n'est encore déterminé que par le désir de s'assurer la vie, la sécurité, le bien-être, dans des conditions encore purement sensuelles.
Les croyances nègres sur la vie d'outre-tombe sont la confirmation rigoureuse de tout ce qui vient d'être dit. Quand le point de vue moral pénétre une religion et que ses adhérents croient à une vie future,
consciente et prolongée, l'idée d'une rémunération posthume naît en quelque sorte d'elle-même. Nous n'en voyons pas trace chez les Noirs d'Afrique. Leurs morts peuvent souffrir de la négligence de leurs descendants qui ne leur rendent pas les honneurs dûs, qui ne leur apportent pas d'offrandes, qui laissent leurs tombes à l'abandon. L'esprit d'un homme victime d'une mort violente est irrité et dangereux. Dans quelques pays africains, comme à Kimbunda (sud-ouest de l'Afrique), on en sait très long sur la manière de vivre dans le Kalunga (séjour des morts). Le soleil y luit quand il fait nuit sur la terre, on y a des vivres, des boissons, des servantes autant qu'on en veut, on y chasse et on y danse, c'est un vrai paradis de nègre. Mais de rémunération, de différence entre le sort des bons et celui des méchants, pas un mot (1).
Nous verrons se dessiner la transition à des croyances plus développées, lorsque nous étudierons ces populations qui, telles que les Polynésiens et les Tlascalans de l'ancien Mexique, font reposer les différences futures, non pas encore sur le mérite moral, mais sur celles de la naissance et du rang. Déjà ce point de vue commence à prévaloir dans les religions africaines. Il est clair que ces coutumes de doter les rois et les chefs, au moment où ils partent pour l'autre monde, de manière à leur assurer dans la vie nouvelle les honneurs, le rang, les avantages, qu'ils possédaient déjà dans celle-ci, supposent que les
(1) Magyar, Sud-Af^ika, p. 336.
supériorités terrestres de naissance et de pouvoir se perpétuent dans le monde futur. Mais c'est tout le contraire d'une rémunération. M. Burton (1) nous dit en effet des Nègres du Dahomey qu'ils pensent que dans le Kou- to-men (demeure des morts) il n'y a ni punitions ni récompenses, le roi reste roi et l'esclave reste esclave. Du reste, en règle ordinaire, le Nègre ne se sent jamais très attiré par les perspectives des joies d'outre-tombe. Les Yorubas, peuple voisin du Dahomey, pensent un peu comme l'Ecclésiaste et disent que la moindre place dans ce monde (2) est préférable à la plus éminente dans le monde des esprits.
Sur deux points seulement nous sommes en droit de dire que le point de vue moral ou le sentiment de l'ordre moral n'est pas complètement étranger aux croyances religieuses des Noirs d'Afrique. Le premier nous est fourni par les ordalies qui supposent qu'en définitive les esprits les plus puissants s'intéressent à la dénonciation des criminels et à leur punition. Le second, c'est la tendance rémunératrice de ces sociétés secrètes à base religieuse dont nous avons parlé et qui semblent dépasser le niveau extrêmement bas de la religion vulgaire. Il y a dans ces deux ordres de faits, en dépit des niaiseries et même des horreurs qui s'y associent, un commencement de
(1) Dahome^ n, p. 156.
(2) Tylor, U, 103. Il faut ici se défier de quelques rapports de voyageurs qui ont attribué aux populations noires des idées de rémunération, de paradis et d*enfer, sans voir qu'elles étaient dues & rinfluence directe ou indirecte de rislamisme ou du christianisme.
preuve de la thèse que, si la religion et la morale sont indépendantes à Torigine, elles tendent à s'unir à mesure qu'elles s'élèvent.
Nous terminerons cette esquisse de la religion des Noirs d'Afrique en disant quelques mots des modifications apportées dans l'état religieux de la grande presqu'île par l'invasion des deux religions supérieures, l'islamisme et le christianisme.
Depuis qu'il est sorti de l'Arabie, son berceau, l'islamisme n'a pas cessé d'avancer en Afrique. L'Egypte et toute la partie septentrionale n'ont pas tardé à lui appartenir. De là il est devenu dominant chez les Touaregs, puis chez les populations noires limitrophes du grand désert. Non seulement la Nubie, le Sahouel, le pays des Somalis, les Foulahs disséminés du Nil supérieur au Sénégal lui sont acquis, mais consécutivement le Darfour, le Wadaï, le Bornou, les Sonrays, les Serracolets, les Baghirmis, les Mandingues, la majorité des Yolofs et nombre de tribus moins importantes se sont rangées sous la bannière de l'Islam. Les sorciers ont été remplacés par les marabouts. L'islamisme, partout où il a pénétré, a jeté les germes d'une morale supérieure. Il a aboli les sacrifices humains, limité l'esclavage (en ce sens qu'un musulman ne peut être réduit à l'état d'esclave par un coreligionnaire), fondé des écoles pour apprendre à lire le Coran. Il y a déjà des musulmans dans le Dahomey et dans l'Ashanti. Sans doute il a laissé subsister presque toutes les superstitions animistes ; pourtant la jurisprudence fondée sur le Coran
vaut mieux, quelque défectueuse qu'elle soit, que les traditions d'arbitraire pur qui régnaient seules auparavant. Les pays nègres envoient chaque année au Caire de jeunes adeptes qui vont étudier la théologie musulmane dans la grande école de cette ville (1).
