‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'invasion des Barbares (volume 2)Chapitre 39 sur 112 · I. — LA REACTION PAÏENNE · texte numérisé non relu

I. — LA REACTION PAÏENNE

Julien auguste5

Julien n'était pas le philosophe qui, maître de lui-même, tient son esprit libre des craintes superstitieuses et des curiosités dangereuses ou stériles ; c'était un dévot, et un dévot d'autant plus sincère qu'il avait raisonné sa foi : sa religion était un système. Pour le construire, il avait mis de côté les contradictions des maîtres de la pensée humaine2 et les fables d'une mythologie trop charmante; puis, du

mélange confus des enseignements donnés dans les livres, dans les écoles et dans les mystères, il avait tiré pour son usage une sorte de révélation, qu'on peut appeler l'hellénisme et qu'il opposait à la révélation juive. La sagesse païenne ne venait-elle pas, elle aussi, des dieux et des hommes, leurs interprètes? On verra plus loin sa théologie ; constatons seulement ici sa ferme croyance que les dieux, intervenant dans les affaires de ce monde, envoyaient aux hommes des inspirations pour les diriger dans la vie, parce que cette croyance détermina sa conduite politique. « Quel motif m'a fait venir des Gaules, écrivait-il, après la mort de Constance? Un ordre des dieux, qui me promirent le salut si

1 On trouvera une liste des ouvrages anciens et modernes relatifs à Julien dans H. Rendall, the Emperor Julian, Paganism and Christianity , p. 291 etsuiv., Cambridge, 1879. Nous n'avons à y ajouter que deux intéressants articles de MM. Boissier et Martha, dans la Revue des Deux Mondes. M. Talbot a donné une bonne traduction des Œuvres de Julien.

14 II ne faisait pas aux matérialistes et aux sceptiques, à Épicure et à Pyrrhon, l'honneur de les comprendre parmi les philosophes. Il appelait l'incrédule Œnomaos, l'auteur des Charlatans dévoilés, « une âme bestiale ». (Discours V et VII.)

3 D. N. FL. CL. JULIANUS P. F. AVG. Buste diadème ; au revers, Isis allaitant Horus, et la légende VOTA PVBLICA. (Moyen bronze.)

j'obéissais1. » Aussi la question religieuse fut-elle la grande affaire de son règne; le reste est épisodique, et peu de mots suffiront à le raconter. Nous serons ensuite plus libre pour exposer la réaction païenne qu'il essaya de faire réussir.

En politique comme en religion, Julien est un homme du passé. 11 a raison de renoncer au cérémonial servile de la cour, de repousser les titres de Maître et Seigneur, et de trouver que, pour la transmission du pouvoir, l'adoption vaut mieux que l'hérédité; mais il a tort de copier, en l'exagérant, la conduite des Antonins à l'égard du sénat : c'était se tromper sur les hommes et sur le temps. Nous avons donné les motifs du respect de ces princes pour le dernier débris de la république qui, s'il n'était plus redoutable, pouvait être encore utile. Au quatrième siècle, ces motifs n'existaient plus, et une déférence affectée envers l'humble assemblée réunie à Constantinople était en contradiction avec l'état nouveau du gouvernement, de la cour et des mœurs publiques. Quand Julien siège à la curie en simple sénateur, ou qu'il y conduit les consuls, marchant à pied devant leur char de parade2; quand, au cirque, il retient dans l'ombre la majesté impériale pour laisser tout son éclat à la dignité consulaire; lorsque, enfin, pour avoir, par inadvertance, affranchi les esclaves à qui les consuls le jour de leur entrée en charge donnaient la liberté, il se condamne à une amende de 10 livres d'or, il fait de la petite polilique, celle des apparences. On l'appellerait même la politique de l'hypocrisie, si Julien, un lettré, un savant qui avait plus de mémoire que d'imagination, n'avait été parfaitement sincère dans cette évocation du passé. Un jour qu'on lui présenta une apologie du christianisme, il écrivit au-dessous : « J'ai lu, j'ai compris, j'ai condamné. » Les mots de César qu'il imitait avaient exprimé une vérité héroïque; les siens n'étaient qu'une pédantesque réminiscence. Ses dernières paroles en seront une autre : au bord du Tigre, il mourra, comme Socrate était mort à Athènes, en répétant une page du Phèdon.

Le premier consul qu'il nomma fut un rhéteur, Mamertinus, qui le remercia de cette faveur par une harangue sonore et vide où il disait : « La philosophie, naguère suspecte et jugée coupable, au-

1 Lettre 13. Les dieux lui avaient déjà défendu, lorsqu'il était à Milan, d'envoyer à Eusebia son refus d'accepter le titre de césar. {Lettre aux Athéniens, 7.) « Un dieu m'a suggéré la pensée.... » écrit-il à Themistius, etc. Amm. Marcellin (XXX, 4) dit de lui superslitiosus magis quam sacrorum legitimus observator.

