‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'invasion des Barbares (volume 2)Chapitre 15 sur 112 · III. — LE CONCILE DE NICÉE · texte numérisé non relu

III. — LE CONCILE DE NICÉE

En proclamant la liberté des cultes, l'édit de Milan avait mis le gouvernement en dehors et au-dessus des querelles religieuses : position excellente que Constantin ne put conserver. L'intérêt de la paix publique le força bien vite de revenir à la vieille doctrine romaine de

1 Per le potissimum omnibus insinuari. Voyez les vingt-deux canons du concile d'Arles dans Rontli, Reliquiœ sacrse, t. IV, p. 507. L'évêque d'Arles signa le premier la lettre synodale, ce qui donne à penser qu'il avait présidé le concile. Les Pères d'Arles appellent le pape Frater dilectissime, et marquent bien le caractère du siège romain lorsqu'ils disent au pape : « Tu n'as pu t'éloigner a partibus Mis in quibus et Apostoli quotidie sedent et cruor ipsorum sine intermissionc Dei gloriam testatur » (Optât de Milève, Gcsta purgat., p. 99).

9 Optât de Milève, de Schism. Donatist., p. 28.

r> Cabinet de France, collection du duc de Luynes. Intaille de 12 millim. sur 10. par conséquent très-agrandie dans notre gravure, et qui a dû servir de cacbet à quelque pieux personnage. Elle n'est certainement pas du temps de Constantin et semble l'œuvre d'un artiste de la Renaissance. Cf. Revue numism., 1806, 78-110.

4 Emprisonnement de Cécilien à Brixia, puis son rétablissement sur le siège de Cartilage en novembre 516; exil des donatistes vers ce temps; leur rappel en 520. Cf. Houth, op laud.

la religion subordonnée au prince. Mais il ne s'agissait plus de ces cultes sans dogmes ni enseignement, sans liens entre eux, sans autorité hors des villes où ils étaient établis et qui avaient pour chef le maître de l'empire, le pontife-roi. L'Église était une corporation immense, possédant une discipline et une hiérarchie ; avec la doctrine de l'inspiration divine, réputée toujours active au sein de la communauté, elle prenait ses règles de conduite dans une sphère plus haute que celle de la loi commune ; aussi ne tiendra-t-elle compte de celle-ci qu'autant qu'elle y sera forcée ou qu'elle pourra la plier à ses intérêts. L'antiquité gréco-latine n'avait jamais connu pareille puissance, et s'en emparer pour longtemps était impossible à l'autorité publique. Mais la croyance à l'intervention de l'Esprit Saint causait dans ce grand corps de continuelles perturbations. L'Église avait eu déjà des sectes innombrables, qui se poursuivaient mutuellement d'anathèmes, et elle en aura bien d'autres. En se proposant de mettre l'unité et la paix dans ce monde irascible et violent, où chacun des adversaires a toujours cru tenir la vérité, Constantin prenait une lourde charge. Tout son règne en sera troublé ; mêmes désordres sous ses successeurs, jusqu'au temps où le clergé chrétien réussira à soustraire les questions religieuses à l'examen des gouvernements et, après avoir salué avec bonheur l'entrée de l'Église dans l'État, se trouvera assez fort pour essayer de mettre l'État dans l'Église. Constantin pouvait-il agir autrement qu'il ne le fit? L'honnête et tranquille déisme qui formait sa religion ne suffisait point à ces esprits enflammés. Nous allons le voir entraîné à donner à l'Église son arme la plus formidable, en réunissant le premier de ces conciles œcuméniques qui se retourneront contre ses successeurs. Après que la défaite de Licinius l'eut fait maître de l'Asie, il promulgua deux édits : l'un pour supprimer tous les effets de la dernière persécution; l'autre, véritable mandement d'évêque plein de mansuétude et d'onction, pour exhorter ses peuples à adorer le Dieu suprême « qui, élevant par son fils sa face resplendissante, a averti le monde de venir au culte de sa divinité ». Cette lettre, qui est une profession de foi chrétienne, n'a rien du style impérieux et vif de Constantin. Elle a été visiblement écrite par un évêque, et cet évêque doit avoir été celui que, depuis l'édit de Milan, il avait pris comme secrétaire pour les affaires ecclésiastiques, Hosius de Cordoue1. Mais on y re-

1 Voy. ci-dessus, p. 03. C'est à lui qu'est adressée la constitution de manumiêsionibus in ecclesia (Code Tlwodosien, IV, 7, anno 521).

trouve le prince et sa constante pensée clans la recommandation plusieurs fois répétée que tous vivent en paix, avec un esprit de mutuelle tolérance '.

Hélas! la tolérance était dans ta politique du prince; elle n'était pas et ne pouvait, être dans la conduite d'hommes qui se croyaient les maîtres de l'avenir de l'humanité, les dispensateurs du salut ou de l'éternelle damnation des âmes. Au moment où Constantin publiait son pacifique rescrit de 524, la plus violente des querelles qui aient agité l'Église éclatait dans Alexandrie et gagnait tout l'Orient.

11 y avait en Egypte des révoltes disciplinaires : l'évêquc de Lycopolis, Meletius, partisan des doctrines rigides, avait refusé de se soumettre à son métropolitain, Alexandre, et Colluthus essayait, de défendre les vieux droits des preshytres ou anciens contre les empiétements de l'autorité épiscopale. Bien autrement grave était la question soulevée par Arius, prêtre d'Alexandrie renommé pour sa science, l'austérité de sa vie et sa puissante dialectique. « Si le Fils est engendré du Père, disait-il, comme l'Eglise l'enseigne, le Père existait avant le Fils, et il n'y a pas égalité entre les deux premières personnes de la Trinité. » Le raisonnement était juste, mais essayer de mettre la raison dans le mystère, c'est le détruire2. Arius sauvait le Dieu de l'esprit que les philosophes plaçaient solitaire sur le trône de l'éternité ; mais il tuait le Dieu du cœur, celui que l'imagination voyait dans les plaines de la Galilée et aux rives du Jmrdain, au milieu des enfants et parmi les saintes femmes, dans la glorieuse transfiguration du Thabor et sur sa croix sanglante, ou brisant la pierre de son tombeau, gage de l'universelle résurrection qu'il avait promise. Pour faire une religion, c'était ce Dieu qu'il fallait garder. Les hommes de gouvernement, qui ont toujours été nombreux dans l'Eglise, à coté des mystiques, ne s'y trompaient pas : ils savaient que tout le christianisme est dans le Christ; que sa divinité était la grande nouveauté religieuse, et que, si elle était compromise, l'édifice entier s'écroulait. Or, en faisant de Jésus la première seulement des créatures, en lui ôtant l'éternité, on rouvrait la porte à ceux qui ne verront en lui

1 Eusèbe, Vie de Const., 48-00, surtout le chapitre 56.

2 Sur les antécédents de Parianisme, qui avait de profondes racines dans l'esprit humain) même dans la croyance chrétienne, voyez le Pasteur d'IIermas, les pseudo-Clémentines cl. notre tome VI, p. 165, n. 1, et 195. On peut le retrouver chez les nominalistes du moyen âge et même de nos jours.

qu'un homme, comme l'avaient déjà enseigné Cérinthe, les ébionites et Paul de Samosate. Conséquence plus dangereuse encore : on donnait satisfaction à beaucoup de païens ou à des convertis que la Trinité inquiétait et qui, avec l'arianisme, retrouvaient leur Dieu unique, celui même que l'empereur adorait. Les orthodoxes furent donc étrangement troublés par la réapparition de la tenace hérésie qui, sous le voile d'expressions théologiques, était un retour offensif du rationalisme vaincu contre le christianisme triomphant. Alexandre retrancha Arius de sa communion et cent évoques de Libye et d'Egypte réunis en synode ratifièrent la sentence de leur métropolitain : ils condamnèrent, avec l'hérésiarque, onze diacres et deux évoques, ses adhérents (521) '.

Mais il en avait bien d'autres, parce qu'on peut lui trouver d'illustres prédécesseurs : Platon et Aristote, c'est-à-dire presque toute la philosophie grecque, Philon, le grand Juif d'Alexandrie, et les néoplatoniciens qui avaient décomposé l'être divin, par répugnance à faire sortir directement le monde de Dieu, le multiple de l'unité, l'imparfait de la perfection, le mouvement de l'immobilité. Cette glorieuse descendance explique la longue popularité de l'arianisme dans les provinces orientales, où la subtilité hellénique se plaisait à ces questions insolubles, et l'indifférence des provinces occidentales dont l'esprit moins disposé au rêve n'aimait pas encore à s'agiter confusément dans les ténèbres métaphysiques. « Parmi les païens, dira bientôt le Grec Themistius, il y a plus de trois cents opinions sur la divinité; il ne faut donc pas s'étonner que les chrétiens ne s'entendent pas sur cette question2. « En vain Alexandre répétait à ses adversaires : « Tenez-vous-en aux Évangiles. Le très-pieux saint Jean a placé l'essence du Verbe au-dessus de la connaissance des hommes; les anges mômes l'ignorent. Ne demandez donc rien de plus et n'essayez pas de soumettre à votre examen ce qui est au delà de l'intelligence7'. y> <l Quand il s'agit de mystères, disait un autre, ne cherchez ni le pourquoi ni le comment4. » Sages paroles que notre insatiable curiosité n'écoutera jamais. L'infini nous attire, et toujours

1 Socrate, Hist. ceci., I, 6.

- Themistius, ap. Socrate, Hisl. ceci., IV, 52. Philon avait dit une parole juste lorsqu'il soutenait qu'on ne pouvait savoir de Dieu que ce qu'il n'est pas. (Vacherot, Hist. de l'École (V Alexandrie, I, 405.)

5 Lettre d'Alexandre à l'évêque de Byzance, ap. Théodoret, Hisl. ceci., 1,5: -/.aXeEÛTepx ccu

4 Gélase de Cyzique, npaxTixov vr,; rpÛT/,; gjvo^u, II, 25.

nous voudrons en sonder l'impénétrable profondeur, au lieu de répondre....

.... par un froid silence Au silence éternel de la Divinité'.

Cette recherche impuissante est à la fois l'honneur et la misère de l'esprit humain.

Arius s'était réfugié auprès d'Eusèhe de Nicomédie (522). Des évèques prirent son parti ; on opposa synode à synode; on rendit aux ariens l'exercice du culte, ce qui était casser la sentence des évèques égyptiens, et Alexandre fut engagé à recevoir dans son église celui qu'il en avait chassé. Les fidèles se divisaient : on ne voyait partout sur les places, « jusque dans les boutiques », que discussions sur le Père et le Fils, et les païens mettaient la Trinité au théâtre, afin d'en rire2.

