‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'invasion des Barbares (volume 2)Chapitre 12 sur 112 · III. — MONNAIES DE CONSTANTIN; RÉSUME DE SA POLITIQUE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

III. — MONNAIES DE CONSTANTIN; RÉSUME DE SA POLITIQUE RELIGIEUSE

L'étude des monnaies constantiniennes révèle bien ce désir de ne pas sacrifier un parti à l'autre. Les espérances, païennes ou chrétiennes, données dans les dépèches du gouvernement n'allaient qu'à ceux qui les devaient recevoir ; mais les monnaies couraient partout, et il en existe tant à l'effigie de Jupiter, de Mars, de la Victoire et surtout du Soleil, même avec la légende : « Au Génie du peuple

Monnaie de Constantin romain » OU « du prillCC », qilC, portant la légende : , , . „ . . .

Genio popuii Roma- pour le grand numismate hckhel,

'"'• (Moyen bronze° toute l'histoire monétaire de ce règne était celle d'un empereur païen1. Cette doctrine ne peut plus être soutenue, depuis qu'on a trouvé un certain nombre de monnaies constantiniennes au type chrétien et d'autres où, sur la même pièce, les deux cultes sont associés : la légende Marti patri conserva ton, par exemple, avec la croix2. Les écrivains qui certifient l'ardeur du zèle chrétien de l'empereur, dès l'année 512, se refusent à reconnaître cette confusion, pour eux outrageante; l'histoire impartiale y voit la démonstration de cette politique qui s'inspirait heureusement bien plus des circonstances que d'un principe ou d'une croyance religieuse.

Enfin, lorsque l'empereur bâtit Constantinople, des. rites païens

Monnaie de Constantin portant la légende : Genio imperalorig. (Moyen Inonze.)

suivre une cause en justice par-devant les juges ordinaires, et à un fidèle, sous peine d'excommunication, de s'adresser à un juge dont la foi ne serait pas celle de l'Église. Vu moyen âge cette juridiction ecclésiastique s'efforcera d'envahir toute la juridiction civile.

1 Tome VIII, p. 88. Le cabinet de France, à lui seul, possède 158 petits bronzes avec la légende Soli invicto comiti.

a Voyez W. Madden, the Numism. Chron., t. XXII, p. 2-42 et suiv.

L'EMPIRE CHRETIEN (SOe-dOS'

Monnaie de Constantinople2.

furent pratiques. Les premiers coups de pioche pour l'enceinte avaient été donnés le 4 novembre 526, le jour où le Soleil entrait dans la

constellation du Sagittaire, afin que la muraille restât toujours sous la protection de l'archer céleste. Lorsqu'on tira l'horoscope de la nouvelle ville1, le philosophe Sopateret un hiérophante romain accomplirent des cérémonies mystérieuses qui devaient garantir à jamais sa fortune". Dans les fondations qui portèrent l'énorme colonne de porphyre, dont un débris existe encore, fut placée, dit-on, une copie du talisman de Home, le Palladium troyen*, et, au sommet, une statue dont la tète couronnée de rayons put être prise pour celle d'Apollon ou du prince. D'après une légende, Constantin y aurait aussi caché un morceau de la vraie croix que sa mère, sainte Hélène, croyait avoir retrouvée à Jérusalem. Aussi venait-on au pied de cette co- L'impératrice fi. ionne faj[re <jes prières et brûler de l'encens, que les

Jul. Helena, niere l *

païens offraient à Apollon, les chrétiens à Jésus8. En passant au forum du Milliaire d'or, les uns se signaient devant la croix que tenait une statue de sainte Hélène, et les autres envoyaient à ces innombrables images de divinités le geste d'adoration silencieuse dont les anciens dieux se contentaient.

Une statue qui portait une image de la Fortune ou du Génie de la ville fut dressée dans l'édifice où le sénat s'assemblait, comme la statue de la Victoire présidait aux délibérations du sénat romain6.

de Constantin.

(Monnaie d'or.)

1 Glycas, Btëxc; x?o''wii, part. IV, édit. de Bonn.

'- Au droit, le buste de la ville personnifiée et son nom : CONSTANTLNOI'OLIS. Au revers : VICTORIA AUG(usta) et un vaisseau portant des enseignes. (Monnaie de bronze.)

* Lydus, ricjl u/c/ûv, IV, 2. niwdlrxTo; L ispocpâvTfl? ; Eunape, Vie de Sopater; Suidas, ad hoc veibum.