- .... Quod quidam ut adfectatum et vile carpebanl (Amm. Marcellin, XXU, 7).

jourd'hui vêtue de pourpre, le front couronné d'or et de perles, s'est assise sur le trône royal1. » Elle ne se montrait pas toujours en aussi somptueux appareil. Julien entendait être philosophe par l'habit, comme par les idées. Tandis que certains sophistes, appelés à la cour, étalaient, grâce à ses libéralités, un luxe insolent2, il allait pauvrement vêtu, et sa frugalité était à désespérer un cynique. Cette affectation de simplicité, bonne pour la Sparte des anciens jours, ridicule sur le trône de Byzance, révèle, dans cet esprit aimable et élevé, dans ce cœur honnête, de puériles faiblesses. Ce dédain des pompes officielles sauva du moins un innocent qui, sous Constance, aurait été un coupable, un condamné. On accusait un personnage d'ambitieux desseins, parce qu'il avait une robe de pourpre; Julien chargea le délateur de lui porter, pour compléter le costume, des brodequins de même couleur.

Du reste, ses travers ne l'empêchaient pas de conserver la plénitude du pouvoir impérial et il avait appris en Gaule à en bien user. Malgré sa philosophie, ou à cause d'elle, il se faisait la plus haute idée des devoirs du prince, « qui doit chasser de son âme ce qu'elle a de vulgaire, s'élever au-dessus des autres hommes et devenir une sorte d'être divin.... Pour que le gouvernant soit meilleur que les gouvernés, il faut que la loi, émanation de la pure raison, règne seule, et non pas la volonté arbitraire d'un homme, qui peut n'être qu'une bête fauve dans un palais3 ». Nobles pensées, mais d'application difficile. Julien chercha du moins à s'approcher de cet idéal. Il nous reste sur son esprit de justice une page de Marcellin, qui lui fait grand honneur, venant d'un écrivain qui futun honnête homme, un patriote, un soldat et jamais un courtisan; qui aimait Julien et qui blâme certains de ses actes; qui, païen, n'eut point pour le

1 Pan. vet. in Jul., ad finem.

- Eunape, Maxime, et A. Marcellin, XX, 12-15. Julien a écrit deux traités contre les faux cyniques qui cherchaient à exploiter sa philosophie et son austérité. Saint Jean Chrysostome, dans son livre sur Babylas contre les Gentils, représente Julien toujours entouré de magiciens, d'enchanteurs, de gens perdus de vices, de courtisanes sorties des lieux de prostitution, et saint Grégoire de Nazianze (Disc., IV) parle de même. On voit à quel degré de haine et d'injustice un saint zèle peut porter même de grands esprits. Julien eut certainement auprès de lui, beaucoup trop de prêtres de son culte, devins, augures et thaumaturges (voy. A. Marcellin, XXII, 12); mais son palais fut toujours fermé aux hommes de débauche et aux femmes éhontées.

3 Lettre à Themistius. Il lui disait : « Forme trois ou quatre philosophes, et tu auras rendu plus de services à l'humanité que plusieurs rois ne lui feraient de bien. » Commerce de flatteries entre le prince et l'orateur, qu'il ne faut pas prendre trop au sérieux.

paganisme de fâcheuse ardeur, se montre juste envers les chrétiens et ne comprit, dans la question religieuse, que la liberté laissée à chacun de pratiquer le culte qu'il préférait. « Au lieu, dit-il, de s'abandonner aux séductions, Julien appliquait toutes les forces de son intelligence à faire justice, à réprimer la fraude et à protéger le bon droit. Il n'y a pas d'exemple que la religion des parties ait jamais eu d'influence sur ses arrêts. La conscience du juge ne doit faire acception que du juste ou de l'injuste, et il n'oubliait pas plus d'observer cette règle que le marin n'oublie de. veiller aux écueils dont la mer est semée l. »

Il débuta par des faveurs à Constantinople, où il était né et dont les habitants l'appelaient « l'Enfant de la ville5 ». Il accrut les privilèges de son sénat; il la dota d'un port abrité contre les vents du midi, d'un portique,

d'une bibliothèque dont le premier fonds fut formé des livres qu'il y déposa. Pour l'empire, il fit remise de l'arriéré des contributions, diminua les taxes et déclara que le lourd impôt de l'or coronaire devait être toujours volontaire. C'était son don de joyeux avènement4.

Ammien Marcellin appelle la cour du dernier prince la sentine de tous les vices, et l'on a vu ce qu'il s'y commettait d'exactions, de rapines et de cruautés. Dès son arrivée à Constantinople, Julien fut

Julien r

1 Amm. Marcellin, XXII, 10.

- Zosime, III, 11 : .... Tpowp.ov éaurûv. Julien lui-même nommait Constantinople sa patrie.

3 Intaille n° 161 de la collection de Luynes, au cabinet de France. Cornaline de 16 millimètres de hauteur sur 14 de largeur.

