II. — VALENTINIEN (1" MARS 567-17 NOV
Tandis que le corps de Jovien était conduit à Constantinople pour être enseveli auprès des deux empereurs dont Julien avait répudié le voisinage, l'armée s'achemina vers Nicée, où les chefs civils et militaires s'occupèrent de donner un nouveau maître à l'empire. Salluste refusa encore la pourpre pour lui-même et pour soin fils : « Je suis trop vieux, dit-il, et il est trop jeune. » Après de longues mais paisibles discussions, le choix se fixa sur Valentinien, chef de la seconde école des scutaires, ou gardes du prince 2. Le 26 février 564, les
1 Cette loi n'est pas au Code et n'avait pu y être insérée par les jurisconsultes de Justinien, mais Themistius, dans son Ve Discours, d'où sont tirées les paroles que nous venons de citer, en atteste l'existence de manière que le doute n'est pas permis. Quant aux monnaies de Jovien. on en trouve qui, avec la légende VOTA. PVBLICA, ont les mêmes types que certaines monnaies de Julien : Isis allaitant Horus, Isis et Osiris, Isis et Anubis, ou seulement Anubis, Harpocrate, etc. On voit que le christianisme de Jovien n'était pas bien ferme. Les sacrifices faits après son élection (p. 590) nous l'avaient déjà montré.
2 Né en 521 à Cibales, en Pannonie. Les scutaires et les protecteurs avaient, comme les
Iroupes lurent réunies en une plaine immense; au milieu s'élevait un tribunal; Valcntinien y monta, et, l'armée l'ayant salué auguste, il revêtit les ornements impériaux et ceignit la couronne. Mais lorsqu'il voulut parler, d'immenses clameurs s'élevèrent. Travaillés, probablement de longue main, par ceux qui avaient intérêt à ce qu'il existât deux cours, un double ordre de fonctions et deux donativa, les soldats réclamaient un second empereur et, pour le bien de l'empire, ils avaient raison de le demander. Cette solution était si nécessaire, que, depuis quatre-vingts ans, elle s'était imposée à tous les princes. Grâce à sa renommée qui tenait les Barbares en crainte, Julien n'avait pas été obligé, durant son règne, d'ailleurs si court, d'avoir un collègue à Milan ou à Trêves. Son ami, le préfet Salluste, gardait la Gaule, et, la Gaule bien gardée, rien ne remuait en Occident. Mais sa mort avait montré le péril de laisser la succession incertaine et le gouvernement au hasard d'un incident de guerre.
Valentinien accepta avec répugnance l'injonction tout à la fois intéressée et patriotique des soldats; il promit d'y faire droit après y avoir mûrement réfléchi. « Très-excellent prince, lui dit Dagalaïf, le maître de la cavalerie, si tes affections sont pour ta famille, tu as un frère ; si tu préfères la patrie, cherche ailleurs. » Il ne chercha pas ; son choix était arrêté, mais il ne le déclara que le 28 mars, à Constantinople, en présentant à l'armée son frère Yalens, plus jeune que lui de six ou sept ans et qui lui promettait un collègue docile. Il avait terminé sa première allocution aux troupes par la promesse de la gratification habituelle1; la nomi- Monnaie dp Sardica nation de Yalens leur en valut sans doute une se-
ou Scrdica- i r» • • m
conde. Les Romains ne prenaient part aux élections d'empereurs que par l'or qu'elles leur coûtaient.
Les princes employèrent le printemps et l'été à constituer régulièrement les deux empires; ils se partagèrent les provinces, l'armée, les chefs de l'administration civile et militaire. Valentinien prit
gardes du corps de nos anciens rois, rang d'officier. Au moment des troubles d'Afrique, causés par l'incurie du gouverneur Romanus, Valentinien chargea un notarius, pour les affaires civiles, un scularius et un protector, pour les affaires militaires, d'aller rétablir l'ordre en cette province. Le tribunal des scutaires était donc une fonction élevée.
1 ....ob nuncupaiionem auijustam débita prolinus accepturi (Amm. Marcellin, XXVI, 2).
- Triplolème, sur le char traîné par des dragons, don de Déméter. parcourt la terre en répandant partout la connaissance de l'agriculture. Légende: OTAIHAC CEPAIK.HC. (Monnaie de bronze.)
l'Occident ou les pays de langue latine; Valens, l'Orient ou les provinces de langue grecque. Milan devait être la résidence de l'un; Constantinople celle de l'autre. Les deux empires communiquaient par les défilés de VHsemus (Balkans), qui conduisaient de la Dacie d'Aurélien dans la Thrace, par le pas de Sacques, sur la route de Naiïssus, et de Sardica à Philippopolis, et par celui d'Âcontisma sur la voie Égnatienne, qui traversait la Macédoine1. La commune frontière suivait donc une partie de l'Huemus et les crêtes qui dominent le double versant de l'Adriatique et de la mer Egée. L'Orient n'eut qu'un préfet du prétoire et trois maîtres de la milice; l'Occident, deux préfets, l'un pour les Gaules, l'autre pour l'Illyrie, l'Italie et l'Afrique, et trois généraux en chef.
