‹ Histoire des révolutions de PortugalChapitre 14 sur 18 · DE PO HT DO AL. III · texte numérisé non relu

DE PO HT DO AL. III

que dans ce changement de fortune le personnage de reine ne lui coûta rien , et qu'elle soutint sa nouvelle dignité avec tant de grâce et de majesté qu'elle sembloit être née sur le trône.

Tel fut le succès de cette entreprise, qu'on peut dire qui fut un miracle du secret , soit que l'on considère le grand nombre, ou les diverses qualités des personnes à qui il fut confie. Mais ce fut une suite naturelle des sentiments d'aversion que chacun d'eux avoit conçus depuis long-temps contre le gouvernement espagnol; sentiments que les guerres fréquentes que ces peuples , comme voisins , ont toujours eues entre eux, firent naître dès le commencement de cette monarchie , que la concurrence dans la découverte des Indes , et de fréquents démêlés dans le commerce , avoient fort augmentés , et qui étoient dégénérés en une haine violente depuis que les Portugais avoient été soumis à la domination de la Castille.

Cette nouvelle fut bientôt portée à la cour d'Espagne. Le ministre en fut sensiblement touché; il fut au désespoir de s'être laissé prévenir. Le roi son mattre n'avoit pas besoin de nouvelles affaires, il étoit assez embarrassé à se défendre contre les armes de la France et de la Hollande ; et sur-tout la révolte de la Ca-

ni révolutions

talogne étoit d'un dangereux exemple, et lui

causoit de violentes inquiétudes.

Toute la cour savoit la nouvelle , le roi étoit le seul qui l'ignoroit : personne n'osoit se hasarder de lui en parler , par la crainte du ministre, qui n'auroït pas pardonné aisément à ceux qui se seroient chargés de ce soin. Enfin cette affaire faisant trop de bruit pour être cachée davantage, et le comte duc craignant que quelqu'un de ses ennemis ne s'ingérât d'en faire le récit d'une manière qui lui fût plus désavantageuse que s'il le faisoit lui-même , il se détermina à l'annoncer lui-même au roi.

Mais comme il connoissoit l'esprit de ce prince, il sut tourner la chose d'une manière si fine, que le roi ne connut pas toute la perte qu'il venoit de faire, « Sire (i) y lui dit-il en l'abordant avec un visage ouvert et plein de confiance, nje vous apporte une heureuse « nouvelle, votre majesté vient de gagner un « grand duché et plusieurs belles terres. Et

■ comment , comte ? lui dit le roi tout surpris. « C'est, répondit ce ministre, que la tête a * tourné au duc de Bragance, il s'est laissé - séduire par une populace qui l'a proclamé

■ roi de Portugal : voilà tous ses biens confis-

(i) De Iielto lusiiano , Yih. ! , p. ^g.

« qués ; il n'y a qu'à les réunir à votre domai- * ne, et par l'extinction de cette maison votre n majesté régnera désormais sans inquiétude « dans ce royaume. »

Quelque f'oihle que fût ce prince, il ne fut pas tellement ébloui de ces espérances magnifiques qu'il ne comprît bien que cela ne seroit pas si aisé. Mais comme il n'osoït plus voir que par les yeux de son ministre , il se contenta de lui dire qu'il falloit travaillera éteindre une rébellion qui pouvoit avoir des suites dangereuse*.

En effet le roi de Portugal ne négligeoit rien de ce qui pouvoit l'affermir dans sa nouvelle grandeur. En arrivant à Lisbonne il avoit nommé aussitôt pour toutes les places frontières des gouverneurs, gens fidèles et pleins de valeur et d'expérience, qui partirent incessamment, et allèrent se jeter chacun dans son gouvernement avec ce qu'ils purent ramasser de gens de guerre, et travaillèrent avec toute la diligence possible à mettre leurs places en état de défense. Il délivra en même temps quantité de commissions pour lever des troupes; et immédiatement après son couronnement il convoqua les étals du royaume (i).

(t) Le a8 janvier 1641.

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Il y lit examiner ses droits à la couronne, pour ne laisser aucun scrupule dans l'esprit des Portugais; et par un acte solennel il fui reconnu pour véritable et légitime roi de Portugal , comme descendant , par la princesse sa mere , de l'infant Edouard , fils du roi Emmanuel , à l'exclusion du roi d'Espagne , qui ne sortoit de ce roi que par une fille, qui par les lois fondamentales du royaume étoit exclue de la couronne , ayant épousé un prince étranger (i)

U déclara dans l'assemblée générale des états qu'il se contentoït de ses biens de patrimoine pour l'entretien de sa maison , etqu'j] réservoit tout le domaine royal pour les nécessités du royaume; et afin de faire goûter aux peuples la doueeur de son gouvernement il abolit tous les impôts dont les Espagnols les avoienl accablés.

Il remplit les charges de l'état et les emplois les plus considérables de ceux des conjurés qui en étoient plus capables , et qui avoient marqué plus d'ardeur pour son élévation.

Pinto n'eut point de part à cette promotion; le prince ne crut pas son ar'orité encore assez établie pour faire passer un de ses dômes ti-

(i) SoiLsa, p. 5Ka.