Constantin finit par entendre ces éclats bruyants et s'en irrita. « Je m'étais proposé, écrivit-il aux deux adversaires, de ramener à une seule forme l'opinion que tous les peuples se font de la divinité, parce que l'accord sur ce point aurait rendu plus facile la gestion des affaires publiques. Aussi, lorsqu'une intolérable folie troubla dernièrement l'Afrique, j'ai chargé quelques-uns d'entre vous de rétablir la paix entre les dissidents. Mais, ù bonté divine, quelle nouvelle a frappé mes oreilles ! J'apprends qu'il y a parmi vous plus de divisions que n'en avait l'Afrique. Cependant la cause est bien légère et tout à fait indigne d'une telle contention des âmes. Toi, Alexandre, tu as voulu savoir ce que tes prêtres pensaient sur un point de la loi, question sans importance, et toi, Arius, tu as dit ce que tu ne devais point penser, ou, si tu le pensais, ce que tu ne devais point dire ; de là sont venues les discordes qui partagent le peuple en deux factions. Il ne fallait ni interroger ni répondre, car ce sont des questions bonnes seulement à amuser des loisirs ou à exercer l'esprit. Est-il juste que pour de vaines paroles vous engagiez le combat, frères contre frères? Au nom du Dieu très-grand, dont je suis le serviteur, je vous en prie, faites que le peuple revienne à l'union. Rendez-moi des jours tranquilles et des nuits sans inquiétudes". » Constantin, qui traitait si les-

1 Alfred de Vigny, l'Espoir en Dieu.

- Socrate, Hist. eccl., I, 6, et pour une époque plus récente bien des passages de Grégoire de Nazianze. Arius, pour répandre ses idées, composa des poésies sur des airs connus « que les voyageurs, les meuniers, les artisans, chantaient ». (Philostorge, II, 2.) Grégoire, Éphrem, emploieront le même moyen de propagande religieuse. Les psaumes aussi se chantaient; certains hymnes de Grégoire furent même reçus, en Orient, parmi les chants de l'Église.

5 Eusèhe, Vie de Const., Il, 09, et Socrate, Hist. ceci., I, 7.

tèment le plus grand problème du christianisme, n'avait rien du théologien, mais il avait tout du prince : sa religion était la paix publique, et son Dieu, celui qu'il lui semblait que chacun pouvait accepter.

Son secrétaire, Hosius, porta cette lettre à Alexandrie et chercha vainement à rétablir la concorde : l'Egypte était en feu ; les évêques s'accusaient réciproquement d'hérésie, et les peuples suivaient leurs pasteurs dans l'amitié ou dans la haine1. Constantin eut alors une grande pensée politique. Il résolut d'appeler en sa présence les évêques de toute la catholicité, de leur faire rédiger un Credo qui, après discussion et vote à la majorité des voix, deviendrait loi de l'empire. Le prince se chargerait d'imposer cette loi à ses peuples, aux évêques et aux docteurs récalcitrants s.

Lorsque Constantin disait aux évêques : « Entendez-vous donc enfin sur votre foi et soumettez-vous à ce que la majorité décidera », il prenait une mesure de suprême bon sens; mais lorsqu'il ajoutait qu'il ferait exécuter cette décision, il allait contre son édit de Milan auquel il eût mieux valu se tenir. Pour cet esprit politique, la tolérance de 515 avait été un moyen de gouvernement; l'intolérance de 525 en sera un autre. 11 entendait que le concile et son Credo seraient pour lui ce que Tacite avait appelé des instruments de règne.

Plus de deux cent cinquante évêques3 appartenant aux provinces qui formeront l'empire d'Orient répondirent à son appel; il en vint même un de la Perse et un autre du pays des Goths : preuve que le christianisme avait depuis longtemps franchi les frontières de l'em-

1 11 est difficile d'admettre l'étrange et longue lettre qu'on fait adresser par Constantin à Anus. (Voy. Baronius, Ann. eccl., 518, ou Lnbbe, Conc. gén., t. II, p. 270.) Que des écrivains postérieurs en parlent ou en citent des fragments, ce n'est pas une preuve d'authenticité, car des contemporains mêmes de Constantin travestissaient ses édils et lui attribuaient des discours qu'il n'avait pas prononcés. Le très-prudent et catliolique Lebeau (Hist. dit Bas-Empire, t. I, p. 214) ne peut se décider à l'accepter. Il faut dire toutefois que les lettres de Constance, citées par Athanase en son Apologie, sont tout aussi verbeuses, et que les scribes impériaux de ce temps faisaient parler leurs maîtres sans dignité, en prédicants, non en princes.

- Le proconsul Gellins avait demandé aux pbilosophes d'Athènes de s'accorder enfin sur la question du souverain Bien en leur disant que, pour peu qu'ils y missent de la bonne volonté, l'affaire serait vite arrangée. Gellins et Constantin représentent bien cet esprit de gouvernement, ennemi des abstractions subtiles et qui, en toute ebose, voulait une conclusion nette pour savoir quelle conduite il y aurait à tenir ou à quelle croyance il faudrait s'arrêter. (Voy. Havet, le Christianisme, t. II, p. 70.)

3 Eusèbe, Vie de Const., 11,8. Athanase {Contre Arius) dit trois cent dix-huit évêques, sans doute par cette raison qu'Abraham avait eu trois cent dix-huit serviteurs. Le second concile œcuménique, celui de Conslantinople, en 381, a retenu le même chiffre. Chaque évèque s'était fait suivre par plusieurs prêtres et diacres. La poste impériale avait été mise au service des Pères du concile, et Constantin leur fit délivrer des vivres. Socrate, Théodoret et Sozo-

pire1. L'évèquc do Rome ou, comme Socrate l'appelle, « l'évêque de la cité impériale », se fit représenter par deux prêtres. On pouvait donc, sans y mettre trop d'ambition, appeler cette réunion le concile œcuménique, ou l'assemblée des évèqucs de toute la terre habitable. Ilosius, le confident de l'empereur, parait avoir eu la direction des débats2, auxquels le prêtre Athanase, le grand adversaire d'Arius, prit la part la plus active5. Pour les séances, l'empereur avait fait disposer

mène prétendent que des évêques, eu contestation les uns avec les autres, remirent à Constantin de nombreux mémoires que, par esprit de paix, il jeta au feu.

1 Voy. Hist. des Romains, t. VI, p. 410, n. 4. Cependant l'hilostorge nomme Wulfila le premier évêque des Goths ; il se pourrait donc que celui qui est mentionné dans le texte ait été un clerc chargé d'évangéliser les Goths établis dans l'empire et élevé, pour cette fonction, au rang d'évêque.

- La délégation que l'évêque de Rome aurait envoyée à Ilosius est une hypothèse que rien ne confirme. Eusèbe (Vie deConst., III, 7) dit seulement : « L'évêque de la cité impériale ne vint pas à cause de son âge, mais quelques-uns de ses prêtres le remplacèrent, ^soSû-rcpoi J'aùroO wapo'vres tw aùioù râî-iv ÈirXTipcuv. » On comprend, au contraire, que l'empereur ait donné la direction de débats si importants pour sa politique, à celui qui avait depuis longtemps sa confiance. Ce fut Ilosius qui signa le premier le symbole. Quant à l'objection que Ilosius, simple évêque de Cordoue, ne pouvait prendre place au-dessus de ceux d'Antioche et d'Alexandrie, on oublie que ce concile fut, pour Constantin, bien plus une affaire d'État qu'une affaire d'Église. Désireux de mettre un terme aux disputes qui troublaient ses provinces, il s'inquiétait peu qu'on donnât raison à Arius ou à Alexandre; mais il s'inquiétait beaucoup que la majorité arrivât à une conclusion dont il pût se servir pour imposer silence aux opposants, quels qu'ils fussent. Il avait donc besoin d'avoir la main dans cette assemblée, par lui-même ou par un homme à lui, et il l'eut. Théodose fera de même pour le second concile œcuménique, celui de Constantinople en 381, où ne parut ni légat de Rome ni même un seul évêque d'Occident. Eusèbe dit [Vie de Const., III, 15) que l'empereur, après son discours, donna la parole aux présidents du concile, tcïç ttî; ctuvo'^ou 77pos'5pci;. Par là, il faut entendre ceux qu'on appela plus tard les patriarches ou primats. Dans cette affaire de l'arianisine, qui décida du sort du christianisme, l'évêque de Rome ne joua aucun rôle. La lettre envoyée par Hosius aux évêques d'Occident, pour leur communiquer les décisions du concile, fut adressée sanctis Dei ecclesiis quœ Romœ sunt et in Halia et Hispania Ma et in reliquis ulterius nationibus usque ad Oceannm commorantibus (Labbe, Conc. gén., t. II, p. 267). Les théologiens ont vu de bonne heure la nécessité de mettre l'unité dans l'Église et par conséquent de rattacher les sièges épiscopaux à celui de Rome (Hist. des Romains, t. VI, p. 187-188), mais les princes furent bien moins touchés de ce besoin. Le fondateur de Constantinople et les empereurs qui lui succédèrent dans cette ville ne désiraient pas donner à leur clergé des provinces orientales un chef italien. Dans le fameux édit de Théodose pour la suppression du paganisme, les évêques de Rome et d'Alexandrie sont encore mis sur le même rang (Code Théod., XVI, 1, 2, anno 380). Théodose le jeune ne semble pas faire de différence entre les patriarches de Rome et de Constantinople, « parce que les deux villes doivent avoir les mêmes droits.... » Constantinopolis quœ Romœ veteris prerogativa lœtatur (ibid., 2, 45, anno 421).

3 Athanase, né à Alexandrie vers 296, avait environ vingt-neuf ans. Il est à noter que ce grand défenseur du Dieu unique en son essence, sans être unique en sa personne, était d'un pays où cette croyance formait le principal dogme de la religion nationale ; mais, au fond, la triade égyptienne était très-différente de la trinité chrétienne. Alexandre eut en 326, pour successeur, Théonas, qui n'occupa que trois mois le siège épiscopal auquel Athanase fut alors élevé par une minorité orthodoxe. Un écrivain catholique reconnaît, dans son savant livre sur le grand évêque, que, pour cette élection, « les canons furent violés » (Fialon, Saint Athanase, p. 110).

la basilique de Nicée, vaste édifice, comme toutes les villes grécoromaines en possédaient, à l'usage des négociants et des plaideurs. C'était une bien grande cause qui allait s'y plaider, celle de l'avenir religieux du monde. De nos jours, on admire l'audace de ces hommes qui oseront dire à Dieu ce qu'il est, et ce qu'il n'est pas, oubliant

Portes de Nicée (d'après Peyssonnel)1.

qu'ils pouvaient entendre la voix de Jéhovah éclatant au-dessus de leurs tètes pour leur demander, comme aux amis de Job, lorsque ceux-ci prétendaient mesurer sa puissance et discuter sa justice :

« Ou étiez-vous quand les anges du ciel saluèrent en chœur les astres nouveaux que j'attachais au firmament?

