RÉV. DE PORT
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bellir son esprit , et rendre son jugement plus juste.
Le duc de Bragance étoït charmé de posséder une personne si accomplie ; il avoit pour elle une estime infinie et une confiance parfaite, il n'entreprenoit jamais rien sans la consulter; ainsi il n'avoit garde de s'engager plus avant dans une affaire aussi importante qu'il n'eût pris son avis et consulté toutes choses avec elle.
Il lui découvrit donc le plan de la conjuration , le nom des conjurés , l'ardeur qu'ils faisoient paroitre pour la faire réussir , et ce qui s'étoit passé tant à Lisbonne que dans la conférence d'AJmada. Il ajouta que sur la nouvelle du voyage de Catalogne il avoit pressenti que la noblesse étoit résolue d'éclater plutôt que de sortir du royaume, et qu'il éloit à craindre qu'à son refus ils ne portassent leurs vues d'un autre côté et sur un autre chef. Que cependant il ne pouvoit s'empêcher de lui avouerque la grandeurdu péril l'épotwantoit; que quand il n'avoit envisagé que de loin le dessein de s'élever sur le trône , cette idée flatteuse de grandeur s'étoit agréablement emparée deson esprit, mais qu'àprésent qu'il falloit essayer la fortune et courir tous les risques
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«l'une entreprise aussi dangereuse , il ne pou- Toit envisager sans quelque frayeur le péril où il s'alloit jeter lui et toute sa maison; qu'il y avoit peu de fonds à faire sur l'humeur du peuple inconstant , que la moindre difficulté rebute et dissipe facilement; que ce n'étoitpas assez d'avoir la noblesse de son côté si elle n'étoitappuyée des grands du royaume; mais que bien loin de se flatter qu'ils entrassent dans ses intérêts , il les trouveroit toujours à son cbemin comme ses plus cruels ennemis , la jalousie naturelle aux hommes ne leur permettant pas de faire leur maître de celui qui étoït leur égal.
Ces considérations jointes à beaucoup d'autres prises du côté de la puissance du roi d'Espagne, et du peu de sûreté qu'il y avoit à se confier au secours dos étrangers , balançoient dans l'aine de ce prirce la passion qu'il avoit de régner. Mais la duchesse , dont l'ame étoit plus ferme , et l'ambition plus vive , entra parfaitement dans le desseir de la conjuration: la vue d'une si grande entreprise ne fit qu'exciter son courage, et réveiller ses désirs d'élévation. Elle demanda au duc, en cas qu'à son refus le Portugal se tournât en république, quel parti il prendroït entre ce nouveau gou-
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vernernent et le roi d'Jispagne (i). Le duc lui dit qu'il seroit toute sa vie inviolablement attaché aux intérêts de sa patrie. Votre résolution, lui dit la duchesse, me fournit la réponse que je dois vous laire, et que vous deviez faire même aux députes de la noblesse ; et puisque vous voulezbien vous exposer aux plus grands dangers en qualité de sujet de la république , il est plus avantageux, et il vous sera bien plus glorieux de tenter la fortune pour défendre une couronne qui vous appartient , et que le peuple et la noblesse vous veulent mettre sur la tête. Elle lui représenta ensuite avec beaucoup de force les droits incontestables qu'il avoit à la couronne; que dans le malheureux élat où les Castillans avoient réduit le Portugal il n'étoit pas permis à un homme de sa qualité et de son rang de demeurer dans l'indifférence ; que ses enfants et toule sapostérité reprocheraient à sa mémoire comme une lâcheté indigne de son sang de n'avoir pas profité d'une occasion si favorable. Ensuite elle exagéra à ce prince la douceur de régner dans un lieu où il u'obéissoit inémequ'avec crainte; les charmes d'une couronne , la facilité de s'en
(i) Il y «des «meure (pftMtribwnt ce trait à Pie., tctrclairf du duc de braganev.
emparer; que quand même il n aurait pas le secours étranger qu'on lui offroît, il étoit assez puissant par lui-même en Portugal pour en chasser les Espagnols , sur-tout dans la conjoncture de la révolte de la Catalogne. Enfin elle sut lui montrer la couronne par des côtés si brillants , qu'elle le détermina entièrement. Mais elle entra dans la vue qu'il avoitdc laisser grossir le nombre des conjurés, avant que de se déclarer plus positivement, et de neparoître ouvertement dans cette affaire qu'au moment de l'exécution.
Cependant la cour n'étoit pas sans inquiétude. Ces marques extraordinaires de joie que le peuple de Lisbonne avoit fait paroitre à la vue du duc de Bragance avoient fait impression sur le ministre.
Il commençoit à soupçonner qu'il se faisoit à Lisbonne desassemblées secrètes; rt certains bruits , qui pour l'ordinaire marchent sourdement à la têle des grands événements , augmentaient fort son inquiétude.
Le roi tint sur cela plusieurs conseils, et on résolut , pour ôter aux Portugais l'espoir de réussir Jp.ns la révolte qu'ils pouvoîent méditer, de fairevenir incessamment à Madrid le duc de Bragance, le seul chef qui étoit à craindre dans ce royaume. Le comte-duc lui