4 Tliemistius écrivait, en 367, dans son VIIIe discours (édit. Hardouin, p. 115), que depuis quarante ans, par conséquent sous Constantin et ses fils, les impôts avaient doublé. Le gouvernement n'en était pas plus riche. Julien montre le trésor vide, les villes et les provinces épuisées, et il accuse de cette misère ceux qui, à prix d'or, ont acheté des Barbares le repos, principes auro quiète a barbaris redempta (A. Marcellin, XXIV, 3). Le système des subsides avait pris une telle extension, que même de misérables ennemis, comme les Sarrasins, en recevaient. (Ibid., XXV, G.)

assailli de plaintes et d'accusations contre « ces bêtes féroces1 ». 11 refusa d'inaugurer son règne par des exécutions sommaires ; mais il constitua, avec les plus grands personnages de l'empire, un tribunal à Chalcédoine, pour faire rendre gorge aux pillards et juger ceux des ministres de Constance qui avaient envoyé tant de malheureux au supplice pour des crimes imaginaires. Ce fut un de ces procès politiques qui sont toujours mauvais, parce que, sous le couvert de la justice, la haine, la cupidité et de détestables passions se coalisent contre des vaincus qui sont déjà punis par leur défaite. De vrais coupables périrent ou furent exilés, mais aussi des hommes qui n'avaient fait qu'obéir à Constance2. On a vu dans ces condamnations une persécution contre les chrétiens : il n'y faut voir qu'une réaction contre le dernier règne, dont Julien aurait dû arrêter les excès plus tôt qu'il ne le fit. Le préfet du prétoire, Mamertinus, avait déjà condamné au feu le chef des légions d'Aquilée et fait décapiter deux curiales de cette ville, coupables d'être restés fidèles à leur prince jusqu'à la nouvelle de sa mort. Telle était la dureté de ce temps, que l'honnête Marcellin trouve la sentence légitime.

On sait quelle multitude de domestiques inutiles et de courtisans affamés encombraient le palais, devenu un gouffre où s'engloutissait le plus clair des revenus du prince ; Julien renvoya cette valetaille dorée et vendit les eunuques, « qui étaient plus nombreux que les mouches en un jour d'été s ».

Les exactions et la vénalité des fonctionnaires nuisaient tout à la fois aux contribuables et au trésor, les immunités étaient très-onéreuses aux villes et la prodigalité des diplômes ruinait la poste impériale4. Il essaya de rendre l'administration honnête et il réduisit la

' Julien, Lettre 25.

- La plupart des condamnés furent envoyés en exil ; mais il y eut aussi des exécutions. Amm. Marcellin dit que la justice pleura la mort d'Ursule. Ce personnage avait blessé l'armée en lui reprochant d'épuiser l'empire par ses exigences et de ne savoir pas le défendre. Ce fut, «lit A. Marcellin (XX, 2), ce propos qui causa sa mort à Chalcédoine. Il ajoute (XXII, 7) que Julien refusa d'écouter deux révélateurs qui savaient où se cachait Florenlius, son ennemi personnel bien plus que tous les condamnés de Chalcédoine. Julien annonçant à Ilermogène (Lettre 25) la formation de ce tribunal, qu'il n'avait pas voulu faire siéger à Conslanlinople de peur qu'on ne l'accusât de lui dicter ses arrêts, écrit : « Je ne veux pas que ces bètes féroces qui rendaient Constance cruel souffrent la moindre injustice; non, par Jupiter, je ne le veux pas. Mais comme il s'élève contre eux de nombreux accusateurs, on leur a donné des juges. » Itendall [op. cit., p. 154) dit à ce propos : « Julian may be acquitted without reserve from Ihe odium of wilful persécution. »

5 Misopogan, 14.

4 Voy., ci-dessus, p. 508. n. 2.

classe des privilégiés, qui vivaient en parasites aux dépens de la communauté. Les gouverneurs furent obligés de verser au trésor, dans les trente jours, les sommes perçues sous peine d'une amende de 10 livres d'or pour eux-mêmes, de 20 livres pour leurs employés qui, rendus solidaires du chef, se trouvèrent intéressés à ne point se prêter, dans les écritures, à de coupables complaisances. Une falsification de pièce comptable entraîna la torture, et, afin que la preuve contre les faussaires pût se faire sans danger pour le révélateur, les fonctionnaires durent, tous les cinq ans, être suspendus de leur charge pendant douze mois : précaution aussi singulière que la précédente et, toutes deux, indice certain de l'intensité du mal1. Il diminua le nombre de ceux qui jouissaient des immunités municipales. Àmra. Marcellin l'en blâme, comme il trouve que l'épuration du palais avail été trop sévère; je l'en loue et j'applaudis encore au décret qui ne conserva qu'aux fonctionnaires publics voyageant pour le service de l'État l'usage du cursus publicus'2. 11 soulagea, comme il l'avait fait en Gaule, les provinces trop lourdement taxées5 et il restitua aux villes les revenus qui leur avaient été retirés, tout en maintenant la législation sévère contre les curiales déserteurs de leur office : on a vu pour quelles raisons la prospérité des communes était la condition même de la prospérité de l'empire. Les curiosi étaient, comme les gardes de police le sont en tant de pays, mal vus d'une partie de la population; il en réduisit le nombre, ce qui pouvait être nécessaire, après le vaste système d'espionnage organisé par Constance*. Libanius prétend qu'il les supprima tous6. C'eût été une mauvaise recherche de popularité, une naïve et trop philosophique confiance dans le respect des sujets pour le prince et la loi.