« Ou étiez-vous quand j'enfermais dans ses barrières la mer sortie frémissante du sein maternel et que je lui dis : Tu n'iras pas plus loin! Si vous le savez, dites-le-moi?

« Est-ce vous qui commandez à l'aube matinale? Est-ce vous qui fixez à l'aurore la place où elle doit paraître?

1 Ces portes, construites avec des débris d'édifices antiques, ont des inscriptions disposées sans suite et sont par conséquent « du moyen âge. Sous Théodore Lascaris on les a enchâssées dans un massif de maçonnerie de briques ; de sorte qu'on voit le même cintre composé partie de ces pierres d'une grosseur énorme et partie de briques enduites de plaire et peintes de figures de saints, ce qui fait le contraste le plus bizarre. » Le manuscrit du Voyage de Peyssonnel à Nicée est à la bibliothèque de l'Institut de France.

« Avcz-vous marché sur les gouffres de la mer? Ètes-vous descendus dans les profondeurs des abîmes? Parlez donc, si vous le pouvez. »

Mais en ce temps-là, on ne s'étonnait point de ces témérités, car philosophes et théologiens avaient une égale prétention à mesurer l'infini et à voir l'invisible. Les peuples les écoutaient avidement,

Le Christ en croix '

et ne croyaient qu'à ceux qui, de ce ciel entr'ouvert, faisaient descendre un Dieu de sang et de chair, dont le sang avait coulé, dont la chair avait été meurtrie. Les hypostases divines des néo-platoni-

1 D'après un manuscrit syriaque de 586 (bibliothèque Laurentienne, à Florence). La gravure de la page 111 représente la partie supérieure de la porte en bois sculpté de l'église de Sainte- Sabine, à Rome, sur l'Aventin. Dans un des compartiments se trouve la plus ancienne crucifixion que l'on connaisse. Les chrétiens des premiers siècles avaient une grande répugnance à retracer des scènes de martyre. Ce fut assez lard que l'histoire prévalut sur le symbole et que l'on reproduisit des scènes du Nouveau Testament, par exemple à Sainte-Sabine (ve siècle), dans les mosaïques de SanfApollinare Nuovo de Ravenne (vie siècle) et dans les fresques du pape Formose (891-896). La mosaïque autrefois célèbre de l'oratoire de Jean VII (705-707) qui représentait la crucifixion de saint Pierre n'existe plus.(E. Mùntz, Rev. archéol., juin 1877.) Pour que les détails de la porte de Sainte-Sabine fussent visibles sur notre gravure, nous avons dû supprimer les panneaux inférieurs. Le panneau supérieur de gauche représente la crucifixion, puis viennent : les Saintes Femmes au tombeau du Christ; la Guérison d'un malade à la porte du temple; la Multiplication des pains; l'Eau changée en vin; Moïse recevant les tables de la loi (?); la Cène d'Enimaùs ; le Repas des anges chez Abraham ; Moïse frappant le rocher

eiens les laissaient indifférents et froids, tandis que le Christ, pauvre, flagellé et mourant sur la croix pour les sauver, était présent à leurs yeux, les mains percées, le flanc ouvert, la tète penchée dans les angoisses de l'agonie. Dans les derniers battements de son cœur, ils sentaient l'immense amour de l'humanité que n'avaient jamais eu leurs dieux de marbre et de bronze, et ils ne ramenaient pas à une prose vile le poëme magnifique de la Passion. Ils ne disaient pas : Si Jésus n'est qu'un homme, sa mort est sublime ; s'il est un Dieu, elle fut une illusion, un court sommeil, et ses souffrances pour le rachat du inonde n'ont été ni plus cruelles ni plus longues que celles de la mère dans l'enfantement, laquelle sourit au milieu de la douleur, parce qu'elle sait que cette douleur cessera, quand un fils lui sera né1. Le Christ vainqueur de la mort et apportant aux hommes le dédain des misères de la vie, avec l'espérance de l'éternelle compensation, était la vision triomphante qui les délivrait de leur plus grand effroi, l'horreur de la destruction. Yoilà le Dieu maintenant populaire, et, puisqu'on l'attaquait par des raisons métaphysiques, c'était à la métaphysique de le défendre. L'empereur n'avait point de goût pour de pareilles discussions, mais elles étaient dans le goût public, il fallait les accepter.

Les Pères commencèrent à arriver vers le milieu de juin 525; Constantin avait convoqué Arius2 ; on dit que des philosophes accoururent aussi à ces grandes assises de la philosophie et de la religion, avec leur croyance au Logos, qui tenait la place du Verbe chrétien, et au Démiurgos du Timée, qui semblait répondre au Fils de Dieu, exécuteur de la pensée divine. Évêques et philosophes disputèrent souvent les uns contre les autres. Les historiens de l'Église nous ont seuls conservé le souvenir de ces débats, qu'ils terminent naturellement par la défaite des païens, quelquefois à l'aide de ce raisonnement, très-juste dans leur bouche et qui avait été celui de Tertullien : « La foi n'a pas besoin de démonstration5. » Elle ne serait plus, en effet, que la raison si elle demandait des raisons.

Jésus avait dit : « Bienheureux ceux qui sont doux, ils posséde-

1 Les manichéens et les marcionites soutenaient que la passion n'avait été qu'une apparence (S. Épiphane, Her., LXIX, 51 et 61). En ce temps-là on croyait que notre terre était le centre du monde, et l'univers semblait avoir été fait pour l'homme, roi de la nature entière. Personne ne songeait aux humanités sidérales qui peuplent sans doute l'infini. Le rachat s'est-il fait aussi pour elles ?

2 Evocabalur fréquenter Arius in concilium (Rufin, Hist. ceci., I, 5). 7' Sozomène, Hist. ceci., I, 18.

Fragment de la porte en bois sculpté, à Sainte-Sabine. Voy. p. 100, n° 1.

ront la terre; bienheureux ceux qui souffrent, ils seront consolés; bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, ils seront rassasiés.... Vous savez qu'il a été dit : Tu ne tueras point. Mais moi je vous dis que celui qui se mettra en colère contre son frère méritera d'être condamné par le conseil. Si donc, quand vous apportez votre offrande à l'autel, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez là votre don et courez vous réconcilier avec lui; vous viendrez ensuite présenter votre offrande. Vous savez qu'il a été dit : Tu ne commettras pas d'adultère. Mais moi je vous dis que quiconque regarde une femme avec convoitise a déjà, dans son cœur, commis l'adultère. 11 a été dit : Œil pour œil, dent pour dent. Moi je vous dis : Si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentezlui la joue gauche. Si quelqu'un veut plaider contre vous pour avoir votre robe, abandonnez-lui encore votre manteau. Il a été dit : Vous aimerez votre prochain et vous haïrez votre ennemi. Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à qui vous hait, priez pour qui vous persécute. Car si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense en aurez-vous? Ne jugez pas afin de n'être pas jugés. Pourquoi voyez-vous une paille dans l'œil de votre frère, vous qui ne voyez pas la poutre qui est dans votre œil? Faites à autrui ce que vous voudriez qu'on vous fit à vous-mêmes; c'est la loi et les prophètes. Mais ne faites pas vos bonnes œuvres pour être regardés des hommes, autrement vous n'en recevrez pas la récompense de votre père qui est aux cieux. Lors donc que vous donnerez l'aumône, ne faites pas sonner la trompette devant vous, comme font les hypocrites dans les synagogues et dans les rues. Je vous le dis en vérité, ces gens-là ont reçu leur récompense. Lorsque vous priez, ne ressemblez pas aux hypocrites qui se tiennent debout dans les synagogues et aux coins des rues pour être vus des hommes. Mais entrez dans votre chambre, fermez la porte et priez votre père dans le secret. Que vos prières soient courtes et non comme celles des païens, qui s'imaginent que c'est par la multitude des paroles qu'ils seront, exaucés. Car votre père sait de quoi vous avez besoin avant que vous le lui demandiez. Vous prierez donc ainsi : Notre père qui êtes dans les cieux, que votre nom soit sanctifié; que votre règne arrive; que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien et pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Ne nous abandonnez pas à la tentation, mais délivrez-nous du mal. »

Yoilà les belles et simples paroles qui avaient conquis les âmes parce qu'elles allaient au cœur. Pour faire une Église, une discipline, il fallait autre chose : un dogme, du mystère et du surnaturel. Les apôtres et les docteurs avaient travaillé près de trois siècles à cette œuvre, mais la société chrétienne n'avait pas encore sa constitution écrile en quelques mots brefs et acceptée de tout l'épiscopat. Le concile de Nicée va la lui donner.

11 commença ses travaux, le 5 ou le 6 juillet 525, en présence du prince. Hosius, qui siégeait à sa droite, ouvrit la session par quelques paroles de gratitude pour l'empereur; Constantin déclara ensuite aux évoques qu'il les avait appelés pour rétablir la concorde dans l'Église. « En ce faisant, ils plairont au Dieu suprême et rendront un grand service au prince, leur frère dans le culte de Dieu l. »

Nous n'avons pas à raconter en cette histoire les débats qui s'élevèrent au sein de l'assemblée, les colères des orthodoxes, les réticences calculées des eusébiens, ainsi qu'on appelait les secrets partisans d'Àrius, leurs efforts pour prévenir une condamnation officielle et l'embarras de l'empereur au milieu de ces subtilités, que le vieux soldat ne comprenait pas, ou qu'il dédaignait, quand il arrivait à les comprendre2. Il nous suffira de rappeler l'argumentation d'Arius et la réponse du concile qui est contenue dans son Credo. Le Père existe par lui-même, disait Arius, et le Verbe n'est point éternel, puisqu'il a été tiré du néant par la volonté du Père, qui alors était seul; il n'est pas de la même substance, car la substance divine ne pouvait engendrer qu'une substance égale à elle-même, c'est-à-dire non engendrée. Le Père est incompréhensible pour le Fils, ainsi que pour toutes les créatures, car ce qui a commencé ne saurait connaître ce qui est sans commencement. Le Fils ne connaît pas sa propre substance, et il ne participe pas plus à la perfection morale de Dieu qu'à ses attributs métaphysiques. En tant que créature, il peut même chan-

1 Eusèbe (Vie de Consl., NI, 11-12). Il ne nomme pas l'évêque assis à la droite du prince, peut-être pour donner à penser que c'était lui. La probabilité est pour Hosius, qui contresigna le premier les canons et le Credo. Voyez ci-dessus, p. 65. Dans Tbéodorel (II, 15), Âthanase dit : « Y a-l-il eu quelque concile où n'ait présidé Hosius, cet évêque le plus illustre du siècle? » Constantin parla en latin, la langue ol'iicielle, qui resta jusqu'en 597 la langue des tribunaux pour tout l'empire. (Code Just., VII, 45, 12.) Décréta a prœloribus lutine inlerponi 'lehent (I)ig., XLI1, I, 48). Un évêque traduisit en grec sa très-courte harangue.

