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CHAPITRE n

LES PRINCIPAUX DIEUX DES NOIRS D'âFRIQUE

Tendance monothéiste du Noir d*Afinqae. — On Ta beaucoup ezag^ rée. —Dieux supërieun. — Culte de la Lune. — Disposition à tenir pour animé ce qui étonne ou effraie. *— Culte des arbres. •« Culte des eaux. — Culte des animaux, notamment du serpent

La religion du Noir d'Afrique est incohérente, fragmentaire, comme sa manière de voir les choses. On ne trouve pas chez lui la mythologie poétique ou très originale que nous pouvons étudier chez les Finnois, les Polynésiens et d'autres non-civilisés. C'est même ce qui rend assez difficile de dresser un tableau d'ensemble de sa religion. Beaucoup de détails, beaucoup de dieux divers, de coutumes religieuses baroques ou cruelles, variant avec chaque peuplade, il y en a à profusion ; mais peu de grandes lignes. On n'est pas beaucoup plus avancé en interrogeant les Noirs eux-mêmes. Outre les raisons qu'un Noir se forge, comme tous les non-civilisés en général, pour rester sur ime prudente réserve quand on le . questionne sur ses croyances, il est trop fantaisiste pour qu'on puisse être certain que les croyances qu'il expose sont celles de ses congénères, et non pas seulement les siennes propres. On voit bien se dessiner

un certain cadre général dont sa pensée ni celle d'aucun autre de ses pareils ne sort jamais, mais il est toujours à craindre qu'il ne l'ait rempli à sa guise. Il faut ajouter qu'en présence du Blanc il a jusqu'à un certain point conscience de la puérilité de ses croyances et quelque fausse honte, quand il est mis en demeure de les exposer.

Une chose qui ne laisse pas que de surprendre, quand on sait combien, dans la plupart des cas, la religion des Noirs d'Afrique est grossière, c'est que de tous les non-civilisés ce sont eux qui se familiarisent le plus aisément avec l'idée d'un Dieu unique régissant l'univers entier. C'est là peut-être la cause première des conquêtes importantes que l'Islamisme a faites parmi les populations noires du continent africain. On n'étonne jamais beaucoup le Nègre quand on lui parle d'un seul Dieu vraiment existant. « Le Nègre tend au théisme », dit avec raison M. Tylor (1), et quelques observateurs en ont conclu un peu trop vite qu'à côté de ses superstitions le Noir d'Afrique professait un véritable monothéisme. Il n'en est rien. Son Dieu unique n'est jamais au fond qu'un dieu suprême, comme il y en a un dans tous les polythéismes, c'est un dieu-nature, le ciel ou le soleil, plus souvent le ciel et en tout cas l'être qui, dans son idée, fait la pluie et le beau temps. Là nous trouvons déjà une marque de cette incohérence qui vicie toujours les meilleures conceptions de la race. Son dieu suprême, quel qu'il soit, tient toujours

(1) CMlùation primitive, H, 449.

une place assez médiocre dans ses préoccupations comme dans ses dévotions. Par exemple, on doit relever ce fait remarquable qu'il n'y a pas de mythe nègre de la création, et le plus souvent le Nègre, tout en reconnaissant Texistence et le pouvoir du dieu suprême, incline à penser qu'il est trop grand, trop haut, trop loin, pour se soucier de ce qui se passe sur la terre ; d'où il conclut qu'il serait inutile aux hommes de se soucier beaucoup de lui (!)•

Pourtant il y a quelques traces d'un culte positivement rendu à un dieu suprême. Il s'appelle Woka ou Waha chez les Gallas et leurs voisins, les Imomattas, à l'est du Soudan (2). C'est le ciel qui est ainsi nommé.

Le colonel Ghaillé Long, qui est aussi tombé dans Terreur de ceux qui dénient toute religion aux peuples dont ils nous décrivent les superstitions, nous dit que, dans les dialectes de la région voisine qu'il a visitée, le nom du ciel visible ou du firmament est Loubari^ qu'en temps de sécheresse les Noirs invoquent Loubari, et que, lorsque la pluie tombe, ils lui donnent le même nom de Loubari, ce qui en fait en réalité une sorte de Jupiter Pluvius (3). La même confusion ou plutôt la même identification du dieu du ciel, du ciel et de la pluie est signalée chez les Dinkas du Nil Blanc qui donnent le nom de Dendid aux trois êtres à la fois (4). A cette croyance se joint

(1) Comp. Waitz, Anthropologie ^ H, 208 suiv.

(2) Hartmann, Die Voeîher Africoê^ p. 209.