Les succès de la propagande chrétienne sont beaucoup plus modestes, et même, par places, il faudrait parler de reculs plutôt que de progrès.
Il faut d'abord signaler les anciennes missions catholiques du Bénin, du Congo et du Loango qui, pendant plus de deux siècles, furent ou parurent très florissantes. On ignore généralement que, depuis la fin du quinzième siècle, le Portugal exerça sur le grand empire du Congo un patronage qui ressemblait beaucoup à une domination directe. Le roi et les nobles de cet empire embrassèrent avec empressement le christianisme catholique, au point qu'après quelque temps de lutte, au commencement du seizième siècle, la population entière suivit l'exemple de ses chefs. Les moines franciscains qui leur furent envoyés régulièrement d'Europe maintinrent avec zèle, mais aussi avec beaucoup d'intolérance, la foi nouvellement adoptée, et pendant nombre d'années ils furent tout puissants au Congo. C'était une « chrétienté » qui atteignait au moins le chiffre de 10 millions d'îlmcs. Malheureusement ses directeurs commirent la faute, fréquente chez les moines, d'insister à peu près exclusivement sur les pratiques ex-
(1) Comp. pour la propagande musulmane en Afrique, Hartmann, WœlkerAfriftas, 204-208 ; Waitz, Anthrop. H, 247-262.
térieures du catholicisme, de poursuivre avec la plus grande rigueur la moindre infraction en matière d'observances — ce qui n'enlevait pas les indigènes à leurs idées héréditaires de sorcellerie, d'animisme et de magie — et de négliger entièrement l'instruction, la civilisation du peuple confié à leurs soins. Ils ne réussirent pas non plus à s'en faire aimer. Ils se montrèrent trop avides des richesses, et ils allèrent, malgré les ordres mêmes du Saint-Siège, jusqu'à participer à la traite des esclaves. Seulement, et ceci est bien caractéristique de l'esprit monacal, ils prenaient soin de ne vendre leurs esclaves qu'à des négriers catholiques, s'engageant eux-mêmes à ne les revendre qu'au Brésil, au Mexique, là où l'orthodoxie régnait en maltresse, tandis qu'ils les refusaient aux négriers hollandais et anglais qui auraient pu les débarquer en pays hérétiques. Le résultat fut que la conversion des noirs du Congo resta nominale. Les vieilles superstitions noires, ni détruites ni même aflaiblies, défiaient à chaque instant la vigilance intolérante des missionnaires. A peu près vers le temps où la puissance politique du Portugal était brisée en Europe môme, la guerre civile éclata au Congo, l'empire se disloqua, l'église du Congo s'aflaissa, pour ainsi dire, du jour au lendemain, les populations se retrouvèrent animistes et fétichistes comme deux siècles auparavant, et il ne reste à peu près rien de la conquête un moment si brillante. Il en fut de même à Bénin. Aujourd'hui le culte catholique n'est plus guère célébré que sur les quelques points du littoral qui sont restés au
pouvoir direct des Portugais ou des autres Européens (1).
Les missions protestantes qui travaillent depuis 1734 sur la Côte-d'Or, mais qui, depuis 1815, se sont beaucoup développées, peuvent seréjouirde quelques succès, notamment dans le Yorouba, à Sierra-Leone et sur quelques autres points, et il faut reconnaître que là où elles ont réussi à s'implanter, fondant des écoles, apprenant aux femmes les arts du ménage, aux hommes des industries diverses, créant et favorisant la vie de famille, elles ont fait un bien réel dans un rayon assez considérable. On a pu, à cette occasion, faire cette remarque intéressante : quand le Nègre se fait chrétien avec réflexion et conscience de ce qu'il fait, il devient très sérieux, très correct, très sévère en morale, il passe d'emblée aux antipodes de l'humeur fantasque, insouciante et mobile qui était la sienne comme elle est toujours celle de la plupart de ses congénères, et la secte chrétienne vers laquelle il se sent le plus attiré n'est ni le catholicisme ni Tanglicanisme, mais le méthodisme austère, étroit, rigide. Ce sont en efTet les Wesleyens et les missions de Brème et de Bâle qui ont fait le plus de prosélytes. Les conversions religieuses se font toujours par réaction contre la tendance dont on se détache. Le néophyte va aisément jusqu'au bout de sa protestation contre le culte qu'il abjure, et il semble que les doctrines puritaines, associées à un véritable effroi
(1) M. Wilson, Wâstem Africa^ pp. 31S-346, a donne un résumé très intéressant de cette histoire de la mission catholique au Congo e t dans les régions voisines.
de tout ce qui en religion est théâtral, exercent un grand charme sur des esprits saturés et dégoûtés du culte superstitieux, bruyant, tout extérieur, de leur race.