- On le fait intervenir très-doctement dans les discussions théologiques. J'en doute, car s'il avait si bien traité la question de la consubstanlialité, il n'aurait pas peu de temps après favorisé ceux qui la niaient et exilé leurs adversaires. Eusèbe (Vie de Const., III, 15) ne parle que de ses efforts pour calmer les emportements : universos ad concordiam incitai.

ger et de l)on devenir mauvais, ainsi qu'il est arrivé à l'ange déchu.

Alhanasc avait des raisons contraires, mais de nature semblable, pour opposer à cette théogonie, née du cerveau d'Arius, une théogonie différente que la dialectique démontrait également, parce que la dialectique démontre tout, puisqu'elle est l'instrument qui l'ail sortir des prémisses ce qu'on y a placé. Ces efforts de logique intéressaient les docteurs raffinés; ils ne remuaient pas la majorité formée d'hommes simples et pieux, dont plusieurs portaient les marques du martyre et qui n'avaient pas besoin dotant de raisonnements pour croire à leur Dieu. C'est pour le Christ qu'ils avaient souffert la torture et que tant de leurs frères étaient allés à la mort, pour le Christ, fils de Dieu, vrai Dieu lui-même ; comme on leur disait qu'il ne pouvait l'être qu'à la condition d'avoir été formé de la substance du Père, ils votèrent contre Arius qui n'en faisait qu'un Dieu subordonné, presque un homme. La langue grecque, avec ses ressources infinies, donna le mot nécessaire pour désigner cette unité de substance, ôpooiaioç, qu'on a traduit par consubstanticl.

Cette fois Jésus était bien reconnu tout à fait Dieu. Il y avait une autre manière de le sauver, c'était de ne pas le confondre avec le Père. Après avoir établi l'identité de substance, le concile conserva la distinction des personnes en renouvelant l'anathème contre les sabelliens, qui n'avaient vu dans les actes de la Trinité que trois opérations d'un seul être divin ; de sorte que le Christ historique n'aurait été qu'une apparition passagère de Dieu sous le masque de l'humanité. La décision du concile était, au fond, une affaire de sentiment plus que de métaphysique ; mais n'est-ce pas le sentiment qui mène le monde?

Le Credo de Nicée, qu'après plus de quinze siècles l'Église catholique professe encore1, est ainsi conçu : « Je crois en un seul Dieu,

' Le Credo de la messe est celui qu'arrêta le second concile œcuménique, à Constantinople, en 581. Pour combattre les hérésies survenues depuis 52o, il fit plusieurs additions au symbole de Nicée, qui reste toujours le fond de la foi catholique. Les mots en caractères italiques sont les additions faites en 581 : « Je crois en un soûl Dieu, le Père tout-puissant, qui a fait le ciel et la terre et toutes les choses visibles et invisibles, et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, qui est né du Père avant tous les siècles; Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu devrai Dieu: qui n'a pas été fait, mais engendré; consubstanliel au Père, par lequel toutes choses ont été faites; qui est descendu des deux pour nous autres hommes et pour notre salut, et qui a pris chair de la Vierge Marie par l'opération du Saint-Esprit, et a été fait homme ; qui pour nous aussi a été crucifié, a souffert sous Ponce Pilote, et a été mis dans le sépulcre; qui est ressuscité le troisième jour, selon les Ecritures, et qui est monté au Ciel; qui est assis à la droite du Père, et qui viendra encore avec gloire pour juger les vivants et les morts, et dont le règne n'aura point de fin. Je crois au Saint-Esprit, seigneur et vivifiant; qui procède du Père (et du Fils); qui est adoré et glorifié conjointement avec le Père et le Fils;

le Père tout-puissant, créateur de toutes les choses visibles et invisibles, et en un seul Seigneur Jésus-Christ, fils unique de Dieu, qui est né du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu; engendré et non fait; consubstantiel au Père, par qui toutes choses ont été faites ; qui, pour notre salut, est descendu, a pris chair et s'est fait homme; qui est ressuscité le troisième jour, est monté au

Le Christ ressuscitant Lazare (d'api es un verre doré) '.

ciel et viendra encore pour juger les vivants et les morts. Je crois aussi au Saint-Esprit. » Et le concile ajoutait : « Quant à ceux qui disent : Il y a eu un temps où le Fils n'était pas, ou qui prétendent que le Fils de Dieu est d'une autre substance, la sainte Église catholique leur dit anathème. » Tous les évêques, moins deux, acceptèrent

qui a parlé par les Prophètes. Je crois à l'Église qui est une. sainte, catholique et apostolique. Je confesse qu'il y a un baptême pour la rémission des péchés. Et j'attends la résurrection des morts et la vie du siècle à venir. Amen. » (Traduction du P. Le Brun, de l'Oratoire, dans son livre Explication de la messe, p. 219.)

1 Le Christ représenté imberbe est armé d'une baguette dont il touche Lazare. (Ach. Deville, Histoire de la verrerie dans l'antiquité, pi. 29.)

ce symbole, et une lettre synodale, adressée par les treize archevêques ou évêques métropolitains, Ilosius en tète, le transmit à toutes les Eglises « qui sont sous le ciel »'.

Cette déclaration en quatre lignes était le pins grand événement de l'histoire; car, en faisant l'unité doctrinale de l'Église, les Pères de Nicée venaient de préparer sa toute-puissance, et Constantin, en instituant les conciles généraux, lui donnait le moyen de suivre les évolutions de la pensée chrétienne, môme de .les précipiter. La cité avait eu jusqu'alors une même foi politique et religieuse; elle en aura deux désormais, chacune avec une loi et un maître différents. L'unité sociale sera donc rompue, et de longues guerres éclateront entre les représentants de ces deux principes contraires qui, tour à tour victorieux et vaincus, iront : celui-ci s'humilier à Canossa, celui-là s'enfermer dans son Vatican solitaire.

Après le dogme, le concile s'était occupé de la discipline. Il avait réglé timidement l'affaire de Mélècc, lui laissant le titre d'évêque, mais lui interdisant d'en remplir les fonctions. Il avait fixé le jour de Pâques au dimanche qui suivait la pleine lune la plus rapprochée de l'équinoxe du printemps, et il avait arrêté vingt canons ou règles générales de discipline. Nous ne donnerons que ceux qui ont de l'intérêt pour l'histoire générale.

1er. Exclusion des ordres sacrés pour ceux qu'un zèle malentendu porterait à se mutiler, comme Origène.

2e. Nécessité d'attendre, pour donner les ordres aux néophytes, qu'ils soient bien instruits et éprouvés, afin de prévenir les ordinations précipitées.

5e. Interdiction du mariage aux clercs2.

10''. Défense d'accorder l'ordination aux iapsi.

17e. Interdiction aux clercs de prêter à intérêt''.

14''. L'évêque sera institué par trois évêques, au moins, de la pro-

1 Labbe, Conc. génér., t. II, p. 267.

- Beaucoup de clercs étaient mariés avant de s'engager dans les ordres; le concile ne brisa pas ce lien, mais l'Eglise exigea que l'épouse ne fût plus qu'une sœur. Le Code Thcodosien (V, 5, ann. 454; XVI, 2, fr. 10, li, 44, ann. 555, 557, 420) parle des femmes "et des enfants des clercs. Les Novclles de Justinien (VI, 5, et CXXIII, 12) en font encore mention; on vient de trouver dans le tombeau d'un évèque de Brindes le squelette de la femme à côté do celui du mari (Comptes rendus de VAcad. des inscript., 1882. p. 260.) Voyez, dans Socrate et Sozomène, le discours de saint Paphnuce, favorable au maintien de l'ancien usage.

3 La loi civile, maintenue par Constantin, autorisait le prêt à 12 pour 100, même à 55 pour 100, pour les denrées de l'annone... duos modios qui accepit tertium reddat (Code Thcod., II, 55, 1). Voyez ci-dessous, p. 107, n. 2.

vince, avec le consentement écrit des absents. Le métropolitain on évêque de la cité métropole de la province aura le droit de confirmer ce qui aura été fait1.

15e. On ne transférera d'une ville à l'autre ni évoques, ni prêtres, ni diacres.

0e. Que l'on observe les anciennes coutumes des églises établies dans l'Egypte, la Libye et la Pentapole, en sorte que l'évoque d'Alexandrie ait autorité sur toutes ces provinces, puisque, l'évêque de Rome a le môme avantage. A Antioche aussi et dans les autres provinces, que chaque église conserve ses privilèges2.

7e. L'évêque de Jérusalem conservera ses honneurs.

5e. Les excommunications prononcées par un évêque seront observées par ses collègues, mais chaque année tous les évêques de la province se réuniront deux fois pour examiner si la sentence n'a pas été portée par faiblesse, haine ou passion.

11e, 12e, 15e. Pénitences diverses imposées aux apostats3.

19e. Ce canon parle de diaconesses qui recevaient, comme les diacres, l'imposition des mains, portaient un habit particulier et remplissaient à l'égard des femmes malades on pauvres, dans les hospices, à l'entrée de l'église et à la cérémonie du baptême, les mêmes fonctions que les diacres auprès des fidèles de l'autre sexe.