(3) V Afrique centrale^ p. 65.

(4) Tylor, CivilU. prim,^ U, 337.

la foi aux sorciers « faiseurs de pluie », nombreux dans toute l'Afrique et qui sont supposés avoir un commerce direct avec le dieu qui l'envoie. Dans les tribus du centre et de Test, c'est un grand personnage que le « faiseur de pluie ». Si elle vient au temps voulu, il est comblé de présents ; mais si elle ne vient pas, on l'insulte, on le bat, souvent on le tue ; parfois môme on Téventre pendant qu'il respire encore, dans l'idée qu'il a caché en lui-même la pluie que le ciel lui avait certainement envoyée (1). A rOuest, près des monts Cameron, le même mot signifie le grand esprit et le soleil (2). Chez les Aquapins le même nom Jankkoupong désigne le dieu suprême et le temps qu'il fait. A Bénin et, dans l'Afrique orientale, chez les Makouas, une seule et môme expression désigne Dieu, le ciel et les nuages. A Fernando Po, Roupi; chez les Yoroubas, Oloron sont les noms du seigneur ou de l'esprit du ciel. Au Dahomey nous retrouvons le soleil considéré comme dieu suprême, mais cette reconnaissance est théorique, on ne lui rend pas de culte. A Akra et en général le long de la Côte -d'Or, le dieu suprême est Jonkmâ ou Nyongmo ; là aussi c'est le ciel distributeur de la pluie qu'on entend par ce nom, et même on y découvre un grain de poésie mythologique. On vous dira, par exemple, que Nyongmo est le ciel qui féconde, qui arrose, qui fait pousser l'herbe, mûrir le grain, quelque chose comme le vieux Kronos des Grecs, et on

(1) Hartmann, /. c, p, 210.

(3) Allen and Thomson, Expédition to the R. Niger^ Londres, 1848, pp. 199 et 395.

ajoute que les nuées sont les voiles dont il se couvre la face, que les étoiles sont les pierres précieuses dont il aime à se parer (1).

Ce sont là en réalité les points culminants de ce qu'on a appelé le monothéisme des Nègres. Il ne faut pas aller plus loin, tout en reconnaissant qu'en règle ordinaire, chez les plus intelligents, la tendance à admettre l'unité divine est très facile à faire naître et même a dû plus d'une fois se dégager spontanément. Nous y reviendrons en parlant des sociétés secrètes. Mais il est de fait que cette tendance n'a pris corps dans aucune partie de la race noire. Elle est restée sporadique et sans influence, tant qu'elle n'a pas été secondée par l'influence musulmane ou chrétienne. Le naturisme, le culte de la nature ou plutôt des phénomènes de la nature conçus comme animés, est demeuré le fond des croyances religieuses, et môme il ne s'est pas développé en Afrique aussi bien qu'en d'autres pays non-civilisés de manière à donner à la dévotion du Noir des objets vraiment dignes de son admiration. Ce sont bien moins, par exemple, les grandes forces de la nature, les grands phénomémes célestes qui ont captivé son attention religieuse, que des êtres d'ordre inférieur et tout à fait rapprochés de lui.

Il faut pourtant faire une exception pour la lune, et il eût été étrange, en vérité, que l'astre capricieux, fantastique par excellence, n'eût rien dit au plus mobile et au plus fantasque des hommes. La lune

(1) Basel, Mission Mag. 1S56, H, p. 128.

est l'objet d'une vénération particulière de Pouest au nord-est des pays noirs et jusqu'à Loango (1). On célèbre tantôt la pleine lune, tantôt la nouvelle, par des chants et des danses où des voyageurs, ignorant le rôle de la danse dans les cultes primitifs, n'ont voulu voir que des amusements sans signification religieuse. On lui adresse des prières. L'année nègre est lunaire. Dans plusieurs tribus on salue la réapparition de Tastre des nuits par des acclamations, on jette dans sa direction des tisons enflammés, on saute en l'air en disant des prières. C'est aussi ce qui explique l'espèce de culte dont la vache est l'objet dans les régions orientales de l'Afrique. En règle ordinaire, dans la mythologie comparée, la vache et la lune sont étroitement associées. Cela provient de ce que le croissant de la lune suggère l'idée d'une paire de cornes, et cette paire l'idée d'une vache céleste. C'est ce qui permet aussi de nous rendre compte d'une étrange coutume dont le colonel Chaillé Long fut la victime et à laquelle il paraît n'avoir rien compris. Malade de la fièvre à Fatiko, localité située à quelque distance du lac Albert-Nyanza, et tourmenté cruellement par la soif, il reçut d'un Noir à qui il avait rendu quelques services une gourde toute remplie d'un lait fraîchement tiré. Il avala avidement ce qu'on lui ofl'rait, sans remarquer tout d'abord le goût étrange du breuvage qui lui semblait si appétissant. Mais bientôt son estomac rejeta le fardeau. Le lait

(1) Comp. Cailland, Voyage d Meroé^ Paris. 1826, m, p. 21 — Proyart, Histoire de Loango^ Paris, 1876. — Wilson, Weetem Africa, p. 221. — Tylor, Civilis.prim,, II, 388.

