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Carte de Coiïslauliiiople et du Bosphore. — Plan du Palais.
du droit italique', pour ses habitants des distributions de blé, de vin et d'huile qui dépeuplèrent les pays voisins, comme celles de Rome avaient fait le vide dans la région suburbicairc2; mais elle n'eut pas le préfet de la ville, qu'on lui donnera plus tard, en 359. Constantin n'osait égaler absolument la nouvelle Rome à l'ancienne*.
Afin de hâter les constructions, il interdit à tout propriétaire, dans
1 Code Théod., XIV, 15, 1. Le caractère particulier du droit italique était de donner : 1° le domaine quirilaire, c'est-à-dire les modes particuliers d'acquérir propres aux anciens Romains, privilège qui n'existait plus depuis Caracalla ; 2° l'exemption de l'impôt foncier. Cf. Baudoin, le Jus Halicum, p. \ il.
2 Socrate (II, 13) dit qu'on distribuait à Constantinople 80 000 mesures de blé par jour; il n'indique point s'il s'agit de modii, en litres, 8,67, ou de médimnes, qui valaient six fois davantage, 51'"', 79. Procope, rappelant les libéralités frumentaires de Dioclélien à Alexandrie, les évalue en médimnes; mais, du temps de Procope, au sixième siècle, on mettait tout en grec à Constantinople; au quatrième, on y suivait le système métrique de Rome. Lorsque Constantin donna aux habitants de Byzance les avantages dont les habitants de Rome jouissaient, il n'a pu être question, pour les distributions, que du modius. Or 80 000 modii par jour font 29 200 000 par an ou 2 fois 1/2 les 12 000 000 d'Alexandrie (voy. t. VI, p. 556), et ce chiffre justifie, dans une certaine mesure, les paroles d'Eunape (Vie des Sophist., s. v. Mdesius) : « Ni les navires d'Egypte ni les contributions frumentaires de l'Asie, de la Syrie, de la Phénicie et des autres provinces ne suffisent à rassasier la multitude de Constantinople, » etc. On a vu {t. V, p. 546, n. 1) que la distribution à Rome, au temps de Seplime Sévère, était de 75 000 modii par jour ou de 27 375 000 par an : ce sont presque les chiffres de Constantin, d'où l'on pourrait conclure qu'il conserva aussi le nombre des parties prenantes, 200 000. En outre des distributions gratuites, Constantinople eut, comme Rome, la vente à prix réduit. Théodose II, en 409, dépensa 500 livres d'or par an pour celte libéralité. {Code Théod., XIV, I. Cf. Godefroy, t. VI, p. 261.) lue loi de Constantin (Code Théod., XI, 3, 1) semble prouver qu'avant lui toutes les provinces avaient été rendues annonaires; une constitution d'Anastase, en 494, montre que tous les possessores y étaient soumis, excepté ceux de la province de Thrace que les incursions des Barbares désolaient (Code. X, 27, 1), et il avait bien fallu généraliser cet impôt, car la dépense augmentait tous les jours. Aux libéralités faites à Rome, à Alexandrie, à Cartilage (ihid., XIV, 25, anno 515), à Athènes (Julien, I" Panég., 8), s'ajoutaient les distributions aux membres chaque jour plus nombreux de l'administration provinciale et de la cour, sans parler de celles qui étaient accordées aux soldats; bientôt même, si ce n'est déjà, Vannone et les cellaria seront donnés au corps sacerdotal (voy., ci-dessus, p. 77, n. 4). Le transport de ces blés occupait un grand nombre de navires dont la valeur n'était pas comptée au cens des navicularii (Tacite, Ann., XIII, 51) : encore autant de perdu pour le trésor; et les pal ions de ces navires furent tous a civilibus muneribus et oneribus et obsequiis immunes : encore une charge pour les villes. (Code Th., XIII, 5, 7.) Ces mêmes avantages avaient été reconnus par les premiers empereurs aux armateurs et aux négociants qui approvisionnaient Rome. (Voy. au Dig., L, le titre 5, de Vacatione et excusalione muncrum.) Les provinciaux avaient encore l'obligation de porter les vivres à destination de l'armée dans les magasins militaires ou à portée des camps. (Code Th., VII, 4, 15, anno 569.) Les fourrages devaient être aussi conduits aux mansioncs du cursus publicus. — J'ai dit, au texte, que les distributions de blé, d'huile, de lard, etc., avaient fait le vide autour de Rome et de Constantinople; c'est vrai pour les temps où cette institution fut établie; mais, une fois la liste des parties prenantes arrêtée, il n'y eut de nouvelles inscriptions que pour remplacer les morts, et l'invasion des pauvres dans les deux villes s'arrêta. (Voy. Eut. des Romains, t. III, p. 75i et suiv.)
