‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'invasion des Barbares (volume 2)Chapitre 30 sur 112 · J'ilius NEPOTIANUS · texte numérisé non relu

J'ilius NEPOTIANUS

frères, Decentius et Desidenus, en les chargeant sans i>. f. avg.). (Moyen doute de garder, l'un la Gaule, l'autre l'Italie ; puis bronze) il alla chercher son adversaire dans les plaines de la Pannonie, entre la Save, la Drave et le Danube. Constance s'était avancé, avec son armée accrue des légions illyriennes de Vétranion. sur la route de Sirmium (Milrowitz) à Mursa (Essek) et à Siscia (Sisseck), trois places fortes que ses garnisons occupaient; il s'arrêta à Cibalcs, lieu qui lui sem- ^ blait de bon augure, parce qu'il avait été le théâtre de la première victoire de son père sur Licinius, et il s'y Le césar Decentius, tint dans un camp fortement retranché, en faisant cENTivsUN(obibaltre les plaines environnantes par sa nombreuse ca- iissimus)C(œsar).

1 (Monnaie d or.)

valerie2. Magnence employa une partie de l'été à manœuvrer autour de l'armée impériale pour lui faire quitter sa position : il délit un de ses détachements; il prit Siscia, au confluent de la Culpa et de la Save, et, si ce n'est pas une erreur de Zosimc, il essaya d'enlever derrière elle Sirmium, dont la prise lui eût ouvert les provinces orientales. Constance avait deux façons de faire la guerre. Un ambassadeur vint de sa part offrir la paix à Magnence, à condition qu'il renoncerait à la préfecture d'Italie. La proposition fut rejetée avec hauteur; mais, tout en négociant avec le prince, l'envoyé avait préparé des défections dans ses troupes : du moins, quelques jours avant la bataille de Mursa, le Franc Sylvanus, général de renom, passa aux Impériaux avec un gros corps de cavalerie.

L'hiver approchait : Magnence allait être contraint de reculer sur l'Italie; il essaya auparavant d'enlever la forte place de Mursa. La garnison se défendit bien, et donna le temps à Constance d'accourir

1 Julien, Pan., I. 42.

- Cibales était située sur une éniinence, près du lac Hiulcas, à égale distance de la Drave et de la Save, sur la route qui menait de Mursa à Sirmium. On la met aux environs de Uikanofsi ou de Vinkoucze.

avec une armée, plus nombreuse que celle de Magnence. Le choc fut terrible ; comme dans les anciennes batailles, la moitié des combattants, cinquante mille hommes, y périt : c'étaient les meilleurs soldats de l'empire, qui se trouva, par cette large saignée, pour longtemps affaibli. La cavalerie impériale, surtout les cataphractaires et les archers à cheval, eut les honneurs de la journée. Les auxiliaires francs et saxons de Magnence avaient quelque temps arrêté les vainqueurs

l.ThLulli£i>,Delt

Carte pour la guerre entre Constance et Magnence.

par une résistance désespérée (28 sept. 551) '. Suivant un écrivain ecclésiastique, Sulpicc Sévère, Constance était resté en prières dans une église, pendant que trente mille hommes mouraient pour lui; selon d'autres, une croix, apparue dans le ciel, avait annoncé aux peuples de l'Orient sa victoire2.

Tandis que Magnence, réfugié dans Aquilée, fortifiait les passages des montagnes, un édit de Constance promit sécurité à ceux de ses partisans qui « ne seraient pas reconnus coupables d'un des cinq crimes que la loi punissait de mort »r>. L'apparition de la flotte impériale sur les côtes d'Italie acheva de déterminer de nombreuses défections. Rome, qui avait été inondée de sang après la défaite de

1 Eulrope, X, 15; Àur. Victor, Cses., de cette campagne.

- Socrato, II, 28.

3 Code. Théod., IX, 58.

i'2. Zosime (II, 45-65) donne un long et confus récit

Nepotianus, abattit les images de l'usurpateur; l'Afrique, l'Espagne, saluèrent celles de Constance dès que ses navires parurent sur leurs rivages, et de l'or envoyé aux Barbares du Rhin empêcha Magnence de recruter des soldats parmi eux1. La surprise d'une des forteresses qui gardaient les défilés des Alpes Juliennes ouvrit aux Impériaux les portes de l'Italie, en même temps que leurs navires, pénétrant dans le Pô, obligeaient Magnence d'abandonner Aquilée. Malgré un léger avantage qu'il remporta près de Pavie, il fut rejeté sur les Alpes Cottiennes, où il essaya encore de s'arrêter. Mais cette armée qui reculait de défaite en défaite, depuis le fond de la Pannonie, réduite en nombre et en courage, ne résista pas au dernier choc. Magnence s'enfuit jusqu'à Lyon. Il y apprit que la grande ville de Trêves était soulevée contre Decentius; c'était un signal donné à toutes les cités gauloises. Menacé d'être livré au vainqueur, il se jeta sur son épée. Ces opérations avaient rempli l'année 552 et la première moitié de 553. On dit que Magnence, avant de mourir, avait égorgé sa mère, sorte de prophétesse germaine, et son frère le césar Desiderius; l'autre, Decentius, vaincu par l'Alaman Chnodomar, que nous retrouverons en face de Julien, se tua lui-même (août 555). Cette famille barbare, qui avait si audacieusement revêtu la pourpre, disparaissait tout entière. L'amnistie, avec les termes vagues dont Constance s'était, à dessein, servi, ne sauva personne; il y eut des supplices jusque dans la Bretagne, où Constance envoya Paul, surnommé la Chaîne, un de ses plus fins limiers', et, sept ans plus tard, Julien trouvera en Gaule de nombreux partisans de Magnence qui y vivaient en proscrits. Ammien Marcellin, le seul historien de ce temps qui fût honnête, parce que seul il était sans passion, a tracé, dans le premier livre qui nous reste de son histoire, le tableau de ces vengeances implacables. « Il suffisait, dit-il, d'un mot, d'une rumeur incertaine, pour faire d'un innocent un coupable5 »; et tandis que le sang coulait à flots, Constance célébrait dans Arles, par des fêtes fastueuses, sa trentième année à'imperium*.

1 Zosime, II, 55.

- .... in complicandis negotiis artifex dirus, undc ei Catenœ indilum esl cognornentum. (Arara. Marcellin, XIV, 5, et XV, 3.)

3 Les dix-huit livres qui nous restent de son histoire vont de 553 à 379 et seront notre guide principal.

4 Nommé césar le 6 des ides de novembre 525, il avait été investi ce jour-là, non de l'empire, qu'il n'eut qu'en 557, mais des pouvoirs compris dans le mot imperium et que les césars possédaient.

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