Cependant il faut bien reconnaître que les progrès du christianisme en Afrique sont insignifiants en comparaison de ceux qu'a faits et que fait encore l'islamisme. Sur la Côte, et c'est par là surtout que les croyances chrétiennes ont pénétré en Afrique, le Nègre, s'il ne persiste pas dans ses superstitions héréditaires, devient sceptique, ivrogne, débauché, par suite de son contact avec a l'écume blanche » qui trop souvent représente à ses yeux TEurope et sa civilisation. S'il reste crédule et superstitieux, il peut faire très facilement illusion au missionnaire inexpérimenté, il accepte aisément le baptême. A son point de vue animiste on ne saurait trop multiplier les rites préservateurs. Il pense que les Blancs, qui savent tant de choses, ont aussi des secrets supérieurs pour se préserver des mauvais esprits et de leurs maléfices. Il se fait donc chrétien de nom sans l'être réellement. Et cela nous explique un phénomène au premier abord assez surprenant : les missionnaires chrétiens ont eu parfois à soufl'rir beaucoup de l'intolérance musulmane ou des soupçons de certains despotes noirs. Rarement ils ont été l'objet d'une grande malveillance de la part des prêtres et des sorciers du pays. Au contraire, on voit dans plus d'un récit, en particulier dans celui des deux missionnaires Ramseyer et Kiihne, prisonniers pendant quatre ans du roi des Ashantis, que plus d'une fois ils furent
soulagés et secourus par les sorciers attachés au service des fétiches des villages qu'ils traversaient. Ceux-ci voyaient en eux des confrères plutôt que des rivaux, et des confrères dont il pouvait être imprudent de provoquer Tinimitié. Il arrive assez souvent que le sorcier noir vient trouver le missionnaire blanc et lui propose un troc amiable ; il lui dira ses secrets, si le missionnaire blanc consent à lui livrer les siens.
Mais il y a des causes plus profondes et surtout plus continues de cette infériorité de la propagande chrétienne en Afrique, lorsqu'on la compare aux progrès rapides, incessants, de l'islamisme. La forme dogmatique sous laquelle le christianisme est apporté aux Noirs africains est trop étrangère à leur esprit, trop compliquée pour leur intelligence paresseuse, suppose des traditions et une éducation préalable qui manquent. L'islamisme, beaucoup plus simple dans son dogme, est plus facilement compris, et nous avons noté la propension du Noir d'Afrique au monothéisme, malgré le peu d'effet qu'elle a sur ses croyances traditionnelles. De plus, l'islamisme s'arrange beaucoup mieux que le christianisme de bien des particularités de la vie indigène. Tout en les restreignant, il autorise la polygamie et l'esclavage, il soutient le despotisme de droit divin, il promet un paradis sensuel, il laisse debout un tas de superstitions animistes. Enûn Tislamisme est la religion, sinon des Noirs, du moins des hommes brun-foncé. Ce n'est pas l'insulaire blond, à la carnation laiteuse, aux yeux bleus ou gris-verdâtre, qui l'apporte au
Nègre, c'est l'Arabe, le Touareg, rhomme du Darfour, le marchand égyptien, qui sont très souvent d'une couleur voisine de la sienne et dont le genre de vie, quoique supérieur au sien, n'en diffère pas profondément. Cette question de la couleur a son importance, là surtout, comme dans l'intérieur du continent, où l'habitude n'a pas émoussé Timpression première. Nous avons vu que le Blanc était chez les Noirs la couleur des esprits et des morts. Ils trouvent que les Blancs ressemblent à des fantômes, (lue leurs crânes, qui tombent droit du haut du front au bas du menton, leur font une tête comme celle des chevaux (1). La supériorité de notre civilisation, qu'ils reconnaissent, achève de leur faire croire que tous les Blancs sont autant de sorciers, et les indignités, les infamies de tout nom dont la race blanche s'est rendue coupable envers la race noire, contribuent à nous classer tous dans la catégorie des sorciers dangereux, dont il faut se défier. De tout cela résulte une répugnance instinctive à écouter avec confiancîo les enseignements du Blanc. On peut le craindre, Tenvier, Tadmirer même, longtemps avant de se fler à lui.
La seule méthode fructueuse que puissent adopter les missionnaires chrétiens en Afrique, c'est de ne pas insister sur les subtilités du dogme et surtout d'instruire leurs néophytes dans les sciences et les arts d'une civilisation supérieure à celle que l'islamisme peut leur offrir. Nous n'avons pas à nous étendre sur
(1) Quatre ans chez le» Ashantis^ 42.
ce genre de considérations qui concernent Tavenir plutôt que l'histoire. Mais il était intéressant de trouver la contre-épreuve de l'appréciation que nous avons proposée de la religion des Noirs d'Afrique dans Taccueil qu'ils ont fait à la propagande des religions de la civilisation.