Yalens accompagna son frère jusqu'à Sirmium, où ils se séparèrent en juillet 564; ils ne devaient plus se revoir.
L'empire est irrévocablement divisé, car l'unité ne sera rétablie par Théodose que durant quelques mois; nous diviserons aussi, désormais, son histoire.
Valentinien était un Pannonien civilisé; il entendait mal le grec, mais il écrivait des vers latins et modelait des figurines en terre : goûts innocents qui ne faisaient de lui ni un poëte ni un artiste. Il avait des qualités plus convenables à son nouvel état et des vices de caractère qui font hésiter l'historien sur la place à lui donner dans la série impériale. Brave soldat, sans défauts de caserne, et capitaine vigilant, il aimait la discipline dans l'armée, l'ordre dans l'Etat, et il sut quelquefois écouter les libres représentations de serviteurs courageux. Mais il était irascible, violent, dur jusqu'à la cruauté, et les malheurs publics augmentèrent cette disposition naturelle, parce qu'il eut à combattre trois fléaux déchaînés
Valentinien I couronné de laurier et revêtu du paludamenlum -.
1 Les ruines de Sardica se voient près de la grande ville de Sophia, et Naïssus est aujourd'hui Nissa ou Nisch, sur un affluent de la Morava. Les Succorum angustiœ répondent au Szulu-Derbend ou au Démir-Kapi, et VAcontisma au défilé de Kavala.
'* Camée n° 257 du cabinet de France; sardonyx à 3 couches de 55 millimètres de hauteur sur 21 millimètres de largeur. L'attribution à Valentinien I n'est pas certaine.
598 L'EMPIRE CHP.ÉTIEN (506-595).
sur l'empire : des insurrections dans les provinces, des attaques sur les frontières et le brigandage partout : celui des magistrats concussionnaires et celui des détrousseurs de grand chemin1. Il dépensait peu pour lui-même, mais il eut à dépenser beaucoup pour l'Etat; et comme il subordonnait justement les intérêts particuliers à la sécurité générale, il ne tint aucun compte de l'appauvrissement des provinces et exigea que l'on mît une extrême rigueur dans la levée des impôts2. Qui ne savait pas les faire rentrer intégralement courait de grands risques : des décurions et des duumvirs périrent pour des négligences ou des retards dans ce service. Un jour qu'il avait condamné plusieurs curies à fournir chacune au bourreau trois victimes, le préfet Florentius lui représenta que toutes ces villes n'avaient point trois magistrats, et il ajoutait : « Faudra-t-il attendre qu'elles aient complété ce nombre pour faire l'exécution? — Oui, » répondit le prince3. Ses qualités devenaient, par l'emportement de son caractère, des défauts redoutables, et, par amour du bien public, il agit parfois en tyran. Pour ce soldat qui mettait la société civile au régime du code militaire, toute nuance entre la faute, le délit et le crime disparaissait1. Dans une chasse, un de ses pages, qui retenait un chien pour
1 Sur le brigandage, voyez A.Marcellin, XXVIII, 2, où il raconte qu'un beau-frère de l'empereur fut tué par les bandits, et au Code Théod., IX, 50, 1-3; XV, 13, et Code Just., XI, 40, anno 304, les lois qui défendent d'avoir des armes et des chevaux sans la permission du prince : nulli, nobis insciis, quorumlibct armorum movendorum copia tribuatur. Voilà des lois qui révèlent un bien triste état social et qui expliquent pourquoi les provinciaux ne résisteront pas aux Barbares. Le mal était profond, car cette législation était ancienne, puisque la détention d'armes de combat était punie par une lex Julia. (Dig., XLVIII, 0, 1.) Quant aux magistrats concussionnaires, j'en ai déjà souvent parlé. J'ajouterai que, dans la seule année 580, Théodose promulguera neuf lois contre eux (cf. Godefroy, au Code Théod., t. I, p. cvnr); que, dans sa lettre 190, saint Basile se félicite d'avoir ohtenu ce qu'il avait à demander aux magistrats, quelquefois pour rien, plus souvent à prix réduit; mais qu'il regardait ces miracles de désintéressement comme un effet « de l'intervention du Seigneur ». Même dans l'Église, on acheta des élections. « L'Église, dit saint Athanase, devient une place de commerce et un marché; » Grégoire de Nazianze parle d'évêques plus amis de l'or que du Christ, p.àxxov tptXo'xpuao: ft tptXo'xpi'îToi, et suivant Isidore de Péluse : « Autrefois le troupeau craignait le pasteur, aujourd'hui le pasteur doit craindre le troupeau. » (Fialon, S. Athanase, p. 117.) Il était inévitable qu'on vit des prélats intrigants et mondains, depuis que l'Église était riche et qu'il se trouvait toujours des évêques à la cour des princes chrétiens.
* Son activité législative s'épuisa à rédiger des lois fiscales : un grand nombre de ses constitutions se rapportent de près ou de loin à la levée des tributs en espèces, aux prestations en nature, aux services des corporations, à la responsabilité des curiales, etc. Sur ses rigueurs fiscales, voyez Zosime, IV, 10.
