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Carte pour la guerre de Valcntinien contre les Francs et les Alamans.
côté des Barbares, douze cents morts et deux cents blessés du côté des Romains, couvrirent les champs Catalauniques, où se fera plus tard une bien autre hécatombe. Ces chiffres et l'acharnement de la lutte montrent que le jour de l'invasion définitive approche. La nouvelle de cette victoire arriva à Lutèce au moment où des messagers apportaient à Valentinien la tète de Procope : sinistre hommage de l'empereur d'Orient à son frère (5G7).
A la bataille de Châlons, un roi avait été pris1 : les soldats le pendirent; Valentinien leur en fit des reproches, probablement peu sin-
ftUcab, fils de ce Vadomar que Julien avait l'ait enlever (voy. p. 520, note 5)
cères, car dans le mémo temps un traître, gagné à prix d'argent, assassina en Germanie un antre chef, le principal instigateur de ces incursions. Mais les Barbares ne comptaient pas leurs morts. Us recommencèrent presque aussitôt à insulter le territoire romain. Profitant d'une fête chrétienne qui avait éloigné la population des portes et des murailles, ils surprirent Mayence et en emmenèrent une quantité de captifs. Valentinien résolut de faire sentir à ces éternels pillards les maux qu'ils infligeaient aux provinces romaines. 11 passa le Rhin et pénétra jusqu'à 50 milles au delà de ses rives, brûlant les maisons et les villages; les plus braves des guerriers alamans refoulés sur un plateau élevé y furent atteints et détruits (368)1. Après ce coup frappé au cœur du pays ennemi, Valentinien revint à Trêves, où il donna tous ses soins à consolider la ligne des défenses du fleuve et à établir sur la rive droite quelques postes avancés. Un château fort, construit vers les lieux où s'élève aujourd'hui Manhcim, commanda l'entrée de la vallée du Neckar, une des grandes routes suivies par les Romains pour monter dans l'intérieur de l'Alamanie, par les Barbares pour descendre en Gaule (369). Il prit une autre précaution, celle d'interdire les mariages entre Romains et Barbares2. Mais ceux-ci se trouvaient partout dans l'empire; et sur les deux rives du Rhin et du Danube jusque bien loin dans l'intérieur des provinces frontières, les mœurs étaient à peu près les mômes. La loi demeura lettre morte, et les ennemis continuèrent d'être secrètement avertis, par les compatriotes qu'ils avaient dans l'armée romaine, des desseins formés contre eux ou des bons coups qu'ils auraient à faire3.
Cependant les Alamans restaient à craindre. Valentinien essaya de jeter sur eux les Burgondcs, qui, voisins de ce peuple par le nord-est (Thuringe), étaient en querelle avec lui au sujet de salines qu'ils se disputaient. Il leur proposa de concerter une attaque contre l'ennemi commun, non pas qu'il fût décidé à faire campagne avec les Burgondes, mais dans l'espoir que, après avoir déchaîné cette guerre,
4 A. Marcellin, XXVII, 10, et Ausone, Mosclla, v. 121 e! suiv. Le poêle, précepteur de Gratien, l'avait accompagné dans cette expédition. Le lieu de l'action se place entre Rolhwell et RoUienburg. Ce furent les Genliles qui attaquèrent, el Ammien cite pour son courage le scutaire Natuspardo, dont le nom dit l'origine. Un peu plus tard, Valentinien nomma un roi alaman, Fraomar, tribun d'un corps de ses compatriotes qui servait dans l'armée romaine. Il donna aussi des commandements à Bitharid et à Ilortar, deux autres chefs alamans. Le dernier, ayant entretenu de secrètes intelligences avec ses compatriotes, fut brûlé \if. (A. Marcellin, XXIX, 4.)
•- Code Théod., III, 14, I.
5 ....qun' apud nos agebantur, aliquotiens barbarie prodidisse (A. Marcellin, XXVIII, o).
il n'aurait qu'à contempler quelque bataille furieuse entre Germains, comme celles qui réjouissaient le cœur de Tacite. Mais quand il vit 80 000 Burgondes venir en armes lui réclamer l'assistance et les subsides promis, il ne voulut pas ranger sa petite armée à côté de si nombreux auxiliaires, ni substituer aux Alamans divisés un peuple assez uni pour mettre de telles forces sur pied. Sous différents prétextes, il retarda la concentration de ses troupes, et les Burgondes irrités rentrèrent en leur pays. Les Alamans, avertis par le danger qu'ils venaient de courir, se tinrent à peu près en repos jusqu'à la fin du règne de Yalentinien. En 574, leur roi Macrian convint avec lui d'une paix qui fit du Barbare l'allié de Borne jusqu'à son dernier jour.