était mélangé d'urine de vache! « Cette habitude») dit-il, a est commune à tous les habitants de TAfri- » que centrale qui ne boivent jamais de lait sans le » couper de cette façon. Elle fait partie des pratiques B superstitieuses qui assurent une existence respectée » à la vache ». Il a observé le culte qu'on rend à cet animal dans le pays des Zanbari et chez les Schillouks, riverains du Nil Blanc. Les vaches dans ces contrées sont comme les pénates de la famille, on ne les tue jamais pour les manger, on ne fait usage que de leur lait (1). La dégoûtante coutume dont le colonel eut à souffrir doit se rattacher à Tidée que toute pluie venant de la source céleste est bonne et salutaire.

Le plus souvent le dieu du tonnerre chez les Noirs d'Afrique est le même que celui de la pluie. Les Yoroubas en font pourtant une divinité particulière, Shango ou Dzakouta, lanceur de pierres, et lui attribuent les haches de pierre que Ton rencontre dans le sol (2).

La mer est aussi adorée comme une grande divinité sur la côte de Guinée, et surtout à Widah, où son grand-prêtre lui offre des sacrifices humains dont les requins profitent (3). La terre enfin est personnifiée dans TAfrique occidentale comme épouse du ciel fécondateur et reçoit des libations en cette qualité (4).

(1) L'Afrique centrale, pp. 29, 72, 266.

(2) Tylor, Civil, prim. H, 348 (^ Barton, Dahoma, U, 141.

(4) Waitz, Anthrqpol.^ U, 54.

De pareilles croyances ne dépassent pas « Télément mythique (1) », ce ne sont pas des mythes organisés. Un trait curieux, qui dénote que Tâge mythologique est en avant et non pas en arrière de la religion des Noirs telle qu'elle se présente à nous, c'est que, postérieurement à l'arrivée des Européens, il s'est formé quelques légendes mythiques où les Blancs jouent un rôle, et qu'on n'en voit pas de semblables dans les croyances purement indigènes. Voici une de ces légendes que M. Wilson a recueillie dans la Guinée septentrionale, et sa teneur montre bien qu'il ne faut pas y voir un simple écho du mythe chrétien de la création (2). « Dieu », dit cette légende, » appela les deux fils du premier couple humain. » L'un était noir, l'autre était blanc. Il mit devant eux » de l'or et un livre, puis il leur ordonna de choisir. » Le noir, qui était Tainé, eut la priorité du choix et » prit l'or, laissant le livre à son plus jeune frère. Ce- » lui-ci, sans qu'on sache pourquoi, fut transporté dans » un pays lointain et froid ; mais, grâce à son livre, il » devint très savant et se rendit puissant et redou- » table. L'ainé resta où il était et vécut assez long- » temps pour voir que la science est supérieure à la » richesse. »

Ce mythe, qui respire une tristesse mélancolique, est visiblement fondé sur l'impression que fait au Nègre tout ce que le Blanc tire de supériorité de l'écriture et du livre que lui ne possède pas. Dans

(1) Prolégomènes t p. 150.

(2) Western Aflriea, p. 229.

sa profonde ignorance, il ne conçoit pas le livre autrement que comme un grimoire de sorcier, ou môme il le prend pour im sorcier réel. On raconte volontiers à ce propos l'histoire comique de ce Nègre, attaché au service d'une mission anglaise, qui devait chaque semaine porter im certain nombre de pains à une station assez distante et qui en mangeait régulièrement un sur sa route. Dénoncé une fois par une lettre dont il avait été chargé en même temps, menacé d'être renvoyé s'il recommençait, il s'avisa, la fois suivante, de fourrer la lettre sous une pierre pendant qu'il se régalait du pain des Blancs. Et quand, arrivé à destination, il se vit encore une fois convaincu par la lettre de gourmandise illicite, il s'écria : « J'avais bien raison de vous dire qu'il ne fallait pas s'en rapporter à cette petite sorcière qui m'en veut ; elle ne sait ce qu'elle dit, puisqu'elle n'a pas pu voir ce que je faisais pendant qu'elle était sous la pierre. »