Mais, pour guérir les maux dont l'empire souffrait, il aurait fallu du temps, et Julien n'en eut pas. Il croyait d'ailleurs à l'efficacité d'un remède d'une autre nature : la régénération de l'empire par le retour de la société romaine au culte des dieux.

' Code Thêod., XI, 50, 31, el VIII, 1, 6-8. - Ibid., XII, 1, 48, 50-54; VIII, 5, 12-15.

3 .... oopûv âvsii; (Grégoire de Nazianze, Disc, IV, § 75). II reconnaît aussi que Julien (il lionne chasse aux voleurs «Xo^ûv èirtTÎy.ir,triç. Eutrope (X, 16) lui rend témoignage qu'il fut in provinciales justissimus et tributorum, quaienus posset, repressor, civilis in cunctos, mediocrem liabens serarii curam.

4 Constance lui-même avait été obligé de modérer leur zèle (Code Tliâod., VI, 29. Cf. Code Jusl., XII, le titre 23).

5 II se trompe, car, à Césarée de Cappadoce, des clercs, en punition d'une émeute, furent enrôlés dans le corps de police. (Sozomène, V, 4 ; S. Basile, Lettre 20.)

Depuis son départ de la Gaule, Julien avait ouvert les temples que, le long de sa roule, il avait trouvés fermés, et il rachetait la longue indifférence qu'il avait été contraint de montrer aux dieux, en leur immolant chaque jour des victimes. Sa lettre aux Athéniens, dont une copie fut adressée à d'autres villes de l'empire1, annonçait au monde qu'un empereur païen succédait à deux générations d'empereurs chrétiens. Le changement depuis longtemps soupçonné ne parut pas une révolution. L'historien de ce temps, Ammien Marcellin, n'y attache point

Monnaie de Julien ^

au type de risis d'importance ; et beaucoup, comme lui gens de froide raison, préoccupés des périls trop certains de l'empire bien plus que de disputes sur l'inconnu, aspiraient à la paix intérieure que troublaient tant de vaines paroles, de conciles bruyants et de séditions épiscopales3. Julien paraissant vouloir laisser aux autres la liberté religieuse dont il usait pour lui-même, les orthodoxes ne voyaient dans son avènement que la Sérapis sous les fin de la persécution arienne, et saint Jérôme écrivait : îten. (epétit * Enfin le Seigneur se réveille; la bête est morte et la bronze.) tranquillité revient. » Si les adversaires de l'orthodoxie regrettaient Constance, ils se croyaient assez forts, dans l'Orient qu'ils tenaient depuis trente années, pour se pouvoir passer de l'appui du gouvernement dont, eux aussi, avaient plus d'une fois senli l'ingérence tracassière. Quant au monde officiel, avec son ordinaire servilité, il se plia au goût du nouveau maître, et la foule, où les tièdes et les indifférents forment toujours la majorité, va si aisément d'un sentiment à un autre, que Julien pouvait écrire, même avant la mort de Constance : « Nous adorons publiquement les dieux, et toute l'armée qui me suit est dévouée à leur culte/.. » Les anciens symboles

1 Zosime dit (III, 10) qu'il « écrivit aux Athéniens, aux Lacédémoniens, aux Corinthiens, et par eux à tous les Grecs, -as airfa; ~7i; oeperspa; ip.ya.itav àepi^iu;.

- ISIS FARIA tenant le sistre, avec la fleur de lotus sur la tête. Au revers, Harpocrate portant la main droite à sa houche et tenant une corne d'abondance. En légende, VOTA PVBLICA. (Petit bronze.) Beaucoup de monnaies portent ces types égyptiens, surtout celui de Sérapis, personnification du Soleil et du Dieu suprême. Julien en prend quelquefois les traits et Hélène est représentée en Isis. (Voy., ci-dessus, p. 247.)

5 Sur ces disputes « qui réduisaient la religion à une triste et fatigante sophistiquerie, » voyez Bossuet, V Apocalypse, chap. îx, C, d'après le témoignage de Grégoire de Nazianze.