Des Saxons, montés sur de frêles navires dont les flancs étaient en osier, pénétrèrent en 570 par les fleuves de la Belgique dans l'intérieur de la province et détruisirent le corps qui la gardait. Une ruse que l'honnête Marcellin trouve déloyale causa leur perte ; ceux qui ne tombèrent pas sous l'épée ou la lance des cataphractaires furent réservés pour les amphithéâtres. A Borne, vingt-neuf s'étranglèrent plutôt que de servir aux plaisirs du peuple.
Dans la Bretagne, les Pietés, qui cultivaient les plaines de l'Ecosse, les Scots, dont les troupeaux en parcouraient les montagnes, avaient toujours été d'incommodes voisins pour les provinces romaines. Saint Jérôme accuse les derniers de cannibalisme et de mettre dans ce goût abominable une recherche odieuse de délicatesse1. Tant qu'un chef vigilant et brave veillait d'Eboracum sur leurs mouvements, on vivait tranquille au sud du mur d'Hadrien : les villes étaient florissantes, la terre féconde; nous avons vu Julien tirer du blé de la Bretagne pour nourrir son armée. Mais si, loin de l'œil du prince, les gouverneurs s'abandonnaient à la maladie du temps, la rapacité, et les légions ne recevaient point leur paye intégrale : les soldats déserteurs vivaient de pillage sur les grands chemins, tandis que les pirates saxons ou francs ravageaient le littoral; il en résultait que les habitants se désaffectionnaient d'un empire qui demandait beaucoup el ne donnait rien. Au milieu de cette désorganisation, l'audace des Barbares croissait. Ils couraient tout le pays jusqu'à la côte de Kent et ne craignaient pas de se mesurer avec les troupes régulières. Cet état durait, avec des
1 . . . . pastorum nettes et feminarum papillas solerc abscindere el lias solas ciborum delicia arbUrari (S. Jérôme, Opéra, t. II, p. 75).
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intervalles de repos, depuis la grande insurrection de Carausius qui av;iit ouvert l'île aux Saxons et aux Francs. Constance Chlore et Constantin y avaient remis l'ordre; mais il avait fallu que Constantin II y passât, et Julien fut encore obligé d'y envoyer des troupes. En 308,
Mosaïque trouvée à Withington (Gloucestershirc — Grande-Bretagne1).
Valentinien apprit à Trêves, où il résidait pour veiller de près sur ses avant-postes du Rhin, que les deux chefs militaires de la Bretagne étaient tués et la province à peu près perdue. Il prit d'énergiques mesures pour la recouvrer2. Un général habile et honnête, l'Espagnol Théodose, passa le détroit avec des forces qui lui permirent de
1 Lysons, Reliquiœ Britanniœ Romanœ, lonie II, pi. XIX.
1 Sur cette guerre, voyez A. Marcellin, XXVII, 8; je ne parle point des hyperboles de Claudien, in III" et IV" consulaiu Honorii, ni du panégyrique de Pacatus.
rejeter les Saxons à la mer, les Scots dans leurs montagnes, et les enseignes romaines reparurent sur le mur des Pietés (569).
Théodose, récompensé par le titre de maître de la cavalerie, devint le lieutenant nécessaire de Valentinien, qui le chargea de réprimer une dangereuse insurrection.
