‹ Histoire des religions (volume 2)Chapitre 24 sur 68 · LES TRIBUS BRÉSILIENNES · texte numérisé non relu

LES TRIBUS BRÉSILIENNES

Délimitation géographique. — Difâcultés de la recherche. -— Toupi- Guaranis. — Indiens mansos et da matto, — Type physique des Toupi-Guaranis. — Cannibalisme sentimental. —Mœurs et coutumes. — Les Botocudos. — Leur état misérable. — Prépondérance du culte de la Lune. — Le méchant Aygnan. — Le Soleil. — Culte des animaux. — Culte des esprits. — La Calebasse magique. —Le dieu suprême Toupan. — Mythe diluvien. — Mythe d*un incendie primitif. — Le mythe d'Ule, de Tiri et de Carou. — Le Tsume des Botocudos. — L*homme de feu. — Sorciers brésOiens. —* Sacrifices.^

Nous arrivons à ce groupe très nombreux de noncivilisés qui s'espace à l'est des Cordillières, depuis rOrénoque jusqu'aux embouchures du Rio de la Plata. Nous devrions même étendre ces limites au nord jusqu'à la mer des Antilles, puisqu'il y avait là toute une région où les Caraïbes dominaient, mais simplement par la conquête. Le territoire proprement dit que nous devons explorer est celui de l'immense empire du Brésil avec adjonction de la Bolivie et de la Confédération Argentine.

Il n'est pas facile de coordonner les récits nombreux, mais très peu cohérents, des voyageurs qui ont

-visité ces vastes régions. Une grande partie n'en est pas encore beaucoup mieux connue que Tintérieur de l'Afrique. La civilisation européenne est loin d'y exercer Fascendant pour ainsi dire absorbant que nous lui voyons déployer dans l'Amérique du Nord. Ce qu'on appelle la sauvagerie y domine encore, à peine enduite ça et là d'un vernis à prétentions chrétiennes qui n'a guère pénétré et qui va s'amincissant toujours à mesure qu'on s'éloigne des côtes. Le nombre des peuplades indigènes distinctes à l'intérieur du Brésil est effrayant. Tel ethnologiste le porte à 387 ; tel autre réduit ce chiffre, mais( ne l'en estime pas moins à 245 (1). Avec la Bolivie, la Confédération de la Plata, le Paraguay et l'Uruguay, nous arriverions bien au chiffre minimum de 400. Nous ne pouvons nous occuper que des groupes de peuplades réunis par l'afflnité du sang et la contiguïté des territoires. Au surplus, et dans l'intérêt de notre sujet spécial, l'inconvénient n'est pas grand. Plus nous avançons, plus nous découvrons que la religion des non-civilisés se ressemble partout. Tâchons toutefois de poser quelques grandes lignes ethnologiques dont nous nous servirons comme de cadre.

On doit distinguer deux masses principales. Il y a d'abord les peuples Toupi-Guaranis, dont les Topinambous, les Topinambajas, les Omaguas, les Toupankunnas, les Ghiricuanas, les Guanos, etc., sont les plus connus. Ce fut la première race indigène que les Européens rencontrèrent en abordant au Brésil. Ils

(1) Comp. Waitz, Anthropol,^ III 438.

sont sur les côtes depuis les bouches des Amazones jusqu'au-delà du San-Francisco et poussent leurs ramiflcations au nord jusqu'en Guyane. Mais ils sont aussi très répandus à Tintérieur, disséminés au milieu des autres peuplades dont nous allons parler, moins grossièrement sauvages que celles-ci, plus doux de mœurs, montrant quelque disposition pour Tagriculture et une humeur moins revéche aux ininfluences civilisatrices. Il y a pourtant des tribus où les femmes sont au moins aussi belliqueuses que les hommes, et on sait que le nom du fleuve des Amazones provient de ce que, dans les combats livrés par les Espagnols aux indigènes, il leur fallut se battre avec des Indiennes aussi bien qu'avec des Indiens. Ils forment en un mot la grande masse de ces indigènes que les Espagnols et les Portugais appelaient Indios mansos pour les distinguer, comme plus traitables et plus sédentaires, des Indios da matto ou Indiens de la forêt, dont nous allons parler.

Ces derniers sont restés au plus près de la sauvagerie pure. Ils ne connaissent d'autre travail que la cueillette, la pêche et la chasse. Nous citerons seulement les Tocantins et les Botocudos. Il faut en Afrique aller chez les Boschmans et les Nyam-nyam pour trouver un état social et intellectuel aussi misérable. Les indigènes de TAmérique du Nord leur sont certainement bien supérieurs.

Ajoutons toutefois qu'il ressort des explorations les plus récentes que la distinction entre Indiens mart" SOS et Indiens da matto n'est pas aussi tranchée qu'elle le parut aux premiers arrivants. C'est aux deux bouts

de la série seulement qu'elle saute aux yeux. Il est nombre de tribus qu'on serait embarrassé de classer dans l'une ou dans l'autre catégorie.