4 Julien, Lettre 58, au philosophe Maxime. Le jour de la distribution du donativum habituel, quelques soldats, poussés, après boire, par les railleries de leurs camarades qui leur reprochaient d'accepter des pièces païennes, firent dans la rue une petite émeute ; Julien se contenta de les renvoyer en d'autres corps.

remplacèrent sur les enseignes le monogramme du Chris}, et les types païens reparurent sur les monnaies, que personne ne refusa. « La puissance, disait Themistius, a de grands moyens de persuasion; pour changer de religion, nous sommes plus mobiles que les (lois de l'Euripe '. »

A cette première heure de liberté et de pouvoir, Julien, par ses paroles et par sa conduite, fait de la propagande personnelle, il ne fait point de la propagande violente. C'est même à un chrétien qu'il demande de publier un livre sur les derniers événements : « Si tu veux, lui dit-il, montrer les causes de mon retour et en écrire l'histoire, je te les exposerai dans le détail et je te remettrai tous les documents nécessaires 2. » Il donna un autre exemple de modération le jour des funérailles de Constance. Lorsque le corps arriva d'Asie au port de Constantinople, il alla le recevoir sans diadème, en signe de deuil, et il le conduisit à l'église des Saints-Apôtres, où s'accomplirent les rites chrétiens. Les païens, de leur côté, firent dans les temples les sacrifices funèbres, auxquels l'empereur participa en répandant les libations accoutumées. « Il félicitait, raconte Libanius, ceux qui l'avaient suivi, engageait les autres à l'imiter, mais ne contraignait personne3. » Mettant cette tolérance en pratique, il rappela tous les exilés de Constance : orthodoxes, ariens, novatiens, donatistes, sans destituer ceux qui avaient remplacé sur leurs sièges les évêques bannis4; il rendit les biens confisqués5 et défendit qu'on fit, aux chrétiens aucun mal : « Ces gens-là, écrivait-il, sont pieux à leur manière, puisque le Dieu qu'ils adorent est l'Être réellement trèspuissant et très-bon à qui nous-mêmes adressons nos prières sous d'autres noms \ » Il convoqua au palais des évêques, des docteurs de sectes différentes, en leur donnant pour le voyage le diplôme qui leur permit d'user de la poste impériale; et il leur dit courtoisement : « Désormais chacun peut sans crainte professer le culte qu'il préfère, personne ne l'en empêchera; mais cessez vos disputes, vivez en paix; » et il ajoutait en souriant : « Suivez mon conseil ; les Alamans et

1 Au discours V, p. 67 de l'édition Hardouin.

2 Lettre 2, au rhéteur Prohœrésius.

3 Sur cette cérémonie, nous avons deux récits : l'un de Grégoire de Nazianze (Disc. V. 16-17, éd. de 1840), qui ne dit pas si Julien entra dans l'église; l'autre de Libanius (Disc. X, p. 280, édit. de 1627), qui le montre « inaugurant à Constantinople le service des dieux ».

* Julien. Lettre 51.

5 M., Lettre 52.

G Id., Lettres 7 et 65.

les Francs m'ont bien écouté1. » Avec un rare bon sens, il demandait la fin de disputes interminables, car si « les maux du corps, disait-il encore, peuvent être guéris par une opération, ceux de l'âme, tels que les erreurs sur la nature de Dieu, ne se guérissent ni par le fer ni par le feu ». Dans sa lettre aux Bostréniens, écrite neuf mois après son avènement, il renouvelle ces déclarations : « Sous notre règne, les bannis ont été rappelés, les biens confisqués rendus.... Nous ne souffrons pas qu'un galiléen soit traîné de force à nos autels; nous exigeons, au contraire, de ceux qui veulent venir à nos sacrifices qu'ils commencent par se purifier, et nous accordons aux Nazaréens le droit de se réunir tant qu'ils voudront, à la seule condition qu'ils ne fassent point de sédition.... Vous qui êtes dans l'erreur (les chrétiens), ne faites point tort à ceux qui restent fidèles au culte consacré de temps immémorial, et vous, adorateurs des dieux, gardez-vous de dépouiller les maisons des galiléens et de commettre des voies de fait contre eux. C'est par la raison et non par les coups qu'il faut convaincre 2. »

S'il n'attaquait pas, il entendait se défendre, et il le fit par un retour en arrière. Constantin et les chrétiens avaient été des révolutionnaires, Julien fut un conservateur. Quoiqu'il interprétât le passé avec une étrange liberté, il aurait voulu que les mots mos majorum, qui avaient eu tant de puissance auprès des anciens Romains, restassent la règle de conduite du prince et des sujets. La nation, disait-il, doit garder les dieux qui lui ont été transmis de toute éternité, et le citoyen ne peut déserter la religion de son peuple5. Dans sa pensée le paganisme devenait un principe de conservation. Mais ce paganisme que devait-il être? Celui de Rome ou de la Grèce, de l'Egypte ou de la Syrie? Sur ce point, le conservateur se faisait novateur à son tour. Il prit de toute main, à Platon et aux Alexandrins, même famille de penseurs4, aux mythes solaires de l'Asie antérieure,

*WA. Marcellin, XXII, 5 : .... monebal civilius ut discordas consopitis quisque, nullo vetanle, religioni suœ servirct, inlrepidus. Ammien ajoute que, au fond, Julien avait désiré mettre tous ces docteurs aux prises, afin d'augmenter la confusion dans les églises. Cette interprétation est contraire aux paroles qu'il cite de Julien et dont plusieurs des lettres de ce prince attestent la sincérité. On a vu d'ailleurs que, dans cette fournaise religieuse de l'Orient chrétien, les disputes n'avaient pas besoin, pour éclater, de sollicitations perfides.