3 A. Marcellin, XXIX, 3.
4 .... dcliclis supplicia grandiora (A. Marcellin, XXVIII, 1). Il ne dit pas tout : le Code, témoin irrécusable, donne d'autres preuves de cette dureté de cœur. Par la constitution de 371 [Code Théod., IX, 3, 5), celui qui avait un prisonnier en garde et qui le laissait échapper était passible de la peine que le fugitif avait encourue.
le lancer sur le passage du gibier, lâche trop tôt ranimai : il périt sous le bâton. Un ouvrier apporte une cuirasse artistement ciselée, mais qui n'avait pas le poids réglementaire : il est mis à mort. Un préposé aux remontes change quelques-uns des chevaux qu'il avait reçus : il est lapidé. Un cocher du cirque laisse échapper quelques paroles indiscrètes : il est envoyé au bûcher. Un fonctionnaire demande un autre emploi. « Il veut qu'on le déplace, dit l'empereur, déplacez-lui la tète. » — « Je crains, ajoute Ammien Marcellin qui rapporte ces faits et bien d'autres, je crains qu'on ne m'accuse de calomnier un prince qui fut si rccommandable à certains égards1. Je ne puis toutefois omettre que, près de sa chambre à coucher, étaient deux loges renfermant Miette d'or et Innocence, deux ourses monstrueuses, nourries de la chair des suppliciés ou des condamnés aux bêtes, et à qui l'empereur rendit la liberté des forêts en récompense de leurs longs services. » Un sultan qui a vécu de nos jours assistait souvent au dîner de ses lions et, parfois, obligeait un courtisan à entrer dans la cage. Valentinien a dû se donner cette récréation orientale.
Les serviteurs imitaient le maître, comme ce Léo « dont la cruauté était écrite sur son visage de bête fauve » ; comme ce Maximinus, « serpent pour ramper et, à son tribunal, juge d'enfer », qui, sous prétexte de magie et d'adultère, remplit Rome de sang, fit exécuter des sénateurs et, ce qui parut plus grave, les mit avant le supplice à la torture, en violation du privilège qui les en garantissait. Ce bourreau fut appelé à la cour et nommé préfet du prétoire. Ses victimes n'y gagnèrent rien; de Trêves, il fit continuer les informations et les supplices : « comme le basilic, il tuait à distance ». Maximinus avait des émules2 qui étaient chrétiens comme lui et comme le prince; d'où l'on peut conclure que la conversion qui avait changé les croyances n'avait pas changé les caractères. Mais, à multiplier ces récits de meurtres, nous finirions par ne plus voir ce qu'il y eut d'honorable sous le règne de Valentinien.
Cet homme terrible fut en effet, pour certaines pratiques de gouvernement, plus sage que Constantin, plus sage que Julien. Il fit
1 Amm. Marcellin, qui paraît s'être retiré du service après la mort de Julien, serait en effet suspect d'exagération si les autres témoignages ne concordaient avec le sien.
4 Voyez ce que dit Amm. Marcellin du comte Romanus, de Remigius, d'Ursacius, de Palladius, etc., et ce que, quarante ans plus tard, Synesius racontera des méfails du gouverneur de la Cyrénaïque, Andronicus.
deux grandes choses : il institua les défenseurs des cités et il respecta la conscience religieuse de ses peuples. Dès les premiers jours de son règne, il reconnut la pleine liberté des cultes1, et les actes qui attestèrent sa foi chrétienne n'eurent pas de suites irritantes pour les païens. Il replaça la croix sur le labarum, interdit les poursuites le dimanche contre les chrétiens, autorisa ceux qui étaient dans les prisons à en sortir le jour de Pâques pour faire leurs dévolions2 et reconnut formellement la juridiction spirituelle des synodes diocésains5. Mais il respecta la vieille religion de Rome, concessam a majoribm religioncm; il défendit de confondre avec la magie, qui restait un
crime, les rites de l'ancien culte, même l'aruspicine, et il condamna les sacrifices nocturnes. Enfin il laissa les Grecs célébrer leurs mystères1 et refusa de se mêler aux querelles théologiques des sectes chrétiennes. « C'est affaire d'évêques, dit-il, et je ne suis pas leur juge6. » Par cette sage réserve, il tenait les prêtres à distance et ne leur laissait aucune prise sur son gouvernement. Il contint le trop grand zèle de saint Martin à détruire les sanctuaires païens, répudia sa première femme, Severa, pour épouser l'arienne Justine, et fit décapiter un prêtre coupable d'avoir caché un proscrit : toutes choses qui n'étaient point pour plaire aux chrétiens austères et dont la dernière est une iniquité. S'il ôta aux temples païens les terres prises par les chrétiens ou plutôt par les familiers du palais et que Julien avait rendues à leurs premiers possesseurs, ce fut pour les donner, comme biens tombés
Valenlinien I porlanl le labarum 5.
