PAR MYLORD STANHOPE, SECRÉTAIRE D'ÉTAT
M. l'abbé de Vertot est prié de communiquer, à des personnes que son Histoire des Révolutions de Rome a rendues curieuses sur tout ce qui a rapport à l'ancien gouvernement de cette république, ses pensées sur une chose qui ne paroît point être assez développée par les modernes qui ont traité de la constitution de Rome.
Il s'agit de sçavoir quelle étoit la voie commune et régulière, dans les quatre ou cinq premiers siècles de la république , qui donnoit entrée au sénat.
Il paroît bien que , dès l'antiquité la plus reculée de cet État, la dignité de consul, et peutêtre même que, dans la suite, celle de préteur ou autres, donnoient à ceux qui en avoient été revêtus, le droit d'assister au sénat pendant leur vie.
On sçait que, pendant les premiers siècles, il ny avoitque des patriciens dans le sénat; mais on voudroit sçavoir précisément par quelle rè-
gle , ou par quelle autorité , de certains patriciens étoient sénateurs , pendant qu'un grand nombre d'autres patriciens ne partîcipoient point à cet honneur. Y avoit-il quelque droit de succession ou de primogéniture? ou bien les censeurs, et, avant rétablissement de cette magistrature , les consuls avoient-ils le droit d'a- • gréger au sénat tels patriciens, que bon leur sembloit, pour remplir les places qui devenoient vacantes au sénat?
On sçait qu'après la seconde guerre punique, un dictateur fut créé pour remplir le sénat qui se trou voit épuisé; mais ce fait, au lieu de résoudre les doutes que Ton a sur cette matière, ne fait que les augmenter, puisque, de là, on pourroit inférer quiln'y avoit point à Rome de voie régulière et commune pour remplacer les pertes des sujets que faisoit le corps du sénat , puisque Ton a eu recours à cette puissance extraordinaire du dictateur.
Si quelqu'un est capable aujourd'hui, non seulement de résoudre ces doutes, mais encore de donner, au public, des idées justes sur tout ce qui regarde la constitution des droits et prérogatives du sénat , et de l'Ordre des patriciens, ce doit être fauteur sçavant et poli des Révolutions de Rome. . ,