Ce trait plaisant est typique de l'état d'esprit du Noir devant la nature et tous les phénomènes dont il est témoin. Pour lui, là du moins où il n'a pas été modifié par l'influence européenne, tout est animé, tout a des intentions, des volontés, de la conscience. Son incapacité mythologique, son impuissance à concevoir l'organisation font qu'il craint ou vénère les êtres les plus humbles qui sont à sa portée, pour peu qu'ils frappent son imagination, qu'ils lui paraissent mystérieux à \m titre quelconque. C'est ce qui le rendra éminemment fétichiste ; mais achevons de décrire son naturisme qui ne reste pas

longtemps dans les hauteurs du ciel et se meut bien plus volontiers terre à terre.

Ainsi Tarbre, surtout s'il est grand et gros, est très souvent l'objet de ses adorations. Plus d'un motif porte à croire que l'arbre nourricier a compté parmi les tout premiers objets (1) du sentiment religieux dans l'enfance de Thumanité. Dans la région de Widah (royaume de Bénin), on attribue aux arbres une vertu curative et on dépose des malades sous leurs ombrages (2). Au Congo, chez les Ashantis et dans la région du Niger, les délibérations intéressant la tribu ont lieu sous les mimosas sacrés (3). Ce qui prouve bien qu'il ne s'agit pas d'une simple vénération de respect ou de tradition, mais d'un culte, c'est qu'on fait des sacrifices aux arbres sacrés, soit qu'on y suspende des lambeaux d'étoffe, soit môme qu'on leur offre des aliments. Mungo Park, au début de son voyage, rencontra un arbre devant lequel on ne passait pas, lui dirent ses guides, sans y appendre quelque morceau d'étoffe, sous peine de s'exposer à son courroux (4). A Zinder, à l'ouest du lac Tchad, pays dépendant de l'empire de Bornou, Richardson vit un arbre sous lequel on exécutait les condamnés à mort et qu'on adorait avant la conversion du pays à l'islamisme. Il y en avait encore

(1) Prolégomènes t p. Ô8.

(2) Desmarchais, Voyage en Guinée, Amsterdam, 1731, n, 132.

. (3) Tuckey, Narrât ofan Expédition to the Zaire, Londres, 1818, p. 366. — Schauenburg, /. c, p. 102. — Ramseyer et Kohne, /. c.» pp. 298 et 502.

(4) Schauenburg, 1, 94.

cinq ou six du môme genre autour de la ville. On leur sacrifiait jadis des bœufs et des moutons, et ce qui montre comment les coutumes religieuses peuvent se transformer en passant sous l'influence d'une religion supérieure, le sultan se rend encore aujourd'hui en grande pompe au pied de Tun de ces arbres pour distribuer aux pauvres des bœufs et des moutons ; c'est-à-dire ce qu'on ofl'rait aux arbres du temps du polythéisme (t). En Guinée, on montre un arbre dont les feuilles ou les racines confèrent le don de sorcellerie à celui qui en mange (2). Avant d'abattre un arbre, le bûcheron noir fait un sacrifice à Tesprit qui est censé l'habiter (3).

Les lacs, les fleuves et leurs sources sont aussi l'objet des adorations noires. Il arrive souvent aux explorateurs d'être empêchés de remonter jusqu'aux sources d'un fleuve, parce qu'on les considère comme la résidence proprement dite de l'esprit du fleuve, comme le siège de sa force vitale, et on craint qu'il ne s'ofiense de l'indiscrète curiosité d'un étranger (4). A Akra on jette cérémonieusement un pot dans une source sacrée qui passe pour la messagère de toutes les rivières de la contrée, en la priant de leur porter ce pot et de leur acheter de l'eau. On espère qu'elle rapportera le vase plein d'eau, et, conmie elle n'y manque pas, on retire ledit vase et on en répand le

(1) Schauenburg, p. 125.

(2) WillsoD, Western Africa^ p. 224, comp. Lubbock, Origines de la civilisationy trad. Barbier, 3* éd., p. 285.

(3) Tylor, Civilis prim. II, 281.