Ainsi les simples et belles paroles dites par Jésus sur la montagne étaient devenues un dogme profond; des millions d'hommes remplaçaient les douze disciples galiléens, et l'Église, héritière de ceux qui n'avaient pas eu où reposer leur tète, élevait l'immense édifice

1 Le concours du peuple à l'élection des évêques subsistait. Voyez Synesius, Lettre 123, édit. Druon.

- Ce canon, dit l'abbé Fleury (Hist. ceci., t. III, p. 151), fait voir un degré au-dessus des métropolitains, c'est-à-dire une juridiction sur plusieurs provinces attribuée à certains évêques, que l'on a depuis nommés patriarches ou primats, comme on a aussi nommé les métropolitains archevêques. Les évêques de Rome, d'Alexandrie et d'Antioche avaient donc juridiction sur les provinces voisines, comme l'évêque d'Éphèse dans l'Asie proprement dite, et ceux de Césarée, en Cappadoce, d'Héraclée, en ïhrace, de Cartilage, en Afrique. Le prêtre Ilulin, né clans la Vénétie, vers 545, et qui vécut longtemps en Italie, explique (I, 6) les pouvoirs attribués au pape par le 6e canon, en ce sens que l'évêque de Rome avait le soin des églises subuvbicaires, c'est-à-dire de celles qui étaient situées dans les provinces soumises à la juridiction du vicarius nrbis Romœ, ou, d'après la Notitia dignitatum, l'ouest et le sud de l'Italie péninsulaire, la Sicile, la Corse et la Sardaigne. Mais toutes les églises de l'Occident honoraient depuis longtemps Rome comme le centre de la foi.

3 Elles étaient graduées : les fientes pleuraient hors de l'église; les audientes écoutaient les instructions, mais se reliraient quand les prières commençaient; les pro&lrati restaient à genoux pendant que l'assemblée priait pour eux ; les consislentcs assistaient aux mystères, mais sans y prendre part. Chacune de ces pénitences durait une ou plusieurs années.

qui devait abriter, durant de longs siècles, la meilleure partie de L'humanité.

Le concile avait condamné Arius; Constantin l'exila, lit brûler ses livres et prononça la peine de mort contre ceux qui les garderaient'. Les évoques, ses fonctionnaires religieux, ayant prononcé la sentence, il lui donnait une sanction pénale, comme il faisait exécuter les arrêts de ses fonctionnaires judiciaires. Les uns et les autres étaient pour lui des gardiens de la paix publique2. Quelques années plus tard, il publia contre les hérétiques valentiniens, marcionites et pauliniens un édit qui ferma leurs oratoires, et interdit leurs assemblées7'. C'est ainsi qu'avait commencé la persécution de Dioclétien; Constantin, heureusement, n'alla pas si loin. En mettant le bras séculier au service d'un dogme, exemple qui ne sera point oublié, il manquait ù ses promesses de 515, mais il n'inaugurait pas une politique nouvelle. Dans les ruines de ce passé que l'Église venait de détruire, il se hâtait de reprendre la vieille doctrine du sénat républicain que le culte devait être réglé par la puissance publique. Les dehors étaient différents : Jéhovah avait remplacé Jupiter, et le christianisme était devenu la religion de l'État. Mais si l'on avait changé de croyance, on ne changeait pas de sentiment. Presque au sortir du concile, le palais impérial vit s'accomplir une des plus odieuses tragédies de l'histoire, et, dans l'année 520, Constantin promulgua trois lois qui étaient en absolue contradiction avec le véritable esprit chrétien, même avec la mansuétude des Antonins4. Les dieux de Rome étaient morts; la vieille dureté

1 Socrate, Hist. eccl., 1, 9, ad fin.; Suzomène, I, 21. Deux évêques partisans d'Arius, Eusèbe do Nicomédie et Théognis de Nicée, lurent exilés trois mois après le concile. (Philostorge, I, 9-10.) Constantin lit écrire aux gens de Nicée et de Nicomédie d'avoir à élire deux autres évêques (Gélase de Cyzique, III, 2-5, et Théodoret, I, 20) et âne point causer de désordre, parce qu'ils auraient à en rendre compte à lui-même, comme au gardien pacis debitseque erga Dctun rêver entix. liufhi (Hisl. eccl., I, 5) compte dix-sept opposants, dont six furent exilés avec Arius ; les autres signèrent le symbole de Nicée, manu sola non mente.

- Constantin exile les évêques qui lui déplaisent, comme Eusèbe et ïbéognis, en fait élire d'autres à leur plaee et les dépose ensuite pour rendre aux premiers leurs sièges (Sozomène, II, 27). Si Athanase, déporté à Trêves, ne fut pas remplacé à Alexandrie, c'est que le prince eut peur qu'une élection n'excitât une émeute dans celte grande et turbulente cité.

3 Eusèbe, Vie de Const., III, 64-65. Le texle d'Eusèbe doit être une amplification des deux ('■dits de 52G, qui sont au Code Théodosien, XVI, 5, 1 et 2, par lesquels les avantages faits aux ortbodoxes sont refusés aux hérétiques et aux schismatiques.

4 Une fille d'auberge, même l'hôtelière, ne peut être accusée d'adultère, .... quas vililas vil.v dignas legum observatione non cmlidil (Code Théod., IX, 7, 1). Le maître qui fait mourir son esclave sous les coups n'est pas coupahle d'homicide, s'il déclare n'avoir pas voulu le tuer, nain emendatio non vocalur ad crimen (ibid., IX, 12, 2). La femme qui avait commerce avec un de ses esclaves était mise à mort et l'esclave envoyé au bûcher [ibid., IX, 9, 1). Par une

romaine ne l'était pas : les lois pénales du premier empereur chrétien sont parmi les plus atroces de la législation romaine.

Lorsqu'il congédia les Pères de Nicée, Constantin leur donna pour mot d'ordre : « Pas trop de discours et point de disputes : elles prêtent à rire1. » Recommandation sage, mais difficile à suivre. On se tut quelque temps, puis les discussions, les sourdes menées, recommencèrent, et il se prépara un coup de théâtre inattendu : le vaincu du concile reviendra triomphant, et ceux qui l'avaient chassé prendront sa place dans l'exil.

En Egypte, les méléciens n'observaient pas un règlement sur la succession de leurs évêques que le concile avait arrêté, mais qui exigeait pour être mis en pratique une abnégation que ces hommes n'avaient pas. Athanase, élevé en 526 au trône patriarcal d'Alexandrie, les combattit avec sa vigueur habituelle; ils lui répondirent en attaquant son élection, de sorte que recommencèrent, tout à la fois, le schisme et les compétitions épiscopales. Les ariens, au contraire, avec l'habileté propre aux minorités battues, faisaient parvenir à l'empereur des lettres de soumission qui flattaient son désir de paix religieuse. Eusèbe de Césarée lui envoyait un mandement pastoral où il avait expliqué l'insertion au symbole de Nicée du mot consubstantiel comme une nouveauté sans importance, qui avait plu à l'empereur et que, pour cette raison, on devait accepter; Constantia mourante lui redemandait Eusèbe de Nicomédie, son directeur de conscience; Arius enfin lui adressait une profession de foi très-catholique, sauf que le mot qui faisait tout le débat ne s'y trouvait point2. Elle se terminait par des paroles qui allaient doublement au cœur du prince : « Nous implorons votre piété, afin que, les questions oiseuses et les vaines disputes étant mises de côté, nous soyons, par votre intervention, réunis à notre sainte mère l'Église et que nous puissions vivre en paix et en prières, pour votre glorieuse souveraineté et pour

loi de 519, le décurion qui épousait une esclave était condamné à la déportation avec confiscation des biens, la femme «tait reléguée aux mines et le maître de l'esclave perdait, par confiscalion, la moitié de ses biens. (Code Théod., XII, 1, 6, et Code Just., V, 5,5.) Tliéodose, bien plus chrétien que Constantin, parlera encore de la servili fœce. Sur les lois de Constantin louchant l'exposition des •enfants, voyez ci-dessus, page 79.

1 Sermonum copia haudquaquam.... utilitatem a/ 'ferre.... ridendi pra-bealur occasio (Eusèbe, Vie de Consl., III, 21).

2 Le mot s'y trouvait, mais avec l'addition d'une lettre qui changeait toute la doctrine : ê[;.oicÛ3ic; pour 6u.ooûato;, le premier signifiant semblable m substance, et l'autre, de même substance.

votre race1. » Constantin pensa que les eusébicns étaient décidément le parti des pacifiques et qu'ils seraient de plus commodes auxiliaires que ces orthodoxes intraitables qui, appuyés à leur Christ, égal à son Père, le prenaient déjà de haut avec l'autorité temporelle. 11 rappela Ëusèbe etThéognis, auxquels il rendit leurs sièges épiscopaux, chassa ceux qui les y avaient remplacés2 et écrivit à Athanase de recevoir Arius dans son église. L'évêque répondit sèchement qu'il ne le pouvait pas. Pour l'empereur, qui rêvait de gouverner le clergé chrétien comme le sacerdoce païen, cette réponse était une scandaleuse désobéissance. Il fit aussitôt partir deux de ses gardes qui portèrent à Alexandrie le message suivant : « Vous laisserez libre accès dans l'église à ceux qui veulent y entrer. Sinon, vous serez déposé de votre charge et renvoyé de la ville. »

En Syrie, le patriarche d'Antioche, Eustache, avait lait, comme Athanase, rude guerre aux ariens et mécontenté beaucoup d'évèques par ses ardeurs théologiques, son zèle impérieux et ses prétentions à intervenir dans le gouvernement de leurs églises. La ligne à suivre, dans ces discussions subtiles, est bien étroite, et les chutes sont faciles; pour les déterminer, il suffit d'un mot, d'une lettre mal placés. Eustache, accusé d'être tombé dans le sabellianisme, fut déposé par un synode où les eusébiens dominaient. Le peuple d'Antioche ayant pris parti pour son évoque, l'empereur chargea un de ses comtes de réprimer ces mouvements tumultueux et de présenter, pour le siège vacant, deux candidats entre lesquels le synode choisirait. La sédition doit avoir été sérieuse, car Eustache fut exilé avec plusieurs de ses diacres et prêtres, et une partie du peuple lui resta longtemps attachée r>.

En ce temps-là les Goths, les Sarmates, s'agitaient, et une guerre avec la Perse semblait imminente; Constantin abandonna les affaires d'Église pour les négociations et les armes. Il laissa tranquille, dans Alexandrie, l'évêque qui avait osé lui tenir tête, et il parut oublier, dans Antioche, les eustachiens qui refusaient de recevoir leur nouveau prélat. Les querelles n'en continuèrent pas moins entre hérétiques, schismatiques et orthodoxes. Pendant que le prince guerroyait sur le

« Socrate, I, 26 ; Sozomène, II, 27.

