‹ Histoire des religions (volume 2)Chapitre 22 sur 68 · OUVRAGES ET DOCUMENTS A CONSULTER · texte numérisé non relu

OUVRAGES ET DOCUMENTS A CONSULTER

En premier lieu les Lettres de Christophe CiOLosuj, les écrits de son fils et biographe Ferdinand Golomu. On les trouve reproduits dans la collection Barcia des Historiadorcs primitivos de las Indias occidentales, I, Madrid, 1749. — Fray Roman Padre Heremtto, aumônier de Colomb, auteur d'une Escritura roulant sur la vie de Colomb, Thistoire de la colonisation et

les mœurs des indigènes. — Les écrits de Las Casas ne doivent être employés qu'avec précaution, parce que, dans son zèle charitable, il blanchit les indigènes avec autant d'ardeur que d'autres en mettent à les noircir dans leurs rapports à la cour d'Espagne. — P. Martyr D'ÂNomERA, membre du conseil des Indes, Orbis novus, en 8 décades. — La Chronique d'OviBDO qui, de 1513 à 1547, passa trente-six ans en Amérique, dont dix ans comme alcade à Haïti. — Herrera, l'archiviste, qui utilisa les documents de TEscurial, fit une Histoire générale des colonies américaines allant jusqu'en 1554. — Le P. Gharlevoix, Histoire de Saint- Domingue. Paris, 1730, — Navarretb, Collecion de las viages y descubrimientos que hicieron los Espagnoles, (Recueil des voyages et des découvertes des Espagnols), Madrid, 1825. — Citons enfin les ouvrages déjà mentionnés de Robertson, de Washington Lrving et de Mùller. Le iv« volume de V Anthropologie de Waitz contient un bon résumé de tout ce qui concerne l'état politique, ethnique et social des indigènes des Antilles, et nous lui avons emprunté une grande partie de la description qui précède.

Au premier moment de la découverte, Christophe Colomb s'imagina que les naturels du pays étaient absolument sans religion (1). Bientôt pourtant il s'aperçut qu'ils étaient très dévots au soleil et aux corps célestes, si bien que Topinion se forma pour quelque temps qu'ils n'avaient pas d'autre dévotion (2). Le soleil,. Tonaiifts, n'était pourtant que le chef de tout

(1) Wash. lrving, IV, 95.

(2) P. Martyr, 249, 329.

un panthéon où les croyances animistes se mêlaient au culte de plusieurs phénomènes de la nature. Ce nom de Tonatiks est tout à fait voisin du nom du soleil dans TAmérique centrale, Tonatrikli ou Tonatiu. Le préfixe tona est en quelque sorte générique dans cette région pour désigner les corps célestes. La lune s'appelle simplement tona. Les indigènes des Antilles, comme tant d'autres peuples de l'ancien et du nouveau monde, érigeaient en l'honneur du soleil des colonnes de pierre, espèces de menhirs, symboles phalliques à la fois du rayon solaire et de la fécondation. On sculptait à l'extrémité une image du soleil et le plus souvent on dressait un autel à côté pour y déposer les offrandes.

Mais en même temps les indigènes des Antilles étaient très animistes. Ils croyaient à un tas d'esprits Chemis ou Chemès, et chaque individu, chaque famille, chaque État avait son chemi protecteur. Mais il y avait aussi des chemis malfaisants qu'il fallait tâcher d'apaiser ; car on en avait grand'peur. Ils survenaient en rêve, comme les incubes et succubes de notre moyen âge, ou bien sous la forme de fantômes nocturnes. Dans ce dernier cas, c'étaient des morts qui revenaient visiter et effrayer les vivants. Quelques privilégiés prétendaient en avoir rencontré en plein jour, terribles d'aspect, avec de longues cornes, une queue énorme, une grande gueule ouverte et rugissante (1).