1 Testes sutit leges a me in exordio imperii mei datœ, quibus unicuique, quod animo imbibisset colendi libéra facultas tribula est (Code Théod., IX, 16, 9, anno 571). Les manichéens seuls et les donatistes furent exclus de cette tolérance. Les premiers étaient suspects politiquement et les autres troublaient l'Afrique. Amm. Marcellin dit de Valentinien : Intcr rcligionum diversitates médius sletit, necqucmquam inquielavit, neque, ut hoc coleretur, imperavil aut illud(X\X, 9). Socrate (IV, 29) parle de même.
2 Code Théod., VIII, 8, 1 ; IX, 58, 54. Cette permission n'est accordée qu'aux coupables de crimes peu importants.
5 Code Théod., XVI, 2, 25 ; cf. ibid., XVI, 11, 1. Les clercs, ou le presbyterium de Févêché, formaient le synode diocésain que l'évêque présidait. Le chapitre de l'église cathédrale remplacera plus tard le synode diocésain comme conseil nécessaire de l'évêque.
4 Code Théod., IX, 16, 7 et 9; Zosime, IV, 5.
5 D. N. VALENTLNIANVS. P. F. AVG. et l'empereur diadème. Au revers, Valentinien lauré tient le labarum. (Médaillon d'argent.)
G Sozomène, VI, 7; Ambroise, Ep. 15.
en déshérence, au lise et non point aux églises; de sorte que l'Etat, en fia de compte, profita seul de la double spoliation. 11 renouvela les loio de Constantin qui interdisaient d'admettre à la cléricature ceux qui avaient du bien, et il adjugea au trésor publie les donations et legs faits à des ecclésiastiques, estimant, comme le dira Valentinien 111, qu'il leur' suffisait d'être riches de piété1. Les pontifes païens des provinces recevaient, au contraire, d'importants privilèges, même la dignité eomtale*. Quand il reconnut le droit d'enseigner à ceux qui joindraient au talent l'intégrité de la vie, cette suppression du décret de Julien profita à tout le monde et ne lésa personne. La défense de confier à des chrétiens la garde d'un temple et de les condamner à combattre comme gladiateurs était, pour les fidèles, une mesure de discipline intérieure; elle n'était pas plus une insulte pour les adorateurs des dieux que n'en étaient une, pour leurs adversaires, la nomination du païen Symmaque à la prélecture de Rome et celle des comtes Rumorède et Bauto, tous deux païens, à la dignité de maîtres de la milice. Des soldats s'établissent dans une synagogue; l'empereur les en chasse, parce qu'il ne convient pas qu'ils prennent logis dans une maison de prière". Enfin nous avons
1 Constitution des trois empereurs adressée, en 570, au pape Damase. (Code Théod., XVJ, "2, 20, et ci-dessus, p. 78.) C'est en vertu de ces lois que saint Ambroise, lorsqu'il fut élevé à l'épiscopat, dut faire abandon de ses grands biens, dont il donna l'usufruit à son frère et à sa sœur, la propriété à son église. Mais son frère mourut bientôt, et sa sœur se voua à la vie religieuse; il restait donc fort riche, tout en ayant obéi à la loi, puisqu'il avait, connue évèque, à sa disposition, les biens qu'il ne possédait plus comme propriétaire. Constantin avait voulu imposer aux prêtres la pauvreté ; mais, en autorisant l'Église à recevoir des legs, il prépara son immense fortune territoriale au moyen âge, et l'on voit par l'exemple de celle de Milan que cette fortune commence. (S. Ambroise, Homélie 21, in l Epist. ad Cor., et Homil. 35 et 37, m Malth.) Saint Jean Chrysostome parle déjà de la grandeur des biens de l'Église. Quant aux clercs, saint Ambroise dit, dans sa Lettre 18, anno 584 : « Le legs d'une veuve chrétienne aux prêtres des idoles est légal; celui qu'elle fait aux ministres de Dieu ne l'est pas. » Cette différence s'explique. Le clergé chrétien avait, pour attirer à lui les legs et donations, des moyens que n'avait jamais possédés le cierge païen. Les empereurs du quatrième et du cinquième siècles, qui voyaient grossir si vite la fortune collective des églises, s'appliquèrent avec une rare ténacité à empêcher les clercs d'acquérir une fortune personnelle. C'eut été une cause de ruine pour les cités dont les prêtres ne supportaient point les charges (voy. , ci-dessus, p. 77), et l'on a vu quelle sollicitude avait le prince pour la prospérité des villes qui lui garantissaient la rentrée intégrale de l'impôt. Mais si la loi décrétait que les clercs ne pouvaient rien recevoir, il était facile de l'éluder, et saint Jérôme nous dit : « Onse joue de ses défenses par de frauduleux fidéicommis. » [Hieronijmi Opéra, t. IV, p. 260.)
- Une loi de l'année 571 accorda sous certaines conditions, à ceux qui possédaient le sacer-
dotium provinciœ, les privilèges des honorait, la dispense des rnunera civilia et la faculté
d'obtenir honorent ex comilibus; quem hi consequi soient qui /idem diligenlianique suam in
adminislrandis rébus publicis approbarent (Code Théod., XII, 1, 75, et le commentaire de Gode-
roy ad /«/., t. IV, p. 451).
5 Code Jusl., 1, 9, 4.
montré que les procès de magie, qui reparurent sous son règne, étaient l'exécution de vieilles lois républicaines1.