- Socrate, I, 14.

3 Peut-être faut-il placer à ce moment la révolte d'un individu nommé Calorèce, dont on ne ■sait rien, si ce n'est qu'il souleva l'île de Chypre, prit le titre d'empereur et fut brûlé vif. Athanase fut accusé d'avoir envoyé de l'argent à un rebelle du nom de Philumène. Est-ce le même ?

Danube et qu'il échangeait des messages avec Sapor, l'œuvre de son concile fut minée dans tout l'Orient. L'arianisine flattait une tendance très-rationnelle, qui revit, de nos jours, dans certaines églises protestantes, celle qui rapproche Jésus de l'humanité ; aussi faisait-il de grands progrès dans les provinces asiatiques; il envahissait les sièges épiscopaux, et la cour impériale lui appartenait. Mais le véritable auteur du symbole de Nicée, celui qui avait été la colonne de l'Église orthodoxe, Athanase, restait debout. Les eusébiens résolurent de l'abattre. On lui imputa des fraudes, des violences, des crimes; on le cita à comparaître dans Césarée, puis à Tyr, par-devant un synode où dominaient ses adversaires1; on l'accusa, auprès de l'empereur, de mauvaises mœurs et, ce qui pour le prince était plus grave, de crimes d'État : il avait, par des quêtes incessantes, épuisé son diocèse, afin de s'amasser un trésor, et il avait retenu dans Alexandrie les blés d'Egypte, tandis que Constantinople souffrait de la famine. A l'égard d'un tel homme, ces accusations étaient d'ineptes calomnies. Que son gouvernement épiscopal fût sévère, son orthodoxie intraitable, son sentiment des droits de l'Église très-différent de celui de Constantin, certainement on le pouvait dire. Mais il n'aurait pas suffi à ceux que cette grande renommée gênait d'incriminer le caractère d'Athanase; ils avaient reçu les dépositions de la sottise, de la haine ou de l'envie, avec cette étrange facilité qu'ont toujours eue les partis religieux à accueillir consciencieusement d'abominables imputations contre leurs adversaires. « Notre ennemi, dit Grégoire de Nazianze, est toujours hérétique. » Là où devait être le plus de charité se trouve le plus de colère, parce que dans ces contestations l'enjeu est tout à la fois la terre et le ciel.

Constantin avait envoyé au synode de Tyr un consulaire, le comte Denys, pour avertir les évêqucs de ses volontés et surveiller leurs actes. Denys était porteur d'une lettre impérieuse où l'empereur disait : « Si quelqu'un refuse d'obéir, il apprendra par l'exil qu'il n'est permis à personne de résister aux ordres du prince \ » Ces paroles montrent quelle position l'empereur gardait à l'égard des évèques; il voulait rester leur maître, et ceux du parti d'Athanase en-

1 II en était venu même d'Egypte, car Athanase n'eut pour lui que quaranle-neuf évèques égyptiens, et ils étaient plus de cent.

4 Eusèbe, Vie de Const., IV, 42 : ànéa-rtù.* Atovûotcv.... S; xai tcù; dcpEÎJ.ovta; eî; ~r;i cûvo^cv i<p'.xi(.ôai p.EÔ ôjj.ùv ÛTrcjtvilijei, xxi tûv ■rcpaTTOjJ.s'vtuv È^aipÉTto; Si ttî; EÙraçia; xaTacuo-o; K7.zioiai..., etc.

Les Portes d-Antioche (d'après une photographie du capitaine Barry : Mission de M. Chantre).

tendaient n'en point avoir. « De quel droit, éerivaient-ils plus tard, à propos du synode de Tyr, dans une lettre adressée à tout l'épiscopat, de quel droit ces gens-là (les eusébiens) ont-ils réuni un concile contre

Fragments d'une mosaïque, trouvée près de Tyr t (Musée du Louvre.)

nous? De quel front peuvent-ils appeler concile cette réunion présidée par un comte; où des appariteurs de justice étaient présents; où, à la

1 M. Renan découvrit en 1860, dans les environs de Sour (Tyr), à Kahibiram, une mosaïque qui avait servi de pavé à une église. « L'ouvrage, dit-il, n'est ni païen ni.chrétien; il appartient, comme l'a montré M. de Rossi, à cet âge de transition où une sorte de réalisme menait insensiblement de l'art païen à l'art chrétien, où les dieux du paganisme cédaient la place aux saisons, aux mois personnifiés. Jupiter, Mars, Vénus, Saturne, figurent alors non plus comme des dieux, mais comme des planètes, ou bien tiennent la place des jours. Pour l'explication de cette curieuse mosaïque, dont l'empereur Napoléon III fit faire, par un mosaïste italien, une copie qui est aujourd'hui au Louvre, voyez Renan, Mission de Phénicie, p. 611-626. MM.de Rossi et de Longperier croient que la mosaïque date du quatrième siècle, mais qu'au sixième ou

place des diacres de l'Église, on voyait des gens de police introduire et faire ranger les assistants; où le comte parlait, pendant que les évèques se taisaient et se courbaient sous ses paroles; où ce qui plaisait au commun des évèques était empêché par le magistrat? Il commandait et des soldats nous faisaient mouvoir.... En somme, frères chéris, quelle espèce de concile était-ce là, où la mort et l'exil pouvaient être prononcés contre nous s'il avait plu à César?... S'ils avaient voulu juger en évêques, qu'avaient-ils besoin de comtes, de soldats et de lettres de convocation signées d'un empereur1? »

Ceux qui parlaient si dédaigneusement du pouvoir civil, et qui réclamaient avec tant de fierté « l'Église libre », qu'ils entendaient diriger seuls, avaient une ambition légitime, parce que la conscience religieuse ne peut être soumise à d'autre loi que celle qu'elle s'est donnée. Mais le domaine spirituel n'est pas nettement séparé du temporel, et qui tient le premier aspire à s'emparer du second. Quel renversement des anciens principes, et, pour le gouvernement impérial, quelle nouveauté sacrilège ! Les empereurs d'Orient n'ont pu s'y résigner, et le czar, leur héritier, a fait comme eux.

Quelques années à peine après l'édit qui avait accordé aux chrétiens le droit de vivre, les partisans d'Athanase posaient devant leur libérateur le grand problème qui devait troubler le moyen âge et le monde moderne. On comprend que Constantin, considérant cette altière indépendance comme une opposition dangereuse, ait passé du côté des ariens et ait relégué Athanase au fond des Gaules, dans la ville de Trêves, exil doublement dur pour cet homme du Midi.

Arius triomphait : l'évêque de Constantinople reçut l'ordre de l'admettre à sa communion ; mais un jour que l'hérésiarque quittait le palais, entouré d'un nombreux et brillant cortège, il fut pris sur le Forum d'un mal subit et contraint de s'arrêter en un lieu retiré.

au septième elle a été appropriée au culte chrétien. M. Renan est disposé à en reculer la construction au sixième siècle. Nous donnons hors page et en couleur la partie centrale; les détails représentés page 125 forment une partie de l'encadrement.

1 Cette lettre est rapportée par saint Athanase dans son Apologie. A cause de son importance, j'ai suivi la traduction de M. le duc de Broglie (t. III, p. 51). On verra au chapitre suivant, paragraphe îv, que les débats sur cette grave question : « L'Église sera-t-elle libre ou subordonnée au prince? ». rempliront tout le règne de Constance. Les empereurs n'abandonnèrent point, comme le voulait Athanase. le droit de diriger les conciles. Même en 411, sous le faible et très-orthodoxe Honorius, le comte Marcellinus, qui n'était pas un chrétien bien affermi dans sa foi, présida la fameuse conférence de Carthage, à laquelle assistèrent saint Augustin et quatre cents évèques africains. Après trois jours de discussion, le comte déclara que les orthodoxes avaient gagné leur cause contre les donatistes.

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MOSAÏQUE DE TYR (SOUS OU KAHIBIRAN (Musée du Louvre)

LES DONATISTES, L'AHIANISME ET LE CONCILE DE NiCEE. 127

Comme, au bout de quelque temps, il n'eu sortait pas, ou alla l'y chercher : il était mort. Une légende se forma vite sur cette fin dont aujourd'hui un apprenti médecin trouverait la cause physiologique. On raconta que le vieil évèque, consterné de l'ordre qu'il avait reçu de la bouche même de l'empereur, s'était prosterné, tout en larmes, au pied d'un autel, en disant : « 0 Dieu, si Arius doit entrer demain dans votre sanctuaire, délivrez auparavant votre serviteur, ou arrêtez l'impie pour que l'erreur ne pénètre pas avec lui dans votre église. » A ce moment Arius fut saisi d'atroces douleurs; ses entrailles sortirent de son corps rompu, et il tomba dans le cloaque (556). Les orthodoxes l'ont fait mourir une seconde fois en détruisant ses ouvrages : de ce vigoureux esprit, il ne reste rien.

Athanase ne gagna rien à cette mort. Des Alexandrins sollicitèrent son rappel; on fit même écrire pour lui à l'empereur par saint Antoine, à qui ses austérités dans les solitudes d'Egypte donnaient de la popularité. Constantin répondit aux uns qu'il était las de leur légèreté et de leurs sottises, et au moine qu'Athanase était un séditieux, justement condamné par une sentence ecclésiastique1.

De leur côté, les donatistes, passant du schisme à l'hérésie, ne reconnaissaient plu^s les sacrements administrés par les catholiques et rebaptisaient les chrétiens qui venaient à eux. Ils envahirent un grand nombre d'évèchés africains; ils essayèrent même d'enlever aux orthodoxes jusqu'au siège romain : un d'eux osa disputer au pape la chaire de saint Pierre. Du milieu de ce chaos confus de passions religieuses et de saintes colères sortit une secte farouche, les circoncellions, circa villas eunies, qui se dirent « les combattants de Dieu contre le diable, agonistici », et, au nom du ciel, firent ta la société une guerre sauvage. Ils allaient à travers le pays, armés du « bâton d'Israël », cherchant le martyre et surtout le donnant. Ils délivraient les esclaves, abolissaient les dettes et couraient sus aux maîtres et aux créanciers. Quand retentissait aux abords d'un village leur cri de guerre : « Louange à Dieu! » tout le monde fuyait ou se cachait, mais sans échapper toujours aux coups des « saints » ivres de fureur divine2.

C'est par cette anarchie dans les doctrines et dans la société que

' Sozomène, Hist. eccl., II, 51.