Cet animisme avait donné lieu à une sorte de féti-

(1) p. Martyr d'Anghiera, 330, 334, 337; Waah. Irving, IV, 96, 104.

chisme qui se rapproche de celui des Nègres. Seulement, aux Antilles, le fétiche a toujours (sauf de très rares exceptions) une forme humaine ou animale. Ce sont donc plutôt des idoles que des fétiches. On parle d'une peuplade, qui habitait l'île de Guanaba, voisine d'Haïti, et qui s'occupait surtout de la fabrication de ces petites idoles que l'on appelait chemis aussi bien que les esprits qu'elles étaient censées renfermer. Elles ressemblent beaucoup par leurs formes et leur posture accroupie aux idoles domestiques des Mexicains. Il devait y en avoir une énorme quantité, car les moines bénédictins se vantent d'en avoir détruit plus de 170,000 dans la seule île d'Haïti, et cependant on en trouve encore beaucoup aujourd'hui. On les faisait en bois, en grosses arêtes de poisson, en pierre, ou simplement en coton. Elles sont ordinairement d'une affreuse laideur. Les formes animales les plus fréquentes sont celles de la tortue, du lézard, du serpent. Un nouveau trait de ressemblance avec les petites idoles de l'Amérique centrale, c'est qu'elles ont souvent plus de deux bras et plusieurs tètes, comme pour exprimer la puissance supérieure et la sagesse du cliemi adoré. Les Haïtiens se gravaient sur le corps l'image de leur chemi. Les guerriers s'en attachaient de petites figurines sur le front (1).

Les chemis, et ceci montre encore que ce n'étaient pas seulement des esprits défunts, exerçaient une

(1) p. Martyr d'Anghiera» 294, 335, MûUer, l. c, 172. Wash.Irving, IV, 98.

action continue sur les mers et les forêts, les sources et les ruisseaux, la fertilité du sol, la pluie et le beau temps. Toute la nature y passait (1). En môme temps ils étaient hiérarchisés, puisque le soleil et les corps célestes passaient pour les chemis par excellence. Audessous d'eux, certains animaux étaient vénérés comme des incarnations de chemis inférieurs, entre autres le hibou que Ton considérait comme un animal prophétique, de méme^qu'à Mexico (2). Le serpent était aussi Tobjet d'une grande vénération, surtout à Haïti, où son culte s'est longtemps perpétué dans celui du Vaudou. Les Noirs importés d'Afrique retrouvaient là une dévotion toute semblable à celle de leur pays d'origine.

Il y avait à Haïti un mythe cosmogonique assez étrange où Ton retrouve Tidée, déjà signalée chez les Peaux-Rouges, de l'existence des hommes vivant à l'origine dans les entrailles de la terre avant d'en venir habiter la surface (3). Mais de plus le soleil et la lune eux-mêmes avaient d'abord existé à l'intérieur d'une grande caverne que l'on montrait et qui était ornée comme un temple. Cette caverne est située à sept ou huit lieues du cap Français, profonde de cinquante mètres et d'une hauteur à peu près égale, mais assez étroite, surtout à l'entrée. Elle n'est éclairée que par une ouverture circulaire qui perce la voûte, et on disait que le soleil et la lune étaient sortis par là pour monter au ciel. Ils s'étaient d'abord conten-

(1) p. xMartyr d'Anghiera, 330.

(2) Prescott, Mexico ^ 1, 47.

(3) P. Martyr d'Anghiera, 333; Wash. Irving, IV, 96, 100 suiv.

tés d'éclairer l'île d'Haïti ; puis, voulant élargir leur domaine, ils montèrent assez haut pour éclairer tout le reste du monde. Mais ils envoyèrent aux Haïtiens leur dédoublement sous forme humaine, Jokahouna pour le soleil et Jemao pour la lune, qui les remplacèrent dans le gouvernement de Tîle. Nous voyons revenir ici la tendance à faire des dieux suprôtnes les premiers patriarches, les premiers gouvernants, mais sous cette forme spéciale que leur apparition sur la terre a lieu dans la personne de leurs enfants. Le grand mythe péruvien de Manco Gapac et de Mama Oello, le mythe astec de Huitzilopochtli, n'ont pas d'autre base. Aussi n'est-il pas étonnant d'apprendre que, sa mission accomplie, Jokahouna est remonté au ciel et qu'il est devenu le Grand Chemi ou le Grand Esprit.

Il y avait aussi aux Antilles un prétendu mythe du déluge, plus probablement relatif à l'origine de la mer et des poissons (1). Ce mythe se racontait comme un conte de fées.