Valentinien poussa si loin son ferme propos de rester en dehors des querelles cléricales, qu'il n'intervint ni dans un bruyant débat entre l'évoque arien de Milan, Auxentius « l'ange de Satan »\ et saint Hilaire de Poitiers, l'émule d'Athanase en Occident, ni dans la compétition sanglante de deux évêques au siège de Rome.
L'intervention du peuple dans les élections épiscopalcs s'était conservée3. Le plus souvent elle était heureuse, comme dans l'élection d'Ambroisc, de Synesius et de beaucoup d'autres. Quelquefois aussi elle était violente, capricieuse, ou elle se portait sur des sujets indignes qui signaient toute formule qu'on leur présentait, « l'encre ne faisant point de tache à l'âme* ». Grégoire de Nazianze se plaint, dans l'oraison funèbre de saint Basile, « que la grûce de Dieu soit mise aux voix d'une foule déraisonnable et d'une vile populace ». Chaque communauté, orthodoxe, arienne, semi-arienne, etc., nommant son chef, des élections multiples donnaient plusieurs évêques à une seule ville; Antioche en eut trois à la fois, et Rome posséda, en face de ses papes, une suite d'évêques donatistes et lucifériens. De là des querelles. « Damasus et Ursinus, dit Ammien Marcellin5, se disputaient avec fureur le trône épiscopal. Le préfet de la ville, impuissant à arrêter les violences, même les meurtres commis par leurs partisans, fut réduit à se retirer dans un des faubourgs de la ville. Un jour les deux troupes se livrèrent bataille, et le lendemain on releva dans la basilique où l'on s'était battu cent trente-sept cadavres6. Ce ne fut qu'avec beaucoup de peine et de temps qu'on parvint à calmer ce peuple effaré. » Et, quoique Marcellin ne connût peut-être pas ce mot de l'Évangile : « Le Fils de l'homme est venu, non pour être
» Code Théod., IX, 16, 7.
- Satanm angélus, vesiator perditus, etc. (Hilaire, Contre Auxence, passim.)
r' Voyez Synesius, Lettre 125.
* Grégoire de Nazianze, Oraison funèbre de son père,
s XXVII, 3, et Socrate, Hist. eccl, IV, 29.
fi Cette basilique est peut-être celle de Sainte-Marie-Majeure. Le pape Damase est presque un précurseur des papes lettrés du quinzième siècle. Il chargea saint Jérôme de faire, d'après le fexle hébreu, une traduction latine des Écritures, pour remplacer les versions fautives qui circulaient et dont saint Jérôme disait (Pnrfatio in Evangelia ad Damasum papam) : « Si l'on veut que les textes latins fassent autorité, qu'on me dise lesquels, car il y en a à peu près autant que d'exemplaires. » L'œuvre de saint Jérôme est devenue la Vulgate. Damase bâtit des églises, qu'il fit décorer de peintures ; il exécuta des travaux de restauration dans les cimetières chrétiens (catacombes) et mit sur les tombeaux des martyrs des inscriptions en vers qu'il avait lui-même composées et que M. de Rossi a recueillies ou reconstituées.
servi, mais pour servir1 », l'honnête historien ajoute : « Quand je considère l'éclat de cette dignité, je ne m'étonne plus de l'acharnement des compétiteurs. Celui qui l'emporte est sûr de s'enrichir par les libéralités des matrones, de traverser la ville dans un char, en éblouissant les yeux par la splendeur de son costume, et d'avoir une table mieux servie que celle des rois2. Ah! qu'ils seraient mieux inspirés si, comme certains de leurs collègues provinciaux, ils avaient un ordinaire frugal, l'extérieur modeste et les mœurs pures qui recommandent ceux-ci à Dieu et aux vrais fidèles! » Pour en finir avec cette guerre intestine de l'Église, il fallut les gardes, le bourreau, les supplices; Ursinus, chassé de la ville, y rentra, puis en fut encore chassé, et l'agitation dura plusieurs années. Elle aurait cessé promptement si l'empereur avait pris d'énergiques mesures. Mais ce prince, à qui ne suflisaient pas toujours les sévérités de la loi, ne voulut pas en cette circonstance faire intervenir sérieusement la puissance impériale.
Il était cependant très-préoccupé de maintenir la paix dans les cités, en y mettant la justice. Il essaya de supprimer d'étranges abus qui devaient faciliter les transactions ténébreuses : interdiction d'être, à la fois, avocat et juge dans une même cause; défense au magistrat déjuger à huis clos dans l'intérieur de sa maison; il rendra son arrêt
« Matth., XX, 25.