- Deo laudes. On retrouve ces deux mois sur des inscriptions (C. I. L., t. VIII, n0' 2046, 2223, 2508). Saint Augustin a beaucoup parlé des circoncellions (cf. Enarratio m Psalm. CXXXII, 6), et, d'après lui, Tillemont en a écrit l'histoire dans ses Mémoires ecclés., t. VII, p. 147-105. La secte dura jusqu'à l'invasion arabe, au septième siècle, qui détruisit tout le christianisme africain.

s'acheva le règne du prince qui s'était fait chrétien pour donner la paix à l'empire.

: V. —DERNIÈRES ANNÉES DE CONSTANTIN (526-537); FONDATION DE GONST ANT 1NOPLE.

Pour son biographe ecclésiastique, Constantin est un moine toujours en prières ou en pieuses oraisons avec les évoques, un frère prêcheur qui fait chaque matin le catéchisme à ses courtisans, et qui passe les jours et les nuits à préparer des sermons sur le mensonge et l'impiété, sur l'unité de Dieu et sa providence, sur le jugement dernier et les châtiments réservés aux avares et aux violents1. Du chef d'un grand empire en voie de reconstruction, du législateur qui a rempli les codes de ses lois, du soldat tenu en éveil par les Barbares dont ses provinces sont enveloppées, il n'est pas question. Dans la première partie de cette étude, on a montré le prince, ses talents militaires, son ambition et sa cruauté; dans les deux autres, on a suivi la politique qui amena la transformation religieuse de la société romaine; il reste à voir les tragédies domestiques, les guerres étrangères et les lois ou institutions.

En l'année qui suivit le concile de Nicée, Constantin se rendit à Rome, qu'il n'avait point visitée depuis sa victoire sur Maxence. Il y arriva vers le milieu de juillet 526. C'était le temps où avait lieu la transvectio equitum*. Les chevaliers, montés sur des chevaux de prix et parés de belles armures, traversaient la ville processionnellement pour aller offrir à Jupiter Capitolin les vœux de la jeunesse romaine : solennité autrefois patriotique et militaire qui n'était plus qu'une fête païenne. L'empereur ne quitta pas cette fois le Palatin et regarda dédaigneusement passer cette image effacée de la Rome conquérante des anciens jours. Le peuple se vengea par des sarcasmes de ce mépris pour ses vieilles coutumes, et l'insolence de la foule alla si loin, que plusieurs conseillers du prince proposèrent une répression militaire.

Constantin eut l'esprit de ne point punir. Il avait de bien autres

1 Eusèbe, Vie de Const., IV, 29. Burckhardt (op. cit., p. 557) est près de croire y ces conférences théologiques que Constantin aurait faites à ses courtisans et au peuple; il les compare aux communiqués que les gouvernements modernes font à la presse pour diriger l'opinion. La remarque est ingénieuse, mais je crois qu'elle l'est beaucoup trop.

2 Suétone, Oct., 58 ; Zosime, II, 29. Cette revue ou recognitio de l'ordre équestre étail faite le 15 juillet.

soucis, obsédé qu'il était déjà par les sombres pensées qui allaient le conduire à tuer son fils aine et la mère de ses autres enfants. Dès le mois de septembre précédent, quelques semaines après la clôture du concile, il est inquiet, préoccupé; au moment où il pouvait se glorifier d'un grand succès de sa politique, on le voit adresser à tous les provinciaux un édit par lequel il demande, il appelle les dénoncia-

Thermes de Constantin, à Rome'. (État des ruines en 1575, d'après Du l'éruc.)

tions2. Il ne parle que de prévarications qui auraient été commises, parce qu'il n'aurait pu parler publiquement d'autre chose; mais il veut qu'on puisse avec pleine sécurité lui apporter toute plainte contre ses juges, ses comtes, ses amis même, et peut-être surtout contre les soldats de sa garde et les officiers de sa maison, les palatins. « Qu'on vienne sans crainte, ajoute-t-il, et qu'on s'adresse à moi seul : j'écouterai tout; je ferai moi-même l'enquête; si l'accusateur prouve son dire, il recevra honneurs et fortune, et qu'ainsi la divinité suprême soit propice à moi et à la république. »

1 Eliam periere ruinœ. Ces thermes occupaient, sur le Quirinal, une surface dont !e circuit avait 800 mètres. Il n'en reste rien, si ce n'est quelques rares débris dans les caves du palais Kospigliosi et dans les jardins Aldobrandini. On a trouvé dans ces thermes les statues couchées du Tibre et du Nil et les deux statues colossales de Constantin, aujourd'hui sur la place du Capitole; nous les publions, l'une en tête du présent volume, l'autre à la page 1, d'après des dessins faits à Rome par M. Fritel.

2 Ad universos provinciales, XV kal. oct. (325). (Code Théod., IX, l, A.)

Cet appel à la protection divine pour le salut de l'empereur et de l'empire n'est point fait à propos d'obscurs délits. L'amour du bien public cache, dans cet édit, l'inquiétude d'un prince qui provoque les révélations et supprime tout intermédiaire entre les délateurs et lui, parce qu'il espère trouver enfin et saisir le fil d'une trame dont il se sent enveloppé.

Nous sommes réduits aux conjectures sur cette mystérieuse affaire. La grande solennité catholique de l'année précédente avait- elle irrité les païens contre cet empereur présidant une réunion d'évêques? Un complot s'était-il formé pour remplacer le prince, parjure à la religion nationale, par son fils aîné, qu'on espérait ramener au

culte des aïeux? Les longs règnes causent des impatiences, et Dioclétien avait établi la règle de l'abdication après la vingtième année; or Constantin venait de célébrer ses vicesima; n'était-il pas temps de faire aboutir ce principat à son terme constitutionnel ? A la cour, deux factions s'étaient certainement formées de bonne heure : l'une, autour de Crispus, qui, par son âge, par ses victoires en Gaule et dans l'Helles-

pont, paraissait avoir le droit d'arriver le premier au pouvoir; l'autre, autour des fils de Fausta, beaucoup plus jeunes, mais protégés par l'influence de leur mère. L'impératrice, qui devait s'effrayer à l'idée que ses enfants auraient un jour pour maître le fils de Minervina, a sans doute opposé plus d'une fois, elle, fille, sœur et femme d'empereur, la noble ori-

Monnaie de Crispus '.

L'impératrice Fausla.

( Médaillon de bronze. ]

gine de ses enfants à la naissance inférieure

de Crispus. Les liens du sang ne sont pas forts dans les cours orientales, et les plus rapprochés du trône sont les plus exposés. Crispus, qu'on appelait peut-être le fils de la concubine, afin de contester ses droits à l'héritage paternel, aura répondu à ces sourdes attaques en encourageant, par d'imprudentes paroles, les espérances de ses amis. Dans les sociétés violentes où existent deux partis, chaque faction souhaite et prépare l'extermination de l'autre. Serait-ce encore aller trop loin que de supposer Constantin

1 Au droit, CRISPVS KOB(ilissimus) CAES(ar), et le buste lauré du prince. Au revers, VOTA PVBLICA et Anubis debout. (Monnaie de bronze.)

LES DONATISTES, L'ARIANISME ET LE CONCILE DE NICÉE. toi

inquiet, de la jeune renommée de son fils et des dangers qu'elle faisait, courir aux enfants de Fausta?

Toutes ces raisons ne sont que des hypothèses, mais on n'en a point fait de plus vraisemblables; et si la lueur sinistre qui sort de ce drame n'en éclaire pas les détails, elle laisse voir suffisamment les causes.

A mesure qu'avaient grandi les enfants de Fausta, le crédit de Crispus avait baissé. L'aîné, Constantin, était depuis longtemps césar; le second, Constance, avait reçu ce titre en 525 avec le gouvernement des Gaules1, et, à peine âgé de dix ans, il venait d'être associé à son père dans le consulat (526). Ces marques réitérées de l'affection de Constantio pour ses plus jeunes enfants, l'oisiveté où Crispus paraissait à dessein retenu, enfin les insultes de la plèbe romaine à l'empereur, qui firent peut-être représenter ces païens comme capables de mettre une émeute au service d'une intrigue, décidèrent l'impératrice. Crispus fut accusé de méditer un parricide; on montra ses complices dans tous les officiers du palais qui avaient attaché leur fortune à la sienne; on produisit sans doute des témoins subornés ou véridiques, et l'empereur donna l'ordre d'arrêter son fils comme criminel de majesté. Il fut quelque temps emprisonné à Pola en Istrie ; mais des captifs de cette sorte ne se gardent pas : Crispus périt bientôt sous le glaive ou par le poison2. En même temps furent exécutés grand nombre de personnages importants qui avaient commis l'imprudence d'aimer ou de servir le premier-né de l'empereur5. Le précepteur de Crispus, Lactance, semble avoir été enveloppé dans ce désastre. Le plus éloquent des apologistes chrétiens, dont on comparait le style à celui de Cicéron, termina, peu de temps après, sa vie dans l'exil et la misère. « Il souffrit de la faim », dit saint Jérôme *.

Un enfant de douze ans, Licinianus César, parut encore à Constantin pouvoir devenir un jour un embarras. C'était le fils d'une sœur qu'il aimait, Constantia. Je ne sais si Crispus fut coupable de complot3; Licinianus, à coup sûr, ne l'était que de vivre. L'homme

1 Julien, Disc, I, 12, - Zosime, II, 29 ; Philostorge, II, 4.

5 Interfecit numerosos amicos (Eutrope, X, 6). Eutrope met ces égorgements après la mort de Fausta ; je crois qu'ils l'ont précédée.

4 Chron. ad. ann. 318 :.... adeoin haevita paupevest, utplerumque etiam necessariis indiguerit.

5 C'est une Iradition recueillie par Grégoire de Tours, mais que les Flaviens avaient eu intérêt à répandre.

qui avait fait tuer son beau-père, son neveu, le jeune fils de Maxence,. le mari de sa sœur et les deux césars de Licinius, n'hésita pas à égorger un enfant, pour faire place nette aux fils qui lui restaient. Païen ou chrétien, il eut toujours la même cruauté implacable et froide.