3 Socrate dit (I, Kn : .... îa/.v -i -r, p*o;Xsu9Ûov; 'Pwar, x-&£si!-«;.
les diocèses d'Asie et de Pont, de faire des dispositions testamentaires, s'ils n'avaient point une maison à Constantinople1. C'était la violation d'un des plus vieux droits des citoyens romains; mais il aurait voulu que la loi et les mœurs cédassent à son impatience. 11 changea aussi, pour sa ville de prédilection, le caractère des frumentationcs ; il assigna des portions frumentaires aux immeubles que l'on bâtissait, de sorte que le privilège de participer aux distributions, étant attaché à la maison, pût être vendu avec elle2. Ces libéralités n'étaient plus la hautaine pensée de la république : le droit du vainqueur sur le produit du travail des vaincus; ni la pensée charitable du haut empire: un secours à l'indigence. C'était un avantage fait à des riches qui n'en avaient pas besoin, et les provinces contentaient, au prix de redevances plus lourdes, la vanité fastueuse du prince qui avait voulu créer en quelques mois une cité capable d'éclipser toutes les autres. Mais Rome s'est bien vengée : de ses empereurs païens, elle a conservé de grands souvenirs, et leurs monuments lui ont laissé des ruines qui font l'admiration du monde; du premier emperem chrétien, sa rivale hàtivc n'a gardé qu'un nom.
Si l'art, en pleine décadence, ne décora point Constantinople de belles œuvres monumentales, l'imagination, qui jouait alors un grand rôle dans l'ordre religieux, entoura sa naissance de circonstances merveilleuses. On voulut que ses premiers jours eussent été témoins de prodiges plus éclatants que n'en avaient vu ceux de la cité tibérinc. Le dieu Mars avait fixé la place de la vieille Rome en y arrêtant le berceau de ses enfants; Constantin reçut de Dieu même l'ordre de fonder sa nouvelle capitale. C'étaient douze vautours qui avaient donné à Romulus le droit de nommer sa ville; ce furent des aigles qui montrèrent à Constantin le chemin de Ryzance. Le fils de Rhéa Sylvia avait tracé la ligne de l'enceinte sacrée avec un soc de charrue : Constantin la marqua avec la pointe de sa lance, et, comme on s'étonnait qu'il la fit si longue, en lui disant : « Eh! quand donc, Seigneur, vous arrêterez-vous? — Quand s'arrêtera celui qui marche devant moi3. » Nous voilà revenus en plein âge mythologique.
En quatre ans, Constantinople fut bâtie''. Avec cette précipitation,
1 Nov. Théod., V, 1, §1.
'' .... integer canon mancipihus consignetur, annona in pane coclo domibus exhilenda (Code Théod., XIV, 1(5, 2 et. Ut. 17, loi 1 et 12; Sozomène, II, 5).
3 Ducange a réuni les textes relatifs à toutes ces légendes dans sa Consianlinopolis sacra, p. 25 et suiv.
* L'inauguration eut lieu le 11 mai 550. (Anonyme de Banduri, p. 97.) Le sarcopliage dit
LES DONATISTES, L'ARIANISME ET LE CONCILE DE iSIGÉE. 145
on ne fît point do constructions solides. Julien les comparait aux jardins d'Adonis qui, semés le malin et flétris le soir, ne duraient qu'un jour1 : vingt ans après la dédicace, l'église des Apôtres s'écroulait. Ce n'est pas que Constantin eût épargné l'argent : ses bâtisses à Gonstantinople, à Jérusalem, à Antiochc, à Reims, etc., coûtèrent beaucoup. Une évaluation évidemment trop faible porte à 60 millions de francs les dépenses faites pour la transformation de Byzance2. Les impôts s'accrurent, et la charge en parut d'autant plus lourde qu'un clergé, chaque jour plus nombreux, ne les paya point, et qu'une partie de l'épargne des peuples fut employée pour donner à ce culte, qui sortait des catacombes, l'éclat que méritait sa victoire, à chaque clerc sa subsistance, à chaque communauté son église. Bientôt l'on voudra que les nouveaux temples rivalisent de magnificence avec les anciens. L'énorme capital dépensé, durant dix siècles, pour ceux-ci devint, en partie, inutile, et il fallut, au milieu de l'appauvrissement général, employer pour ceux-là un capital nouveau; sans compter que les anciennes dépenses pour les fêtes et les jeux ne diminuèrent pas. Les ruineuses frivolités de Constantinople éclipseront celles de Home.