Il y avait une fois un cacique très riche et très puissant, du nom de laja, lequel n'avait qu'un fils. Ce fils complota contre son père qui se vit obligé de le mettre à mort. Mais, selon la coutume locale, laja rassembla les os de son lils mort et les garda dans une calebasse. Tout à coup ces os se changèrent en poissons et la calebasse se remplit d'eau. laja était très fler de ce prodige, lorsqu'un jour ses quatre frères puinés, poussés par la curiosité, ouvrirent la

(1) p. Martyr d'Anghiera, 332. Wash. Irving, IV. 101-10 2.

calebasse pour voir ce qu'il y avait dedans. Mais, comme laja revenait brusquement, ils la laissèrent tomber à terre où elle se brisa, ce qui produisit une inondation telle que toute la terre fut couverte par les eaux, excepté les îles de Tarchipel. Ce mythe puéril et incohérent est probablement la transformation d'un mythe primitif qui attribuait au soleil ou à son fils la formation de la mer considérée comme remplissant une énorme calebasse. Les tempêtes qui, dans ces parages, produisent parfois des raz de mer terribles, inondant brusquement les terres basses, sont causées par les quatre frères curieux de laja, les quatre vents, qui veulent toujours ouvrir la calebasse pour voir ce qu'il y a dedans.

On trouve aussi aux Antilles un mythe de la famille de ceux qui représentent la vie et les progrès de l'homme comme obtenus en dépit d'une puissance jalouse. Il y a quelque chose de ce sentiment dans les mythes jehovistes de la Genèse. Ici c'est le soleil contre lequel il fallut prendre toute sorte de précautions avant de sortir impunément de la caverne où les premiers hommes étaient renfermés. Le soleil ne se souciait pas qu'ils en sortissent, et il avait préposé à l'entrée de la grotte un géant appelé Machacael. Mais une nuit, le géant s'écarta si loin de son poste qu'il ne put y revenir avant le lever du soleil, de sorte que ses rayons pénétrèrent dans la caverne et que les hommes surent ce que c'était que la lumière. Dès lors ils n'eurent pas de plus grande envie que d'en jouir pleinement. Le soleil, courroucé contre son géant, le pétrifia de son regard, et

on peut voir encore aujourd'hui le géant pétrifié dans le grand rocher Kauta, au sud d'Haïti, dans le pays de Cannana. Les hommes, délivrés du géant, n'osaient pourtant sortir que la nuit, tant ils avaient peur du soleil. Quelques imprudents parmi eux furent même changés en pierres, en animaux, en plantes, et entre autres, l'ami du cacique Vaguoniona qui était alors le chef des hommes. Cet ami fut changé en rossignol, et cet oiseau ne cesse d'exprimer dans ses chants le regret qu'il éprouve d'être séparé de son ami. Il est remarquable que le chant du rossignol a fait souvent aux peuples primitifs reffet d'une plainte mélancolique, témoins ce mythe et celui de Philomèle et de Procné. Vaguoniona lui-même fut victime à son tour de son désir de rejoindre l'ami qui l'appelait d'une façon si pressante. Il sortit avec les femmes et les enfants. Il fut aussi pétrifié. Les femmes furent changées en arbres odoriférants, et les enfants qui criaient Toa! toa! c'est-à-dire maman, maman! furent changés en grenouilles qui croassèrent toujours depuis lors Toa ! Toa! A la fin pourtant et en prenant bien des précautions, les hommes parvinrent à conjurer les effets terribles des rayons du soleil et à se répandre sur les îles. Mais il n'y avait plus de femmes. Alors les arbres odoriférants qui avaient été des femmes donnèrent naissance à des fourmis qui devinrent de belles jeunes filles.

Il y a plusieurs variantes sur ce thème incohérent, dont plusieurs traits révèlent une certaine poésie, et où des narrateurs inconnus ont combiné plusieurs éléments mythiques dont l'idée première serait que

les hommes, les animaux, les plantes et môme les rochers ont une commune origine. On y voit aussi associée Tidée que les hommes sont sortis d'une caverne, souvenir d'une existence antérieure de troglodytes, et des arbres, ce qui fait allusion à la vie sauvage primitive dans les forêts.