Les Toupi-Guaranis sont des hommes d'un brun jaunâtre. Les moins foncés sont ceux de la Guyane. Us sont généralement petits, trapus, avec les extrémités courtes, les pieds larges en avant, le front bas et bombée Le crâne est comprimé artificiellement dans l'enfance et le nez aplati. Le nez plat passe chez eux pour une beauté. Le visage est rond, les sourcils très arqués, la bouche moyenne, les lèvres saillantes sans être épaisses. Les cheveux sont longs, noirs, d'un grain rude ; la barbe ordinairement clair semée. C'est une race saine. On n'y rencontre presque jamais de difformités, ils guérissent vite de leurs blessures, vivent assez longtemps. Leurs dents s'usent avec l'âge sans se carier. D'après tout ce que les voyageurs nous en rapportent, on serait tenté de leur attribuer une sensibilité physique inférieure à la nôtre, aussi bien pour la jouissance que pour la douleur. Ils sont concentrés, taciturnes, cachant leurs impressions, comme les Peaux-Rouges. On remarque aussi chez eux une grande habileté à se servir du pied comme organe de préhension. Ils aiment à donner des formes bizarres à leurs chevelures, à moins qu'ils ne méditent une vengeance : en ce cas ils les laissent croître sans y toucher. Les hommes portent des ornements aux lèvres, les femmes aux oreilles. Ils se parent avec des ceintures de perles ou de coquillages, avec des plumes et toutes sortes de peintures. Le tatouage est une distinction des guerriers

les plus braves et des femmes nubiles. Du reste les femmes sont très peu vêtues et les hommes pas du tout.

Ils sont imitateurs et obéissants, mais stupidement. Le cannibalisme était autrefois très répandu chez eux. Ils mangeaient régulièrement leurs prisonniers de guerre après les avoir ornés, nourris, choyés pendant un certain temps. Chose étrange au suprême degré ! le cannibalisme peut revêtir chez ces peuples une forme sentimentale. Il y a des tribus où, par affection pieuse, on mange des parents morts plutôt que de les abandonner à la corruption de la tombe. On voit des mères manger, en pleurant, leur enfant mort, dans l'espoir que, lorsqu'elles donneront le jour à un nouveau rejeton, ce sera le même enfant qui reviendra (1). Dans la région de la Plata on enterrait les petits enfants avec leur mère morte ; car, disait-on, l'enfant loin de sa mère ne serait pas soigné et la mère sans l'enfant ne saurait que faire de son lait. Il y a chez eux plus qu'ailleurs une sympathie, comme un sentiment d'affinité pour l'animal. Ils élèvent toujours beaucoup de perroquets, de singes, de sarigues, pour leur plaisir. A la Guyane il n'est pas rare de voir des femmes allaiter de petits singes ou de petites sarigues trouvés dans les bois (2).

Sans être sédentaires, ils cultivent, ou du moins font cultiver par leurs femmes, le manioc et le maïs. C'est le maïs qui leur fournit la matière de leur

(1) Comp Millier, Americ. Urrelig,^ 113 ; de Gastelnau, Expédition^ etc.

(2) Waitz, d'après Schombupgk, L c, IH, 394.

liqueur enivrante, le Caouin ou Caveng, préparée comme ailleurs par les femmes, qui m&chent d'abord les grains et font ensuite cuire le mélange pour le laisser fermenter. Les Européens les trouvèrent fumant le tabac sous forme de cigares. La couvade est aussi indigène parmi eux, et ce qui confirme l'explication que nous avons donnée de cette étrange coutume, c'est que, non seulement à la naissance de l'enfant, mais encore» s'il tombe malade, la famille toute entière, et surtout le père, doit s'abstenir de tout aliment qui pourrait lui faire du mal (1). Un autre fait à noter, rarement observé dans la vie des noncivilisés, c'est qu'ils habitent souvent au nombre de plusieurs centaines une longue maison au lieu d'avoir chacun sa hutte (2). Eux-mêmes, se comparant à des voisins plus arriérés encore, ne se regardaient nullement comme des sauvages et rapportaient leur supériorité relative aux révélations de leur dieu éponyme Toupan.

Quant aux Indiens da Matto, qui se rapprochent encore plus de la sauvagerie absolue, nous devons renoncer à décrire leurs innombrables variétés. Toujours en guerre, étrangers à toute culture du sol, se servant de flèches empoisonnées, connaissant à peine le mariage, d'une paresse intellectuelle qui dépasse toute idée, ils appartiennent certainement aux derniers échelons de l'espèce. Prenons pour type une de leurs nations les mieux connues, celle des Botocudos,

(1) Waitz, III, 420, d'après Guevara.