(4) Mollien, Reise in dos Innere der Ouinea, Weymar, 1824.

contenu sur les champs pour les fertiliser (1). Quand les frères Lander voulurent s'embarquer sur le Niger pour le descendre jusqu'à son embouchure, un roi du pays, bienveillant aux voyageurs, ne voulut pas les laisser partir avant d'avoir interrogé le fleuve par l'organe de son prêtre pour savoir s'il consentait à les porter ainsi jusqu'à la mer. Heureusement le fleuve fit une réponse favorable. Pourtant, au cours du trajet, il arriva qu'un nuage très épais s'éleva du fleuve et couvrit toute la contrée d'obscurité. Làdessus les Nègres dirent aux voyageurs blancs de se coucher à plat ventre et de ne pas regarder le fleuve; il n'avait jamais vu de Blancs, et c'est pour cela qu'il faisait lever ce nuage épouvantable (2).

Dans un même ordre d'idées, le Nègre adore certains animaux, ceux du moins qui lui paraissent très intelligents, ou très forts, ou simplement mystérieux. Il animalise bien souvent des objets inanimés qui lui sont présentés pour la première fois et qui frappent son imagination. La première fois que les Nègres virent une cornemuse, ils la prirent pour un animal, les deux trous percés en arrière de l'instrument étaient deux yeux. Quand Monteiro, voyageur portugais, arriva, monté sur im âne, dans une partie du sud-est de l'Afrique où l'on n'en avait jamais vu, les habitants furent remplis d'admiration et de déférence pour l'animal dont les longues oreilles attestaient la sagesse. Lors d'une délibération solennelle, on le traita

(1) Waiti, Anthropol., U, 177.

(2) Schauenborg, /. c, 1, 479, 551.

absolument comme une personne intelligente et on lui demanda respectueusement son avis. Les singes sont tenus pour des hommes punis à la suite de quelque faute et qui pourraient parler, s'ils voulaient ; mais ils ne veulent pas, de peur qu'on ne les force à travailler. Ou bien on oroit que les singes qu'on voit près des cimetières sont animés par les esprits des morts (1). L'éléphant, le léopard, Thyène, le tigre, le crocodile, le lion, qui, ditron, n'attaque pas rhomme qui le salue poliment, la cigogne à cause de sa sapience, Taigle et le vautour à cause de leur force, sont vénérés et même adorés en bien des lieux. Il y a un genre d'échassier qui, au pays de Fouta, passe pour l'ami du crocodile et pour gardien de son sommeil. C'est pourquoi il est défendu do le tuer (2).

Mais, de tous les animaux, le plus généralement révéré par les Noirs d'Afrique, c'est le serpent, et, chose à noter, il passe le plus souvent pour un être bienveillant. Au Dahomey, les serpents ont au milieu de la capitale une maison où ils sont nourris et soignés aux frais de l'État. S'ils en sortent, on les y ramène avec toute sorte de respects. En tuer un ou l'injurier, c'est commettre un crime irrémissible. A certains jours les prêtres les promènent enlacés autour de leurs bras ou de leur cou. C'est par leur moyen que Ton découvre les sorciers soupçonnés de maléfices ; celui qu'ils mordent, parmi les accusés, est convaincu

(l)Tylop, Civilis.prim. U.303.

(2) Comp. WaiU, ArUhropoU U, 177 et suit.

d'être le sorcier cherché (1). Dans un village ashanti le|missionnaire Ramseyer voulut tuer un serpent dont le voisinage l'inquiétait. On l'en empêcha en lui disant que c'était le fils d'un serpent sacré qu'on adorait sous un monticule de terre, blanchi à la chaux, au sommet duquel on avait ménagé une ouverture permettant de verser du vin de palmier dans Fintérieur. A gauche du monticule une figure humaine, grossièrement découpée, avec un bonnet d'étoffe sur la tête et l'épée à la main, montait la garde pour protéger ce sanctuaire (2). On signale ailleurs, surtout à Widah (royaume de Bénin), des faits analogues (3). C'est spécialement le serpent python, Python Sebœ ou Natalensis, qui est le serpent adoré. Il atteint souvent de grandes dimensions et il n'est pas venimeux ; mais il peut très bien étouffer ceux qui l'adorent de trop près. Avant leur conversion au christianisme, les Abyssins le tenaient pour un dieu de première catégorie. C'est ce culte du serpent qui, transporté aux Antilles par les Nègres esclaves, s'est associé à celui d'un ancien dieu-serpent de l'Amérique centrale, Votan, et qui a donné lieu à cette religion du Vaudou que les Noirs des colonies pratiquaient plus ou moins secrètement et dont les cérémonies dégénéraient en véritables scènes de sabbat.

a)Wilson, /. c, p. 207.

(2) liamseyer et Kuhne, /. c, p. 131.

(8) Waiti, AnthropoL II, 177. Hartmann, /. c, 215.

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