4 Citron. Pasch., p. 528, édit. de Bonn. L'Anonyme de Banduri ajoute (p. M) qu'il fut mis al êrep* koXX* cm^eisipîptxat. Amm. Marcellin raconte (XVII, 4) que Constantin voulut faire transporter à Constantinople un obélisque égyptien consacré au Soleil, mais que la mort l'en empêcha.

5 Socrale, I, 17 ; l'hilostorge, II, 18.

6 Suivant le Chron. Pasch., ad annuin 530, p. 580, édit. de Bonn, c'était une statue dé Constantin. Mais l'empereur ne pouvait sérieusement couronner lui-même chaque année sa

Chaque année, à l'anniversaire de la fondation de Constantinople, elle était mise sur le char du Soleil, que traînaient des chevaux à la robe couleur de feu, et conduite, en grande pompe militaire, à l'Hippodrome, devant le trône de l'empereur, qui lui posait une couronne sur la tète. A son passage, tous s'inclinaient et adoraient1. Mais cette cérémonie païenne était sanctifiée par un signe : Constantin avait fait graver une croix au front de cette statue du Soleil, et des prêtres chrétiens précédaient le cortège en chantant le Kyrie eleison, que, sans forfaiture, un païen pouvait répéter, comme hommage au Dieu suprême.

Lorsque Julien, après avoir publiquement déclaré sa foi païenne, approcha de Constantinople, la ville entière, dit Ammien Marcellin, sortit joyeusement à sa rencontre et lui lit une entrée triomphale. Pour que 1' « apostat » y fût ainsi accueilli, il fallait qu'il restât beaucoup de païens dans cette ville, dont Constantin avait voulu faire la capitale chrétienne de l'empire.

Si l'on pensait que les considérations qui viennent d'être présentées font de Constantin un trop prudent politique, que l'on regarde l'arc triomphal élevé à Rome en souvenir de la victoire qui avait décidé de sa fortune. C'est le principal

Apollon Didymoen. (Statuette de bronze du musée du Louvre.)

propre image; et si Julien fit jeter cette statue à l'égout à cause de la croix-qui y était gravée (Banduri, p. 15), c'est qu'elle ne représentait pas Constantin.

1 .... il; T{jyr,t -f,; woXeia; irpoaexuviiâï) irxpà r.zvziù't . . . (Banduri, Ant. Const., t. I, p. 98. Cf. ibid., p. 5 et 15.) Suivant Codinus, c'était la statue du Soleil qui portait cette Fortune, ùnb 'HXÎou <f>spop.evov. La Fortune était, avec le Soleil, la grande divinité du temps. Beaucoup de villes, notamment Byzance, lui avaient consacré un temple, tû^siicv, devant lequel on lisait les édits des princes (C. I. G., n" 2024, 4554). Tout un quartier d'Alexandrie en avait pris le nom, le Tychœum : la lettre de Julien aux Alexandrins, n° 05, est adressée rpà; £t)u.gv EÙ<pY,jj.T,<iavTy. i~i tô> Tj/.aio).

monument de son règne, le seul, du moins, qui nous en reste. Pour

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lias-reliefs cl sliitues de l'arc de Constantin.

l'histoire de l'art, il est d'une grande importance, car on y trouve des bas-reliefs de l'époque antonine qui par leur élégance forment un contraste frappant avec la grossièreté des sculptures constanti-

nicnncs1. Sur cette œuvre du premier empereur chrétien, l'histoire

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Bas-reliefs et statues de l'arc de Constantin.

religieuse voit des sacrifices païens et elle ne voit pas un signe de

« Les colonnes, les entablements, les grands bas-reliefs du passage central, les bas-reliefs circulaires, au-dessus des petits arcs, les prisonniers daces qui surmontent les colonnes, ont été dérobés à un arc de Trajan aujourd'hui détruit. Les bas-reliefs circulaires représentent

christianisme. Ce monument intéressait trop la gloire de Constantin pour qu'il n'en ait pas examiné les plans et fait surveiller l'exécution. Si le labarum et la croix ne s'y montrent point, bien que des enseignes militaires de grande dimension aient été sculptées en place très-apparente, c'est qu'il n'a pas voulu, à cette date, les exposer au milieu de Rome toute païenne et qui le restera longtemps encore.