(2) Ibid., 413 Buiv. ; 423 suiv.

qui habitent la région au sud de San Francisco. Leur nom viendrait, d'après le prince de Wied, du mot portugais Botoque^ tampon de bois, bonde, et leur aurait été donné à cause des monstrueux morceaux de bois qu'ils portent aux lèvres et aux oreilles. Cette coutume est très fréquente aussi parmi les autres Indiens da Matto, mais les Botocudos paraissent Temr porter sur tous les non-civilisés par les dimensions de cette parure labiale (1). Ils sont de couleur brunrougeàtre, de visage plat, le nez large et aplati comme chez les Guaranis, avec des yeux petits, perçants, au regard oblique. Ils parlent du palais et du nez plutôt que des lèvres, ce qui peut bien tenir à leur façon d'orner leurs bouches, et, détail assez curieux, quand ils sont sous l'empire d'une vive émotion, ils se mettent à chanter. Leur nudité est complète. Us mangent de tout comme les Boschmans, même des lézards, même des crapauds, même de la terre. Il est vrai que ce dernier aliment est assez usité dans toute TAmérique du Sud, jusqu'aux petites Antilles. Cette terre

(1) Parure est peut^ôtre un mot inexact ; car nous retrouvons ici la superstition dëjÀ signalée en Afrique et qui consiste & regarder ces tampons comme des amulettes détournant les mauvais esprits qui voudraient entrer dans le corps par la bouche. En règle générale Tamulette devient aisément parure (croix supendues au cou, breloques italiennes, etc.). Pour na rien négliger, je dois aussi indiquer Topinion qui veut que le nom des Botocudos, en espagnol, en portugais et en français, leur ait été donné en raison de leur habitude d'attendre leurs ennemis sur le haut des collines ; puis, si ceux-ci avancent hardiment, de se peletonner en boule, leurs pieds chaussés de mocassins appuyés sur les reins, et de se laisser rouler ainsi jusqu'au bas de la pente opposée. (Comp. Lettres édifiantes^ II, 133. Castelnau, Expédition, etc., VI, 55, 311.)

comestible est une espèce de glaise grasse, d'appa* rence brûlée, qui contient, paraît-il, des débris de substance végétale nutritive. Mais il faut un estomac de sauvage pour la supporter et eux-mêmes ne s'y résignent que poussés par la faim (1). Seulement, par scrupule religieux, ils refusent de manger des serpents. Ils sont anthropophages et portent comme des trophées les crânes de leurs ennemis dévorés. Ils commencent par en sucer le sang, puis ils font cuire leur chair pour la manger. Â chaque homme ainsi mangé, le Botocudo se fait une incision sur la poitrine. Dans plusieurs tribus on mange les vieillards après les avoir assommés, et l'habitude est si bien prise que, lorsqu*îls se sentent défaillir, les vieillards eux-mêmes demandent qu'on les achève. Ce qui permet de penser qu'au fond, comme chez les Guaranis, il se mêle à cette barbare coutume l'idée de leur procurer une sépulture plus convenable que la terre et d'assurer leur survivance dans la famille (2). A la

longue et sous rinfluence européenne, ces horreurs vont toujours en disparaissant; mais les voyageurs affirment qu'en se rapprochant des Cordilliêres, on rencontre encore l'anthropophagie régnant sur une grande échelle (3).

Nous avons maintenant à réunir les données qui peuvent nous éclairer sur l'état religieux de l'ensemble de ces tribus brésiliennes.

(1) Humbold, Ansichten der Natur., I, 231.

(2) Comp. Millier, /. c, 242-243; Waitz, AnthropoL, HI, 445.

(3) Voir en particulier les recherches très circonstanciées da prince de Wied, I, ISSsuiv., 159 auiv., 161, 165, 195 suiv., II, 44, 50 suir. , ô3.

OUVRAGES A CONSULTER

xyi« siècle. — Nons citerons d'abord la yersioa latine d'nne Description des mœurs et de la religion des Indiens du Brésil, par le hessois Hans Stade, qui voyagea de 1547 à 1554 dans cette région encore si pea explorée et qni n'échappa qn'à grand'peine aux cannibales dont il fat prisonnier pendant neuf mois. Puis, V Histoire du Brésil, du portugais de GAimAYO, Lisbonne, 1576. — L'ouvrage d'un protestant français, Jean de Léry, Vogage fait en la terre du Brésil, imprimé à La Rochelle en 1578 et réimprimé deux ans après à Genève. Cet ouvrage passa longtemps pour classique en cette matière. — Notitias curiosas do Brasil, du jésuite Vasconcellos, 1589. — Historia navigationis in Brasiliam, de Lescarbot, 1594.

xvu* siècle. — Œuvres de l'Anglais Purgeas, du Hollandais de Laet, de Marqravius, De Brasilia regio» nibus et incolis, Amsterdam, 1658; deUoRREAL, Voyage aux Indes occidentales, de 1666 à 1677, Amsterdam, 1722 ; Christophe d'Acuna, Relation de la rivière des Amazones, Paris, 1682; les œuvres du missionnaire Hazart.

xviii« siècle. — Laffieau, Mœurs des Sauvages amé" ricains, Paris, 1724.