- Julien, Lettre 52.

3 Naville, Julien l'Apostat, p. 77.

4 Saint Augustin, qui est un élève de Platon autant qu'un disciple du Christ, qui s'élève à Dieu parla philosophie comme par la foi et l'amour, qui enfin retrouva chez les platoniciens bien des idées conformes à ses croyances, voit dans Plotin Platon ressuscité. (Œuvres, t. I.p. 294.)

même au christianisme dont la discipline plaisait à ses idées morales et à ses instincts de gouvernement. Son traité du Roi-Soleil fut l'Evangile du nouveau culte officiel, et, comme une religion exige du mystère, il donna à la sienne les ténébreuses merveilles de la Ihéurgïe. vEdesius, le successeur de Jambliqne dans l'école néo-platonicienne, passait pour avoir commerce avec les dieux. Un jour que Julien demandait au vieillard de lui révéler la science divine : « Ami de la sagesse, répondit yEdesius, mon corps est un édifice en ruine et prêt à tomber; interroge mes enfants1. » Ces fils de son esprit étaient Maximus et Priscus, que l'empereur garda près de lui et qui continuèrent jusqu'à sa mort leur étrange apostolat.

Dans la théologie de Julien se trouvent trois mondes : le Sensible, où la matière montre toutes ses imperfections ; Y Intelligible, xb vo7)tov, modèle du sensible, mais où tout est porté à la perfection et où résident les causes premières, les principes de l'Être, de la Beauté et du Bien. Entre l'immatérialité absolue et la matière, entre ce qui est immuable et ce qui change in- Le Soieii portantlTc^™ radiée cessamment, entre ces deux mondes enfin, et tenant un fouet à ia main2.

trop séparés pour que l'un puisse sortir de l'autre, existe le monde intelligent, xb vospôv, reproduction affaiblie du premier et modèle du troisième. Le monde sensible n'est donc que le reflet d'une image, celle du inonde absolu, comme ses dieux visibles correspondent, mais diminués en puissance et en dignité, aux dieux intelligibles du monde supérieur3. Chacun de ces inondes a son soleil : le supérieur, entouré de l'armée des cieux et des races divines ; l'inférieur, que nous voyons; l'intermédiaire, que nous ne voyons pas, mais qui relie la sphère d'en haut à celle d'en bas. Celui-ci est le Roi- Soleil; il répand la vie et il l'organise sur le modèle du monde intel-

1 Eunape, Vie d'Mdesius.

- Intaille, sur agate à trois couches, de 10 millimètres de hauteur sur 5 de largeur. (Cabinet de France, n* 1478.)

3 Sur cette théologie de Julien, voyez Naville, Julien l'Apostat et sa philosophie du polythéisme; Boissier, l'Empereur Julien, et II. Rendait, the Emperor Julian, Paganism and Christiauitij.

Vit. — 43

ligible; il est le Logos de Platon, peut-être le Verbe de Dieu du concile de Nicée1, et certainement le rêve d'un rêve.

Il importe peu que Julien n'ait fait, dans sa théogonie, que suivre les Alexandrins, ou que, très au courant des doctrines chrétiennes, il ait voulu établir un rapport entre la seconde personne de la Trinité et le dieu le plus populaire parmi les païens. En réalité, il reprenait la thèse platonicienne du médiateur, et Porphyre, Jamblique, les thaumaturges, qui venaient de tuer la philosophie en y faisant rentrer la superstition2, enseignaient aux adorateurs du Roi-Soleil à se mettre en communication avec les dieux, par Je jeûne, qui préparait aux visions, par l'extase, qui les montrait. C'était une prétendue science qui avait ses règles et un nom : la théurgie. Les pontifes païens remplaçaient par ces mystères l'inspiration, « souffle des dieux », qu'ils ne trouvaient plus parmi les hommes; et ils croyaient arriver eux aussi à connaître la volonté divine, par conséquent les conditions du salut. Il semble donc que les deux Églises allaient pouvoir combattre a armes égales. Mais ce ciel de Julien est bien obscur, malgré ses trois soleils, et cette théologie nuageuse qui remplace les dieux d'Homère, éclatants de vie et de beauté, par de subtiles abstractions que nous avons peine à comprendre, ces bruits étranges entendus au fond des sanctuaires, ces statues qui s'agitaient dans l'ombre % ces apparitions qu'on pensait entrevoir dans l'extase, n'avaient d'action que sur un petit nombre d'adeptes et d'illuminés. Une secte étroite pouvait seule y croire, non pas une foule, car dans la théurgie tout était personnel et secret. Quelle différence avec l'Église qui ne reconnaissait l'inspiration d'en haut que dans les décisions de ses évèques réunis en des conciles, où tout se passait au grand jour et en de libres discussions!