Comme on peut s'y attendre, les croyances animistes ont engendré là comme partout une sorcellerie très développée. Les sorciers des Antilles s'appelaient Boutios ou Boliitos. Ils se préparaient au commerce avec les chemis par des jeunes rigoureux et des purifications. Ils se servaient de boissons excitantes ou bien prisaient la poudre enivrante du Co/ioba, pour obtenir les extases dans lesquelles ils interrogeaient leur chemi et recevaient sa réponse. Ils étaient médecins et devins. Si, dans Textase, ils dansaient et chantaient, c'était de bon augure. Si, au contraire, leur extase était triste, il fallait s'attendre à de grands malheurs. Leur manière de traiter les maladies ne différait pas de ce que nous avons vu chez les autres non-civilisés, mêmes simagrées, mêmes insufflations, massages, succions, afin d'extraire ou de chasser le mauvais chemi qui tourmente le malade (1). Si celui-ci mourait, c'est que le boutio n'avait pas été assez fort, et, ce qui prouve la naïveté de ce peuple, c'est qu'on demandait au mort s'il n'avait pas à se plaindre de la manière dont son

(1) Fray Roman, raumAnier de Colomb, est tout surpris de voir que le sorcier prétend enlever la maladie comme on tirerait les braies de quelqu^un. Il signale aussi le caillou, le morceau de viande, Tobjet quelconque extrait par la succion du corps du malade (Colomb, 19). Comp. P. Martyr, 333-336.

médecin Tavait soigné. Naturellement le mort ne se plaignait jamais.

Déjà le boutio des Antilles commence à se rapprocher du prêtre. C'est lui en effet qui, dans certaines fêtes, devait seul présenter aux chemis les dons que le peuple leur offrait, et qui seul partageait entre les pères de famille les gâteaux consacrés. Chacun devait garder toute Tannée le morceau reçu comme préservatif contre les mauvais esprits. Nous avons à signaler ici un genre de rite que nous retrouverons bien plus développé dans l'Amérique centrale et au Mexique, au point de devenir une véritable communion.

A propos des prétentions divinatoires des boutios, on s'est parfois occupé de chants prophétiques de leur composition où ils auraient prédit l'arrivée des Espagnols, c'est-à-dire d'étrangers barbus, en possession d'armes irrésistibles, qui détruiraient leur vieille religion, les asserviraient ou. les tueraient. Pierre Martyr d'Anghiera entendit encore chanter ces chants de prévision sinistre. Les pauvres gens pleuraient en les chantant, et les Espagnols tiraient gloire de ces prédictions, comme si elles eussent en quelque sorte légitimé leur conquête. Mais Pierre Martyr nous dit lui-même que les indigènes avaient cru longtemps que ces chants de malheur visaient seulement l'arrivée des Caraïbes, dont ils redoutaient à juste titre les terribles incursions, et il n'était pas besoin d'être sorcier pour les prédire. Déjà beaucoup d'Iles, petites et grandes, de l'archipel avaient reçu leur visite. Puis, comme il s'agissait d'étrangers avides, cruels, implacables, il

n'avait pas été diilicilô d'introduire dans les textes quelques variantes qui achevaient de les rendre applicables aux Espagnols.

Ce qui montre que cette religion des Antilles avait déjà dépassé le niveau de la sauvagerie piire, c'est qu'on y voyait des temples. Chaque cacique avait le sien où se trouvait l'idole du chemi protecteur du pays. Fray Roman nous raconte même ce trait curieux que certains arbres faisaient venir les sorciers pour leur dire comment on devrait tailler des idoles avec leur bois. Ceci est en rapport avec Tidée que les arbres, les hommes, les dieux, sont au fond de même famille (1). Il y avait un temple très célèbre à Haïti et l'on y venait en pèlerinage. Mais le sanctuaire le plus révéré était toujours la vieille caverne d'où le soleil et la lune étaient sortis. Des milliers de symboles ou figures de chemi s étaient peintes ou gravées sur les parois (2). On y venait aussi beaucoup en pèlerinage, surtout en temps de sécheresse, on chantait et on dansait devant Ventrée de la grotte, après qu'on y avait déposé des offrandes de toute sorte. Fray Roman fut bien étonné de la quantité d'aliments que les indigènes amassaient à la veille de leur grande fête pour nourrir leurs chemis. Le lendemain on remportait tout ce qu'ils n'avaient pas consommé. Mais, dit Fray Roman, le chemi qui est du bois ou de la pierre ne mange rien. Probablement, comme les Nègres, les indigènes des Antilles

(1) Colomb, 19.

