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et sans ressource dans la mauvaise fortune.
Le Portugal ne se soutenoit que par la faiblesse de l'Espagne.
Le roi dom Alponse , dont le pouvoir ne setendoit pas plus loin que l'étendue de.son palais , abandonnoit à son favori le gouvernement de tout le royaume , et ne reteuoit de la souveraine puissance que la liberté de faire impunément toutes les extravagances qu'il imaginoït.
Les Espagnols se flattèrent de réduire aisément le Portugal, gouverné par un prince furieux et imbéeille. Ils mirent unearmée considérable sur pied, et à la tête, dom Juan d'Autriche, fils naturel de Philippe IV. Le roi de Portugal lui. opposa le comte Schomberg, quoique le comte de Villa Fior eût le titre de général. Le roi de Portugal fut uniquement redevable de la conservation de sa couronne au comte Schomberg. Ce grand capitaine remporta différentes victoires sur les Castillans; et on peut dire qu'il eut encore moins de peine à les vaincre, que l'opiniâtreté du général Portugais, qui, jaloux de sa gloire, traversoit tous les desseins qui pouvoient l'augmenter ■ mais le général français avoit la coniiance de la cour, et sur-tout celle des troupes , qui suivoient avec plaisir un corn-
mandant que la victoire n'abandonnoit jamais.
Le ministre s'attribuoit toute la gloire de ces heureux succès, quoiqu'il n'y eût guère d'autre part que d'être le premier à qui on en adressoit les nouvelles. Son crédit augmentait tous les jours, et iljonissoit de l'autorité souveraine sous le nom du roi. IL gouvernoit ce prince comme une machine dont il faisoit agir les ressorts à son gré et suivant ses intérêts ; il se servoit de son humeur violente , pour perdre sur de fans rapports ceux qui lui éloienl suspects ; c'est ainsi qu'il se défit de la plupart des ministres de la régente, et il les fit remplacer par des gens qui lui étoient entièrement dévoués. Le conseil et toute la cour changèrent de tace, et on ne s'y maintenoit qu'autant qu'on étoit utile ou agréable an ministre. Il eut même l'adresse de l'aire exiler de nouveau Conti , ce premier favori de son maître , et que ce prince avoit tait revenir depuis peu du Brésil. Conti lui étoit redoutable par l'inclination que le roi conservoil pour lui: il n'eut pas plutôt appris qu'il étoit débarqué qu'il lui fit faire défense d'approcher de lacour; et il lui envoya l'ordre par le même courier que le roi avoit dépêché pour lui marquer la joie de son retour. Ce malheureux prince, esclave de son ministre, n'osoit le voir qu'en se-
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cret; et le comte, pour rompre entièrement un commerce qui auroit pu ruiner sa fortune , fit aceuser Conti d'être complice d'une conspiration contre le prince , dont il n'y avoit ni preuve ni témoins, et qui manquoit même de vraisemblance , mais qui lui servit de préteste pour perdre son rival.
Le ministre, défait de Conti, tourna ses vues du côté de l'infant dom Pedro , frère du roi: ce Jeune prince devenoit grand, ses inclinations paroissoient nobles, et il attïroit l'estime et les vœux de tous les Portugais, par la régularité de sa conduite, et par la comparaison qu'on en faisoit avec celle du roi.
Le comte mit son frère dans la maison de l'infant dans la vue qu'il pourrait s'emparer de bonne heure de sa confiance , et que par son moyen il gouvernerait les deux frères en même temps. Le jeune prince reçut bien le frère du favori; il le traita même avec distinction ; mais il ne lui donna aucune part dans sa faveur ; la place étoit prise : la régente , qui avoit toujours regardé l'infant comme l'unique soulien de la maison royale , avoit mis de bonne heure auprès de lui les meilleures tètes du royaume. De sages gouverneurs et des amis fidèles firent envisager à ce jeune prince qu i! n'étoit pas impossible qu'il ne
montât sur le trône si le roi continuoït dans ses dérèglements; et on lui laissa entrevoir qu'il n'étoit pas bien sûr que son frère pût jamais avoir des enfants : mais on lui fit appréhender enmème temps le crédit et les artifices du comte, si intéressé par sa propre grandeur à faire durer le règne d'Alphonse. Ces vœux différents formèrent insensiblement deux cabales à la cour ; celle du comte étoit la plus nombreuse , et il avoit pour lui tous ceux qui s'attachent indifféremment à la source des grâces; mais les anciens ministres, qui prévoyoient qu'un gouvernement aussi violent que celui du roi ne pourroit pas durer longtemps , et les plus grands seigneurs du royaume, qui ne pouvoient se résoudre à plier sous l'autorité du favori, faisoient leur cour à l'infant comme à l'héritier présomptif de la couronne.