La politique religieuse de ce prince se résume en peu de mots : de bonne heure, il comprit que le christianisme correspondait par son dogme fondamental à sa propre croyance en un Dieu unique; il vit en lui une force qu'il ne voulut pas laisser en dehors de son gouvernement, et il regarda les évoques comme des fonctionnaires de l'État dans l'ordre religieux, condition où ses successeurs les retinrent longtemps. De leur côté, les évoques respectèrent son autorité souveraine et reçurent avec soumission ses ordres, même ses arrêts d'exil ou de déposition; cinquante ans plus tard, saint Optât écrivait encore : « L'Eglise est dans l'État; au-dessus de l'empereur, il n'y a que Dieu seul1. » Sous le premier empereur chrétien, personne, si ce n'est Athanase, n'osa dire : « Avant tout, il faut obéir à Dieu0. » Mais le paganisme était aussi une puissance que Constantin n'entendait pas tourner contre lui; on a vu qu'il n'en détruisit ni tous les temples ni toutes les libertés.

Depuis la défaite de Licinius (525), il fut certainement chrétien, autant qu'il le pouvait être. Il appela des évoques à sa cour, il en retint près de lui, et, au vestibule de son palais, il se lit représenter avec ses fils la tête surmontée de la croix et foulant aux pieds le Serpent, génie du mal3. Mais il ne se soumit point aux pratiques de la religion et il ne pouvait prendre part à ses solennités, puisqu'il

des scènes de chasse et de sacrifice; dans les bas-reliefs carrés, on a vu : sur l'un, une entrée triomphale de Trajan à Rome et l'établissement de la via Appia; sur l'autre, l'institution alimentaire de Trajan et l'empereur, à qui est amené un roi captif. Du quatrième siècle sont : les deux longues bandes qui, se développant sous les médaillons, représentent Constantin haranguant le peuple et distribuant un congiaire. Ces sculptures grossières et les médailles données dans le présent volume, le triomphe de Constance sur un camée que nous reproduirons plus loin, attestent la profonde décadence des arts à cette époque. L'arc est, dans son ensemble, donné précédemment, à la page 59.

1 De Schismatc, au livre III.

2 Saint Pierre (Act., v, 0) avait le premier prononcé ce mot, qui a eu de si graves conséquences et qui en a encore.

3 Eusèhe, Vie de Const., III, 5. C'est à tort que Rapp (dus Labarum und der Sonnencultus. Bonn, 18(50, p. 116) dit que Constantin n'a mis sur ses monnaies que la croix et non pas le monogramme. Voyez, page 88, la monnaie portant la légende Gloria exercilus.

n'avait point reçu le baptême. S'il évita, jusqu'à son dernier jour, de donner à L'Eglise cette adhésion irrévocable, ce n'est point, connue le ditEusèbe, parce qu'il avait espéré se faire régénérer dans les eaux du Jourdain ; c'est qu'il voulait que les païens n'eussent le droit de dire: « Il est chrétien! » que quand cette parole ne pourrait plus avoir pour lui de dangereuses conséquences. Il s'appliqua même à les rassurer en leur donnant, au moment où il faisait cette tardive entrée dans l'Eglise, un gage de son impartiale justice. En réponse à une requête de l'assemblée provinciale d'Afrique, il dicta un rescrit confirmant les privilèges des flamines perpétuels, et il ordonna, avec une solennité peu ordinaire, de graver ce décret sur les tables d'airain. « afin qu'il demeurât éternellement1 ». Ces deux actes simultanés qui donnaient une garantie à chacun des deux grands partis religieux donnent aussi son vrai caractère à la politique du prince. Encore faut-il remarquer qu'il demanda son baptême à un évêque arien, qu'un autre arien fut le dépositaire de son testament, et qu'on se trompait si peu sur sa foi que, au concile de Milan (555), un évêque, Lucifer de Cagliari, rappela que Constantin avait « distillé le poison de l'hérésie arienne5». A l'heure suprême, il gardait donc la foi qu'il avait toujours attestée dans l'intérêt de la paix publique, la croyance à la summa divinitm des philosophes et des ariens, qui étaient celle d'une grande partie des chrétiens d'Orient.

Les catholiques ont appelé Constantin « un vase de miséricorde » ;

