‹ Histoire des religionsChapitre 15 sur 39 · VII · texte numérisé non relu

VII

(2) Clavigero. Âpppend. VIH.

on a pu le remarquer dans les descriptions qui précédent, que les victimes étaient toujours des prisonniers de guerre ou des esclaves qui l'avaient été. C'est la superstition, alimentée par Tétonnement que causait aux Aztecs eux-mêmes leur prospérité croissante, due, croyaient-ils, à leur prodigalité en fait de sang et de cœurs humains, qui explique cette lamentable aberration. Il ne faut pas oublier qu'en comparaison des éléments toltecs et chichimecs de leur empire, les Âztecs se montraient les plus moraux, ou, si l'on veut, les moins vicieux.

Les Espagnols, en arrivant au Mexique, ne tardèrent pas à s'apercevoir que les victimes immolées aux dieux étaient souvent mangées par les prêtres et les particuliers. Ils en tirèrent la conclusion que les Mexicains en général étaient anthropophages. Ce n'était pas exact. Il se peut que les tribus restées en dehors de la civilisation nahua, comme les Otomis retirés dans leurs montagnes, fussent encore adonnées au cannibalisme. Chez les Mexicains civilisés, l'anthropophagie avait disparu des mœurs, elle n'avait subsisté que comme usage religieux et, nous serions tenté de dire, coùime sacrement. Quand Bernai Diaz énumère toutes les belles denrées comestibles qu'il a vu vendre au grand marché de Mexico, il ne fait aucune mention de chair humaine. Il y a d'ailleurs un fait paient qui met en pleine lumière la distinction que nous faisons ici. Mexico ne fut réduite qu'après un long siège où ses défenseurs eurent à endurer toutes les souffrances de la famine. Quand enfin la ville dut se rendre, les Espagnols en trouvèrent les maisons

et les rues jonchées de cadavres (1). Si, en dehors des sacrifices et dans leurs repas ordinaires, les Aztecs eussent été adonnés à l'anthropophagie, il est clair qu'ils n'eussent pas manqué de prolonger la résistance en se nourrissant des corps tombés dans les combats acharnés qui précédèrent la capitulation (2). Cette remarque suffit, et les Aztecs méritent bien assez de reproches, sans qu'on les charge encore de méfaits auxquels ils étaient étrangers.

(1) Bernai Diaz, ch. CLVI.

(2) C*est probablement & cette distinction de Tanthropophagie religieuse et de Panthropophagie habituelle que les Espagnols ne comprirent pas, qu*il faut recourir pour expliquer Tun des actes qui pèsent le plus lourdement sur la mémoire de F. Cortez. Le conquérant, dans sa campagne du Honduras, avait par prudence emmené avec lui le roi vaincu de Mexico et sa suite. Il lui avait conservé son titre royal et quelque ombre d*honneur. Mais il ne voulait pas le laisser derrière lui à Mexico, où il aurait pu organiser des complots contre le nouveau régime. Or, & peine arrivé dans le Honduras, Cortez le fit arrêter comme coupable d*une conjuration tramée contre lui et, après un semblant de jugement, le fit exécuter. On a dit que cette conjuration était imaginaire et que Cortez avait saisi un prétexte en Tair pour faire périr ce roi détrôné qui lui inspirait tonjours des craintes. JUncline à croire que les soupçons de Cortez n*étaient pas tout à fait sans fondement. Quelques jours auparavant, Guatemozin et ses affidés avaient tué quelques indigè)ies et le* avaient mangés. On dit que c'était & cause des cruelles privations auxquelles Texpédition mal dirigée à travers un pays inconnu avait failli succomber. Mais nous savons que la faim seule ne poussait pas les Mexicains à faire acte d'anthropophagie. Il est bien plus vraisemblable qa*en effet Guatemozin et ses compagnons, dont la conversion forcée au catholicisme n'avait nullement changé les croyances réelles, avaient machiné quelque entreprise de grande importance pour eux, et que, pour en assurer la réussite, ils avaient fait des sacrifices humains et mangé, selon la vieille coutume, la chair des victimes. Voir le récit de Beroial Diaz, témoin de Tévénôment, cb. CLXXV et ÇLXXVII,

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