- Ces paroles d'Amm. Marcellin, qui séjourna longtemps à Rome, sont confirmées par le propos que saint Jérôme (Lettre 6, éd. Migne, t. I, p. 415, ou Lettre 24 de l'édition d'Érasme) rapporte du païen Prétextât au pape Damase : « Fais-moi évèque de Rome et je me ferai chrétien. » Ailleurs il écrit à propos du clergé de Rome : « J'ai honte de le dire, mais il y a des hommes qui recherchent le sacerdoce et le diaconat pour voir plus librement les femmes, ut licentius mulicres videant, et qui disputent de faste avec les consuls, les gouverneurs et les généraux d'armée. La parure est tout leur soin ; leurs cheveux sont bouclés avec le fer; leurs doigts brillent du feu des diamants.... Vous croiriez voir de jeunes époux plutôt que des prêtres. » Cf. S. Jérôme, in Michœum, 20, et Lettre 84 à Eustochia ; Grégoire de Nazianze, Disc. XXXII; Sulpice Sévère, Dial. I : .... qui ante pedibus aut asello ire consueverat, spumante equo invehilur; Salvien, Contre l'avarice, liv. I, où il montre l'Église « affaiblie par sa fécondité, diminuée par son accroissement et quasi viribus minus valida. Saint Augustin (Lettre 148) reconnaît nihil esse in hoc temporc lœtius, Itominibus acceplabilius, episcopi, aut presbijteri, aut
diacotiiof/îcio, si perfunctorie atque adulatorie res agalur; et Fleury, Mœurs des chrétiens, chap. 48, ajoute : « Rien n'est plus commun, dans le quatrième et le cinquième siècle, que ces sortes de suscriptions : Au Seigneur le très-saint, très-pieux et vénérable N. évèque. 11 était ordinaire de se prosterner devant eux et de leur baiser les pieds. » C'était au représentant de Dieu que s'adressaient ces hommages, mais celui qui était ainsi honoré n'en concevait-il pas un orgueil qui réagissait sur sa conduite politique et lui soufflait un esprit de domination ? Recidisse jam sacerdotii diqnitatem ad regnandi cupidilatem apparel, ab humilitate ad superbiam, disait encore un disciple de saint Jean Chrysostome, saint Isidore de Péluse, Lettres, V, 21. Par leurs conséquences sociales et politiques, ces travers relèvent de la justice de l'histoire.
dans la salle d'audience, après débat public et toutes portes ouvertes. Le malheur des temps avait interrompu ou l'ait tomber en désuétude sur plusieurs points la vieille institution des assemblées provinciales;
Mosaïque de Sainte-Marie-Majeure à Rome1.
il les rétablit, précisa leurs droits et autorisa leurs députés à se servir de la poste publique lorsqu'ils apporteraient à la cour les
1 Cette mosaïque, qui est du cinquième siècle (pontificat de Sixte III), représente Josué implorant le Dieu d'Israël pendant que ses soldats, vêtus en légionnaires romains, combattent devant une ville fortifiée. Si la bataille dont parle A. Marcellin a eu lieu dans Sainte' Marie-Majeure, ce fut une imprudence de rappeler ce triste souvenir par des images de combat-
JOVIEN, VALENTINIEN I ET VALENS (20 JUIN 365-9 AOUT 578). m
doléances de leurs commettants1. Ses successeurs s'efforcèrent aussi de ranimer la vie publique dans les provinces : Théodose à lui seul publia cinq constitutions sur ce sujet. L'édit fameux d'ilonorius, eu 118, sera comme le suprême appel du prince aux sujets qu'une administration malfaisante ne savait défendre ni de l'ennemi ni de la misère.
Valentinien marqua plus encore sa sollicitude pour les intérêts des cités, en créant dans chaque ville une fonction nouvelle dont le tilulaire, defensor civitatis, qui s'appela aussi patron/us plebn*, eut la charge de protéger les faibles et d'arrêter les abus en les signalant au préfet du prétoire. Il sera, disent les constitutions, un père pour la plèbe, le défenseur de l'innocent, le patron de la population paisible de la ville et des champs. Il les protégera contre l'insolence des fonctionnaires, les insultes des juges, les surcharges d'impôts, les exactions de toute sorte. Les pauvres sont ses enfants, liberorum loco tueri débet. Pour garantir son indépendance, l'empereur décida que le defensor, dont les pouvoirs dureraient cinq ansr>, serait choisi en dehors de la curie et de l'administration d'État, parmi les personnages sortis de charge, afin qu'il n'eût ni collègues à satisfaire ni chefs à subir, saul le préfet du prétoire qui pouvait casser son élection*.
La nouvelle charge était peut-être une réminiscence de fonctions très-anciennes. Le protectorat des faibles se manifeste, sous des formes diverses, dans toute l'histoire de ce peuple pourtant si dur. Ce fut d'abord la clientèle qui nourrit les pauvres de Rome; plus tard, sous
1 Code Théod., I, 61, 9, anno 504; II, 10, 5; XII, 12, 5-6.
- lbid., XII, 12, lois 7, 9, 10, 15, et titre I, loi 148.
r> In defensor ibus.... erit administrationis hsec forma et tempus qidnquennii spatii metietidum (Code Just., I, 55, 4). Une constitution d'ilonorius oblige les principales à rester quinze ans en fonction. (Code Théod., XII, 1, 171, anno 409. Cf. Savigny, I, §§ 20-21.) Le principe ancien était l'élection annuelle des magistrats municipaux. La tendance à immobiliser chacun dans son emploi se marque par cette durée de cinq et de quinze ans donnée par Valentinien Ier et Ilonorius aux fonctions de defensor et de principalis.