' .... ut perpétua observatione firme tur, legem liane incisant wneis labulis jussimus publicari. XII liai. jun. , Karlhagini, annoôôl(Codc Théod. , XII, 5,2). Cette loi en confirmait une analogue de 535, qui interdisait aux municipalités d'imposer aux flamines et aux sacerdoles l'obligation de tenir des mansiones pour le service public. (Ibiil., XII, 1, 21.) Constance réglementa, en 558, l'élection du sacerdoce provincial d'Afrique. (Ibid., XII, 1, 40.) En 5!)5. Ilonorius rappela les sacerdotales, qui, sous Théodose. avaient abandonné Carthage (ibid., XII, 145) ; dans la constitution de 412 (ibid., XVI, 5, 52), qui énumère les diverses conditions sociales, il nomme encore les sacerdotales, comme tenant le premier rang dans les cités, avant les principaux et les décurions, et, en 413, il parle de ceux qui, dans cette ville, munus sacerdolii transegerunt, et de ceux qui devront donner au peuple les jeux accoutumés (ibid., 170). Au cinquième siècle, la conversion d'un personnage que sa naissance plaçait parmi les nobles était considérée comme une désertion. Paulin de Noie, après son baptême, écrit : « Où sont maintenant mes amis et mes proches ? Où sont ceux qui naguère vivaient avec moi ? .Us se dérobent à ma présence, comme un fleuve qui se précipite. Pour eux je suis mort. (Ep. XI, Severo, § 5.) Le clarissime Victorien hésite à se faire baptiser par crainte des colères et des mépris de la noblesse (S. Augustin, Confcss., VIII, 2). On sait à quelle religion appartenaient Aur. Victor, Libanais, îhemisthls, Symmaque et Rutilius, grands personnages et écrivains de mérite, cl l'on ne sait pas quelle était celle d'Ausone, qui probablement n'en avait pas. Plus tard, encore, il y aura d'illustres païens. Ilonorius éleva, dans le forum de Trajan, une statue à Claudien, qui ferma, non sans gloire, la liste des poètes de la muse païenne.

* Pro Alhan. ad Const. emp., p. 11. Socrate (I, 59), Sozomène (II, 34), parlent de ce testa-

Monnaie portant la légende Divo Conslanlino Aug.-.

les Grecs en ont fait un saint, égal aux Apôtres, apostolis xqualh;

les sénateurs de Rome en firent un dieu, et, durant de longues années, il le fut pour les soldats'. Il eut des prêtres consacrés à son culte, des fêtes et des jeux institués en son honneur, comme en avaient eu les diui, ses prédécesseurs; et ses fils frappèrent, « à l'effigie du dieu Constantin », des médailles sur lesquelles se confondaient pacifiquement les signes des deux religions3.

Comme Bonaparte cherchant à concilier l'Église et la Révolution, Constantin se proposa de faire vivre en paix, l'un à côté de l'autre, l'ancien et le nouveau régime, tout en favorisant celui-ci. 11 avait reconnu de quel côté le monde marchait et il aidait au mouvement sans le précipiter. C'est une gloire pour ce prince d'avoir justifié le titre qu'il avait mis sur son arc triomphal : quietis custos, et l'histoire, qui ne s'occupe que des choses de la terre, doit lui tenir compte d'avoir opéré, sans guerre ni supplice4, une révolution inévitable. Dans toute la série des siècles, nul, ni roi ni peuple, ne partage cette gloire avec lui.

Nous avons essayé de pénétrer jusqu'au fond de l'âme de Constantin et nous y avons trouvé une politique plutôt qu'une religion. Suivons cette politique dans les actes de son gouvernement.

ment confié à un arien. Il ne concernait sans doute que les intérêts domestiques de la famille, la question politique ayant été tranchée par l'acte de 555, qu'on verra plus loin.

1 Inter divos meruit referri (Eutrope, X, 8). Dans son 1er Pancgyr. de Constance, § 7, Julien disait en 555 : « Les soldats continuent de le révérer comme un dieu. »

- Petit bronze représentant au revers Constantin dans un quadrige; il tend la main à une autre main qui descend d'en haut pour le recevoir. (Cohen, n" 569.)

5 Cf. Byzant. Fam., p. 25, et Eusèbe, Vie de Const., IV, 69. Symmaque, dans sa fameuse lettre (X, 54), dit que Constantin avait appartenu aux deux religions, la païenne et la chrétienne. Sur une de ces médailles il est représenté avec le nimbus (Eckhel, t. VIII, p. 79, 50'2); sur une autre il est montré la tète voilée, c'est-à-dire en grand pontife, avec la légende : Divus Const.; au revers, un char traîné par quatre chevaux l'emporte au ciel. Sur une autre médaille, on lit la même légende : Divo Const., et au revers un soldat porte un globe surmonté du monogramme. (La Bastie, op. laud., p. 597 et suiv.)

4 11 faut excepter les deux meurtres qui ont été mentionnés ci-dessus, page 62.

5 Deux soldats debout, tenant une lance et appuyés sur leur bouclier ; au milieu, le labarum avec le monogramme %. (Revers d'un petit bronze de Constantin.)

Monnaie de Constantin portant le labarum et la légende : GLOKIA EXEHCITUS 5.

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