xix« siècle. — Nous devons mentionner en premier lieu l'ouvrage justement célèbre du prince Maximilien de Wied, qui voyagea de 1815 à 1817 dans l'intérieur du Brésil, et celui des deux voyageurs bavarois Spix et Martius (1817-1820). — Humbold, Vues pittoresques des Cordillières, Paris, 1810; Ansich' ten der Natur, Stuttgard, 1849. — Saint-Hilaire,

Voyage d'exploration au Brésil, 1837. Le lecteur français pent facilement trouver ces divers ouvrages dans la grande collection Ternauz-Gompans, commencée à Paris en 1837, Voyages, relations et mémoires originaux pour servir à l'histoire de la découverte de V Amérique. — Parmi de nombreuses monographies ou livres moins importants, nous relevons spécialement VExpé^ dition dans les parties centrales de V Amérique du Sud, de 1843 à 1847, de M. François de Castelnau, Paris, 1850, et l'étude ethnologique de M. d'Orbiqny, V Homme américain méridional, Paris, 1839.

Il esta peine besoin de dire que les tribus brésiliennes, aussi bien les Mansos que les da Matto, ont été mainte fois rangées parmi les peuples dépourvus de toute religion. Des observateurs un peu moins superficiels s'aperçurent pourtant que lesToupi-Guaranis avaient des croyances religieuses et limitèrent cette négation aux Indiens da Matto, notanmient aux Botocudos. Enfin des voyageurs plus méthodiques, en particulier le prince de Wied (1), rétablirent là aussi la réalité.

Ni les Indiens Mansos pour la plupart, ni les Indiens da Matto en totalité n'ont de temples, de fêtes régulières, de sacerdoce constitué. Mais on retrouve chez eux les éléments ordinaires de la religion des non- civilisés, un certain culte de la natiu*e, Tanimisme et la sorcellerie. Les migrations fréquentes, les guerres, les enlèvements de femmes, ont produit un grand et confus mélange de traditions et de croyances.

Ainsi le nom du dieu suprême des Toupi-Guaranis a passé chez des tribus beaucoup plus grossières, notamment chez les Botocu'dos. On ne prie pas les divinités, on danse en leur honneur et on leur fait des offrandes. Quant à Tanimisme, il est général, et rindien de TAmérique du Sud vit dans une crainte perpétuelle des esprits. Quelque brave qu'il soit à la guerre, il est rare qu'il ose sortir seul la nuit.

Il faut remarquer aussi dans la religion des Indiens des bois la prépondérance du culte de la lune. C'est une preuve nouvelle à l'appui de notre opinion "que ce culte spécial remonte plus haut encore que celui du soleil dans l'humanité primitive. D'après nos sources, la lune exerce toujours un grand prestige sur l'esprit des non-civilisés du Brésil, ils en font dériver le bien et le mal, et puis ils la trouvent belle, et quand elle se montre à l'horizon dans son plein, il n'est pas rare de les voir lever les mains vers le disque resplendissant en criant : Teh ! Teh I Beau ! Beau ! (1)

C'est pourquoi les femmes exposent leurs enfants aux rayons de la lune pour qu'elle les reconnaisse et les protège. C'est comme un baptême lunaire. Il est

(i; On peut comparer à cetU exclamation du sauvage sud-américain la tentation que pouvait éprouver un Sémite monothéiste, quand la reine des nuits montait dans sa majesté, de lui adresser ses adorations. U se glorifie comme d*une victoire d*7 avoir résisté.

Ai-je jamaii oon temple dévotemeot la luoe Quand elle l'avançait dam la magniflcence, It mon coBur en lecret i*est-il laisié séduire Jusqu'à lui envoyer des baisers de ma main !

Job, UXI, 36.

vrai que les sorciers font aussi des jongleries pour détourner les maladies qu'elle pourrait envoyer; mais les religions sont ][ileines de ces contradictions. La lune est si bien pour ces indigènes la maltresse du ciel que son nom Tarou chez les Botocudos entre dans la formation des mots signifiant les principaux phénomènes célestes. Le soleil est le Taroupido, le tonnerre le Taroudecouwong , le vent le Taroucou^ hou, la nuit le Taroutatou, etc. Ils pensent qu'il prend quelquefois fantaisie à la lune de venir se promener sur la terre, et ce n'est pas à désirer, car ces promenades sont toujours suivies de morts nombreuses. C'est à elle qu'il faut attribuer les fausses couches et, comme à notre lune rousse, Tavortement des fruits qui ne mûrissent pas. C'est elle qui a donné lieu à la personnification la plus redoutée parmi les méchants esprits, Aygnan^ Ananga^ Achanga, selon les dialectes, qui ne cesse de contrarier les hommes, qui enlève les enfants quand ils vont puiser de l'eau aux sources voisines, dont on ne se garantit qu'en allumant du feu. Car Aygnan n'aime pas le feu, ni tout ce qui fait pâlir son rayonnement. La résidence proprement dite d' Aygnan est, il est vrai, sous terre. C'est là qu'il tourmente et punit les âmes des l&ches. Mais cette idée coïncide avec la disparition périodique de la lune derrière l'horizon (1). Il en résulte donc que le caractère attribué à la lune était à la fois bon et

(1) Comp. Léry, pp. 234, 263; Correal, I, 225; Max. de Wied, II, 58, On 86 rappellera que les Grecs aussi avaient deux conceptions mythologiques de la lune, Artémis, Seléné, qui étaient belles et sereines, Hécate, la lugubre sorcière.

mauvais : preuve de plus que le dualisme des religions primitives n'est jamais complet.