4 Non ex decurionum seu ex cohorlalium corpore, sed ex aliis idoneis personis huic officio deputentur (Code Just., I, 55, 1-4). Leur charge consistait à veiller ut plebs omnis offwiis patronorum contra potentiam defendatur injuriis (Code Théod., I, 11, 1, anno 564). On a dit que les deux charges de defensor et de duumvir n'avaient pu exister en même temps. Valentinien, qui créa la première en 564, mentionne la seconde en 572. (Ibid., XII, 1, 77.) Les trois grandes dignités dans les municipes et colonies étaient celles des sacerdotales, flamincs perpetui et duumviri. (lbid., XII, 5, 2, anno 557). Le rôle des défenseurs devint très-vile important; il le fut surtout après Justinien, qui étendit leur compétence d'abord bornée aux litiges ne dépassant pas 50 aurei jusqu'aux procès où le différend portait sur 500 sous d'or. (Nov. Just., XV, 5, § 2. Voy. au Code Théod., I, 29, dans l'édition d'Nsenel, plus complète que celle de Godefroy, le titre de Defens. civit.,el le commentaire de Godefroy à ce titre, t. I, p. 67 et suiv.)
Valentinien et Rome '.
la république et dans le haut empire, le patronage des grands qui assura aux sujets des défenseurs de leurs intérêts auprès du sénat
et du prince ; à l'époque antonine, le syndicus (gvvôiy.oç, ex&xoç), dont l'existence est constatée en plusieurs villes d'Italie, d'Asie et d'Afrique.
« Si quelqu'un, dit Hadrien dans un décret adressé aux Athéniens, a des reproches à faire à moi ou au proconsul, que le peuple nomme un syndicus2. » Cet avocat de la cité n'était ni le patronus des anciens jours ni le defensor des temps nouveaux; mais il représentait l'idée qui avait fait donner aux assemblées provinciales le droit de porter leurs plaintes à l'empereur, et qui se continuait, à travers les siècles, avec une singulière et honorable ténacité.
L'institution du defensor civitatis n'élait pas à l'éloge des fonctionnaires impériaux dont A. Marcellin montre à chaque page les méfaits, et elle dut singulièrement leur déplaire, car c'était un surveillant que Valentinien plaçait en face de l'agent du fisc, du répartiteur des contributions et du juge « qui aime à juger dans l'ombre », mais auprès duquel le defensor aura toujours libre accès3. En investissant un laïque de ce patronage des pauvres, l'empereur s'était peut-être proposé de soustraire à l'influence de l'Eglise la plèbe qui avait été sa première conquête. Si cette politique fut la sienne, ses successeurs ne la suivirent pas. Lorsque Honorais, en 409, appela tout le clergé de la ville à faire l'élection, concurremment avec les notables, il mit la nouvelle magistrature dans la dépendance des évêques.
Tous les administrateurs n'étaient pas des concussionnaires ou des meurtriers, comme on en voit tant dans les récits d'Ammien Marcellin. Pretextatus et Olybrius, tous deux préfets de Rome, provoquèrent sans doute les règlements qu'on lit en deux constitutions qui leur furent adressées. La première organisait le service médical pour les pauvres
1 D. N. VALE3NTINIANUS P. F. AVG. et le buste diadème de l'empereur vêtu du paludamentum. Au revers, VRBS ROMA. Rome casquée, assise à gauche, tenant de la main droite un globe surmonté d'une Victoire et, dans la main gauche, une haste renversée, (Grand bronze.)
- èav $è sxuaXc'aïiTai Tl? iô Epi yi tov àvôÙTrarcv, ^êipiTOvêÎTW ouv^ixou: i !)f,y,c; (C. I. G., 555). Cf. Pline, Lettres, livre X, passim. Alexandre Sévère avait aussi donné un defensor aux corpora tions qu'il avait formées. Voyez Hist. des Romains, t. VI, p. 291.
5 ....Ingrediendi, cum voles, ad judicem libérant habeas facilitaient (Code Just.,l, 55, i).
flans les quatorze régions de Homo1; la seconde concernait la police des écoles de cette ville. Les étudiants, dit la dernière, doivent être munis d'une permission du magistrat de leur province ; à leur arrivée, ils feront enregistrer, aux bureaux du cens, le nom de leur pays, celui de leur famille, leur genre d'études et l'adresse de leur logement à Rome, afin que l'on puisse s'assurer s'ils font bien ce qu'ils ont déclaré vouloir faire, s'ils se conduisent honnêtement, évitent les sociétés dangereuses, n'aiment pas trop les spectacles et les festins. Ceux qui se conduiront mal seront publiquement battus de verges, chassés de la ville et renvoyés dans leur province.
Les étudiants qui se livreront avec soin à leurs travaux pourront rester à Rome jusqu'à vingt ans; les négligents seront renvoyés dans leur pays. Chaque mois le préfet de la ville adressera aux magistrats provinciaux un rapport sur les élèves de leur province, et chaque année, à l'empereur, une notice individuelle sur les élèves les plus distingués, afin que le prince puisse choisir parmi eux les sujets propres aux divers emplois3. Voilà des règlements scolaires dont quelques-uns, sauf les verges, nous seraient utiles.