On a fait remonter à Constantin l'institution des pieuses confréries qui se chargent encore, à Rome et dans le midi de la France, du soin des funérailles. Les païens, eux aussi, avaient le culte des morts. Dans tout l'empire existaient des collèges funéraires, associations privées qui garantissaient à leurs membres que les derniers devoirs leur seraient rendus3, et dans chaque ville se trouvaient des sandapiiarii et des vespilloncs pour transporter les pauvres au bûcher ou à la
Constantinien, un des plus beaux du musée chrétien de Latran, si habilement organisé par M. de Rossi, offre sur la façade que nous donnons plusieurs scènes indépendantes. Au centre, le Christ assis sur une cathedra, entre deux apôtres, tend à l'un d'eux un volwnen. Le Sacrifice d'Abraham et le Jugement de l'ilate occupent les deux extrémités. Sur l'une des faces de retour, Jésus prédit à saint Pierre son reniement ; sur la seconde, il guérit la femme malade prosternée, tandis qu'un personnage symbolique frappe la roche d'où sort un arbre portant des fruits. Les deux parois du sarcophage montrent un baptistère rond et une ou deux basiliques dont l'entrée est fermée selon l'usage de ce temps par des voiles ou draperies. L'interprétation de ce monument a donné lieu à beaucoup de discussions. Il nous suffit qu'il puisse représenter des constructions qui paraissent être du temps de Constantin ou de ses fils.
1 Les Césars, 24. Julien applique cette comparaison aux exploits de Constantin contre les liarbares « qui n'étaient qu'une vraie risée ».
s Manso, d'après le livre de Codinus Curopalatès, Anliq. Constant., VIII, 11. Ce chiffre, donné il y a soixante ans, devrait d'ailleurs être doublé aujourd'hui. Wietersheim (op. cit., I. 593, n. 2) dit GO millions de marcs pour les murs, les portiques et les aqueducs.
5 Hist. des Romains, t. V, p. 411 et suiv.
14i L'EMPIRE CHRÉTIEN (506-595).
tombe. L'Église avait imité cet usage; ses fossores faisaient même partie du clergé inférieur. L'empereur organisa, dans Constantinople, un corps de 980 lecticarii, qu'il exempta « de toute prestation »', On vante, à ce propos, sa piété : c'est un service municipal qu'il ne pouvait refuser à sa nouvelle résidence.
Pendant que les choses merveilleuses qui viennent d'être racontées
se passaient à Constantinople, d'autres avaient lieu à Jérusalem. La mère de l'empereur, sainte Hélène, s'y était rendue pour se distraire de sa douleur par un pieux pèlerinage (o"27). Quand elle voulut voir l'endroit où Jésus avait été enseveli, il lut impossible de le lui montrer; l'évoque môme ignorait l'emplacement du saint sépulcre. Depuis trois siècles, les lieux avaient été bouleversés parla guerre et par la paix; des constructions avaient été élevées, puis abattues, et les Juifs, les chrétiens, chassés de Jérusalem, devenue la ville païenne d'Hadrien, ne savaient où placer les scènes de la Passion. Sur la colline du Calvaire, on abattit les maisons; on creusa le sol et les ruines, et on déblaya longtemps les terres, sans rien trouver. Mais Hélène voulut que l'on trouvât, et, à force de travail, la grotte fut découverte au-dessous d'un temple de Vénus; tout à côté on mit au jour trois croix de bois. L'opération avait été dirigée par un Juif, habile homme qui disait avoir hérité de ses pères un mémoire où
Un fossor (fossoyeur) 2.
1 Nov. Justin., XLIII, t. XXII, eliap. i. Dans saint Jérôme (Episl. 20, ad Innocenlium) et en plusieurs endroits du Code Théodosien (XIII, I, 1), ils sont appelés des clercs. M. de Rossi croit que dans les premiers siècles ils se confondaient avec le gardien de la catacoinbe.
2 L'inscription porte : Diogenes, fossoyeur, a été déposé en paix, le huitième (jour) des halendcs d'oclobre. Le fossor porte, d'une main, la pioche, instrument do travail, et de l'autre la lampe des catacombes, trois croix gammées ornent son vêtement. Des outils sont représentés autour de lui. Cette figure a été trouvée sous un arcosolium de Saint-Nérée, au cimetière de Calisle. Les fossores avaient pour patron Tobie.
Histoire «les Kommas. T. VI
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