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CHAPITRE VII

CONSIDEEIATIONS ETHNOGRAPHIQUES

Différence au point de vne ethnique des deux continents américains. — KAmérique du Sud est encore en partie mal connue. — Il faut rattacher la religion des indigènes des Antilles au continent méridional. — Groupe distinct des populations indigènes de Textrème sud.

Le continent de rAmérique du Sud présente à notre examen un champ de division moins simple que celui de TAmérique du Nord. Là, en effet, laissant de côté les civilisations indigènes de TAmérique centrale et du Mexique, nous nous trouvions en face d'une seule et même masse de non-civilisés, parmi lesquels sans doute on pouvait faire des distinctions, noter des différences physiques et morales, mais qui présentaient pourtant depuis le Rio-Grande jusqu'à Tembouchure du Fraser tant d'affinités de coutumes, de croyances et de genre de vie qu'on pouvait les ranger sous une seule et même dénomination et en faire la description religieuse par ordre de sujet plutôt qu'en prenant l'un après l'autre les peuples

divers dont cette agglomération se compose. Il suffisait du moins de noter quelques différences, ne touchant guère le fond, entre les tribus les plus méridionales et celles qui se rapprochent des régions polaires. Cela fait, il n'y avait plus que les hyperboréens ou les Esquimaux qui dussent être, comme ils Pont été, l'objet d'un chapitre à part.

En passant dans l'Amérique du Sud, la scène change d'aspect. Il y a bien encore un grand phénomène commun aux deux continents américains, celui d'une civilisation autochtone sui generis^ qui s'est développée sur une partie du continent, au Pérou et dans la région de Bogota, tandis qu'autour d'elle on ne voit que la mer ou de hautes montagnes. Celles-ci la séparent d'une sauvagerie, au sens ordinaire du mot, qu'on peut sans hésitation compter parmi les plus arriérées. Mais c'est en vain que nous chercherions quelque chose de semblable à la grande unité ethnique des Peaux-Rouges. Les indigènes des Antilles, les Caraïbes, les tribus dites brésiliennes, les Abipones, les indigènes des Pampas, les Araucauiens, etc., ne peuvent absolument pas s'encadrer dans un tableau d'ensemble. L'ordre géographique et dispersé s'impose.

Il faut ajouter que l'intérieur du continent méridional est beaucoup moins connu que le continent septentrional. La non-civilisation y règne encore sur d'immenses espaces et de nombreuses explorations seront encore nécessaires, avant qu'on ait des notions complètes sur les peuples qui l'habitent. Il est des régions entières qui sont à peine plus ouvertes à

notre curiosité que Tinléricur de l'Afrique subéquatoriale. La civilisation européenne, bien que triomphante là comme au nord, est loin d'y avoir exercé la même domination refoulante et absorbante. Le grand empire du Brésil, par exemple, est encore sur bien des points une terra incognita.

Cependant, au point de vue de nos recherches spéciales, on peut déjà dire que les découvertes futures n'ajouteront rien d'essentiel à ce que nous savons des croyances et des coutumes religieuses spéciales à ce continent. Les religions des peuples non-civilisés habitant les mêmes régions présentent, partout oii Ton a pu les étudier de prés, des analogies si étroites et si nombreuses qu'il est d'une improbabilité confinant à l'impossibilité que les nouvelles recherches nous mettent jamais en face de quelque chose de vraiment différent de ce que nous connaissons. Le fait est que les progrès récents de l'ethnographie américaine du sud n'ont modifié en rien les résultats auparavant acquis.

On nous demandera peut-être de quel droit nous rangeons dans l'Amérique du Sud les Antilles petites et grandes par lesquelles nous commençons cette seconde division. En fait et géographiquement, elles relèvent de l'Amérique centrale, et même l'intérêt particulier qu'elles éveillent tient surtout à ce qu'on a de bonnes raisons pour voir dans leur ancienne religion les vestiges de ce que devait être à Torigine celle des pays civilisés de l'Amérique centrale. Mais laissant celle-ci de côté, puisque nous ne nous occu* pons dans ce volume que des religions de la non-

civilisation, nous devons rattacher celle des Antilles au groupe des religions méridionales. On verra en effet qu'elle eut bien plus de rapports avec celles-ci qu'avec les religions du nord. Elle exerça même une certaine influence sur toute une partie de l'Amérique du Sud, et il est impossible de signaler un seul fait tendant à montrer que son action se soit étendue jusque sur le continent septentrional. La nation américaine avec laquelle les indigènes des Antilles eurent le plus de relations — relations très désagréables, mais forcées et prolongées, — ce fut la nation des Caraïbes, peuple de forbans qui eussent aussi bien et peut-être plus vite encore que les Espagnols dépeuplé les belles îles de la mer du Mexique, si ces derniers n'avaient substitué leurs forces supérieures et leur avidité à celles de ces terribles écumeurs. Il est donc plus naturel et historiquement plus logique de rattacher la religion des Antilles au groupe méridional, tout en avertissant qu'il faut aussi la considérer comme une pierre d'attente en \iie des études dont la religion de l'Amérique centrale sera plus tard l'objet.

De même que les Esquimaux forment tout au nord de l'Amérique un groupe à part qu'on ne peut confondre avec celui des Peaux-Rouges, de môme l'extrémité du continent méridional est habitée par deux races fortement distinctes de celles qui en peuplent l'intérieur, je veux parler du groupe patagon et fuégien (habitants de la Terre de Feu). Ces deux populations seront l'objet d'un chapitre spécial. Les Araucaniens, qui font suite au Chili sur la côte occi-

dentale, rappellent à bien des égards ces tribus de Peaux-Rouges qui se rapprochaient beaucoup du Mexique, telles que les Natchez, chez qui on pouvait déjà discerner quelques traits religieux parallèles à ceux que nous verrons s'accentuer si fortement dans la religion des Astecs. Ils ont droit aussi à une étude à part.

La division qui s'impose à nous est donc avant tout géographique et, en descendant toujours plus vers le sud, sans nous attarder dans la description de peuplades insignifiantes ou rentrant dans Torbite religieuse des peuples les plus notables de l'immense contrée que nous passons en revue, nous exposerons successivement la religion de ces peuples dans Tordre suivant :

!• Les Indigènes des Antilles ;

?• Les Caraïbes ;

3« Les tribus brésiliennes ;

4» Les Abipones et les Indiens des Pampas ;

5^ Les Patagons et les Fuégiens. — Les Araucaniens.

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