Il est temps que nous parlions de ce qui fut le grand souci de Valentinien, la défense de l'empire. Julien mort, les Barbares avaient secoué la crainte qu'il inspirait. « En cette année 565, dit Ammicn Marcellin, la trompette résonna d'un bout à l'autre du inonde romain.
Valentinien I*.
1 Code Théod., XIII, 5, 8. L'usage d'assurer aux pauvres des villes, tenuioribus, l'assistance d'un médecin &eu poScû /.ai auyypaœTi; était ancien. (Voy. Hist. des Romains, t. V, p. 425 et n. 4.) Quand une des quatorze places devenait vacante, il y était pourvu sur la désignation des treize médecins restant.
- Pierre gravée, cristal de roche de 25 millimètres de hauteur sur 20 de largeur. (Cabinet de France, n° 2107.) Malgré l'inscription : CN. POMPEIUS SIAGNUS mise sur la monture, cette intaille rappelle si bien les médaillons d'or de Valentinien I que M. Chabouillel n'hésite pas à reconnaître ce prince dans le personnage représenté sur notre pierre.
5 Code Tkcod., XIV. 9, 1. Saint Augustin {Conf., VI, 8) trouve que les écoles de Rome étaient beaucoup mieux réglées que celles de Carthage. Voyez au Code Théodosien, XIV, 9, 5, anno 425, la réorganisation de l'école de Constantinople. Celle de Rome fut sans doute l'objet d'une constitution analogue. Pour la même année, le Code Théodosien, VI, 21. contient une loi relative aux professeurs de Rome qui méritent la dignité comtale.
i08 L'EMPIRE CHRÉTIEN (306-595).
Toutes nos frontières lurent assaillies : la Gaule et la Rhétie par les Alamans ; les deux Pannonies par les Quades et les Sarmatcs; la Bretagne par les Pietés, les Saxons et les Scots. Les Gétules et les Maures couraient ça et là en Afrique ; les Goths dans la Thrace, et Sapor
Une salle du palais impérial à I.utèce. Etat actuel. (Voy., ci-dessus, p. 2G5.)
cherchait à mettre l'Arménie en sa puissance; » enfin, dans l'Orient, Procope essayait de faire une révolution.
Valentinien laissa Yalens se tirer seul d'embarras : son lieutenant dans YIllyricum se borna à empêcher la révolte de gagner l'Occident; et lui-même, en octobre 565, quitta Milan pour Lutèce, Reims et Trêves, les trois capitales de la Gaule du Nord, où il passa dix années à défendre et à fortifier ses frontières. Le grand effort de la Germanie contre l'empire se faisait alors par le sud-ouest, où accouraient tous ceux qui cherchaient aventure et butin1. Les Terres Décumates (Bade et Wurtemberg)2 avaient été jadis comme un coin enfoncé par Rome
1 .... immanis nalio.... varielatc casuum imminuta, ila swpius adolcscit ut œslimelur
intacta (A. Marcellin. WVIII, 5).
2 Voyez, Uist. des Romains, l. VI, p. 555, la carte des lignes de défense des Terres Décumates.
au cœur de la Germanie; le Schwarzwald était à présent une forteresse d'où les Barbares s'élançaient incessamment sur la Gaule. Les
MOGUNTIACUM, CASTELLUM et le pont sur le Rhin'
Mamans, mécontents qu'on leur eût envoyé cette année de moins
riches présents que d'habitude, les avaient rejetés
avec mépris et avaient cherché un dédommagement ^igptp
dans le pillage des provinces rhénanes. Ils en furent
d'abord aisément chassés. Mais, durant l'hiver de 566,
ils passèrent le Rhin sur la glace et surprirent les \$
troupes cantonnées dans les deux Germanics, qui, ^^^^^^f^
dans un combat livré non loin de Besançon, perdi- vaientinien, restaurateur
rent une enseigne et leur chef, le Franc Charietto de lemPire"-
Vaientinien enleva leurs armes à ceux qui avaient fui et menaça ae les
1 Grand médaillon de plomb du temps de Vaientinien I, trouvé dans la Saône et montrant les fortifications qui couvraient les deux rives du Rhin à Màyence et à Cassel. (Cabinet de France.)
2 L'empereur, debout, tient un étendard et une Victoire sur un globe. (Grand bronze. Cohen, t. VI, pi. XIII, n° 58.)
r> .... Charielto tune per ulramque Germanium cornes (A. Marcellin, XXVII, \). Un autre Germain, Dagalaïf, envoyé de Paris pour réparer ce désastre, fut consul en 566. Balcobaud avait, à la bataille de Chàlons-sur-Marne, un commandement important.
vendre comme esclaves. Ils supplièrent le prince de mettre leur courage à une nouvelle épreuve, et, dans la seconde campagne, habilement conduite par le maître de la cavalerie, Jovinus, les Alamans qui avaient pénétré jusqu'à Cliâlons-sur-Marne furent écrasés. La bataille dura tout un jour d'été; et six mille morts, quatre mille blessés du