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ques d'une naisssance médiocre dans une grande charge : il n'en eut cependant pas moins d'autorité sur l'esprit du roi et dans tout le royaume; et l'on peut dire que sans être ministre ni secrétaire d'état en titre il en taisoît toutes les fonctions , par la confiance étroite que son maître avoit en lui.

Ayant mis tout l'ordre qu'on pouvoit désirer dans le dedans du royaume, il donna tous ses soins à s'unir étroitement avec les ennemis du roi d'Espagne , et même à lui en susciter de nouveaux ; et il tâcha d'insinuer au duc de Medina Sidonia , son beau-frere , et gouverneur de l'Andalousie, le dessein de se rendre indépendant dans son gouvernement, et de s'en faire , à son exemple , le souverain. Le marquis d'Aïamonté, seigneur espagnol, parent de la reine dePortugal , se chargea de cette négociation , dont nous verrons le succès dans la suite de ce discours.

Lenouveauroi de Portugal dépêcha ensuite des ambassadeurs dans toutes les cours de l'Europe pour s'y faire reconnaître. Il lit une ligue offensive et défensive avec les Hollandais et les Catalans : il se trouvoït assuré de la protection de la France. Le roi d'Espagne même montra sa foiblesse ; car il n'entreprit rien de considérable sur les frontières de JPor-

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tugal pendant toute la campagne , apparemment parceque la révolte de la Catalogne occupoit toutes ses forces. Ce qu'il entreprit même ne lui réussit pas (i) , ses troupes eurent toujours du désavantage. Quelque temps après on apprit que Goa et tout ce qui reconnoit la domination portugaise , soit dans les Indes , ou dans l'Afrique et le Pérou , avoient suivi la révolution générale du royaume. De sorte que tout sembloit promettre au roi de Portugal une suite d'heureux succès , et un règne toujours tranquille au dedans , et victorieux au-dehors ; lorsqu'il étoït sur le point de perdre le sceptre et la vie , par une détestable conspiration qui s'étoit formée sourdement dans Lisbonne , et au milieu même de la cour de ce prince (a).

L'archevêque de Brague étoit, comme nous avons dit, tout dévoué à la cour d'Espagne, dont il étoit un des ministres dans le Portugal (3), Il voyoit bien qu'il n'y avoït point de rétablissement à espérer pour lui que dans le rétablissement du gouvernement espagnol: il craignoit même que ie roi , qui sembloit avoir

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eu quelques égards pour son caractère , en ne le faisant pas arrêter , comme les autres ministres des Espagnols, ne s'y déterminât enfin quand son autorité seroit entièrement établie. Mais ce qui étoit plus capable que tout cela de lui faire entreprendre quelque chose de considérable , c'étoit son attachement pour la vice -reine : il ne voyoU cette princesse en prison , et dans des lieux sur-tout où il lui sembloit qu'elle devoit régner , qu'avec un véritable désespoir; et ce quiavoit particulièrement aigri son ressentiment, c'est qu'on lui avoit défendu de la voir, et à toutes les personnes de qualité qui avoient permission d'aller chez elle, depuis qu'on s'étoit apperçu qu'elle se servoit de la liberté que le roi lui avoit laissée , pour inspirer des sentiments de révolte à tous les Portugais qui l'approchoien t. Cette conduite lui parut tyrannique et insupportable : il lui sembloit à tous moments que cette princesse lui demandoit sa liberté pour pris de toutes les grâces qu'elle lui avoit faites. Le souvenir de ses bontés allumoit sa colère , et le fit résoudre à tout employer pour satisfaire à sa reconnoissance, et pour la venger de ses ennemis. Mais comme il étoit bien- difficile de surprendre ou de corrompre les gardes que le roi lui avoit donnés , il résolut d'ai-

Iltt «ÉVOLUTIONS

1er droit à, la source, et par la mort du roi même rendre à cette princesse et sa liberté et sa première autorité.

S'étant affermi dans ce dessein, il s'appliqua à trouver tous les moyens qui pouvoient faire réussir le plus proinptement son projet , se doutant bien qu'on ne lui laisserait pas long-temps la charge de président du palais, et qu'il seroit contraint de se retirer à Braguc. Il jugea bien d'abord qu'il falloit prendre une autre route que celle que le roi venoit de tenir; qu'il u'auroit jamais le peuple de son parti, à cause de la haine qu'il portoit aux Espagnols ; que d'un antre côté l'élévation du roi étant l'ouvrage de la noblesse, elle n'entreroit pas dans cette conspiration , dans laquelle elle ne pourrit trouver aucun avantage. Il vit bien qu'elle ne pouvoit réussir que du côté des grands , dont la plupart , bien loin d'avoir contribué à la révolution présente , souffroient impatiemment l'élévation de la maison de Bragance. Ainsi, après s'être assuré de la protection du ministre d'Espagne, il jeta les yeux sur le marquis de Villareal.

Il fit comprendre ace prince que le nouveau roi étant un esprit timide et défiant , chercheroit toujours les moyens d'abaisser sa maison ,

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