‹ Histoire des Romains depuis les temps les plus reculés jusqu'à l'invasion des Barbares (volume 2)Chapitre 44 sur 112 · IV. — LA GUERRE DE PERSE; MORT DE JULIEN · texte numérisé non relu

IV. — LA GUERRE DE PERSE; MORT DE JULIEN

Cependant Julien n'avait pas oublié que le vainqueur des Alamans et des Francs avait à venger sur les Perses les longues injures de l'empire, et à en prévenir le retour en renversant le prince belliqueux qui, depuis un quart de siècle, rendait la vie si dure sur la frontière romaine. L'Occident était tranquille : Salluste veillait au repos de la Gaule, et, sur le Rhin, sur le Danube, les Barbares, qui n'avaient d'audace qu'avec les empereurs efféminés, ne remuaient pas. La renommée avait porté au loin le nom du jeune victorieux qui était devenu le chef redouté du monde romain. Tous les peuples limitrophes des frontières lui avaient envoyé des ambassades et des présents. Il en était venu même de l'Inde ; et les tribus de la Maurétanie indépendante avaient demandé à être reçues dans son empire. Dès son arrivée à Constantinople, les courtisans lui avaient proposé une expédition contre les Goths. « J'irai, dit-il, chercher de plus sérieux adversaires. Laissez faire les marchands galates qui achètent et vendent partout de ces gens-là. » Sur le Danube, Julien revint à la politique défensive de Dioclétien; il répara, dans la Thrace et le long du fleuve, toutes les forteresses, les approvisionna largement d'armes, d'habits, de vivres, et assura la paye régulière des soldats. « Tant que ce grand prince régna, ajoute Ammien Marcellin, pas un Barbare ne franchit la frontière2. »

« Libanais, Lettre 1186, etAmm. Marcellin, liv. XXIII, XXIV et XXV, 1-4. s A. Marcellin, XXII, 7 et 9.

Durant l'hiver de 502, les préparatifs de l'expédition persane s'étaient achevés; soixante mille hommes se trouvaient réunis sous les enseignes; plus de mille bateaux de charge, dont beaucoup en cuir, cinquante galères de combat, autant de pontons pour le passage des fleuves, avaient été construits sur l'Euphrate. Le 4 mars, Julien quitta Antioche sans y laisser ses rancunes, car il lui donna pour gouverneur « un homme qui ne méritait pas la place, mais que les gens d'Antioche méritaient d'avoir pour maître ». Mim c^ahit mili. Il se mit en route avec les compagnons habituels de ,aire ct couronné

. . par la Victoire1.

ses voyages, quelques livres de Platon qui nourrissaient son esprit de hautes pensées et de fraîche poésie. « Voici, écrivait-il à un ami, le printemps qui arrive; les feuilles poussent aux arbres; les hirondelles, en se montrant, vont faire sortir le soldat de sa demeure et nous envoyer au delà des frontières. » A un autre, il disait : « J'ai pris une route ombragée où coulent de riantes fontaines. Quand vient l'heure du repos, je fais halte et je respire sous le vaste feuillage des platanes et des cyprès, en lisant le Phèdre de Myrrhine ou un autre dialogue de Platon2. »

Il avait donné rendez-vous à ses lieutenants dans la ville de Carrhes, qui, située au delà de l'Euphrate, sur la route de Nisibe, pouvait laisser l'ennemi dans l'incertitude, touchant la direction que les Piomains suivraient. Il fit de ses forces deux armées : dix-huit mille hommes3, sous la conduite de Procope, son parent, prirent droit à l'est pour gagner la haute Mésopotamie, manœuvrer sur h rive gauche du Tigre et, de là, tourner au sud dans la direction de Ctésiphon; le roi d'Arménie, Arsace, reçut l'ordre d'amener à Procope ses contingents. Mais Julien rejeta la demande des Sarrasins qui offraient leurs secours à la condition que les anciens subsides leur seraient continués. « Je n'ai pas d'or, leur dit-il : je n'ai que du fer ; » et il les renvoya4. Avec la flotte et l'armée principale, il descendit l'Euphrate5.

1 Revers d'une monnaie d'argent. (Cohen, t. VI, pi. XI, n° 4.)

2 Lettres 69 et 74.

3 Amm. Marcellin (XXIII, 3) dit 30 000 hommes; Libanais (Lettre 108),' 20 000; Zosime (III, 12), 18 000 hommes ; Magnus (Fragm. des Hist. Grecs, t. IV, 4), 16 000, chiffre plus probable, puisque ce corps ne fit rien. Zosime (IV, 4) dit expressément que Procope devait venir audevant de Julien.

4 Amm. Marcellin, XXV, 6 : .... ad similitudinem prœteriti temporis.

5 Amm. Marcellin marque sa route par la forteresse de Davana sur le Délias, Callinice sur l'Euphrate, et Circesium à l'embouchure du Chahoras dans l'Euphrate. Au delà de cette ville commençait la frontière persane défendue par de très-fortes places : Zaitha, Dara, Ànathan,

Le fleuve devait le conduire en une région qui n'était pas le centre de l'État ennemi, mais qui en était, par ses cultures, la contrée la plus fertile; par ses cités, la région la plus riche; par ses souvenirs, le sanctuaire.

Julien déploya dans cette expédition toutes ses qualités militaires : la vigilance d'un vieux capitaine, le courage d'un soldat, jusqu'à tuer

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