Du reste le soleil n'est pas non plus sans tenir une certaine place dans les idées religieuses des indigènes du Brésil. On peut notamment signaler son culte chez les Omaguas, congénères et voisins orientaux des Toupi-Guaranis, se rapprochant par conséquent du Pérou et qui comptaient parmi les moins sauvages à l'arrivée des Espagnols (1). C'est le soleil qui est le héros d'une légende du Paraguay, où il figure vraisemblablement comme fils de la lune.

Cette légende raconte qu'il était une fois une très belle femme qui mit au monde un fils qu'elle avait conçu toute seule. Cet enfant commença par opérer sur la terre toute sorte de choses merveilleuses ; puis, il s'éleva en l'air et devint depuis lors le soleil qui nous éclaire (2). Les Guaranis ont un mythe qui présente quelques analogies, celui de leur dieu Toupan, qui leur a appris ce qu'ils savent d'agriculture et qui est allé ensuite habiter le ciel en leur promettant de leur venir en aide.

Parmi les étoiles, il paraît que c'est surtout la constellation de la Grande Ourse que l'on honore le plus souvent par des danses.

Les animaux sont, comme ailleurs, des manifestations visibles des esprits divins ou des esprits des morts (3). Ceux-ci aiment spécialement à revenir sous forme d'once. Les oiseaux passent plutôt pour

(1) Simon, Noticias Historiales, I» 5, 7.

(2) Muller, /. c, e55.

(3) Prince d« Wied, U, 222.

les intennédiaires ou messagers des esprits supérieurs, surtout Tengoulevent et une espèce do petit faucon appelé Caracara, qui est un messager de mort. Les sorciers des Toupi-Guaranis prophétisent surtout en écoutant le chant des oiseaux, et nous retrouverons cette même idée de la divination chez plusieurs peuplades océaniennes. Enfin, les serpents sont Tobjet d'une grande vénération, et le même culte faisait partie de la religion primitive au Pérou. Le père Charlevoix vit dans une tribu voisine des frontières du Pérou un serpent monstrueux qu'on adorait dans une espèce de sanctuaire pyramidal et qu'on nourrissait de chair humaine. On dislingue aussi des esprits ou des personnifications de Tair, des eaux, ainsi que des génies de la chasse, de la pêche, de la guerre, dont il est difficile de démêler la signification première. La tendance à tout personnifier est très grande. Les maladies elles-mêmes sont des personnes, et la petite-vérole fit à ces malheureux refi'et de divinités malfaisantes qu'on ne savait pas apaiser (1).

Les esprits sans rapport essentiel ou permanent avec des objets déterminés de la nature sont très nombreux et rangés sous divers noms. Il y a d'abord les Youroupari, qui sont les moins spécialisés. Leur nom veut dire en général esprit. Puis viennent les GouroupiraSj tribu de lutins malicieux et taquins, revêtant toute sorte de formes, ne songeant qu'à s'amuser aux dépens des pauvres hommes et, entre

(1) MuUer, /. c, 258-259.

autres facéties, se plaisant h faire naître des disputes entre eux. Les Botocudos ont des espèces d'esprits des bois, les Yanchons, très taquins aussi, qu'on rencontre, tantôt sous la forme de petits hommes analogues aux nains de la légende germanique, tantôt sous celle de gros chiens aux oreilles longues, dont on entend les aboiements furieux pendant les tempêtes. C'est tout simplement la même impression causée par les hurlements du vent que nous retrouvons à la base du mythe de la « Chasse sauvage » répandu en Allemagne et dans plusieurs parties de la France. Enfln, il y a encore les Ipoupiaras^ esprits des eaux, qui ont Tart de faire croire aux voyageurs qu'ils sont encore loin du bord, quand ils en sont en réalité tout près. Ils tombent, et les Ipoupiaras les dévorent. Quand, ce qui arrive quelquefois, un Indien endormi dans son canot est surpris et enlevé par un ailigator, c'est un Ipoupiara qui est l'auteur du méfait (1).

Cependant il y a aussi de bons esprits que les Toupi-Guaranis appellent Apoyacuès, mais on les adore peu, et il faut noter ici cette tendance que nous avons vue bien plus prononcée encore chez les Esquimaux et qui consiste à répartir entre les grandes divisions de la nature, l'air, les eaux, les bois, ces esprits dont on dirait au premier abord que rien ne les y rattache par leur origine. Leur première origine naturiste est clairement indiquée par cette répartition même. Les âmes des morts de-

a) Prince de Wied, U, 58, 59.

viennent à leur tour autant d'esprits, et ceux qui ont été maltraités pendant leur vie reviennent le plus souvent sous fonne d'once pour se venger de ceux qui leur ont fait du mal.