La tragédie n'était pas terminée. Au fond de ce palais vivait la vieille mère de Constantin, Hélène, femme rude et énergique, pour qui le meurtre de Crispus était un objet d'horreur. Répudiée par Conque et "ùirassé. stauce Chlore, elle avait vu le titre et les honneurs d'impératrice passera une rivale; quand la politique chassa, comme elle, Minervina d'une autre demeure impériale, cette conformité d'infortune l'attacha au fils que sa bru avait donné à Constantin, et qui allait grandir, auprès d'une marâtre, dans une maison étrangère. Elle veillait sur lui avec sollicitude et elle avait pour les enfants de Fausta l'aversion que celle-ci nourrissait contre Crispus. Entre ces deux femmes doit avoir existé une haine mortelle. Comment Hélène parvint-elle à montrer dans Fausta l'auteur d'abominables machinations1? On ne sait; mais un jour, sur l'ordre de Constantin, l'impératrice fut saisie par ses femmes et portée dans un bain brûlant où on l'étouffa.

Elle approchait de l'âge où les femmes n'ont plus de passion que pour le pouvoir et l'avenir de leurs enfants. Cependant il s'est trouvé des écrivains qui ont fait de Fausta une seconde Phèdre, se vengeant des dédains d'un autre Hippolyte, et que son époux mit à mort à cause de ses adultères avec un esclave des écuries impériales2. C'était un moyen de disculper Constantin; on se souviendra que Julien, au contraire, parle d'elle avec respect. Dans le doute produit par le silence commandé sur ces ténébreuses exécutions, l'historien passe du côté des victimes et réserve sa réprobation pour le bourreau. En quelques jours, Constantin avait égalé Néron r' : Saturni aurea secla quis requiret? Sunl hxc gemmea sed Neroniana, ou plutôt il s'était fait le

1 Pour cette intervention d'Hélène, Zosime et Aurelius Victor sont d'accord im tw

nùutoÛToi Ttotôsi (SW^Epaivoûaïi; xa'. à<jx,£Tw; tïiv àvaïpîoiv tgû vï'o'j ts^oùa-ti:..., dit l'un; cura eum maler Helena dolorc nimio nepotis increparet, dit l'autre.

- ....tûv noup<7Ûpuv (Philostorge, II, A). Suivant l'usage, les noms de Crispus et de Fausta lurent martelés sur les monuments publics. (Bull, epigr. de la Gaule, pour 1883, p. 141.)

5 On afficha aux portes du palais ces deux vers (Sidoine Apollinaire, Ep., V, 19) qui font allusion au double meurtre et à la pompe efféminée du costume impérial, couvert de perles et de pierreries.

précurseur de princes qui, dans sa ville de Constantinople, érigeront en maxime d'État le meurtre de leurs proches.

Constantin donna à l'évèque de Rome le palais de Fausta sur remplacement duquel s'élève aujourd'hui Saint-Jean de Latran, avec le baptistère qui n'est pas, mais que l'on dit être celui où Constantin fut baptisé. Ce don fut-il une de ces faciles expiations, comme le moyen âge en vit tant, ou le remords empècha-t-il le meurtrier de rentrer aux lieux qu'avait ha-

bités sa victime? Je ne sais; : -1%, )|l"'l';i'\^"~-— — -=^^1 mais, pour la seconde fois, ce palais fut le prix du sang1.

La double tragédie qui vient d'être racontée marque, pour Constantin, la fin des temps heureux et presque celle de son règne. Il vécut encore onze ans, mais ces années sont vides d'événements; un seul eut de l'importance : la fondation de Constantinople. Depuis quarante ans, Rome, délaissée de ses princes, avait été condamnée dans leur esprit pour ses habitudes frondeuses et son zèle païen. Une

cour asiatique eût été mal à l'aise au milieu des souvenirs qu'éveillaient les noms du sénat, du peuple romain, du Forum; et un prince chrétien ne pouvait habiter parmi tous ces temples, en face du Capitole où Jupiter siégeait toujours. Des raisons militaires s'ajoutaient aux motifs politiques et religieux pour commander ce délaissement. A l'ouest, l'empire avait atteint les extrémités du monde; au sud, il longeait le désert d'où rien d'inquiétant ne pouvait alors sortir; au nord, il touchait à la vieille Germanie qui, frappée tant de fois par les légions, semblait pour le moment plus fatigante que redoutable. Mais, à l'est, il était voisin, sur une ligne immense, du bas Danube à l'Euphrate, de deux barbaries menaçantes : une Germanie nouvelle, celle des Goths, et un jeune empire, celui des Sassanides. Rome était trop

1 Voyez, dans Tacite, l'exécution de Lateranus sous Néron. Le récit de Zosime (II, 29), tout faux qu'il est, montre, dans l'esprit du prince, une inquiétude qui a peut-être existé 4 Rohault de Fleury, le Latran, pi. XIX.

Intérieur de Saint- Jean de Latran-.

loin du Tigre, derrière lequel la Perse reprenait d'ambitieux desseins; trop loin des rives de l'Euxin et du bas Danube, où la barbarie accumulait de formidables masses d'hommes. Enfin, et surtout, à une religion nouvelle il fallait une nouvelle capitale.

A l'entrée de la Propontide, entre le Bosphore de Thrace et l'Hellcspont, sur un golfe étroit et profond qui pénètre très-avant dans les terres, s'élevait une cité antique et renommée, dont la force de résistance était prouvée par les deux grands sièges qu'elle avait soutenus contre Septime Sévère et Constantin. De là les flottes romaines surveilleraient les côtes asiatiques et européennes de l'Euxin, et permettraient de prendre à revers les Barbares qu'une marche rapide des

Castor et I'ollux sur un sarcophage chrétien d'Arles'.

légions sur le bas Danube arrêterait de front. Si l'attaque venait de l'Asie, les troupes d'Europe transportées à Sinope et à Trébizonde gagnaient aisément la haute vallée de l'Euphrate et les provinces transtigritanes. Depuis un siècle l'empire penchait à l'Orient, d'où lui venaient ses croyances et ses plus sérieux périls : il fallait suivre de ce côté sa fortune. Dioclétien avait cherché sa nouvelle capitale à Nicomédie. Constantin trouva mieux en la mettant à Bvzance.

Sa résolution prise, il pressa les travaux avec l'activité impatiente qu'il mettait en tout et qui lui faisait écrire à ses gouverneurs de province : « Mandez-moi, non pas que vos édifices sont entrepris, mais qu'ils sont achevés. » Il bâtit une nouvelle enceinte, longue de 5 lieues, qui embrassa des monticules qu'on appela les Sept Col-

1 Gazette archéol., 1878, p). I. M. E. Le Blant a consacré une étude à ce sarcophage (ibid., p. 1 à 6); il y fait remarquer que les Dioscures sont ici représentés d'âges différents, l'un imberbe, l'autre barbu, ce qui est contraire aux traditions de l'art mythologique. Les compartiments du milieu représentent les époux se disant un dernier adieu ou se retrouvant dans uni seconde vie. (Voyez F. Ravaisson, les Monuments funéraires des Grecs; notre tome IV, p. 35, n. 3; et sur la transformation du culte des Dioscures, ci-dessus, p. 68, n. 4.)

Unes de la nouvelle Rome; il construisit pour lui-même un immense palais; pour les habitants, des thermes, des fontaines publiques, un hippodrome1, un forum entouré de portiques à deux étages; pour les chrétiens, une église :

celle des

Jupiter de Phidias, .

sur une monnaie de SaintS-Apobronze d'Alhènes. . • ,

très, ou il voulut être enterré; peutêtre celle de la Sainte-Paix (Sainte-Irène) à laquelle il devait bien un culte, car la paix avait été la constante pensée de cet homme violent. Les païens gardèrent leurs temples2 et ils virent arriver pour décorer leurs monuments et leurs places les statues les plus révérées des anciens dieux. Comme les consuls et les empereurs avaient dépouillé la Grèce et l'Asie, afin d'embellir leur capitale, il ornait la sienne aux dépens des sanctuaires païens. Olympie garda, jusqu'à Théodose, le Jupiter de Phidias, et la Minerve Promachos d'Athènes fera reculer

Minerve. (Statue de marbre du musée de Naples

1 L'Hippodrome avait été commencé par Septime Sévère, Constantin l'acheva ; deux obélisques encore debout marquent la direction de la spina. Quant au palais, celui qui existait au dixième siècle et qui avait été très-agrandi par les successeurs de Constantin, « couvrait un espace de 400 000 mètres, un peu plus grand que celui sur lequel s'étendent le Louvre et les Tuileries, bâtiments, cours, carrousel et jardins ». (Labarte, le Palais impérial de Constantinople, etc., p. 217.)

- Voyez, ci-dessus, p. 68. Constantin ne détruisit pas Byzance, ville importante et riche ; il se contenta de l'agrandir. (Socrate, I, 16.) Les constructions du prince s'élevèrent dans les nouveaux quartiers; les anciens conservèrent les monuments qu'ils possédaient, comme les thermes de Sévère, que Constantin augmenta et embellit, et leurs temples, où Julien sacrifiera.

Alarie; mais la Pallas de Lindos, le Zeus de Dodone, les Muses de l'IIélicon, vinrent orner les portes du palais sénatorial1. Castor et Pollux, Apollon et le trépied de Delphes furent mis à l'Hippodrome; Cybèle et la Fortune romaine auprès du Forum. De Rome seule Constantin enleva soixante statues2. Quand autrefois les chefs-d'œuvre du

Hippodrome de Conslanlinople3.

génie grec partaient pour la capitale du monde, c'était du moins après une victoire, et les statues des dieux payaient la rançon des hommes. La Rome nouvelle, qui s'appela officiellement Constantinople, eut, comme l'autre, un nom mystérieux, Flora ou 'Av6oû<ra\ un sénat qui resta longtemps obscur et pauvre, quoique Constantin y eût attiré quelques pères conscrits de Rome, par le don de palais dans la ville et de domaines dans la Bithynie ou la Thrace5. Elle eut même des chevaliers, comme Rome en gardait encore, quoiqu'il n'y eût plus de milices équestres6, et elle obtint pour son territoire les privilèges

1 Zosime, V, 24.

- Banduri, Antiq. Constantin., t. I, p. 100. Il ôla à Cybèle ses lions et changea la position de ses mains pour lui donner l'attitude de la prière. (Zosime, II, 51.)

3 D'après une carte antérieure à la prise de Conslantinople par les Turcs. (Ricli, Dict. des antiquités, au mot Cirais.)

4 Lydus, de Mens., IV, 51 ; Chron. Paschale, p. 528, éd. de Bonn.

5 Plus tard elle, eut aussi un préfet de la ville et un des deux consuls, l'autre restant à Rome. (Tillemont, IV, 240.)

0 Ce qui subsistait de l'ordre équestre continua de prendre rang après l'ordre sénatorial. (Code Théod., VI, 36 ; XIII, 5, 16, et Code Just., XII, 52, 1, anno 564.)

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