Le Comte , qui s'apperçut que le parti qui lui étoit opposé ne se soutenoit que par les bruits que ses ennemis répandoient de l'infirmité du roi , résolut de les faire tomber par le mariage de ce prince. Ce fut par son conseil qu'il fit demander à la France pour femme Marie-EJisabeth-Françoise de Savoie , fille de Charles Amédée , duc de Nemours, et d'Elisabeth de Vendôme; cette princesse lui fut
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accordée. César d'Estrées , sou oncle à la mode de Bretagne , évêque et duc de Laon , et si connu dans toute l'Europe sousle nom illustre de cardinal d'Estrées, la conduisit en Portugal. Ce prélat étoit accompagné du marquis de Ruvigni, ambassadeur extraordinaire de France , et d'un grand nombre de gentilshommes et de personnes de qualité, amis et serviteurs de la maison de Savoie, ou attachés par différents engagements à celles de Vendôme et d'Estrées.
La cérémonie de ce mariage se fit avec la magnificence ordinaire en pareilles fêtes ; toute la cour admira !a rare beauté de la jeune reine; l'infant en parut vivement touché: le roi seul étoit insensible à ses charmes ; et on ne fut pas long-temps sans soupçonner que la qualité de reine et de femme du roi n'étoit qu'un vain litre dont on tâchoit de couvrir la foiblesse de ce prince.
Le ministre s'étoit flatté de gouverner cette jeune princesse avec le même empire qu'il faisoit le roi son maître. Il eut d'abord pour elle de grands égards ; mais il ne fut pas longtemps sans s'appercevoir que cette princesse avoit le courage trop haut pour vouloir dépendre d'un de ses sujets. Le ministre, pour
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s'en i enger , ne perdoit aucune occasion de lui faire sentir son pouvoir. On lui cachoit avec soin les affaires d'état; celles des particuliers auxquelles il paroissoit qu'elle prit part ne manquoient jamais d'échouer ; c'étoit un titre d'exclusion pour le ministre que la recommandation de la reine On commença ensuite à ne payer ni ses pensions , ni celles de sa maison , sous prétexte que les charges de l'état et les besoins de la guerre consommoient tous les fonds du trésor royal. Et le roi , que son favori tenoit par les cordons , et qu'il lâchoit contre ceux qui lui étoient désagréables, fit des brusqueries si violentes à l'infant et à la reine , qu'on la vit plusieurs fois sortir de l'appartement du roi baignée de ses larmes.
Sa beauté, ses malheurs , les plaintes que répandoient les dames du palais, et ses officiers , qu'on ne payoit plus , lui attirèrent la compassion de tous ceux qui n'étoient pas esclaves de la faveur : ce fut un troisième parti qui se forma à la cour. On ne parloit que de la stérilité de la reine, quoiqu'il n'y eût pas encore un an qu'elle fût mariée.
On prit soin d'augmenter les soupçons du public au sujet d'une porte que le roi avoit fait ouvrir à la ruelle du lit de la reine , et dont
lui seul cependant se réserva la clef(i). La reine parut alarmée d'une nouveauté qui esposoit , disoit-elle, sa vertu et sa gloire. Ses partisans publioient que le ministre vouloit que le roi eût des enfants à quelque prix que ce fût , et qu'il se flattoït , à la faveur de cette porte mystérieuse , de couvrir la honte du prince aux dépens de l'honneur de la reine.
Cette princesse découvrit à son confesseur les scrupules de sa conscience , et en fit confidence par son ordre au confesseur de l'infant. Ces deux religieux leur proposèrent d'agir de concert dans une conjoncture si délicate , et où ils avoient l'un et l'autre de si grands intérêts , quoiqu'en apparence opposés. Leurs créatures convinrent qu'il n'étoit pas impossible de les concilier : on fit revivre les premiers desseins de la régente. Ces deux cabales se réunirent , et ne formèrent plus dans la suite qu'un même parti; la reine eut même l'habile t« d'y faire entrer le comte de Scliomberg, qui étoit à la tête de l'armée; et l'infant, qui ne mettoit point de bornes à ses désirs ni à ses espérances , s'assura en même temps des premiers magistrats de la ville, et de tous ceux qui avoient du crédit parmi le peuple.
(i) Mémoires de Fremont d'Ail» noo tir t.