Cet animisme prononcé devient du fétichisme à la mode nègre, ce qui est dans la logique des choses. Les esprits aiment à se fixer dans certains objets, racines, pierres, dents d'animaux, os de morts, etc. Ce ne sont plus seulement des amulettes. La « calebasse magique », Maraca ou Tammaraca, joue un rôle aussi important que chez les Caraïbes. Car on pense qu'elle est le siège d'un ou plusieurs esprits. Cette calebasse est traversée par un bâton, et un trou dans la partie supérieure du bâton doit représenter une bouche. Au dedans il y a des cailloux, des fruits secs, des noyaux, et celui qui la tient Tagite en dansant pour faire résonner tous ces petits ingrédients. Il lui soufDe la fumée de son tabac, cause avec elle, rappelle son enfant, lui offre à manger. Il y a des fêtes de Tammaracas où les sorciers renouvellent par des enchantements la puissance magique des calebasses sacrées ; chaque Indien a la sienne (1).

Cette analogie grossière avec une figure humaine marque un commencement d'idolâtrie chez les Indiens du Brésil. La grande majorité n'en connaît pas d'autre. Toutefois, chez les moins arriérés, chez les Topinambous et près du fleuve des Amazones, il y a quelques idoles de cire ou de bois à forme humaine

(1) MuUer, /. c, 262 suiv.

que Ton dit tombées du ciel. Nous retrouvons ici cette même transition que nous avions constatée en Afrique, du fétichisme à l'anthropomorphisme et à l'idolâtrie (l).

Le prétendu monothéisme des Indiens du Brésil n'est, comme chez les Peaux-Rouges et plus visiblement encore que chez cçs derniers, que la reconnaissance d'un esprit premier ou chef de la masse des esprits qui peuplent le monde. Le nom le plus répandu de ce dieu supérieur est Toupan, le dieu onomastique des peuples Toupis, et c'est par leur influence qu'il a dû passer jusque chez les Botocudos. Toupan est la personnification du tonnerre et probablement aussi du vent considéré comme une manifestation du même être. Les indigènes du Brésil ont une peur puérile du tonnerre qu'ils appellent Toupaconoungo (2). L'éclair est Toupaberaba, éclat, resplendissement de Toupan (3). Son symbole est une tête avec un collier rayonnant, ce qui Ta fait prendre souvent pour un soleil. Comme ses manifestations les plus fréquentes coïncident avec l'époque de la moisson, c'est cette concomitance qui a dû faire de lui le dieu et l'inventeur de la pauvre agriculture des Toupi - Guaranis (4). Mais à part cette peur du tonnerre et cet enseignement agricole, l'idée de Toupan, dieu supérieur, n'exerce pas d'influence sensible sur les pratiques religieuses des

(1) Prince de Wied, 1, 145.

(2) Aconoung^ bruit formidable.

(3) Lëry, Voyage, etc., p. 261. — De Laët, Novus Orbis^ p. 543.

(4) Comp. Millier, /. c, 270 suiv.

peuples Toupi, ni sur leur notion du monde en général.

Ce qui au contraire parait fréquent chez eux, c'est l'idée d'un déluge originel. Le vaste espace compris entrd les GordlUières et TAtlantique est sillonné par des fleuves immenses, recevant de nombreux affluents et coulant le plus souvent à travers des plaines peu élevées. L'interminable et haute muraille des GordlUières forme un réservoir de 6,800 kilomètres de longueur où se condensent en neige les vapeurs de deux océans. Il en résulte que toute la région est le théâtre fréquent d'inondations formidables, et nous avons eu déjà l'occasion de voir que les traditions diluviennes se forment dans les pays d'inondation. Gela posé, il faut se défier des narrations européennes, dont les auteurs ont interprété, d'après leurs souvenirs bibliques, les récits indigènes où l'on parlait d'un seul homme survivant au cataclysme. Ge seul homme est ordinairement et à la fois un dieu et le premier homme. C'est donc un mythe d*origine. Ge point de vue trouve une confirmation singulière dans une tradition propre aux Touracaras, peuple qui vit sous les Tropiques et qui parle, non d'un déluge, mais d'un incendie primitif. Un seul honmie se serait sauvé en se réfugiant dans une caverne fermée par une grande pierre. Un trait fréquent des mythes diluviens, ce sont les moyens plus ou moins ingénieux que rhomme sauvé met en œuvre pour savoir si le fléau dure toujours. Ici, Thomme sauvé allongea une baguette hors d'un trou qu'il avait pratiqué dans la paroi de la caverne. La première fois, il la retira à

demi consumée. La seconde fois, elle lui revint intacte (1).