Les Barbares du Sud sentaient, aussi bien que ceux du Nord, le grand corps de l'empire s'affaisser, lentement, mais de continu, sous le poids de ses vices constitutionnels et des coups partis des mille points de son immense frontière. Les Gétules étaient venus piller et tuer jusque dans les faubourgs des villes de la Tripolitainc. Leptis avait été assiégée durant huit jours. L'antique assemblée, où se discutaient les intérêts communs de la province, envoya des députés à l'empereur pour se plaindre de l'incurie du gouverneur. Romanus, c'était son nom, acheta les commissaires chargés d'examiner sa conduite, et cinq des principaux notables furent exécutés comme calomniateurs (370). Tandis que les Gétules répandaient l'effroi dans l'est de la province d'Afrique, le fils d'un puissant chef maurétanien, Firmus, que Romanus avait condamné à mort, souleva son peuple pour échapper au supplice1. Des fonctionnaires impériaux, des chefs militaires, préfets et tribuns, des soldats recrutés dans la province, passèrent de son côté; un tribun de l'infanterie constantinienne lui mit sur la tète son collier d'or en guise de diadème et il fut proclamé roi. Julien avait été couronné ainsi; heureusement Firmus n'était pas Julien. Il prit Icosium (Alger), la grande ville de Césarée (Cherchêl), qu'il brûla, et un instant il put se croire maître de l'Afrique romaine en voyant la population indigène et les donatistes se rallier autour du chef national. Mais, déshabitués de la guerre, mal armés, sans discipline ni lactique, les provinciaux ne pouvaient tenir contre des troupes régulières bien conduites par un habile homme de guerre (572). Théodose, parti d'Arles sur une flotte qui portait un corps expéditionnaire, débarqua à Igilgilis (Djidjelli). S'inspirant de la tactique de Marius contre Jugurtha, il poursuivit Firmus jusqu'en des lieux où il semblait que le soleil d'Afrique dût être meurtrier pour des soldats
1 L'Afrique avait en de bonne heure des latifundia. Pline en avait signalé d'immenses dès le temps de Néron. Ce régime de propriété se combinant avec celui des tribus, couvrit l'Afrique de domaines impériaux ou privés aussi vastes que des territoires de cités; ceux par exemple des Lollii, des Arrii, de Matidie, de Lusius Quietus, de Firmus et plus tard de Gildon. Les grands chefs sont bien anciens dans ce pays ; mais, sous les Romains, de florissantes villes faisaient équilibre à ces sortes de principautés. Cf. Bull, de corr. Afric, 1882, p. GO-67 et loi.
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tires des cantonnements du nord de la Gaule. Avec une petite armée de 3500 hommes d'élite, leste et bien pourvue, qui renouvelait, ses vivres dans les silos des indigènes, ou grâce à des dépôts habilement préparés, il passa partout, brûlant les villages et incendiant les récoltes dont il n'avait pas besoin. Il savait déjouer les ruses d'un ennemi sans foi et il s'appliquait à connaître les affaires intérieures des tribus, afin de pouvoir réorganiser, sous des chefs fidèles, celles qui se soumettaient. Mais, digne lieutenant du plus dur des princes de Rome, il faisait la guerre sans merci et il administrait sans complaisance : les déserteurs, les traîtres, les lâches qui avaient fui dans le combat, les employés complices des prévarications de Romanus, périssaient sous la hache ou sur le bûcher, après que la torture avait brisé leurs membres. Firmus, traqué de toutes parts, allait avoir le sort de Jugurtha livré par Bocchus. Une nuit, il profita du sommeil de ses gardes pour attacher sans bruit une corde à un clou et se pendre. Ce suicide lui épargnait les tourments que les bourreaux étaient alors très-habiles à prolonger. Igmazen, le roi des Isaflenses, chez lequel il avait cru trouver un asile, mit son corps sur un chameau et le conduisit à Théodose : la guerre était finie.
Pendant que ce général rendait une province à l'empire, son fils, qui fut plus tard l'empereur Théodose, en sauvait une autre. Valentinien faisait exécuter le long du Danube, jusque dans la Dacie d'Aurélien1, des travaux pareils à ceux dont il avait garni la rive gauche du Rhin. Il voulut aussi avoir un pied dans le pays des Quades, comme il en avait pris un, sur le Neckar, clans l'Alamanic. Le roi des Quades, Gabinius, vint faire d'humbles remontrances au duc de la province Yaleria, qui l'invita, avec sa suite, à un festin, et les fit tous égorger. Pour venger ce guet-apens, les Quades et leurs voisins se jetèrent sur les terres romaines, où ils faillirent enlever la fille de l'empereur Constance, Flavia Constantia, dont l'Eglise a fait une sainte2 et qui, fiancée alors au fils aîné de Yalentinien, était conduite à son époux. Deux légions furent défaites par les Barbares et il fallut relever en toute hâte les murailles de Sirmium. Mais le jeune Théodose, duc de Mœsie, battit en plusieurs rencontres les Sarmales, qui avaient envahi sa province, et les obligea d'implorer la paix.
1 Code Tkéod., XV, 1, 15.
- l'our plusieurs raisons qu'il est inutile d'exposer ici, je crois que cette Constance, femme du très-pieux empereur Gratien (Amm. Marcellin, XXI, 15s XXV, 7, 9; XXIX, G) et qui mourut -avant son mari sans lui laisser d'enfants, est la sainle de ce nom.