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Le roi par lui-même n'étoit qu'un vain fantôme de la royauté et aisé à détruire; mais il étoit soutenu par un ministre adroit, ambitieux , et qui savoil faire valoir ce nom si respectable de souverain. Il étoit question avant toutes choses d'arracher du palais un liomirif si habile , et qui ne se dessaisiroit que le plus tard qu'il pourroit du gouvernement de l'état- On gagna secrètement un de ses amis, qui lui donna avis que l'infant lui attribuoit tous les mauvais traitements qu'il recevoit du roi; qui: ce prince avoit juré sa perte , et qu'il n'étoit pas en sûreté s'il s'opiniàtroit à rester à la cour. Le ministre , naturellement timide, publia l'avis qu'on lui avoit donné ; il s'en fit un prétexte pour redoubler la garde et pour faire prendre les armes à tous les officiers du palais, et il vouloït que le roi allât lui-même à leur tète arrêter l'infant chez lui. Mais le roi, furieux de nuit et contrc-cenx qui ne se défendoient point, rejeta un dessein où il prévoyoït de la résistance, et il se contenta d'écrire à l'infant de se rendre auprès de lui. Ce prince s'en défendit sous prétexte des bruits injurieux à sa gloire qn'il disoit que le comte avoit publiés contre lui ; et il représenta au roi que le ministre étoit maître du palais, et qu'il ne pouvoit pas y entrer qu'il n'en fût
sorti. Le roi et l'infant s'écrivirent plusieurs lettres au même sujet , et qui furent rendues publiques. Le roi offrit enfin d'envoyer le comte se jeter à ses pieds et lui demander par- Son ; mais l'infant , qui avoit de plus gTandes vues que de se venger d'un dif^ours dont il étoit même l'auteur secret , peft .'s ta à vouloir qu'il sortit du palais. La cour et la ville étoient dans une agitation continuelle, tout se disposoît à une guerre civile. Le comte s'appercut avec douleur que le comte de Schomberg n'étoit pas dans ses intérêts; la plupart des grands se déclarèrent hautement pour le prince dora Pedro, et ses amis et ses propres parents lui firent comprendre qu'ils ne vouloient point se perdre avec lui ,et qu'ils n'étoientpoint en état de résister au parti de l'infant, soutenu de celui de la reine. Le comte , se voyant abandonné de ses propres créatures, s'abandonna lui-même ; il sortit du palais de nuit et déguisé; il se relira d'abord dans un monastère à sept lieues de Lisbonne, d'où il passa en Italie , et il chercha un asile à la cour de Turin.
L'infant vint ensuite au palais sous préteste de rendre ses devoirs au roi. Tout ploya sous son autorité; et il écarta ce qui restoit de
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créatures du ministre. Le roi, destitué de conseil , étoit pour ainsi dire à sa discrétion ; ce prince n'osoit cependant toucher à la couronne, à moins de s'exposer à passer pour un usurpateur : il falloit que la souveraine puissance lui fût déférée par une autorité légitime , et il n'y en avoit point qui pût au moins servir de préteste à une action si hardie que l'assemblée générale des états du royaume..
Le roi seul pouvoit la convoquer : on lui en fit la proposition sous le prétexte ordinaire des besoins de l'état, et on lui représenta qu'on n'y pouvoit remédier que par le concours de ses plus fidèles sujets. Ce prince n'était point si stupide qu'il ne se doutât bien qu'une pareille assemblée étoit une conspiration contre son autorité : prévenu de «cette opinion , il éluda long-temps de répondre à plusieurs requêtes que l'infant lui lit présenter par différents corps de l'état; enfin le conseil en dressa une délibération qu'on fit signer à ce malheureux prince , et qui par cette démarche signa lui-même sa perte et son abdication; l'assemblée par cet acte étoit convoquée pour le premier de janvier de l'année 1668.
L'infant étant venu à bout de cette entreprise qu'il regardoît comme le fondement de
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son élévation , la reine, de concert avec lui, parut à son tour sur la scène (i). Elle se retira d'abord dans un couvent; elle n'y fut pas plutôt qu'elle écrivit au roi que , pressée par sa conscience, elle avoit cru être obligée de quitter le palais ; que personne ne savoit mieux que lui qu'elle n'ètolt point sa femme ; qu'elle lui demandoit pour toute grâce sa dot , et la permission de retourner dans sa patrie , et de chercher un asile dans le sein de sa famille.
Le roi n'eut pas plutôt reçu celte lettre qu'il courut au couvent comme un furieux pour en arracher la reine ; mais l'infant , déjà plus irtaitre que lui dans sa capitale , et qui avoit bien prévu cette saillie, se trouva à la porte du couvent avec tous les seigneurs de son parti; il empêcha le roi de s'en faire ouvrir les portes , et ramena ce prince au palais , qui prenoit tout haut ses maîtresses à témoin de sa santé , et qui menaçoit également l'infant et la reine.
L'infant, peu inquiet de ses menaces destituées de conseil et de forces , résolut de donner le dernier coup à son. autorité ; il se rendit le lendemain au palais (a). Hé toit accompagné
(il Mémoires dfi Fremont .ï'AblancQurt , p. 540. (a) a5 iiorembre 1667.
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de toute la noblesse , des magistrats , et de la maison de ville, et une foule innombrable de peuple le suivoit pour voir le dénouement de cette grande affaire. Il entra dans le palais, où tous les conseillers d'état l'atlendoient, et après avoir eu avec eus une courte conférence il envoya arrêter le roi dans son appartement.
On lui fit ensuite signer son abdication :
l'infant n'osa cependant prendre le titre de roi, il se contenta de celui de régent, qui lui fut confirmé par les états-généraux du royaume , qui lui prêtèrent en cette qualité le serinent de fidélité. Les premières vues de ce prince furent de se procurer la paix avec l'Espagne : le roi d'Angleterre s'en rendit médiateur ; et le roi d'Espagne par un traité solennel (i) reconnut la couronne de Portugal indépendante de celle de Castille.
Il manquoit au bonheur du régent de se voir le mari de sa belle-sœur. Cette princes se , en entrant dans le couvent , avoit présenté (2) une requête au chapitre de l'église cathédrale de Lisbonne, pendant la vacance du siège, pour demander la dissolution d'un mariage
flj i5 février 1668.
(a) aa novembre 1667.