S'ils ont quelque idée de l'origine des hommes, c'est le plus souvent sous cette forme déjà signalée chez les Peaux-Rouges, qu'un animal déterminé fut le premier ancêtre. Rappelons-nous toujours que, pour ces esprits sans culture, ce que nous distinguons sous les noms de divinité, d'animalité et d'humanité est absolument confondu. Les Youracaras font, au contraire, descendre les hommes d'un arbre, I71e, qui devient un homme. Mais il est intéressant de noter ici un essai des plus grossiers de cette conjonction d'éléments mythiques qui a fait les grands mythes des religions supérieures (2). Ce qui, chez un peuple artiste comme le peuple grec, se fond en un tout harmonieux au moyen de procédés suggérés par le besoin d'éliminer les impossibilités trop flagrantes, demeure au Brésil juxtaposé, contradictoire, ridiculement absurde. On n'y découvre pas moins la prétention de raconter toute une histoire dramatique. Mais comme on voit bien qu'elle est faite de morceaux rapportés I Si l'arbre Ule, père de tous les hommes, rentre dans la nombreuse catégorie des mythes qui font sortir Thomme de l'arbre ou de la forêt, la notion d'après laquelle l'homme est le fils de l'animal reparaît dans ce qu'on dit ensuite de la mère jaguar qui éleva Tiri, fils de cet homme-arbre. Tiri possédait beaucoup de pouvoirs merveilleux ;

(1) Millier, /. c, p. 268.

(2) V. les Prolégomènes, p. 150.

mais, étant seul, il s'ennuyait et, pour avoir un compagnon, il fit un homme avec Tongle de son gros orteil et le nomma Garou. Voilà un troisième mythe d'origine greffé sur les deux premiers. Si Tiri est un soleil, un soleil qui se lève derrière une montagne boisée, peut-être serait-il possible de déterminer ce que vient faire ici l'ongle de son gros orteil. Malheureusement nous manquons de notions suffisantes pour nous livrer à cette recherche. Quoi qu'il en soit, Tiri et son ami Garou engendrèrent des enfants des deux sexes avec un oiseau femelle, le Hokko. Mais il arriva qu'un fils de Garou mourut par accident, et Carou Ten terra. Tiri lui promit de le rappeler à la vie, mais à la condition que Garou ne le mangerait pas. Garou ne demandait pas mieux ; mais ne voilàt-il pas qu'un jour Garou mange une pistache qui avait crû sur le tombeau de son fils mort, et cette pistache n'était autre que ce fils même ! Ici le fil de l'explication nous manque de nouveau, mais on entrevoit un autre élément mythique associé tant bien que mal aux précédents. Tiri en colère décide que tous les hommes seraient mortels. Après quoi, il ouvrit une caverne (troisième origine mythique), d'oïl sortirent tous les peuples de la terre. Il leur dit : « Il faut vous disperser, afin que la terre soit peuplée partout ; pour cela, je vais semer la discorde parmi vous, et vous serez ennemis de manière à ne plus jamais vivre réunis dans le même lieu. » Aussitôt il tomba des flèches du soleil et les hommes s'armèrent. Puis Tiri s'en alla bien loin vers l'ouest, emmenant avec lui plusieurs hommes, ses favoris,

qui partagèrent son immortalité (des étoiles?) (1). Ces flèches qui tombent du soleil et la disparition de Tiri dans les profondeurs de l'occident nous fixent sur la nature solaire de ce héros du mythe où le narrateur cherche évidemment à expliquer bien des choses, la mort, Tétat de guerre des hommes entre eux, etc. Mais quelle incohérence et quelle gaucherie !

On parle aussi chez les Botocudos d'im vieux par triarche Tsume qui, dans le temps, leur avait fait du bien, mais qui, maltraité par eux, était remonté au ciel en disant qu'il reviendrait un jour. Les jésuites n'hésitèrent pas, et reconnurent dans ce Tsume saint Thomas, qu'on a chargé de l'évangélisation en masse d'une foule de contrées dont les premiers chrétiens ignoraient l'existence. Ce mythe botocudo semble un écho de quelque mythe guarani ou péruvien (2). En effet, les Guanos ou Guarayos ont \m grand-père, Tamoi, qui leur enseigna la culture et s'éleva au ciel vers l'orient en leur promettant de les protéger et de recueillir leurs âmes pour les transporter dans la région orientale, où ils pourront faire de superbes choses (3).

Il existe encore un autre récit relatant l'origine des connaissances humaines et localisé près de Rio- Janeiro. Les Indiens eux-mêmes l'auraient transformé en histoire relativement récente, s'il faut en

(1) Ce mythe informe et curieusement compliqué est raconté tout au long par Andrée dans Westldnd^ 1, 125.

(2) Charlevoix, II, 26; Dobrizofer, Abiponcs, Vienne, 1783, ni, 456.