(2) Comp. Mûller, l. c, 184 buIt. Waih. Irring, TV, 08 saW.

pensaient que les chemis mangeaient l'essence ou Tesprit des aliments offerts (1). Dans chaque état, le cacique donnait le signal d'une grande fête annuelle. Le peuple se rendait alors au temple en grande procession, le cacique en tête et battant la marche sur un tambour jusqu'à ce que tout le monde fût entré. Les femmes apportaient des gâteaux que les boutios offraient d'abord aux chemis et partageaient ensuite, comme nous l'avons dit, entre les assistants. Il n'est pas question, du moins dans les sources que j'ai consultées, de sacrifices humains. Ce peuple d'humeur douce et déshabitué de l'anthropophagie par l'abondance de l'alimentation végétale devait les avoir complètement oubliés. Mais nous devons noter cette présidence active du cacique lors des fêtes et des cérémonies religieuses, car on la retrouve dans les grandes solennités religieuses de la confédération mexicaine, où les souverains dansaient les premiers, en avant de leurs sujets, lors de la célébration des principales fêtes nationales. Il faut signaler aussi une singulière coutume religieuse qui n'est pas, tant s'en faut, exclusivement spéciale à cette population indigène des Antilles et que nous avons déjà notée dans l'Amérique du Nord. Le grand moyen de se purifier avant de paraître devant les chemis, afin de mieux mériter leur protection, c'était de se faire vomir en s'introduisant un petit bâton dans la gorge. C'était dans l'idée qu'on chassait ainsi les mauvais esprits qui pouvaient s'être logés dans le corps, et on

(1) Colomb, 16.

se présentait ainsi le cœur purifié. Après cela, les femmes organisaient une danse qu'elles exécutaient en chantant des hymnes à la louange des chemis et des caciques et en faisant résonner, en guise de castagnettes, les nombreux coquillages qu'elles portaient attachés à leurs bras et à leurs jambes. Les Espagnols trouvaient beaucoup d'analogie entre ces danses et leur fandango national. Qui sait si celui-ci, chez les anciens Ibères, n'eut pas aussi un jour sa signification religieuse?

Quant aux idées de ces peuples sur Timmortalité ou la survivance, elles étaient d'un niveau très peu élevé. Il ne paraît pas qu'ils y joignissent la moindre idée de rémunération. On croyait très fermement, mais tout simplement, à la continuation de la vie actuelle, et on ne pensait pas même que les esprits défunts quittassent Tilc où ils avaient vécu. Les Haïtiens décrivirent aux Espagnols le Coaibai, ou lieu des morts, qu'ils croyaient situé dans les belles vallées occidentales de leur île. C'est un nouvel exemple de ridée si fréquente aux âges primitifs que le séjour des morts est voisin des régions où le soleil se couche. Pendant le jour les dmes défuntes restaient enfermées dans les rochers ; mais elles sortaient la nuit et se régalaient des fruits du mamey, arbuste qui croît abondamment dans ces vallées, et les vivants n'osaient en cueillir, de peur d'irriter les morls en les privant de leur nourriture favorite (1).

(1) p. Martyr d'Anghiera, déc. I, 9. Wash. Irving, Life ofColumbus, n, 121. IV, 104.

En résumé, nous trouvons aux Antilles une religion encore très primitive, naturiste et animiste, que Ton connaîtrait mieux dans ses détails si elle avait laissé plus de monuments et si la race qui la professait n'avait pas disparu. Cette race infortunée devait servir d'application à la loi qui veut que l'absence de la lutte, Tinertie intellectuelle et physique qui en résulte, la trop grande facilité de vivre sont aussi fatales aux peuples qu'aux individus. Mais il sera bon de se rappeler les traits principaux qui caractérisaient sa religion au moment de la découverte, lorsque nous aborderons l'étude des religions bien autrement développées de l'Amérique centrale et du Mexique.

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