Julien ne devait pas mieux réussir avec son clergé qu'avec son

1 Lamé (Julien l'Apostat, p. 255) et Naville (Julien V Apostat, etc., p. 104) admettent cette assimilation que Rendait (Ihe Emperor, etc., p. 95) repousse, je crois, avec raison. Voyez, à YHist. des Romains, t. V, p. 758 et suiv., combien la théorie du Xop; 6eïo; était familière aux philosophes.

- Voyez, dans Eunape, la Vie de Jamblique et les miracles qu'il opère. J. Simon (Hist. de l'École d'Alexandrie, t. II, p. 2G6) dit : « C'est de Jamblique que, par ^Edesius, descendent Maxime, Cléanthe et Julien. »

3 Eunape, dans sa Vie de Maxime, prétend que ce thaumaturge pouvait, par ses conjurations, animer les statues.

4 Le diptyque d'Anastasius, consul en 517, qui est donné à la page 550, représente à sa partie inférieure une scène d'amphithéâtre. La richesse du costume montre le faste oriental de la cour de Byzance. Ce diptyque, conservé longtemps à la cathédrale de Bourges, est aujourd'hui à la Bibliothèque nationale. (Voyez aussi p. 545.)

Costumes de la cour de lijzanceet scène d'amphithéâtre*.

dogme. Ce théologien aventureux était un homme d'une haute moralité. Platon avait prescrit l'effort pour ressembler à Dieu, è£o/aoiWiç t&> 6£ù ; Jésus avait dit : « Soyez saints comme votre Père qui est dans le ciel, » et l'Église répétait le mot de saint Basile : « Le riche est l'intendant préposé par Dieu au soulagement des pauvres. » Plusieurs, dans le paganisme, cherchèrent à s'approcher de cet idéal ; Julien fut de ceux-là1. Il usa de son autorité pontificale pour exiger de son clergé des vertus qui ne se prennent pas sur commande. Avec le temps, il aurait pu mettre plus de discipline dans son Église, plus de régularité dans les moeurs de ses prêtres, plus d'institutions de bienfaisance dans la société : ce sont choses de gouvernement. Il lui reste, du moins, l'honneur de l'avoir tenté. « Comme la vie du prêtre, écrit-il dans une sorte d'instruction pastorale2, est plus auguste que celle du politique, il convient de lui tracer des préceptes et de favoriser des vocations : avant tout, il faut pratiquer la bienfaisance et secourir les pauvres. Il en est parmi eux qui sont de mœurs irréprochables; les mépriser serait mépriser les dieux. On fait œuvre pie en donnant, même à des ennemis, la nourriture et le vêtement. — Notre sollicitude doit s'étendre jusque sur les malfaiteurs enfermés dans les prisons, car ces hommes sont nos frères; et c'est à l'homme qu'on donne, non pas à ses mœurs. — Trois vertus sont nécessaires : la bonté envers les hommes, la chasteté à l'égard du corps, l'accomplissement des devoirs de piété. — Le prêtre, voué au culte des immortels, doit être honoré à l'égal d'un magistrat. — Il faut qu'il enseigne les autres, non-seulement dans les villes, mais dans les campagnes, et qu'il leur donne des espérances pour ce qui suit la mort. »

Il interdit aux prêtres la lecture des comédies trop légères, des ouvrages licencieux, des livres sceptiques d'Epicure et de Pyrrhon ; il veut qu'ils puissent chanter les hymnes sacrés, écrits par des hommes qu'inspirait un souffle divin ; que, le matin et le soir, ils adressent leurs prières aux dieux et qu'ils observent jour et, nuit une parfaite continence. Point de visites ni de festins, si ce n'est chez les plus honorables citoyens; éviter la place publique, les spectacles, l'amphithéâtre, et ne se rendre chez le gouverneur qu'en vue de secourir des indigents. Au temple, en face des dieux, de somptueux vêtements;

Un autre païen, Macrobe, qui fut prœfeclus cubiculi de Théodose le Jeune, écrivait au cinquième siècle : « Il faut parler aux hommes comme si Ton était entendu des dieux, et aux dieux comme si tout le monde devait entendre. » (Saturn., I, 7.) 2 Fragments d'une lettre à un pontife.

dans la vie privée, beaucoup de simplicité. — Pour le sacerdoce, choisir le plus vertueux; qu'importe qu'il soit le plus pauvre, s'il aime les dieux et les hommes, s'il donne à tous les siens l'exemple de la piété et s'il partage avec les indigents le peu qu'il possède. — Il entend que les prêtres pratiquent ces vertus. Un d'eux frappe un collègue; il le suspend pour trois mois, lui conseille le repentir et ajoute : « Nous sommes des ministres de prière; je me joins à toi qui supplies les dieux, je pense, pour implorer le pardon de ta faute1. » Des supérieurs de monastères parleront ainsi.