(3) D'Orbigny, V Homme américain. H, 319, 328.

croire l'anglais Stevenson, qui le rapporte dans son livre sur le Brésil (1). Peu de temps avant l'arrivée des Portugais, un Anglais, jeté par un naufrage sur la côte américaine, fut accueilli par les indigènes, et comme il avait \m fusil et des munitions, ils l'appelèrent Camarourou, ce qui signifie : Homme de feu. n apprit aux indigènes beaucoup de choses qu'ils ne savaient pas. II vivait encore lors de la grande découverte, et le roi Emmanuel lui donna même la seigneurie de tout un district. Encore aujourd'hui, des indigènes prétendent descendre de Camarourou. Mais les documents portugais ne contiennent pas un mot de cette belle histoire, il faut un peu se défier de la tendance anglaise à imaginer des Anglais naufragés apportant une demi-civilisation avant tout autre Européen au continent américain découvert plus tard par d'autres (un roman analogue a fait, au Pérou, de Manco Gapac, un Anglais), et nous ne pouvons voir dans ce récit que la transformation évhémériste (2) d'un vieux mythe local où « l'homme de feu » était probablement Toupan, le tonnerre. La noblesse indigène prétendait aussi descendre de lui. Quant à la sorcellerie brésilienne, nous ne pourrions, en la décrivant, que répéter tout ce que nous avons dit en parlant des Peaux-Rouges, des indigènes des Antilles et des Caraïbes. Nous remarquons seulement que les sorciers brésiliens portent le nom de Caraïbes, comme si les sorciers de cette nation pas- Ci) V. Mttller, L c, 271 .

(2) y . Prolégomènes j p. 145 etsuiv.

saient pour les sorciers par excellence. C'est ainsi qu'aux trois premiers siècles de notre ère on donnait le nom de mages à des goètesj à des thaumaturges, qui n'étaient pourtant pas de la corporation des vieux sages de Ghaldée. On désignait aussi les sorciers brésiliens par le nom caraïbe Piayes ou Places. Il y a également des sorcières et des rivalités souvent tragiques entre elles et les sorciers. Les procès et les exécutions de sorciers sont connus là comme en Afrique. Les phénomènes convulsifs, extatiques, d'hallucination, sont les mêmes que partout. La fumée de tabac joue un grand rôle comme moyen d'exciter le spasme extatique ou d'écarter les mauvaises influences. Chez les Omaguas, riverains des Amazones, on se sert aussi de poudres narcotiques (poudre de cutupa, espèce d'acacia) qui procurent une ivresse prolongée. C'est à la suite d'initiations pénibles et de longs jeûnes que les aspirants à la profession de sorcier obtiennent d'être reconnus en cette qualité (1).

A part quelques exceptions très rares, on ne peut pas dire que les indigènes brésiliens aient rien qui ressemble à des temples. C'est seulement aux confins du Paraguay et sur quelques points du cours des Amazones qu'on voit quelque chose qu'on peut nommer ainsi. Le sacrifice lui-même paraît moins généralement pratiqué au Brésil qu'ailleurs. Ce sont surtout les sorciers qui sacrifient pour se concilier la

(l)Comp. Millier, /. c, 276 suiv. L^ry, 208. Tylor, Civilis. prim,, 11,535.

faveur des esprits. Les autres se contentent presque uniquement de la danse comme expression de leurs sentiments d'adoration. Quelques tribus ont pour coutume d'enfoncer un pieu dans la terre et de déposer au pied leurs offrandes, ce qui, par analogie, dénote un culte rendu aux esprits souterrains (1). L'immolation des prisonniers de guerre est en réalité un sacriflce humain, puisqu'elle a lieu pour apaiser les esprits des membres de la tribu qui ont succombé dans les combats (2). C'est à propos de circonstances occasionnelles, guérison, victoire, moisson abondante, que les tribus brésiliennes célèbrent des fêtes durant des journées entières. On danse, on chante, on s'enivre, et on passe alternativement d'une joie délirante à la disposition la plus sombre. Les fôtes de deuil se terminent aussi par l'ivresse.

En résumé, les indiRènes du Brésil justifient le triste renom d être restés au plus bas niveau parmi les races humaines. Cependant ils subissent avec moins de résistance que les Peaux-Rouges l'action civilisatrice d'un gouvernement éclairé. Leur religion informe, incohérente, est de celles qui peuvent

(1) De Laet, XV, 2.

(2) On conf^tate auflsi chez eux la coutume usitée au Mexique et dans TÂniérique du Nord d^engraisser et de choyer le prisonnier de guerre a'viint de le manger. On lui donne môme une épouse. Ces bons traitements durent un an. Au bout de Tannée on le pare de plumes, on le promt^ne solennellement et on Tassomme. Son corps est coupé en morceaux et partagé entre les chefs de famille. Si sa veuve est enceinte, Tenfant qui naît est mis & mort. (Millier, /. c, 283.) Ce n>st guàre qu'au Mexique que le sens de toutes ces horreurs se révèle pleinement.

nous aider à concevoir ce que put être la religioû primitive de toutes les races humaines. Il est seulement à désirer que de nouvelles recherches nous fixent sur bien des points que, faute de renseignements suffisants, nous avons dû laisser dans Tombre.

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