L'ancien collègue de Galère et de Licinius, l'empereur Maximin, avait établi dans chaque province un pontife suprême qui devait surveiller la doctrine et les mœurs du clergé inférieur, comme le métropolitain de l'Église avait la direction spirituelle de ses évêques coprovinciaux. Julien fortifia cette institution. « Ce que je te donne, écrit-il à Théodore en le nommant souverain pontife de la province d'Asie, c'est l'intendance de tout ce qui concerne la religion, c'est l'autorité sur les prêtres de la campagne et des villes, avec le droit de juger leurs actes2. » Dans une autre lettre à Arsacius qui avait le grand pontificat de la Galatie, il écrit : « Pour lutter contre ceux qui ont propagé un culte impie, imitons leur humanité envers les étrangers, les soins qu'ils rendent aux morts, la sainteté apparente de leur vie. Ce n'est pas assez que tu sois irréprochable, tous les prêtres doivent l'être. Parle et agis de manière à les rendre vertueux, el, s'ils ne donnent pas l'exemple du respect envers les dieux, destitueles. — Établis dans chaque ville de nombreux hospices. J'ai fourni les ressources nécessaires : la province de Galatie recevra annuellement pour cet objet 50 000 boisseaux de blé et 60 000 setiers de vin3. C'est Jupiter qui nous envoie les pauvres4. » Il se trouvait des prêtres païens qui avaient ces sentiments et qui pratiquaient cette morale. Lisez les belles lettres que le philosophe Maxime de Madaure, le pontife Longinien et l'honnête païen Nectaire écrivaient, cinquante ans plus tard, à l'évêque d'Hippone, et vous y trouverez de nobles pensées : celles dont la philosophie a fait, en dehors de toute croyance con-

1 Lettre G2.

- Lettre C3.

r> Lettre 49. En rappelant ces tentatives de Julien, Grégoire de Nazianze (t. I, p. 101) l'appelle « le singe du christianisme ». Mais un singe de cette espèce est un homme respectable. Est-ce que le progrès social ne résulte pas des emprunts que les générations se font les unes aux autres? Le christianisme lui-même ne doit-il rien à personne ?

4 Ibid., 63.

fessionnelle, le patrimoine du genre humain.

La prédication est un puissant moyen de propagande; on a vu les philosophes du

1 Cabinet de France , n" 5265.

Moitié d'un diptyque consulaire du consul II. (peut-être pour FL., par une faute du graveur) ANASTAS1US PAULws PROBim MOSCHIANus PROBm* MAGNDS (hauteur : 58 centimètres, sur 15 de largeur). Les libéralités sont marquées à la partie inférieure par les deux esclaves qui vident des sacs remplis de pièces de monnaie. Magnus est représenté jeune et imberbe. Rome et Constantinople personnifiées se tiennent à côté de sa chaise curule que supportent des lions et dont les bras sont ornés de statuettes de la Victoire. On remarquera, comme au diptyque de la page 559, les broderies dont le vêtement du consul est surchargé.

Asterius, évèque d'Amasie vers la fin du quatrième siècle, nous a laissé dans une de. ses homélies (Photius, Cod., 271) une railleuse description de ces costumes dont quelques-uns contenaient jusqu'à six cents figures : « Lorsque les hommes ainsi vêtus, dit-il, paraissent dans la rue, les passants les regardent comme des murailles peintes. Leurs habits sont des tableaux que les petits enfants se montrent avec le doigt. Il y a des lions, des panthères et des ours. Il y a des rochers, des bois et des chasseurs. Les plus dévots portent le Christ, ses disciples et ses miracles; ici, l'on voit les noces de Galilée et les cruches de vin ; là, c'est le paralytique chargé de son lit, ou la pécheresse aux pieds de Jésus, ou Lazare ressuscité.... » M. Grauf, de Vienne, a une très-curieuse collection de ces tissus brochés, brodés ou exécutés en haute lisse, qui ont été récemment trouvés en Egypte. Un des plus intéressants est Vanauslus clavus d'un chevalier romain du quatrième siècle.

Libéralités faites au peuple1.

On y a représenté un empereur trônant avec deux prisonniers perses agenouillés devant lui.

second siècle s'y employer avec ardeur, et saint Augustin reconnaît qu'ils y réussissaient. Aux siècles suivants, les chrétiens avaient pris leur place. Pour la leur disputer, Julien se proposa d'instituer auprès des temples l'enseignement moral et religieux qui avait toujours manqué au paganisme; et nous savons par Libanius que cette entreprise eut un commencement d'exécution, par l'évêque d'Hippone qu'elle se continuait encore de son temps1.

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